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A l’heure de l’américanisation du monde La nouvelle trahison des clercs

A l'heure de l'américanisation du monde  La nouvelle trahison des clercs

1 – Le retour aux nations
2 – Les délices de la servitude
3 – A la recherche d’une définition de l’objectivité
4 – Intus, intus , equus troyanus
5 – Le cas de Sylvie Goulard,  » l’exfiltrée  »
6 – Caracalla
7 – La postérité de Julien Benda

 

1 – Le retour aux nations

En 1927, Julien Benda (1867-1956) publiait un essai retentissant qui sera réédité au lendemain de la Libération, en 1946, et qui allait se trouver traduit dans toutes les langues, La Trahison des clercs.

Benda haïssait les nations. Dans la multitude des Etats, il voyait une arène vouée au reniement des droits universels de l’esprit. Sitôt qu’un intellectuel trahissait sa vocation à chanter l’intemporalité du monde réel, il fallait en accuser le séculier et le profane.

Mais, en ce temps-là, Israël n’avait pas encore redécouvert la sacralité des patries. De plus, la décolonisation battait son plein. Une foule de petites nations se pressait aux portes du mythe nouveau, celui d’un temporel réhabilité à l’échelle planétaire. Naturellement, ce nouvel émiettement comblait d’aise l’empire américain. Quelle occasion inespérée pour lui d’étendre sa ramure ou de multiplier ses alluvions.

Certes, le repli de Julien Benda dans un monde idéal et soustrait au temporel crevait les yeux. Mais sitôt qu’Israël a retrouvé le statut officiel d’une nation, cet Etat s’est revendiqué les ambitions territoriales et l’identité collective viscéralement conjointes à la définition même des Etats. Que dirait Benda aujourd’hui?

2 – Les délices de la servitude

Cependant, la question de fond posée par La Trahison des clercs est demeurée d’une grande actualité. Car il faut maintenant se demander si la nouvelle trahison des clercs ne serait pas de tourner subitement le dos au mufle de l’histoire et de renoncer purement et simplement à poursuivre le combat aux côtés des Etats.

C’est ainsi que Régis Debray se calfeutre maintenant dans un renoncement et dans une forme nouvelle de désertion du champ dr bataille qui lui font écrire que « l’Européen otanisé ne manque pas de motifs circonstanciés pour s’adapter au monde tel quel est selon le principe: ‘On a toujours raison de ne pas se révolter ». (Civilisation, Gallimard 2017. p.216) Il ajoute tranquillement que « nous ne sommes ni occupés, ni vaincus« . (Ibid., p.204). C’est oublier les cinq cents garnisons américaines qui quadrillent et occupent l’Europe.

Après l’énoncé d’une telle contre-vérité, le guerillero, désabusé, se contente de constater et même de justifier le vichysme politique des Européens : « Contester l’ordre établi exige des ressources morales et psychologiques que seule peut procurer une conviction religieuse profondément ancrée (…) voire une mystique nationale. Nous, Européens, avons déjà donné. (…) La négociation a minima vins/fromages correspond mieux à l’état de nos forces morales. » (Ibid., p. 216)

3 – A la recherche d’une définition de l’objectivité

Pour élucider la question soulevée par Julien Benda, observons comment les Tite-Live et les Tacite y ont répondu, car le problème de la trahison des clercs est de tous les temps. L’empire romain passait à ses propres yeux pour un monde idéal. Mais, dans le même temps, Tite-Live se montre exigeant face au devoir propre à l’historien et, sur ce plan-là, il prend plusieurs longueurs d’avance sur Tacite. Car l’auteur des Annales savait fort bien qu’on ne dirige pas un empire dans l’esprit d’un honnête sénateur romain du temps de Cincinnatus et de sa charrue. De même, on ne dirige pas cinq cent millions d’Européens avec des régiments de fonctionnaires.

Certes, Tacite prétendait écrire sine ira et studio – sans colère et sans esprit de parti – mais il ne s’étendait pas sur la faiblesse d’un Marc-Aurèle, qui n’avait pas empêché l’empire de tomber entre les mains de son fils Commode, le conducteur de chars et le tyran issu des relations de son épouse avec un gladiateur, tandis que Tite-Live décryptait en hyper réaliste, comment les sénateurs romains avaient froidement assassiné leur roi Numa Pompilius, puis avaient imaginé de le faire descendre du haut des nues afin de lui faire chanter la gloire future de Rome et son expansion à la terre entière.

Tantôt l’examen par Tite-Live de la décadence des Gallo-romains dans l’empire le ferait accuser de racisme encore de nos jours, tantôt il analysait d’une plume acérée et sereine l’influence du climat sur l’âme fruste et féroce des Gaulois d’autrefois, auxquels les Romains vaincus lors de l’invasion de Brennus en 390 avant notre ère avaient payé un tribut en or massif.

Tel est le contexte dans lequel un Julien Benda d’aujourd’hui poserait crûment la question de savoir si les intellectuels français d’aujourd’hui sont coupables de trahison à l’égard de leur patrie.

4 – Intus, intus , equus troyanus

Intus, intus , equus troyanus. Il est en vous, il est en vous le cheval de Troie, s’écriait Cicéron face aux sénateurs qui entendaient livrer la République à Catilina.

Qu’en est-il de nos jours de la trahison des clercs de France? Pourquoi gardent-ils un silence complice face à l’occupation de l’Europe entière par cinq cents bases militaires américaines incrustées de Ramstein à Sigonella et de Bruxelles aux frontières de la Roumanie, et cela vingt-six ans après la chute du mur de Berlin, qui a reconduit la Russie à l’économie de marché et a rendu grotesque la pseudo menace militaire mondiale de l’ex-empire des tsars?

Qu’en est-il de la trahison des clercs de France à l’heure où le peuple allemand descend dans la rue pour dénoncer la trahison du Parlement européen? En effet, ce Parlement a osé signer avec le Canada, un vassal inconditionnel des Etats-Unis, un accord commercial qui autorise les grandes entreprises américaines cachées derrière le paravent du Canada, d’attaquer en justice toute nation du Vieux Monde dont la politique nuirait aux intérêts du consortium américano-canadien?

Qu’en est-il de la trahison des clercs d’Occident, quand il crève les yeux que le Parlement européen se livre à une titanesque mascarade et fait sottement étalage de sa vertu au nom des « principes universels du libre-échange »? On tente ainsi de cacher au peuple que la question préalable de constitutionnalité, devrait s’appliquer au contenu du Traité de Lisbonne, tellement il est évident que les constitutions prétendument démocratiques des Etats européens ressortissent à une trahison pure et simple de la souveraineté des Etats. En effet, elles légalisent l’occupation éternelle des nations par les forces militaires de l’empire américain caché sous le parapluie de l’OTAN.

Qu’en est-il de la trahison des clercs d’Occident qui gardent un silence embarrassé, mais assourdissant, face aux menaces bancaires d’un empire décidé à affaiblir ses vassaux, auxquels il tente d’interdire la construction du North Stream II – gazoduc pourtant indispensable à leur économie?

Qu’en est-il de la trahison des clercs d’Occident qui ne se révoltent pas de ce que le puissant ministre de l’économie allemande, Wolfgang Schaüble, s’abaisse à supplier l’empire américain de continuer à dominer l’Europe?

Qu’en est-il de la trahison des clercs d’Occident lorsque la pâle ministre des affaires étrangères européennes, Federica .Mogherini, s’aligne sur l’injonction américaine de reconduire automatiquement les « sanctions » absurdes contre la Russie, pour cause de non-respect des « accords de Minsk » par le régime ukrainien?

Le cheval de Troie est bel et bien dans les têtes.

5 – Le cas de Sylvie Goulard, « l’exfiltrée »

On attend des intellectuels européens asservis au joug et au sceptre du Pentagone, non seulement l’objectivité de Tite-Live et à un moindre degré celle de Tacite, mais du moins celle d’un Quinte-Curce ou d’un Suétone. En effet, on peut lire chez Quinte-Curce comment les chefs militaires terrorisaient la troupe: on comptait dans l’armée des astronomes égyptiens qui épouvantaient la piétaille romaine à lui exposer les terribles bouleversements du cosmos qui allaient résulter de leur indiscipline, tellement les astres outragés allaient se venger. Chez Suétone, on apprenait comment Galba avait tenté de faire succéder à son propre règne celui du « vertueux Pison ». Mais l’auteur nous informe également de ce que Galba était un homosexuel fervent et de ce que Pison n’était autre que son amant.

De nos jours, la trahison des clercs » est devenue protéiforme et diffuse au point d’innerver la planète entière de ses faux-fuyants, de ses subterfuges et de ses mascarades. Il est impossible aujourd’hui de cerner le concept de « trahison des clercs » sans constater que cette trahison compénètre les rouages des Etats et toute la vie politique des nations européennes, et cela sous les dehors mêmes d’un machiavélisme de garderie d’enfants.

Quand Mme Sylvie Goulard, nommée Ministre des armées dans le premier gouvernement d’Emmanuel Macron, avoue qu’elle touchait dix mille dollars par mois pour promouvoir les vues du Pentagone sur l’Europe asservie, le Journal du dimanche pourra bien faire connaître ces faits au corps électoral du « peuple souverain« , mais vous ne verrez aucun quotidien et vous n’entendrez aucune radio et aucune télévision, répercuter la nouvelle et s’en indigner.

Du reste, il n’existe aucune autorité pénale européenne devant laquelle Sylvie Goulard pourrait se trouver citée à comparaître pour haute trahison, puisque, dans ce cas, ce serait toute l’intelligentsia politique et médiatique, ainsi que toute la classe dirigeante de l’Europe qui auraient à répondre de leurs actes.

6 – Caracalla

Alors que jusqu’en 212, la citoyenneté romaine n’était accordée qu’aux habitants de la péninsule et des colonies, à partir de cette date le droit de cité romain fut accordé à tous les hommes libres de l’Empire. Cette initiative généreuse en apparence visait en principe à l’unité morale de l’empire romain, mais elle fut une des causes de la dissolution de la citoyenneté et de l’affaiblissement de l’armée, parce qu’après l’édit de Caracalla, la citoyenneté romaine, qui était obtenue après vingt-cinq ans de service dans les troupes auxiliaires n’attirait plus personne. De même les Etats-Unis n’arrivent plus à recruter suffisamment de citoyens volontaires et accordent la nationalité américaine aux immigrés qui s’engagent à servir dans son armée.

La citoyenneté européenne, quant à elle, est d’autant plus fictive qu’elle crée une apparence de souveraineté politique fondée sur une Europe polyglotte et qui n’a jamais connu d’unité à l’échelle internationale. Du reste, une prétendue citoyenneté européenne ne retire la citoyenneté nationale à personne et demeure aussi strictement virtuelle que la citoyenneté romaine du juif Paul de Tarse, devenu Saint Paul.

Aussi longtemps que cette Europe pseudo politique et seulement nominale ne secouera pas le joug de Washington, et ne rejettera pas d’un geste rageur les « subtils parfums faisandés » (Debray, Civilisations, p. 229) de la démission et des jouissances « esthétiques » (Ibid., p. 228) nombrilistes, il ne sera question que d’une ombre de politique du Vieux Monde face au vainqueur de 1945, et d’une irrésistible progression de l’américanisation de notre astéroïde fondée sur le lâche consentement des Etats autrefois souverains et de leurs clercs médiatisés.

Car les héros fatigués chérissent désormais les délices que les décadences leur procurent. Le dernier chapitre de l’ouvrage de Régis Debray op. cit. est d’ailleurs intitulé Pourquoi les décadences sont-elles aimables et indispensables? Impossible, dit Debray, d’arrêter « les glissades le long du toit, les douces mises en veilleuse » de l’Europe américanisée. Et puis, pourquoi se révolter alors que « les crépuscules donnent du talent et que les viandes un peu faisandées, juste avant de se décomposer, libèrent de subtils arômes« ? (Ibid. p.229)

Jouissons donc du « bouillonnement créateur » que nous permet aujourd’hui notre avachissement politique et notre soumission à l’empire.

La conclusion de l’ouvrage de Régis Debray enfonce le clou: « Qui a dit que sortir de l’histoire oblige à broyer du noir? Bien au contraire: ces périodes fastes et conclusives sont celles où la mélancolie du cœur n’empêche pas la gaieté dans l’esprit; où l’art de vivre est si loin poussé que certains peuvent vivre de l’art et pour lui; (…) où les convictions perdent leur force aveuglante.(…) Décadence, dira l’un, libération dira l’autre… » ( Op. cit., pp. 230-231)

Je ne m’attendais pas à cet ultime aboutissement de mes relations avec Régis Debray, qui date de la parution de mon Dieu est-il américain? en 1957.

7 – La postérité de Julien Benda

Décidément la postérité de Julien Benda est immense, parce que toute anthropologie réellement scientifique et philosophique est appelée à regarder l’animal rationale de l’extérieur. Or, cette extériorité est précisément celle qui permettra de rédiger une histoire de la trahison des intellectuels des origines à nos jours. Intus, intus, equus troyanus: ce sont les intellectuels qui, à l’aube de l’humanité, ont projeté le masque de leurs dieux dualistes sur le cosmos.

Pour dresser un bilan à l’heure de la pause estivale, j’ajouterai seulement que le balancier du temps a basculé pour longtemps du côté du capital et qu’il faudra découvrir un socialisme de la justice afin de réapprendre que les sociétés humaines sont fondées, hélas, sur un abîme entre ce qui serait juste et ce qui demeure permis.

La pause estivale durera jusqu’à la fin du mois d’août.

J’étudierai alors ce qui se passe à l’heure où il devient ridicule de perdre son temps à nier l’existence de personnages fantastiques qui se cacheraient en divers endroits du cosmos. Les dieux d’hier enseignaient à leurs fidèles à se regarder dans les miroirs qu’ils leur tendaient. Aujourd’hui, l’heure est venue d’observer ce que les discours attribués à des personnages imaginaires nous enseignent qui nous sommes.

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Larvatus prodeo

Larvatus prodeo

1 – La fatalité interne des déclins
2 – Cacher la vérité

3 – La soumission au despotisme du Pentagone
4- La parenthèse Macron

1 – La fatalité interne des déclins

Larvatus prodeo, je m’avance sous mes masques, écrivait Descartes.

On disait que la roche tarpéienne était proche du Capitole. Aujourd’hui, il devient clair que le Capitole court vers sa roche tarpéienne. La longue agonie des dieux du polythéisme était irréversible. Cela a été clairement démontré par les vains efforts de Julien l’Apostat (330 – 363) de les remettre en selle.

L’éjection du Vieux Monde de l’arène agissante de la planète est-elle inexorable et obéira-t-elle à ce modèle-là, ou bien une Europe actrice de l’histoire grandit-elle dans l’ombre? Avons-nous rendez-vous avec le soleil d’Austerlitz ou avec la Bérézina? Il ne s’agit plus de savoir s’il existera une Europe politique, mais si cette Europe-là sera vassale des Etats-Unis. De toute façon, il faut une philosophie de la fatalité des déclins, afin de répondre à la question de savoir si une Europe pensante et souveraine reviendra un jour sur le devant de la scène. En effet, dans l’empire romain hellénisé et quadrillé par des sophistes qui y couraient en tous sens, la Grèce n’a jamais retrouvé un rôle politique à l’échelle de la gouvernance du monde antique.

Si Montesquieu revenait parmi nous, ce serait cette question-là qu’il soulèverait dans un essai intitulé «  Considérations sur les causes de la grandeur de la France et de sa décadence ». Valéry disait déjà de l’Europe qu’elle n’était que « l’extrémité minuscule d’un continent« .

Aujourd’hui, il convient de prendre pleinement conscience de la puissance politique de la démographie et de ce que seul Paris et ses banlieues demeurent à l’échelle des vingt millions d’habitants de Pékin. Les autres grandes villes de France ne sont plus que des bourgades d’à peine un demi-million d’habitants. Rappelons qu’au Siècle de Louis XIV, la France était le pays le plus peuplé d’Europe.

2 – Cacher la vérité

Le substantif même de « pensée » se trouve banni du territoire de la politique, et cela du seul fait que la politique se voit nécessairement prise en otage entre ce qu’il est possible d’expliquer au peuple et ce quel les gouvernants jugent suicidaire de lui enseigner. Hubert Védrine disait qu’il ne faut jamais parler de choses sérieuses devant les enfants! Le meilleur exemple en est la définition même que la loi de 1905 propose de la notion de laïcité: il y est dit noir sur blanc que cette loi ne « reconnaît aucun culte« , ce qui, en bon français, signifie purement et simplement que les mythologies sacrées sont nulles et non avenues sur le terrain de la vérité philosophique et scientifique.

Puis la loi ajoute aussitôt que les croyances seraient cependant légitimées au nom d’une prétendue « liberté de conscience » pourtant disqualifiée d’avance, et cela tout simplement parce qu’il n’est pas politiquement payant d’échapper à la camisole de force du « politiquement correct« .

La Ve République fera l’expérience que, de son côté, l’histoire événementielle obéit à des rapports de force et que les rapports de force n’y vont pas par quatre chemins. Que se passe-t-il quand la classe dirigeante française découvre qu’il n’est pas insignifiant d’élire le Président de la République au suffrage universel si celui-ci ne s’appelle plus René Coty ou Vincent Auriol, mais peut devenir un despote qui vous tiendra à sa merci?

C’est pourquoi on a vu François Fillon et Nicolas Sarkozy se rallier en toute hâte à un Président de la République qu’ils jugent d’avance redoutable. Puis ils se sont empressés de proclamer qu’ils quittent à jamais la vie politique, afin de se mettre prudemment à l’abri.

3 – La soumission au despotisme du Pentagone

Mais qui bénéficiera de l’élection d’un Président de la République devenu lui-même l’otage d’une puissance étrangère en tant qu’ex-banquier d’affaires du groupe Rothschild et récent Young Leader? Le despotisme du président Macron sera lui-même l’otage du despotisme du Pentagone, de la tyrannie de l’OTAN et de la dictature de la CIA.

On l’a bien compris au spectacle des deux visites d’Emmanuel Macron au village d’Oradour-sur-Glanes. Celles-ci contenaient un message à décoder à l’intention d’une Allemagne tentée par un retour à sa fierté nationale. C’était rappeler aux descendants des Germains d’Arioviste leurs forfaits d’il y a soixante-treize ans. C’était se poser en bouclier de la civilisation mondiale représentée par les forces armées américaines victorieuses en 1945, face aux barbares d’hier et d’aujourd’hui. C’était tenter de faire oublier la mise en tutelle perpétuelle de l’Europe tout entière sous le joug du traité de Lisbonne. C’était souligner que le premier pas de cette politique sera de laisser ouverte pour toujours la blessure de l’occupation allemande de 1940 à 1945. C’était également dire à l’Allemagne qu’elle demeurera à jamais la nation vaincue de la deuxième guerre mondiale. C’était lui rappeler un péché éternel et inexpiable et lui interdire de jamais retrouver sa dignité et sa souveraineté.

Une France aussi ouvertement prise dans la camisole de force de l’histoire réelle se trouvera entraînée à épouser les thèses fumeuses de la russophobie américaine et à diaboliser l’alliance de la Russie avec la Chine, ce qui s’est déjà clairement trouvé démontré par l’interdiction imposée par le Président Macron, à peine élu, de recevoir les journalistes russes à son quartier général, puis de dénoncer brutalement les organes de presse russes durant la conférence de presse du 29 mai 2017 à Versailles devant M. Vladimir Poutine en personne venu célébrer le tricentenaire de la visite à Paris du tsar Pierre 1er en 1717.

Je rappelle en passant que la République de Platon explique depuis vingt-cinq siècles l’extraordinaire pathologie psychobiologique d’une classe dirigeante qui – pincez-vous, tâtez-vous – tente de convaincre, de nos jours encore, de nombreux esprits, que le traité de Lisbonne serait « patriotique« , donc compatible avec la définition même de la souveraineté.

4- La parenthèse Macron

Mais à quelque chose malheur est bon: la maturation politique du peuple français connaîtra nécessairement une accélération foudroyante, puisque cinquante sept pour cent du corps électoral a déserté les urnes le 18 juin 2017, afin d’échapper au formatage par les médias en faveur du nouveau pouvoir. Un réveil de la nation ne serait effectif que si le peuple français prenait conscience du joug de l’OTAN et de ses conséquences, à savoir l’américanisation systématique du monde, c’est-à-dire la participation forcée des Européens à la politique étrangère américaine et à ses guerres.

De toutes façons, le passage d’un américanophile et Young Leader par nature et par vocation, à la tête de la France démontrera qu’un homme d’Etat ne saurait se libérer de son long stage à la banque Rothschild et que les vrais Européens comprendront que, sans une alliance entre égaux avec la Russie, aucune force ne reconduira le Vieux Continent sur le chemin de sa souveraineté. Toute pseudo construction européenne dans le cadre du traité de Lisbonne n’est que fumisterie.

La parenthèse Macron sera nécessairement un temps mort, un passage à vide vers une Europe un jour délivrée du joug de sa mise sous tutelle, pour autant que ce prodige demeure envisageable. Georges Pompidou, lui aussi, portait les stigmates du joug américain. Mais à son époque, l’Angleterre n’obéissait encore qu’à une seule obsession, celle d’empêcher une unification politique de l’Europe face à ses rivages. Le Royaume uni était l’héritier du combat contre les ambitions successives d’Agricola, de Claude, de Jules César, de Domitien, de Charles-Quint, de Napoléon, de Hitler, qui tous avaient rêvé de l’envahir.

Aujourd’hui, le problème est différent: c’est de la vassalisation persistante et désespérante d’un continent par la volonté expresse de Washington et de la servilité des élites européennes qu’il s’agit. Et c’est de cette histoire-là de l’Europe que la parenthèse Macron ne sera qu’un accident de parcours et, en même temps, l’occasion d’une prise de conscience éventuelle. Mais l’ambition affichée d’une Europe politique et militaire demeurera une pure rêverie aussi longtemps que le traité abracadabrantesque de Lisbonne ne sera pas massivement rejeté.

Qui peut croire que le Parlement qui a été artificiellement composé le 18 juin 2017 d’une volière de trois cent cinquante perroquets, trouvera l’assise d’une véritable légitimation électorale? Peut-être fallait-il cette apparence momentanée de calme plat pour que l’histoire réelle ait des chances de se lever, qu’elle ait la force de dissiper les brumes de la communication et de la manipulation, qu’elle balaie les châteaux de cartes d’un Vieux Monde placé sous tutelle et qu’elle brise les chaînes du traité de Lisbonne.

On peut toujours rêver.

Voir : Halte à l’américanisation du monde , 14 avril 2017

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Un bœuf sur la langue : le Traité de Lisbonne

Un bœuf sur la langue : le Traité de Lisbonne
Il existe un tragique de la médiocrité, il existe un tragique de l’ignorance, il existe un tragique de la sottise.

Comment faire sauter ce triple verrou?

Je ne vois pas d’autre explosif que celui la pensée logique. Que dit cette bombe atomique? Qu’une religion repose sur un récit mythologique chargé de rendre l’humanité auto-propulsive et trans-animale et qu’il n’y aura pas de retrouvailles de l’Occident avec la souveraineté des Etats sans une guerre ouverte avec les Etats-Unis. Mais le terme « guerre ouverte » nous renvoie à des armes cérébrales.

Si nous refusons de situer le Traité de Lisbonne au cœur du tragique moderne, si nous feignons d’ignorer que nous devons renvoyer l’Amérique dans ses foyers, en un mot, si nous refusons le combat intellectuel, nous ne comprendrons rien en profondeur à la faillite des prétentions de la « République en marche » qu’a illustrée la terrible cécité des entretiens de Versailles entre Vladimir Poutine et une France qui s’est mise cérébralement hors jeu. Il est clair qu’Emmanuel Macron est résigné, en sous-main, à demeurer l’otage du monde anglo-saxon et qu’il se satisfait du joug et du glaive du Pentagone.

Ainsi, M. Bernard Guetta en a tiré, dans son édito du 31 mai, des conclusions énergiques: à ses yeux, l’Allemagne était devenue française et l’Elysée, placé sous le regard courroucé de l’OTAN, se verrait contraint de se déclarer pour le moins aussi patriote que Berlin. Mais rien n’est moins sûr: on ne se retrouve pas aisément les mains libres quand votre passé vous renvoie à votre statut de Young Leader et de banquier du groupe Rothschild. Il ne suffit pas de s’être résigné à voir la terre tourner autour du soleil et non l’inverse, encore faut-il se rendre capable de quitter l’astronomie de Ptolémée.

Tels sont les faits dans toute leur évidence et toute leur crudité: nous nous auto-proclamons à la fois souverains et ficelés de la tête aux pieds au traité de Lisbonne. C’est dire que nous sommes abâtardis, ensorcelés et vassalisés d’avance et que nous serons ligotés à perpétuité par l’ interdiction qui nous est imposée par nos propres « représentants du peuple » de chasser l’occupant manu militari.

Il est clair comme le jour qu’une situation de ce genre nous contraindra à mener une guerre permanente, puisque le traité de Lisbonne nous conduit à une auto-vassalisation contraire à la définition même de toute démocratie et de toute souveraineté. Les mois à venir nous obligeront à constater que nous sommes au pied du mur. On ne peut jouer à la fois la carte de la vassalité et celle de la souveraineté. Dans mon analyse du 26 mai, je me demandais si une Marion Maréchal, par exemple, qui a vingt-sept ans, appartient déjà à la génération aux yeux ouverts sur le courage propre à l’intelligence et à elle seule qu’évoquait le Théétète de Platon ou si notre attente du réveil durera une génération de plus en raison du formidable conditionnement médiatique que nous subissons. On comprendra enfin, aux côtés d’un Général de Gaulle, que la victoire de 1945 était exclusivement anglo-saxonne et à laquelle la France n’avait pas été appelée à participer. Le gaullisme de demain trouvera alors toute sa portée « thermo-nucléaire ».

Dans ces conditions, comment serions-nous concernés par une République soi-disant « en marche », alors qu’elle refuse catégoriquement de mettre la France en marche vers sa souveraineté? Le Général de Gaulle disait: « Tout est simple et clair: voulez-vous élire vous-mêmes votre Président? » Mais il n’a pas imaginé un instant que le peuple français choisirait un Président de la République qui s’interdirait de poser aux Français la question de la souveraineté de la nation.

C’est ici qu’on mesure les conséquences à long terme du triple verrou de l’ignorance, de la médiocrité et de la sottise. Les décadences se révèlent inéluctables à l’heure où la faculté s’est perdue de jeter l’ancre au grand large, car la cécité d’une raison occidentale dégénérée a oublié l’aveuglement, le grégarisme et la faiblesse d’esprit des foules décrites par Gustave Le Bon (1841-1931).

Prenons l’exemple de Salman Rushdie dans Les versets sataniques. Le scribe censé coucher par écrit le texte que l’ange Gabriel est réputé dicter mot à mot à Mahomet, achève lui-même une phrase laissée en suspens par le prophète et ce dernier, dans un court moment de distraction, l’entérine comme dictée par le ciel. Souvenons-nous de l’épouvante du scribe: il s’enfuit à toutes jambes, terrorisé par sa découverte que les paroles de l’ange Gabriel ne sont autres que celles de Mahomet.

Ce degré extrême d’ensevelissement de la raison humaine a disparu en Occident. Même le Kierkegaard du Crainte et Tremblement, même le Kierkegaard du Fascinendum et du Tremendum est loin de la cécité du sorcier qu’évoque Levy-Bruhl, lequel se croit à la fois assis sur le rivage et installé dans la baleine. De même, l’homme moderne ne sait pas encore quelle part de lui-même se trouve assise sur le sable et quelle part habite l’équation e=mc².

La raison moderne se voit contrainte d’explorer une cécité intellectuelle antérieure à la découverte déjà distanciée de l’animal auto-propulsif et en quête d’une raison trans-animale. Quand, en 1788, l’Abbé Bathélemy, dans le Voyage du jeune Anacharsis en Grèce, décrit le tremendun de la Pythie de Delphes, soumise à la torture d’accoucher des prophéties artificielles, il ignore quel sortilège accable la malheureuse. Sans le savoir clairement, il a retrouvé la source de l’enfouissement de l’homme dans la bête torturée par le sacré qu’évoquent les Versets sataniques de Salman Rushdie.
Tel est le paysage terrifiant sur lequel s’ouvre le délitement et la déconfiture d’une Europe clouée au piquet du traité de Lisbonne et condamnée à légitimer son auto-vassalisation au nom de la Démocratie, donc de la Liberté, de l’Egalité, de la Fraternité et de la Justice.

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Qui sera le de Gaulle de l’Europe?

Qui sera le de Gaulle de l'Europe?

1 – La présidence d’Emmanuel Macron : doutes et espoirs
2 – A la croisée des chemins
3 – L’occupation éternelle, fruit d’une gratitude éternelle

 

1 – La présidence d’Emmanuel Macron : doutes et espoirs

A quelque chose malheur est bon: la maturation politique du peuple français connaîtra nécessairement une accélération foudroyante du seul fait que l’apparence d’un réveil économique signifiera à chaque pas la pérennisation du joug de l’OTAN et de son bras droit, à savoir l’américanisation systématique du monde. De toute façon, un américanophile à la tête de la France pourrait en venir à démontrer aux yeux de la majorité de la population, qu’un homme d’Etat européen ne saurait se libérer définitivement de ses liens antérieurs avec la banque Rothschild. Cette situation conduira les vrais Européens à comprendre que, sans l’aide de la Russie, jamais aucune force politique ne pourra aider l’Europe à retrouver sa souveraineté.

L’intermède Emmanuel Macron est nécessairement un temps mort, un passage à vide vers une Europe enfin délivrée de sa mise sous la tutelle de l’OTAN. Certes, Georges Pompidou portait, lui aussi, les stigmates du joug américain. Mais à son époque, l’Angleterre ne nourrissait qu’une seule ambition, celle d’interdire l’unification politique de l’Europe face à ses rivages. Mais les Iles britanniques de ce temps-là n’étaient encore que les héritières d’une histoire marquée du sceau de l’empire romain et des ambitions successives de Domitien, d’Agricola, de Claude, de Charles -Quint, de Napoléon et de Hitler.

Aujourd’hui, le problème est fort différent: c’est de la vassalisation sans retour d’un continent qu’il s’agit. Et c’est de cette histoire-là de l’Europe que la présidence d’Emmanuel Macron pourrait n’etre qu’un incident de parcours et, dans le même temps, l’occasion d’une prise de conscience décisive dun peuple français.

Peut-être fallait-il cette apparence de calme plat pour que l’histoire réelle nous montre son vraivisage, qu’elle dissipe les brumes d’un Vieux Monde placé sous tutelle et qu’elle brise les chaînes du traité de Lisbonne.

2 – A la croisée des chemins

Dans la République, Platon a soulevé une question dont l’actualité se réenflamme de siècle en siècle, celle de savoir comment la lucidité politique d’une nation s’éteint après une grande défaite et pourquoi il faut attendre au moins deux générations pour qu’une jeunesse nouvelle observe de nouveau le monde avec des yeux dessillés.

Si Platon remontait de l’Erèbe, il nous expliquerait comment et pourquoi, par exemple, la génération de Marine Le Pen, née au cours des années 1970 se trouve encore empêchée d’observer la loupe à l’œil les moyens par lesquels s’opère l’expansion militaire mondiale de l’empire militaire américain. Platon ressuscité répondrait à la question de savoir si la génération de Mme Marion Maréchal née seulement vingt-cinq plus tard pourrait déclencher un retour mondial de l’Europe à la lucidité et à une sortie de l’assoupissement actuel.

Mais Platon n’avait pas prévu qu’une machinerie omnipotente et omniprésente permettrait à un empire étranger de façonner l’opinion publique. Il est donc fort possible aujourd’hui de dire que l’heure n’a pas encore sonné pour une sortie de de l’ensommeillement des esprits. Car, pour cela, il faudrait que la victoire de 1945 de l’empire militaire mondial des Etats-Unis d’Amérique fût interprétée comme une défaite, peut-être mortelle, de la civilisation occidentale.

Telle était la vision du Général de Gaulle.

Certes, quand Emmanuel Macron précise qu’il ne suffit pas de proclamer la primauté absolue de défendre les intérêts supérieurs de la France, mais qu’il s’agit de les défendre partout, sait-il que ce partout est décisif – le Général disait « tous azimuts » – et qu’il lui appartient désormais soit d’incarner le de Gaulle du XXIe siècle, soit de passer, comme une ombre fugitive, sur l’écran des siècles qu’on appelle l’histoire?

3 – L’occupation éternelle, fruit d’une gratitude éternelle

Hélas, le partout du Président Macron semble se révéler à géométrie variable, car la question de fond à poser n’est autre que celle de savoir si l’empire américain s’incrustera à jamais en Europe sous la chape de plomb du Pentagone

Or, la rencontre entre la France et l’Allemagne du 15 mai 2017 n’a, du moins officiellement, en rien abordé cette question. Cependant, Paris et Berlin se sont exprimés dans leurs langues respectives et non en anglais. Mais, lors de ce sommet franco-allemand, on n’a pas vu paraître une ombre de résurrection d’un véritable nationalisme alors que, sans la lecture de la République de Platon, la géopolitique actuelle n’est pas déchiffrable.

Et pourtant, une lueur semble commencer d’éclairer tout le paysage: alors que, depuis le XVIIIe siècle l’Europe semblait s’inscrire dans la postérité de la raison voltairienne du Siècle des Lumières, un autre chemin pose les jalons d’un retour secret, mais puissant, au « connais-toi » socratique. Car, à la suite de la parution en 1859 de L’Evolution des espèces de Darwin, il n’est plus possible de nier que l’homme soit un animal d’une espèce particulière et que l’avenir nous impose de découvrir la nosologie spécifique d’Adam.

Or, cette animalité-là est de type onirique: l’homme est une bête que ses songeries transportent irrésistiblement dans des mondes imaginaires. De plus, il les croit plus réels que le monde livré à ses cinq sens. Le Théétète de Platon se demandait déjà ce qu’est la science en tant que telle si l’âme de toute science se cache nécessairement dans une logique et une rationalité trans-sensorielles.

La France peut-elle continuer de s’avancer sur les quatre tapis rouges de la Grandeur, de la Folie et de la Noblesse de l’humanité que sont la Liberté, l’Egalité, la Fraternité et la Justice s’il lui est interdit d’observer comment l’empire américain s’y prend pour ficeler une à une les nations européennes au traité de Lisbonne?

Il s’agit donc de savoir dans quel imaginaire politique baignent les Français. Vivent-ils toujours dans la croyance « qu’ils nous ont délivrés » et que nous devons aux Américains une soumission éternelle?
Ou bien les Français finiront-ils par acquérir la lucidité d’un Général de Gaulle qui voyait clairement que l’occupation militaire de l’Europe portait le sceau de l’expansion classique d’un empire.

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L’empire américain en marche

L'empire américain en marche

On se souvient du jugement de Paul Valéry: « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles« .

Désormais, nous savons également comment nous mourrons, enveloppés dans le linceul de la démocratie, dans lequel c’est toujours trop tard qu’il devient électoralement payant de faire connaître la vérité aux peuples. Nous sommes informés, en troisième lieu de ce que personne n’osera raconter aux Français l’histoire réelle de la France et leur dire la vérité sur l’expansion implacable et l’incrustation définitive de l’empire militaire américain en Europe.

 

1 – Et voilà ce qui arrive
2 – L’empire militaire en action
3 – L’Europe, en marche au profit de l’empire américain
4 – Peut-on réveiller la vocation scientifique de l’islam ?
5 – Crainte et tremblement
 

1 – Et voilà ce qui arrive

Et voilà ce qui arrive quand tout le monde joue subitement au patriote, et voilà ce qui arrive quand tout le monde croit tout à coup porter un regard de patriote sur les peuples et sur les nations, et voilà ce qui arrive quand chacun s’attache, avec des mines savantes, à mettre en parallèle les ricanements des hommes et des singes alors que, dans le même temps, tout le monde s’ingénie à escamoter le vrai spectacle, celui du reflux du Nouveau Monde sur l’Ancien et à rendre aussi invincible qu’inexorable la progression militaire, financière et politique de l’empire américain au sein de l’Europe. Son imprégnation de tous les rouages du continent de Copernic a pour but de rendre sans retour possible la domination du Vieux Monde sous le sceptre du Nouveau.

Comment se fait-il que M. Obama, qui n’est plus président des Etats-Unis, que je sache, ait félicité M. Macron de sa victoire future, sinon parce qu’il sait fort bien que le nouveau Président de la République française sera à la fois l’agent, l’exécutant et le garant de l’asservissement de la France et de l’Europe aux vues du Pentagone.

L’heure est venue de jeter l’ancre au grand large et d’observer la politique et l’histoire de la planète du point de vue d’une anthropologie enfin digne de se qualifier de scientifique et de philosophique. Dans cet esprit, demandons-nous à nouveaux frais si, oui ou non, les troupes américaines retourneront chez elles ou si elles se loveront et s’incrusteront à jamais en Europe.

2 – L’empire militaire en action

Par bonheur, voici que se trouve déchiré le voile qui interdisait à la classe politique du Vieux Monde d’observer le vrai spectacle, celui de l’expansion implacable du premier empire militaire à l’échelle du globe terrestre. Désormais, l’intelligentsia mondiale est à même d’assister, les yeux grands ouverts, à la conquête de la planète par les Etats-Unis d’Amérique.

Pour les vrais stratèges d’une dictature pseudo démocratique armée jusqu’aux dents, un seul objectif s’imposait: celui d’empêcher que se renouvelle l’extraordinaire exploit du Général de Gaulle, qui d’un trait de plume, avait ordonné aux troupes américaines d’évacuer le territoire français.

Voici comment le Pentagone et la Maison Blanche ont contourné cette insolence et sont parvenus à leurs fins. Il s’agissait d’interdire que se reproduise jamais une catastrophe de cette envergure. Le moyen radical conçu par les autorités américaines était de ficeler étroitement par des traités bilatéraux, et un par un, les Etats européens à leur maître et protecteur d’outre-Atlantique.

La faculté des bases militaires américaines de s’incruster en Europe se trouvait précisée sous le couvert de l’aménagement progressif d’une souveraineté sans contenu, mais solennellement affichée au préalable. Cette opération a trouvé son couronnement avec la signature officielle du traité de Lisbonne par lequel une Europe dûment vassalisée proclamait enfin elle-même que l’occupation de son territoire serait éternelle. Elle hisserait le drapeau de sa servitude au nom même de la Liberté démocratique.

Le droit romain nous fournit sous la plume de Cicéron dans le De Officiis un exemple saisissant de ce procédé: pouvait-on, se demandait-il, poursuivre pour fraude sur la marchandise un vendeur d’une maison en ruine qui avait planté un écriteau devant un tas de décombres, et ainsi rédigé: « Superbe villa à vendre« . Le jurisconsulte romain avait répondu par la négative. Chacun était responsable, disait-il, de sa stupidité. De même, les Européens qui se proclament souverains et se comportent en vassaux dans un même mouvement, sont pleinement responsables de leur crétinisme.

Depuis la conquête du monde hellénique par l’empire romain sous le masque d’un triomphe de la Liberté, on n’avait jamais vu se reproduire le spectacle d’une servitude arborant l’emblème de la délivrance. Mais, cette fois-ci, comme disait Paul Valéry, l’âge du monde fini avait commencé.

3 – L’Europe, en marche au profit de l’empire américain

C’est que le triomphe d’un empire embrasse notre astéroïde tout entier. Quand, le 30 avril, Mme Mogherini, pseudo ministre des affaires étrangères de l’Union européenne et aussitôt devenue une marionnette du Département d’Etat, proclame qu’il n’y aura pas de détente mondiale aussi longtemps que la Russie ne quittera pas la Crimée, tout le monde voit qu’elle joue le rôle que le Pentagone lui a assigné: elle n’est que le prête-nom de ses commanditaires d’outre-Atlantique.

Pendant ce temps, neuf porte-avions américains à propulsion nucléaire, donc au rayon d’action illimité, font flotter jour et nuit le pavillon d’une démocratie militaire mondiale sur tous les océans. Mais l’armada des croiseurs lance missiles et des frégates qui accompagnent les porte-avions américains devient de plus en plus coûteuse et difficile à ravitailler sans relâche en carburant.

Cette promotion de l’emblème de l’occupation des océans souligne le rôle immense que joue le symbolique au cœur de la géopolitique contemporaine. C’est pourquoi un regard d’anthropologue sur l’histoire et la politique du genre humain se révèle de plus en plus l’avenir de la réflexion scientifique et philosophique sur la politique et sur l’histoire d’un animal livré de naissance et de la tête aux pieds, à des mondes imaginaires.

4 – Peut-on réveiller la vocation scientifique de l’islam ?

Certes, le monde fini a commencé, mais un nouvel abîme s’ouvre sous les pas de l’animal condamné à se projeter dans des mondes fantastiques. Il faut donc rouvrir la science historique et notamment l’étude de l’islam à sa vocation originelle, qui était celle de proclamer la sainteté de l’encre des savants et d’en rendre le prestige et la gloire égaux à ceux du sang des martyrs. Naturellement, Mahomet n’avait pas compris la portée de son culte du savoir rationnel. Mais il est infiniment précieux que cette notion soit l’un des piliers de l’islam et qu’elle soit authentifiée par l’ange Gabriel en personne.

Si l’Europe laïque ne redonnait pas sa vocation scientifique à l’islam originel on ne voit pas sur quel pilier la science et la philosophie d’aujourd’hui et de demain prendraient appui. Elle sera immense, la tâche de la pensée et des sciences de demain de donner un élan nouveau à l’animal désormais privé de ceux de ses dieux, qui se nichaient dans l’univers. On leur attribuait la tâche de prendre sur leurs épaules le fardeau d’une bête désormais informée de son isolement et de la solitude de sa poussière.

5 – Crainte et tremblement

Mais, dans le même temps, quelle source de l’intelligence et du savoir que la description de la vassalité de l’Europe si nous savons maintenant que celle-ci reproduit fidèlement le modèle de la vassalité religieuse et que la dictature américaine est construite sur le schéma de la foi: le maître américain de l’Europe assujettie est censé à la fois omnipotent et omniscient. Se soumettre à son commandement militaire et doctrinal confondus, n’est autre que l’expression d’une évidence soigneusement cachée, à savoir que un pour cent de la population mondiale possède quatre-vingt dix-neuf pour cent des richesses de la planète et que l’omnipotence des monnaies et des banques est la vraie souveraine d’une humanité de polichinelles asservis à l’univers de la finance.

Voir : Catherine Lieutenant : Adresse aux éternels Bouvard et Pécuchet à l’occasion d’une farce électorale en cours.

Le professeur Macron n’a pas expliqué aux Français qu’ils sont dépossédés de leurs avoirs au profit des banques, qui en deviennent les propriétaires et qui ne laissent aux mains des déposants qu’un pouvoir chancelant de retrouver leur mise.

Voir : Aline de Diéguez: Ainsi parla le Professeur Macron

A ce titre, ni les dieux anciens, ni les trois divinités auto-proclamées uniques ne font réellement appel à l’amour de leur créature: il s’agit de trois monstres dont le premier commandement est de rappeler à leurs fidèles que la sagesse de la piété consiste à trembler devant eux. Crainte et Tremblement, tel est le titre d’un célèbre ouvrage du philosophe danois Sören Kierkegaard. Jung disait que si Dieu était un homme, il serait un monstre, mais puisqu’il s’agit de Dieu, n’est-ce pas…

De toutes façons, que les trois dieux uniques aient fabriqué leurs fidèles sur le modèle qu’ils sont à eux-mêmes ou qu’à l’inverse, ce soit l’homme qui ait créé ces trois dieux uniques à sa propre image, le résultat est le même. Voilà ce que l’élection d’Emmanuel Macron aura déclenché au plus secret de la connaissance anthropologique du simianthrope.
Pour conclure une réflexion sur la liberté de l’homme et sur la souveraineté des nations, une question à Emmanuel Macron s’impose: Que ferez-vous concrètement pour assurer le réembarquement de l’empire américain et son retour à ses ports d’attache d’outre Atlantique? .

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La France et sa Justice

La France et sa Justice

Après le vote du 23 avril, qui a porté aux portes de l’Elysée un banquier du groupe Rothschild, il devient de plus en plus évident que si la France n’approfondissait pas les sciences humaines et en tout premier lieu la connaissance anthropologique de la politique et de l’histoire, le nationalisme n’aurait plus d’avenir et la France ferait naufrage dans un épuisement tragique de la pensée rationnelle et cela selon un modèle bien connu des historiens du byzantinisme. Pour ma très modeste part, je tenterai donc, dans le texte ci-dessous et dans celui du 11 mai de poser quelques jalons conjurateurs d’un naufrage qui s’annonce par mille signes et présages.

1 – Le temporel et l’intemporel
2 – Le masque de la loi
3 – Les bévues du Dieu unique
4 – Le refus d’humilier la transcendance de la France
5 – Un animal métaphorique
 

1 – Le temporel et l’intemporel

On sait qu’aux yeux du Général de Gaulle, le régime de Vichy n’était pas seulement illégitime, mais inexistant en droit, donc privé du prestige et des apanages d’un Etat reconnu comme tel. Dans ce contexte, Jacques Chirac n’a rien compris au gaullisme à déclarer que la France, en tant que telle, aurait « commis l’irréparable« , puisqu’elle était censée s’être rendue coupable de la rafle du Vel d’hiv ordonnée par la justice relative du moment.

Mais en 1958, à peine de retour au pouvoir, après un exil de douze ans à Colombey-les-Deux-Eglises, le Général de Gaulle a promu la loi la plus hallucinante qu’on pût imaginer: au pays du Bridoye de Rabelais, du Bridoison de Beaumarchais et du Raminagrobis de La Fontaine, il était déclaré interdit non seulement de critiquer une décision de justice, mais de publier des écrits ou de tenir des propos susceptibles de porter ombrage au mythe de l’infaillibilité d’une justice, pourtant toujours relative et terrestre, celle que sécrète la jurisprudence.

Comment expliquer que l’homme qui avait proclamé seule réelle la France de la radio de Londres semblât changer à ce point de politique et de philosophie de la justice française? Peut-être avait-il compris que son attitude à l’égard du régime de Vichy portait un coup mortel aux Etats concrètement présents sur la scène du monde, puisqu’elle les privait de la sacralité qui fonde toute autorité aux yeux de la population.

2 – Le masque de la loi

Mais comment installer dans la durée le mythe de l’infaillibilité d’une justice terrestre, brusquement revêtue des attributs de la justice divine, alors que la justice est toujours dépendante des circonstances du moment? On sait où cette mythologie judiciaire a conduit la France: des juges du tribunal d’Aix en Provence ont cambriolé les biens placés sous scellés au greffe de leur propre tribunal, puis ils ont tenté de faire valoir l’autorité de la loi qui les protégeait de l’outrage, pour menacer de poursuivre au pénal toute tentative de mettre en doute leur intangibilité et leur sacralité de confection.

M. Robert Badinter, alors Garde des sceaux dans le gouvernement de M. Mitterrand, s’était trouvé dans le plus grand embarras. D’un côté, comme Ministre de la justice, il essayait de « couvrir » les malfaiteurs en robe noire, de l’autre, comment innocenter, donc sanctifier des pillards? Avec habileté et secrètement, Robert Badinter a manœuvré en coulisses. Il n’a jamais mis publiquement en cause l’autorité d’une loi hallucinante, mais il a étouffé l’affaire et réussi à calmer la fureur de voleurs agressifs à l’égard de leurs dénonciateurs, le tout sans paraître douter un instant de la légitime sainteté d’un Etat de droit pourtant fondé sur un arbitraire auto-sanctifié.

3 – Les bévues du Dieu unique

Quelles leçons tirer d’une loi grotesque et absurde par définition? Celles de l’obligation de se visser la loupe à l’œil et d’examiner, en anthropologue de l’encéphale humain, comment de siècle en siècle, les pères de l’Eglise ont tenté de légitimer une justice divine tout aussi branlante que celle de la créature et donc de doter l’encéphale d’une divinité flottante et irréfléchie d’une logique et d’une cohérence internes.

L’exemple de saint Augustin est particulièrement révélateur sur ce point: il commence par accuser de confusion d’esprit et de superficialité une divinité censée avoir créé le ciel et la terre sans seulement s’être préoccupée au préalable de savoir comment elle allait assurer un logement à sa création, puisque « Dieu » n’avait pas pris la précaution élémentaire de créer au préalable l’espace et le temps. L’auteur des Confessions a mis vingt ans, dans sa Cité de Dieu, à tenter de doter d’une cohérence l’encéphale d’une divinité qualifiée d’omnisciente, d’omnipotente et censée diriger le monde.

Mais les malencontres de la métaphore divine ont continué de mettre le Dieu unique dans l’embarras. Comment expliquer qu’il ait laissé faire, donc approuvé, le sac de Rome par les hordes des Wisigoths d’Alaric en 410? Pis encore: comment se fait-il le Dieu ait laissé une femme, la papesse Jeanne, « porter la culotte » sur le trône de Saint Pierre? Cette bévue du Saint Esprit a marqué l’histoire de l’Eglise, au point qu’elle ne s’est jamais remise de ce traumatisme: aujourd’hui encore, après chaque élection d’un pape, un ecclésiastique se glisse sous la table et va vérifier que le nouvel élu a deux testicules « bene pendentes« , bien pendues.

A ce compte, comment vérifier que la France idéale du Général de Gaulle censée seule exister en droit face au régime de Vichy, se révèle néanmoins un Etat en chair et en os?

4 – Le refus d’humilier la transcendance de la France

On sait que l’art 262 de l’ancien code pénal est tombé en désuétude par la volonté d’une portion intègre du corps judiciaire de la France réelle, mais qu’il n’a jamais été officiellement abrogé. Cependant, cette loi a été respectée avec une docilité sans faille par la France officielle pendant des décennies. Certes, la question préalable de la constitutionnalité promulguée par le Président Giscard d’Estaing permet désormais au justiciable de contourner cet article.

La tentation du rabougrissement de l’Etat au temporel est puissante et mortifère. La France de Vichy est morte en 1945, mais aux yeux de la France transcendante et immortelle dont rêvait le Général de Gaulle, elle n’avait été, du temps même où elle semblait diriger le pays, qu’un cadavre pourrissant. Qui aujourd’hui oserait se déclarer le successeur de la France de Vichy?

En revanche, les gaullistes anciens ou récents se comptent par centaines de milliers car dans leur cœur et dans leur esprit il existe une patrie intemporelle, une patrie éternelle qui vit par delà la matérialité des évènements et les fourberies des politiques contingentes. C’est cette France-là que les gaullistes d’aujourd’hui refusent d’humilier en la rendant abusivement coupable des manquements liés à la lâcheté d’une poignée de dirigeants corrompus, notamment de la quasi-totalité de la magistrature de l’époque – un seul membre excepté – qui s’était ralliée avec un ensemble touchant au régime de Vichy. L’article du code pénal par lequel le Général de Gaulle assurait en quelque sorte l’infaillibilité des magistrats du siège constituait une manière de blanchiment de ce corps collectif, une résurrection de son « innocence » et de sa « pureté » déflorées.

Or, la Justice représente la transcendance à l’égard du politique sans recourir pour autant aux miracles du surnaturel. Elle était, aux yeux de l’homme du 18 juin, consubstantielle au bon fonctionnement de l’Etat, bien que Général ne se fît aucune illusion sur la qualité du personnel judiciaire passé et présent.

5 – Un animal métaphorique

On voit, comme je l’ai démontré le 14 avril, qu’une espèce ingouvernable par nature et par définition, ne peut se diriger qu’à l’école et à l’écoute de ses songes et de sa transcendance, parce que l’homme est un animal métaphorique. A ce titre, il se transporte au-delà du temporel.

On retrouve le sens originel du substantif « métaphore » dans nicéphore, porteur de la victoire, phosphore, porteur de la lumière, doryphore, porteur d’une lance, sémaphore, porteur d’un signal, logophore, porteur d’un langage, Lucifer, porteur de la lumière, mot qui se contente de substituer le latin ferre à son synonyme grec phorein etc.

C’est pourquoi le genre humain se transporte sans cesse dans des mondes rêvés, mais qu’il croit pleinement réels.

De 1917 jusqu’à la chute du mur de Berlin en 1989, toute l’intelligentsia française a cru que le paradis allait débarquer en Russie. Même M. Joliot-Curie, un des pères de la bombe atomique française, en a témoigné sous serment le 4 avril 1949 à l’occasion du procès Kravchenko. Il a fallu le rapport Krouchtchev en 1956, il a fallu toute l’œuvre de Soljenitsyne pour remettre leur tête à l’endroit à la plupart des intellectuels du Vieux Monde.

Mais les vices du système politique momentanément incarné par l’URSS n’ont pas sonné la mort des idéaux de fraternité et de partage. Ils continuent souterrainement leur travail de sape de l’arrogance d’un mondialisme libéral échevelé, fondé sur la guerre de tous contre tous. Ce libéralisme n’est qu’un autre nom de la loi de la jungle.

Voir : Halte à l’américanisation du monde , 14 avril 2017 (Décodage)

La Révolution française a rebattu les cartes du sacrifice. La victime ne se livre plus au harpon d’une divinité avide de chair et de sang, elle s’immole aux idéaux rédempteurs d’une Liberté et d’une Justice dont elle est elle-même l’instrument. Elle se découvre l’agent d’exécution d’un destin de l’esprit. Elle est à elle-même l’acteur autonome du salut d’une espèce métaphorique.
Puisse le XXIe siècle marquer un tournant décisif dans l’histoire du « connais-toi », puisse le XXIe siècle mettre de l’ordre dans l’encéphale erratique d’une espèce ingouvernable, puisse le XXIe siècle féconder une fois de plus la question de Montaigne: « Qui suis-je? ».

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Halte à l’américanisation du monde !

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1 – L’espèce humaine est-elle ingouvernable ?
2 – La démocratie et le pouvoir durable
3 – Talleyrand le civilisateur
4 – De la culture politique à la civilisation
 

1 – L’espèce humaine est-elle ingouvernable ?

Il avait suffi de quelques lignes à Cicéron pour démontrer l’impossibilité de jamais rendre le genre humain gouvernable. La royauté, écrivait-il, conduit au despotisme, l’oligarchie aux factions, la démocratie à la chienlit (turba et confusio). Mais Cicéron ne portait encore aucun regard d’anthropologue sur l’histoire et la politique des Romains. A ce titre, il n’était pas en mesure de comprendre le sens de la guerre entre les riches et les pauvres, c’est-à-dire la guerre entre les patriciens du Sénat et la plèbe.

Quelle était la signification à moyenne et à longue échéance de la désignation tardive d’un « tribun de la plèbe »? Si Cicéron avait disposé d’un regard de l’extérieur sur l’histoire du genre humain, il aurait compris que les tribuns du peuple deviendraient des chefs de guerre. Il en fut ainsi de Jules César d’un côté, et de Pompée de l’autre. Le premier prit la tête des masses plébéiennes, le second de la foule des notables du moment. Ces deux chefs d’Etat major se sont livré à une rivalité féroce afin de se porter à la tête de l’empire romain.

Depuis lors, la postérité de cette évidence est devenue flagrante, à savoir que tout pouvoir démocratique qui croit sceller une alliance avec la durée quitte l’arène de la démocratie et se change fatalement en un pouvoir personnel. C’est pourquoi l’année même de la mort de Franklin Delano Roosevelt, le Congrès américain, c’est-à-dire les membres du Sénat et ceux de la Chambre des représentants réunis, ont décidé de réduire à deux les mandats présidentiels et d’imposer au candidat à sa propre succession le dangereux devoir de repartir à zéro, c’est-à-dire d’entrer une seconde fois dans l’arène du corps électoral afin de conquérir à nouveaux frais le rang d’un Président pour quatre ans de la nation.

Mais que faire quand seul un pouvoir durable permet à une nation de franchir un cap difficile?

2 – La démocratie et le pouvoir durable

La postérité de Cicéron est une clé de l’histoire contemporaine: sans Vladimir Poutine, qui se trouve au pouvoir depuis dix-huit ans, il serait impossible à la Russie de jeter l’ancre suffisamment au grand large pour poser à l’histoire mondiale la question centrale de savoir si, après avoir détruit les Peaux-Rouges et la civilisation des Incas, qui se caractérisait par de gigantesques holocaustes au Dieu Soleil, le Nouveau Monde rebroussera chemin? Pourra-t-on éviter que l’Amérique vassalise à jamais le Vieux Monde?

Il est évident que tout l’avenir de notre astéroïde dépend de cette seule question et que, sans un homme capable d’arracher le destin du monde au cabotage à ras des côtes, nous nous retrouverons à l’âge de l’édit de Caracalla qui, en l’an 212, faisait du patchwork d’une démocratie universelle l’arbitre des dernières heures de l’empire romain.

Tel est l’abîme grand ouvert par l’incompatibilité entre le Charybde de la médiocrité durable et le Scylla de la durée suicidaire à long terme. Nul ne devra se laisser tromper par l’accord tout apparent et superficiel qui est intervenu momentanément les 6 et 7 avril 2017 entre les Etats-Unis et la Chine. Car il sera à nouveau démontré, s’il en était besoin, qu’aucun Etat souverain n’est en mesure de changer le cours de son histoire et de paraître quitter l’arène que son destin lui impose: les Etats-Unis d’Amérique continueront d’exploiter leur victoire planétaire de 1945 et de tenter de conduire jusqu’à son terme naturel la subordination de la France, de l’Allemagne et de l’Angleterre à l’écoute de leur aventure d’empire militaire mondial.

3 – Talleyrand le civilisateur

Dans ces conditions, un devoir s’impose à ces trois Etats, celui de penser l’avenir du monde. Car s’il est prouvé d’avance que la question focale sera de savoir si oui ou non ces trois nations peuvent encore se bâtir un avenir autonome ou si elles sont d’ores et déjà devenues des naufragées, perdues corps et biens. Pour tenter de répondre à cette question, le socle solide de la réflexion anthropologique sur la politique et sur l’histoire reviendra à se demander si un épopée souveraine demeure à leur portée. Malgré les apparences contraires d’aujourd’hui, la France forme encore ses élites dans de hautes écoles issues de la Révolution de 1789. L’Allemagne, de son côté, demeure armée de la ténacité dans laquelle, Tacite fut le premier à prophétiser l’avenir de l’empire romain.

Or, tout récemment, Angela Merkel est allée montrer patte blanche à Washington où elle a cru judicieux de trahir Airbus et elle a acheté six C-130J Hercules, du constructeur américain Lockheed-Martin. Aucun dirigeant de l’Allemagne de demain ne pourra avaliser ce type d’américanisation de la nation des Germains. C’est également l’option choisie par la France, qui a commandé quatre appareils de ce type.

L’avenir des trois principales nations du Vieux Monde sera national ou ne sera pas . Certes, en temps de paix l’histoire de la planète semble s’arrêter. Mais dans les profondeurs, l’histoire à la fois réelle et visionnaire continue en secret de jeter l’ancre au grand large des côtes, tellement l’avenir ne s’est jamais écrit à l’école d’un cabotage au ras des rivages.

Comment, face à la montée en puissance de la Russie, de la Chine et de l’Inde, Berlin, Londres et Paris se bâtiront-ils encore une histoire à l’échelle du globe terrestre et cela sans passer de la tutelle du Pentagone à celle des trois chefs de file du monde de demain? Par les retrouvailles de la réflexion géopolitique avec la solitude à la fois héroïque et tragique du genre humain.

Rien de tel avec les négociations que l’Angleterre ouvre en ce moment avec l’Europe: la question des relations de tout ce beau monde avec l’OTAN sera purement et simplement effacée des tablettes de Clio.

4 – De la culture politique à la civilisation

Qu’est-ce qu’une civilisation si, d’un côté, le simianthrope ressemble aux autres animaux, qui ne se soucient de leur progéniture que dans leur petite enfance, puis les abandonnent à eux-mêmes, tandis que les civilisations les éduquent leur vie durant.

C’est ainsi que même les tribus primitives disposent d’une culture politique, en ce sens qu’elles hiérarchisent des pouvoirs, précisent l’étendue et les limites des apanages des sorciers. C’est ainsi que Rome a passé très tôt d’une organisation politique fondé sur le droit coutumier à une législation écrite, parce que la vie politique précède la civilisation proprement dite. Rome précisait qu’on ne pouvait briguer le consulat avant l’âge de quarante ans pour ne prendre que cet exemple de la maturité précoce de la vie politique interne des Romains.

La civilisation romaine ne s’est elle-même baptisée une civilisation qu’à l’heure où les Grecs vaincus ont converti l’élite romaine, la civilisation grecque sur l’initiation des citoyens aux devoirs et aux pouvoirs de la pensée logique et de la dialectique. Quant à la civilisation chinoise, elle repose sur les liens de parenté. A son tour, la civilisation occidentale ne conservera son avance sur les autres continents que si elle assimile sa solitude dans une culture devenue consciente de son isolement sans remède dans l’immensité.Mais la vassalisation du Vieux Continent se trouve de nos jours tellement avancée que personne n’osera soulever la question de la nature de nos attaches avec le sceptre et le joug du Pentagone.
Telle est la question que Talleyrand poserait fermement et même rudement aux successeurs aveugles du Général de Gaulle, telle est la question qui se posera inévitablement à l’Europe, parce qu’il n’a jamais existé de politique réelle qui ne se trouve contrainte de préciser la nature et le statut des nations souveraines.

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Du tartuffisme sacerdotal au tartuffisme judiciaire

Du tartuffisme sacerdotal au tartuffisme judiciaire

De tous temps, en tous lieux et sous tous les régimes, l’appareil judiciaire s’est mis au service de l’Etat du moment. Monarchique sous la monarchie, louis-philippard sous la Restauration, anti-dreyfusard du temps de l’affaire Dreyfus, ennemi de la Commune à l’heure des « Communards », unanime dans son sermon d’obéissance à Vichy. La spécificité du tartuffisme judiciaire d’aujourd’hui tient au fait qu’il intervient directement dans la volonté de porter à l’Elysée un jeune homme de trente-huit ans, introduit par Jacques Attali dans le groupe Rothschild, où il a exercé la fonction centrale de banquier d’investissement, autrement dit, de banquier d’affaires.

La fortune totale du groupe Rothschild est estimée à quelque cent cinquante millions de milliards de dollars. J’ai bien dit cent cinquante millions de milliards de dollars, c’est-à-dire quinze suivi de seize zéros. C’est rappeler que ce groupe est le vrai maître du marché français, européen et même mondial. A ce titre, il est devenu l’actionnaire majoritaire de quatre-vingt dix pour cent des banques centrales de toutes les nations du globe terrestre.

Si l’on se souvient que Georges Pompidou, ex-banquier d’affaires lui aussi du même groupe Rothschild, avait imposé à la France l’interdiction d’emprunter à sa banque centrale et l’avait contrainte à se donner le « marché » pour créancier exclusif, on comprend que le paiement des seuls intérêts de la dette de la France auprès des banques privées soit rapidement devenu le tribut ou le bât du déficit budgétaire annuel de la nation.

Depuis le 3 janvier 1973, date de la loi « Pompidou- Rothschild » la France a payé plus de mille cinq cents milliards d’euros d’intérêts aux banques privées. Le service de la dette est devenu le budget le plus considérable du pays: il dépasse celui de l’éducation nationale et de tous les autres ministères réunis. Il représente plus de quarante cinq milliards d’euros par an pour le seul paiement des intérêts. Michel Rocard déclarait en décembre 2012 sur Europe1 que sans cette loi notre dette se situerait à un niveau « bénin« , de « 16 ou 17 % du PIB« . Actuellement, la dette de la France frôle les cent pour cent de la production totale de l’année.

Quelle était, en 1973, l’argumentation, sinon conjointe, du moins parallèle, du groupe Rothschild et de l’Elysée? Il serait absurde de soupçonner Georges Pompidou d’avoir fait passer les seuls intérêts des banques avant ceux de la France. Georges Pompidou était un vrai gaulliste et un érudit. Passionné de grec, quel aurait été son destin s’il était entré à l’école normale supérieure dont les portes lui étaient grandes ouvertes? Mais il n’a pas renoncé à sa vocation littéraire: au cours de son mandat il a publié une anthologie de la poésie française d’une sûreté de goût exceptionnelle. Mais, à l’instar des banquiers du groupe Rothschild, il savait que tous les Etats sont tentés de dépenser davantage qu’ils ne gagnent.

Depuis que l’art de frapper monnaie s’est confondu avec celui de fabriquer de la monnaie fiduciaire, la prodigalité des Etats n’a plus connu de bornes. Du coup, leur tentation est devenue irrésistible de vaporiser leurs dettes par l’inflation afin de rembourser leurs créanciers en monnaie de singe. Sous l’occupation, le franc français était demeuré relativement stable. Mais, sitôt la guerre terminée, on a vu notre monnaie se dévaluer sur le modèle des assignats de la Révolution et ruiner les épargnants.

En 1958, à l’heure du retour au pouvoir du Général de Gaulle, la monnaie française avait perdu quatre-vingt dix-neuf pour cent de sa valeur face au franc suisse. En rétablissant la parité entre le franc français et le franc suisse et en créant ce qu’on appelait le franc fort, le Général de Gaulle était si peu parvenu à rétablir durablement la parité entre les deux monnaies sur le marché des changes, qu’il avait suffi de quelques années pour retrouver la tradition de la chute du franc gaulois dans l’abîme. Du temps où le Premier Ministre de M. Giscard d’Estaing s’appelait Raymond Barre, l’inflation française s’élevait à quatorze pour cent par an.

Aussi Georges Pompidou croyait-il sincèrement qu’à contraindre l’Etat à emprunter sur le marché, il porterait un coup décisif aux Etats dépensiers. Il se souvenait surtout de ce qu’entre 1945 et 1958, plusieurs centaines de milliers de petits épargnants français avaient été ruinés par la fonte de la monnaie nationale et pour avoir souscrit des emprunts d’Etat qu’on leur disait gagés par l’or de la banque de France. Et c’était cette blessure profonde qu’il fallait tenter, disait-il, de cicatriser.

Or aujourd’hui, la banque centrale européenne se trouve dirigée par M. Draghi, ancien banquier d’investissement de la banque américaine Goldman Sachs. Que signifie l’envoi récent et en avant-garde d’un José Barroso, ancien Président de la Commission européenne de Bruxelles, à titre de caution du caractère soi-disant européen de la banque, alors que Barroso n’a jamais été qu’un agent déguisé du Pentagone et un fidèle exécutant des volontés de l’empire militaire mondial qu’on appelle les Etats-Unis?

M. Draghi jette sur le marché dix-sept milliards d’euros papier par semaine, sous le prétexte d’une politique d’investissement, dont personne n’a vu la couleur.

En réalité, grâce au fruit de la planche à billets électronique, le but de l’opération était, à l’image de ce que font la Banque d’Angleterre et la Réserve fédérale américaine, de racheter des titres obligataires, c’est-à-dire des bons du Trésor et divers titres d’entreprises irrécupérables appelés « titres pourris« . M. Draghi espérait par cette opération à destination des banques privées, « débloquer les circuits du crédit« , c’est-à-dire les inciter à se montrer plus dynamiques dans la distribution de crédits aux entreprises.

Mais l’objectif des banques privées est autre. Trop heureuses de se débarrasser de leurs titres toxiques, elles se montrent encore plus frileuses dans l’attribution de crédits, si bien que le marasme économique perdure. Les banques, une fois de plus, sont les seules bénéficiaires de la politique dite de quantitave easing (QE), ce que la langue de Molière traduit par « laxisme monétaire« . Les banques ne sont intéressées que par leurs propres bénéfices.

La Suisse, à laquelle on ne fera pas prendre des vessies pour des lanternes, a aussitôt compris que l’histoire de la République de Weimar allait reprendre son cours, a décidé sur l’heure de renoncer au taux de change fixe qu’elle avait accepté d’établir avec l’euro. Sa monnaie s’est immédiatement trouvé revalorisée de plus de vingt pour cent.

On voit quel péril la banque centrale européenne actuelle fait courir à l’euro en renforçant momentanément par contre coup le pouvoir du dollar sur le plan international: aussi l’Allemagne est-elle allée jusqu’à menacer M. Draghi de lui intenter un procès. Naturellement, cette menace s’est tout de suite ensablée, parce que Mme Merkel ne saurait à la fois se présenter en apôtre de l’américanisation de l’Europe et en défenderesse de la solidité de l’euro comme monnaie de réserve.

L’euro dévalué rejoint la catastrophe financière prévisible contre laquelle la loi Pompidou- Rothschild de 1973 était censée lutter. Car à l’heure où l’euro sera devenu une monnaie aussi fictive que le deutschemark sous la République de Weimar, à l’heure où l’euro papier rivalisera, si je puis dire, avec un dollar papier, tout le monde comprendra que l’euro se trouvera réduit au rang des assignats. L’euro aura seulement permis à tous les grands et petits commerçants de France et de Navarre de confondre dans les esprits un euro avec un franc, ce qui a conduit, par exemple à augmenter le prix des pommes de terre de mille trois cents pour cent.

Le mythe d’un euro fort était censé créer une identité européenne. Grâce à l’euro surgirait par miracle une identité commune, donc un patriotisme européen. Or, déjà l’extrême gauche allemande descend dans la rue afin de défendre l’alliance future du parti avec les identités nationales renaissantes partout en Europe.

A l’origine, la double nationalité franco-suisse se trouvait pratiquement seule en lice, tellement elle demeurait inoffensive pour tout le monde. Mais même les petits pays d’Amérique centrale refusaient farouchement toute bi-nationalité de leurs ressortissants. On comprend qu’à l’heure où des millions d’Algériens et de Marocains en France et des millions de Turcs en Allemagne considèrent seulement la France ou l’Allemagne comme un ajout secondaire à leur nationalité originelle, comme l’a rappelé récemment l’actuelle Ministre de l’éducation nationale, Mme Vallaud Belkacem, l’unité psychologique des nations se trouve pratiquement anéantie. Ainsi, Mme Vallaud Belkacem a déclaré qu’elle se sentait marocaine, mais qu’elle était en France pour faire carrière.

Du reste, M. Erdogan a déjà appelé les Turcs d’Europe à porter à cinq enfants au minimum la fécondité des femmes turques sur le continent européen afin de modifier la définition même des identités nationales.

Le Président Donald Trump avait rappelé avant son élection, que l’Europe ne sera jamais une nation, mais seulement une société anonyme présidée par un conseil d’administration, donc livrée à l’anonymat et à l’irresponsabilité d’une bureaucratie dépourvue de toute autonomie politique réelle.
C’est dans ce contexte que la gigantesque hallucination collective et la bénédiction judiciaire de la candidature à l’élection présidentielle d’un Emmanuel Macron, ancien élève des Jésuites, armé d’un slogan digne d’un gentil scoutisme – « En marche » – prennent tout leur sens. Car aussi longtemps que le principe de la présence militaire éternelle des Etats-Unis en Europe ira de soi, tout ce théâtre de pseudo « marcheurs » nous rappellera l’opéra Aida de Verdi, dans lequel une troupe piétinante chante en chœur et à tue-tête: « Marchons, marchons« .

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Talleyrand aujourd’hui

Talleyrand aujourd'hui
1 – Talleyrand dans la tourmente
2 -Un collaborationnisme messianisé
3 – Sorciers et magiciens
4 – Le gaullisme et le mythe démocratique
 
1 – Talleyrand dans la tourmente

Le 30 janvier 1649, le grand peuple anglais exécutait son roi, Charles 1er pourtant censé avoir été choisi par le ciel. Le 21 janvier 1793, la France décapitait à son tour un roi réputé avoir été désigné par la volonté expresse du créateur de l’univers.

Pour comprendre une révolution psychobiologique de ce calibre, il suffit de se représenter le traumatisme cérébral que serait de nos jours l’exécution, par la volonté du peuple souverain, du roi du Maroc, tenu pour le continuateur du prophète Muhammad. Aussi, en 1814, la victoire sur la France des dynasties sacrées de toute l’Europe avait-elle servi d’assise anthropologique à la guerre contre la Révolution française.

Il était donc décisif de savoir si, à la suite de la défaite de Napoléon à Waterloo, les vainqueurs de 1814 valideraient derechef le principe de la légitimation divine des monarchies de l’époque. Prendraient-elles la suite d’Attila, des Huns, des Mongols, des Wisigoths, pour se repaître de la victoire de leurs armes sur une France vaincue? Se montreraient-elles fidèles au combat dont ces monarchies avaient affiché ostensiblement l’emblème depuis un quart de siècle? Piétineraient-elles leurs propres principes de légitimation divine du pouvoir politique, et cel au seul nom de la victoire de leurs armes sur le champ de bataille?

L’actualité mondiale de Talleyrand au XXIe siècle tiendra au fait qu’il a aussitôt pris appui sur un principe, celui, à l’époque de la légitimité dite céleste de la dynastie des Capétiens. Il a fermement opposé cette mythologie aux alliés victorieux. Allaient-ils porter le harnais de la trahison de leur propre principe et le fardeau de la peur d’un éventuel retour des idées républicaines? Plieraient-ils l’échine face à la loi de fer des barbares triomphants?

2 -Un collaborationnisme messianisé

Oui ou non la victoire américaine de 1945 légitime-t-elle l’occupation éternelle de l’Europe par cinq cents bases militaires? L’Europe écoutera-t-elle la voix d’un Talleyrand d’aujourd’hui? Rappellera-t-il à l’Europe asservie que « tout ce qui est excessif est insignifiant » et que le joug du Pentagone sur l’Occident européen depuis soixante-dix ans sera condamné à l’insignifiance?

Insignifiance de la décision de réunion des quatre nations les plus peuplées d’Europe: l’Allemagne, la France, l’Espagne, l’Italie et demain, du Portugal à son tour, d’aller de l’avant, puisqu’aussi longtemps que le principe de la présence militaire éternelle des armées d’occupation du Nouveau Monde sur le continent européen exclut toute possibilité sérieuse de conduire un jour la civilisation de Copernic et de Darwin aux retrouvailles avec sa souveraineté.

L’Europe d’aujourd’hui, dirait Talleyrand, ne sera jamais que l’otage du premier empire militaire mondial, puisque le principal ressort de la capitulation de la civilisation de la pensée logique n’est autre que sa volonté ostensiblement affichée ou feutrée de brandir son propre assujettissement sous le masque d’une Liberté trompeusement universalisée. « Le débarquement du 6 juin 1944, ç’a été l’affaire des Anglo-Saxons, d’où la France a été exclue. Ils étaient bien décidés à s’installer en France comme en territoire ennemi ! Comme ils venaient de le faire en Italie et comme ils s’apprêtaient à le faire en Allemagne« , confiait le Général de Gaulle à Alain Peyrefitte, alors ministre de l’information.

C’est pourquoi le Général refusa toujours de commémorer le débarquement « américain » du 6 juin 1944, en dépit de la pression du Premier Ministre, Georges Pompidou: « La France a été traitée comme un paillasson! Churchill m’a convoqué comme un châtelain sonne son maître d’hôtel », ajoutait le Général de Gaulle. (Cité par Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, tome 2, Édition de Fallois, Fayard 1997 – pages 84 à 87

Lorsque l’actuel Président de la République française, M. François Hollande, en visite d’Etat aux USA le 11 février 2014, a été menacé publiquement, lors d’une conférence de presse « commune« , qu’une « tonne de briques » se déverserait sur sa tête s’il n’obéissait pas aux ordres de l’administration américaine qui interdisait à la France tout commerce avec l’Iran, il n’a pas bronché et l’Airbus présidentiel est sagement demeuré sur le tarmac dans les heures suivantes.

Le génie de l’empire militaire américain aura été de proclamer démocratique un collaborationnisme européen ennemi du patriotisme et de la dignité des nations du Vieux Monde. En patriote lucide, le Général de Gaulle, dénonçait l’humiliation de la France en ces termes: « Ils avaient préparé leur AMGOT qui devait gouverner souverainement la France à mesure de l’avance de leurs armées. Ils avaient imprimé leur fausse monnaie, qui aurait eu cours forcé. Ils se seraient conduits en pays conquis  » (Général de Gaulle, Ibid)

Voir : Naissance, croissance et agonie de l’Europe américaine , 20 janvier 2017

3 – Sorciers et magiciens

Prenons l’exemple de l’omniprésence et de l’omnipotence du cinéma américain en Europe: deux films, Le Voleur de bicyclette de Vittorio de Sica et Affreux, sales et méchants d’ Ettore Scola ne doivent pas faire illusion sur le fond. C’est de sa propre volonté de s’asservir que l’Italie a produit des « westerns spaghetti » depuis quatre générations, c’est de sa propre volonté de s’asservir que le festival annuel du film américain de Deauville est souverainement dirigé sur le territoire français par un Américain, au reste porteur de nos jours de la casquette d’agent électoral d’Hillary Clinton.

Quel serait l’apport décisif d’un Talleyrand du XXIe siècle à une anthropologie critique digne d’une politologie enfin scientifique, donc dotée de la distanciation philosophique d’une science des relations entre des Etats souverains?

Cet apport commencerait par renouveler le gaullisme lui-même qui souffre d’une insuffisance de la réflexion anthropologique sur la guerre et la paix de l’homme du 18 juin; car le Général de Gaulle ne cesse de décrire sur le ton de l’étonnement ou de l’indignation qu’ « un chat est un chat et Rollet un fripon« , comme l’écrivait Boileau, précisément en tant qu’historiographe officiel de Louis XIV

Voltaire disait que la religion est née de la rencontre d’un fripon avec un imbécile. Mais il ignorait encore que le fripon évoqué est, au premier chef, un sorcier et que la première sorcellerie est celle des fripons dont la forte personnalité leur fait proclamer qu’ils sont informés des ultimes secrets du cosmos. A ce titre, le fripon de Voltaire se révèle un magicien de première force et qui exécuterait fidèlement les volontés d’une divinité. L’empire américain repose sur la friponnerie d’un magicien proclamé au service de l’absolu. C’est pourquoi Voltaire croyait encore en l’existence d’un  » horloger  » minutieux du cosmos.

4 – Le gaullisme et le mythe démocratique

Depuis des siècles, aucun Etat ne conteste l’existence de Jahvé, revendiquée par le peuple hébreu, l’existence d’Allah postulée par les peuples du Coran, l’existence réclamée par les chrétiens d’un Dieu composé de trois « personnes »: ils « font avec », comme on dit aujourd’hui. Bien plus, les théologiens respectifs sur lesquels ces trois divinités prennent appui se contentent de rogner subrepticement les prérogatives et les apanages de leurs divinités respectives, afin d’augmenter les pouvoirs de leurs fidèles et d’aboutir à un modus vivendi de nature à satisfaire les intérêts des deux parties.

Rien de tel avec les négociations que l’Angleterre ouvre en ce moment avec l’Europe : la question des relations de tout ce bea u monde avec l’OTAN sera purement et simplement effacée des tablettes de Clio. La vassalisation du Vieux Continent se trouve tellement avancée que personne ne soulèvera la question de nos attaches avec le sceptre et le joug du Pentagone.

Telle est la question que Talleyrand pose fermement et même rudement aux successeurs aveugles du Général de Gaulle, telle est la question qui se posera inévitablement, à l’Europe parce qu’il n’a jamais existé de politique réelle qui ne se trouve contrainte de préciser la nature et le statut des nations.

Aujourd’hui, Talleyrand nous rappellerait qu’aux yeux du pseudo apostolat démocratique américain, l’empire du dollar et du Pentagone sont les nouveaux horlogers de l’univers. Si le « Diable boiteux » avait guidé les pas du Général, il aurait expliqué aux Français combien il est naturel et inévitable, hélas, qu’un vainqueur exploite au mieux sa victoire et que la vraie victoire de l’empire américain n’ est autre que le consentement de tout le monde au débarquement dans les consciences d’un messianisme faussement protecteur et d’une démocratie prétendument salvifique.

Non, aurait dit un de Gaulle à l’écoute de Talleyrand, l’histoire n’est pas un théâtre du salut universel, l’histoire réelle du monde n’est pas celle d’un apostolat mondial du concept de démocratie. L’histoire réelle est celle qu’écrivent les grands visionnaires et les grands réalistes du destin des nations. Mais si vous ne connaissez pas les ressorts psychobiologiques de l’adversaire, comment vous défendriez-vous? Le Général chinois Sun-Tsu faisait de la connaissance de l’adversaire la clé de la victoire.

Au lieu de cela, les pseudo gaullistes d’aujourd’hui ne cessent de démontrer que de Gaulle était gaulliste au sens qu’ils donnent à ce mot aujourd’hui, c’est-à-dire au sens limité d’un gaullisme soumis au seul concept de démocratie auquel le pseudo « libérateur américain » serait le modèle. A leurs yeux, l’Amérique serait devenue impériale et impérieuse par on ne sait quelle dérive inexplicable de ses idéaux originels.

En vérité, le premier exemple du baptême de la démocratie dans une théologie se trouve dans Tite-Live: après avoir assassiné leur roi Numa Pompilius, le Sénat romain l’avait fait descendre des nues sous les traits d’une divinité chargée de prophétiser l’avenir planétaire de l’empire romain et, depuis lors, on a vu les empereurs se légitimer à seulement proroger d’année en année leur titre officiel de premier Consul.

La réflexion sur le génie politique de Talleyrand nous conduira bien au-delà du gaullisme falsifié d’aujourd’hui: à un regard transfreudien sur la condition humaine en tant que telle et à une psychanalyse anthropologique des mythes religieux que j’ai explicitée le 12 avril 2005 à propos de la mort du pape Jean-Paul II.

Voir : A propos de la mort sacrificielle de Jean Paul II , 12 avril 2005
Il n’est plus possible de retarder l’aiguille du temps sur l’horloge du monde qu’on appelle l’histoire: dans quinze jours j’évoquerai les ressorts financiers et bancaires d’un Occident divisé entre l’empire des Rothschild et celui d’une banque américaine, dirigée par Mario Dragui, ancien cadre de Goldman Sachs, et baptisée banque centrale européenne.

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Oraison funèbre de l’Europe

Oraison funèbre de l'Europe

Dernière minute …

En 1933, le chef du gouvernement allemand s’appelait Del Cano. Cet économiste candide portait les œillères de sa spécialité et en véhiculait les niaiseries. Il ignorait que la Ruhr occupée par la France, était un butin. Aussi s’imaginait-il que le Président Poincaré déguerpirait sitôt que entreprise ne serait plus bénéficiaire. Il suffisait donc, pensait-il de la rendre improductive et pour cela de susciter des grèves.

Aujourd’hui, un homme d’affaires aveugle ou faussement naïf dirige les Etats-Unis. Il s’appelle Donald Trump. Sait-il, ou feint-il d’ignorer que l’occupation américaine de l’Europe est un trophée, donc un emblème de la victoire américaine de 1945? Pour la première fois, un Président des Etats-Unis avertit ses vassaux européens que la patience du peuple américain ne sera pas éternelle à leur égard et qu’il leur en cuira s’ils refusent de rentrer dans le rang, c’est-à-dire d’augmenter leur participation financière à leur propre mise sous tutelle.

Dans le même temps, le premier empire militaire mondial augmente son budget de guerre de quatre-vingt cinq milliards de dollars.

Tel est le contexte dans lequel je demande aux lecteurs de mon site d’interpréter mes analyses anthropologiques bi-mensuelles : l’anthropologie historique que je tente d’élaborer depuis seize ans sur ce site voudrait inaugurer en amont un recul nouveau de la raison, donc une distanciation inédite à l’égard de la politique et de l’histoire, tellement toute objectivité ne recueille en aval que les conséquences logiques des prémisses énoncés en avant-garde.

*

Le souverain du monde s’appelle le temps. C’est pourquoi, dès les origines, la métaphysique a tenté de lui tenir la dragée haute. Le temps, disait-elle, n’est jamais qu’un trompe-l’œil. Le temps n’est qu’un subterfuge du temporel, seules comptent nos victoires sur la durée qui nous étrangle. Mais il se trouve que le dernier coup de gong de ce tyran sonne notre glas. Et c’est parce que nous refusons de trépasser que nous tentons de le prendre de haut avec le temps.

Mais quand l’étrangleur qui s’appelle la mort prend une civilisation dans ses griffes, quand l’Europe cesse de défier la mort, nous découvrons les arcanes de notre renoncement au combat. Quel paradoxe que les civilisations se rendent éternelles à engager un combat sans issue!

C’est que le butin de ce combat s’appelle la gloire. Un continent qui aura accepté de périr, une civilisation qui aura renoncé à se rendre glorieuse nous enseigne les chemins du trépas du Vieux Continent. Ces chemins sont clairement tracés: c’est par son retrait de l’arène que l’Europe se construit son sépulcre. Voyons, la loupe à l’œil, comment le Vieux Monde s’asservit sous le joug d’une puissance étrangère.

Quand les constitutions européennes sacralisent leur propre servitude, quand des nations désormais abusivement qualifiées de souveraines proclament éternelle leur propre occupation sous le joug de cinq cents bases militaires américaines sur leur territoire, un secret encore mieux caché de la mort des civilisations rappelle soudainement à notre attention que nous avons déjà quitté l’arène du temps non seulement sur la pointe des pieds, mais dans un aveuglement conscient et volontaire. Si La Boétie revenait parmi nous, il confirmerait son essai sur la servitude volontaire, tellement nous effaçons volontairement les traces de notre mémoire.

L’examen du chemin d’une Europe en marche vers son trépas, démontre que notre servitude se cache au plus secret de nos cerveaux. On l’a bien vu quand le Front national, par exemple, a rappelé que la souveraineté du continent et de ses nations ne renaîtra jamais sous la chasuble des vassaux du Pentagone.

Dans un texte antérieur, je citais une phrase de Montherlant: « Le vainqueur roucoulait sur les bancs publics avec les femelles du vaincu« . (Voir: Naissance, croissance et agonie de l’Europe américaine , 20 janvier 2017) Aujourd’hui, la femelle du vaincu est en tenue de gala, la femelle du vaincu n’est autre que toute la presse écrite, ainsi que les médias de l’Europe et de l’empire américain. Quel repoussoir que l’Europe d’aujourd’hui aux yeux des historiens de demain.

Mais, comme il est dit plus haut, l’Europe meurt sous une épée de Damoclès qu’elle feint tellement de ne pas voir qu’en fin de compte, elle cesse réellement de l’apercevoir. Qui ose proclamer ouvertement que l’empire américain doit purement et simplement plier bagage, qui ose rappeler que sa présence sur nos terres ne deviendra jamais naturelle et qu’elle devra prendre fin, qui ose rappeler aux peuples souverains qu’en 1919, déjà, il avait été difficile de faire quitter les lieux aux troupes américaines: Henry Ford était arrivé avec un personnel bien décidé à prendre en mains les commandes de l’Europe, mais les chancelleries de l’époque lui avaient fermé leurs portes. En 1949, l’occupant est revenu en force à la suite de l’échec des accords de Yalta et de la création du Pacte de Varsovie à l’Est.

Peut-être la vraie postérité de Freud est-elle dans la psychanalyse de la mort de l’Europe, peut-être la vraie science de l’inconscient a-t-elle débarqué dans la géopolitique avec la postérité trans-familiale et trans-névrotique de l’empire de l’inconscient. Car si l’inconscient individuel scelle alliance avec l’inconscient des nations, nous nous retrouvons dans un univers dont nous connaissons les repères depuis la plus haute antiquité.

La mort politique de l’Europe s’accompagne de surcroît d’une tragique déconvenue des peuples qu’on avait proclamés souverains et qui se montrent éberlués par la découverte qu’il n’en est rien. Car le pouvoir notabiliaire qui florissait dans les villages et dans les petites villes de province s’est lové au cœur de la République où il a sécrété un patriciat du pouvoir exécutif. Un chef de gouvernement ou un responsable régional se trouve en position de favoriser les membres de sa famille au détriment du bien commun. Le népotisme était un cancer de la monarchie; le voici devenu un cancer de la démocratie.

Du coup, la catéchisation de la population échoue à former les bataillons d’une élite politique crédible. Autrefois, les régiments du clergé façonnaient l’encéphale de la classe politique. Et maintenant, les bataillons des pastorales de la démocratie échouent à forger un clergé de la Liberté, de l’Egalité, de la Fraternité et de la souveraineté du peuple. Il n’existe pas d’Etat qui puisse se passer d’un sacerdoce. Or les idéalités bafouées jour après jour dans un monde contingent échouent à remplacer un sacerdoce de l’intemporel et de l’invérifiable.

Une espèce piégée par ses rêves est un singulier animal. Celui-ci se montre désireux de s’évader de la zoologie et ambitieux et de vaincre sa propre mort. Il entretient avec le temps des relations  » extra-ordinaires « . Ou bien cette espèce se donne le butin de la gloire et persévère à se vouloir partie prenante dans le combat contre la mort, ou bien elle renonce à ce trophée et elle se replie dans une absentification frileuse. C’est cela, notre mort, c’est cela notre refuge dans notre soumission aux volontés de l’empire américain.
L’histoire de notre mort nous contraint enfin, non seulement à ouvrir les yeux, mais à les écarquiller. Alors nous découvrons que nous nous rendons les otages de nos propres songes

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La cuisine de Jupiter

La cuisine de Jupiter
1 – Nos miroirs sacrés
2 – A l’origine était la cuisine
3 – Un mythe entre deux chaises
4 – L’avenir d’une science heuristique des mythes sacrés

 

A l’heure où une France sans Etat et sans gouvernement se révèle une oligarchie, une pieuvre gloutonne aux tentacules innombrables, l’histoire de la France et du monde devient plus que jamais une stomachologie. Le 9 février dernier, Catherine Lieutenant m’a gentiment suggéré de choisir le jour de mon modeste rendez-vous bi-mensuel avec l’estomac de l’histoire pour visiter à nouveau la cuisine de Jupiter. Pourquoi ce jour-là? N’est-ce pas le meilleur moment d’observer comment le genre humain nourrit ses dieux et comment, depuis les origines, nos dieux nous nourrissent en retour?
 

Sitôt que François Hollande a mis la France en congé de la politique, le pays s’est offert le luxe de s’absenter de l’arène mondiale de l’action. Certes, nous avons connu ce type de vide politique au cours de la Régence, mais pendant ces années-là, Louis XIV grandissait et se préparait dans l’ombre à donner un siècle de gloire à la France, tandis que nous savons aujourd’hui que personne n’est de taille à redonner sa colonne vertébrale à une civilisation promise à une longue agonie.
1 – Nos miroirs sacrés

Depuis vingt-cinq siècles, la philosophie occidentale tente de porter un regard de l’extérieur sur l’encéphale de l’humanité. De même qu’en 1543 Copernic a bouleversé notre connaissance du système solaire, la découverte en 1859 du transformisme a contraint l’Occident de la raison à se demander si nous pouvons conquérir un recul à l’égard du genre humain, qui nous permettrait de savoir quelle est l’animalité spécifique d’une espèce en évolution.

Mais comment nous ancrer à l’extérieur d’un animal si nous sommes nous-mêmes, et des pieds à la tête, la bête que nous tentons d’observer du dehors, car il s’agit de toute évidence d’une animalité cérébralisée, conceptualisée, logicisée, donc cachée ou masquée.

Un seul instrument de travail se présente à l’enquêteur: car nous n’expédions pas seulement des personnages fabuleux diriger l’univers, nous les construisons de surcroît à notre image et en miroir. Il nous suffit donc d’observer ces a uto-portraits qui nous peignent en pied pour disposer d’un microscope et d’un télescope. Nous sommes nous-mêmes des dieux privés de répondant, c’est nous qui n’avons aucun guide, aucun surveillant, aucun protecteur dans le dos.

Grâce aux miroirs sacrés dans lesquels nous nous réfléchissons par la médiation des effigies sacrées que nous enfantons, nous disposons de la meilleure école d’apprentissage de notre initiation à nos propres secrets: celle de l’histoire de nos offrandes sanglantes à nos maîtres imaginaires, donc de nos sacrifices de chair et de sang sur nos autels.

2 – A l’origine était la cuisine

A l’origine, était la cuisine. C’est pourquoi le langage politique de la République romaine, par exemple, reposait sur la gastronomie. Le comes n’était autre que le convive, le commensal, celui qui présidait à un rituel de l’ingestion du comestible. Le comissator désignait le complice d’une conjuration politique fomentée au cours d’une comisatio, c’est-à-dire d’une orgie, d’une ripaille, laquelle servait d’alibi à des conjurés qui pouvaient tranquillement préparer leurs complots au cours du repas.

Le comitium indiquait à la fois la partie orientale du forum dans laquelle le peuple se réunissait, mais il désignait également la bouche du comedus, le mangeur. Les comitia, les comices, étaient les assemblées au cours desquelles le peuple, réuni en collège électoral, élisait les magistrats. C’était dans l’enceinte du comitium que se tenaient les comices et que se déroulaient les sacrifices des grands et des petits bétails aux Immortels. C’est donc dans le comitium que se concoctait la cuisine de Jupiter.

On voit que dans le vocabulaire politique de la République romaine les mots de l’art du bien manger se calquaient étroitement sur la gastronomie céleste, celle de la nourriture offerte aux dieux. Le seul humaniste qui ait compris cela n’est autre que Rabelais, qui plaçait Messire Gaster au cœur de l’histoire du monde.

Le matérialisme eucharistique des chrétiens répond parfaitement à ce modèle: il prolonge au sein de la théologie catholique le discours culinaire de la foi. C’est pourquoi il est essentiel de remonter aux origines anthropologiques du culte eucharistique de la théologie romaine. On y retrouve la même logique interne que celle qu’illustrait, dans le polythéisme romain, le passage de la manducation des offrandes à son incrustation dans le discours des institutions politiques de Rome.

De même, la religion musulmane se branche sur des offrandes culinaires à une divinité: on y égorge chaque année des millions de moutons en hommage à un Allah aussi avide de viande que les divinités grecques, romaines, juives, chrétiennes et les nombreux dieux du polythéisme adorés en tous temps et en lieux sur notre astéroïde. Mais tout cela ne nous renvoie-t-il pas à Aristophane qui, dans Les Oiseaux, faisait rire les Athéniens de l’affolement de leur Olympe soudainement privé, par une grève des autels, de la viande indispensable à leur survie stomachale?

3 – Un mythe entre deux chaises

Il devient de plus en plus évident qu’en interdisant d’étudier, dans les écoles de la République, le contenu anthropologique et théologique des religions sacrificielles, la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905 a rendu inaccessible toute connaissance rationnelle, donc philosophique, de l’histoire de la civilisation occidentale.

Question à résoudre: comment se fait-il qu’en 2016, l’Eglise catholique ait pu s’associer solennellement et spectaculairement à la commémoration du cinq centième anniversaire des quatre-vingt-quinze propositions contre les indulgences que Luther avait affichées sur les portes de l’Eglise de Wittenberg, alors qu’elle s’est sentie empêchée de commémorer la révolution calviniste à Genève?

Proposition de réponse, mais qu’il nous faudra décrypter à son tour: en réaffirmant la présence matérielle de la chair et du sang de la victime du sacrifice du Golgotha sur l’autel des chrétiens – que les théologiens appellent le physicisme eucharistique – Luther a conservé l’exigence centrale de toutes les religions primitives, à laquelle le catholicisme est revenu par un chemin détourné, à savoir, qu’il y ait de la viande bien saignante sur l’autel afin que la foi puisse reposer sur la présence effective de victuailles à fournir à un monstre céleste aussi gourmand qu’impitoyable et rancunier.

Le polythéisme soulignait ce rapport vital par l’expression courante: victus et cultus – victuailles et rituel. A la suite de l’abolition par un Abraham mythique des sacrifices humains, le christianisme est pleinement revenu aux religions primitives, puisqu’un Christ ensanglanté se trouve immolé en échange de la rédemption de tout le genre humain, c’est-à-dire en échange du consentement enfin arraché au Créateur, de passer l’éponge sur une offense à son autorité, jusqu’alors jugée inexpiable, à savoir le péché originel.

Dans la Disputatiuncula de taedio et pavore Christi (Petite dispute sur le dégoût et la terreur du Christ) de 1499, Erasme ne contestait en rien le devoir du Christ de se faire assassiner sur l’autel au cours de chaque célébration de la messe, par la volonté expresse de son « père céleste » – il s’agissait seulement de laver le Nazaréen du reproche des théologiens du XVIe siècle d’avoir fait preuve de couardise. Car, l’omniscience dont bénéficiait la victime était censée lui faire connaître « d’avance et dans le détail » les tortures qu’il allait subir, ce qui exigeait de sa part un courage intelligent, qui l’empêchait de courir au supplice « avec les bondissements de joie d’un saint André » (Erasme).

C’est le maintien du mythe eucharistique qui, à l’origine, a permis au luthéranisme de prendre parti pour les princes, sitôt que les paysans égarés par la révolution luthérienne eurent découvert qu’en réalité, le luthéranisme les plaçait plus fermement que jamais sous l’autorité du pouvoir temporel de l’époque.

La révolution luthérienne permettait donc la perpétuation d’un sacerdoce des ploutocrates du ciel. Aussi, de nos jours, l’Eglise luthérienne allemande est-elle devenue richissime, parce qu’elle peut encore s’offrir le luxe d’imposer un « impôt religieux » aux fidèles, tandis que l’Eglise catholique française se trouve empêchée d’accumuler un trésor. Le tronc avare des églises n’y suffit plus.

On imagine l’ahurissement et l’ébahissement de la fraction consciente de la paysannerie allemande de l’époque de découvrir que la révolution luthérienne n’était qu’un leurre destiné à renforcer l’autorité d’une classe dirigeante minoritaire. Mais, depuis les origines, le monde est dirigé par des minorités agissantes.

Le même processus se mettra en place quatre siècles plus tard, en 1917, quand un prolétariat mondial catéchisé et messianisé par l’utopie marxiste d’une délivrance universelle, tombera dans le piège de supprimer purement et simplement la propriété privée des moyens de production, alors que la classe ouvrière s’est révélée aussi incapable que les paysans allemands du temps de Luther, de mettre sur pied une minorité compétente, énergique et responsable.

En revanche, le calvinisme supprimait tout appareil cultuel et toute liturgie litanique pour placer la foi entre les seules mains des prédestinés, donc des pré-sélectionnés du salut. Du coup comment la foi se serait-elle assurée de la constance des décisions d’un Dieu devenu tragiquement imprévisible? Ce type de cuisine du sacré met le croyant entre deux chaises: d’un côté, une foi livrée à la solitude, au silence, au désert et aux ténèbres, contraint le fidèle à se prendre en mains et à gérer son destin à l’écoute de l’adage latin « Cuisque suae fortunae faber » – « Chacun est l’artisan de son destin« ; de l’autre, ce type de religion livre ses fidèles à la divinité la plus hallucinante qu’on puisse imaginer, celle dont la théologie enfante une classe sacerdotale anonyme.

Le signe de la prédestination de la nouvelle classe sacerdotale n’est autre que de transformer le capital en preuve tangible des grâces inexplicables du ciel. La prospérité financière de chacun deviendra la garante des bénédictions palpables de la divinité et la banqueroute sera l a preuve de la disgrâce du « prédestiné« . C’est pourquoi Carl-Gustav, fils de pasteur, est demeuré toute sa vie hanté pour le sort du Job biblique. Un ciel cautionné par les caprices de la prédestination, ne dispose ni de l’impôt, ni du tronc des églises pour s’assurer de la validation matérielle et contrôlable de la grâce.

4 – L’avenir d’une science heuristique des mythes sacrés

Comment rendre intelligible que, durant tout le XVIe siècle, les protestants et les catholiques se soient entre-égorgés? Pour cela, il faut bien que la question de savoir si l’on consomme de la viande ou un corps symbolique et si l’on boit du sang réel ou du sang figuré soulève une difficulté psychobiologique: aux yeux des calvinistes, le Vatican s’est mis hors jeu du seul fait que des spermatozoïdes du Saint Esprit sont censés avoir déclenché un embryogenèse normale au sein d’une vierge afin qu’elle accouche d’un « fils de Dieu » en chair et en os.

Si la laïcité n’élaborait pas une spiritualité de la notion de « fécondation« , comment enseignerions-nous aux enfants que l’humanité obéit à une pulsion ascensionnelle et élévatoire? Si les mots abstraits, ne charrient pas l’histoire physique du monde et si Abélard a eu raison de démythifier les vocables universels, il faudra bien que la France laïque initie sa jeunesse à une « vie de l’esprit ». Sommes-nous seulement des anthropoïdes livrés à un culte d’anthropophages ou mettons-nous en scène des symboles parlants?
On voit désormais clairement ce que les quatre-vingt trois ans restants du XXIe siècle nous réservent. D’un côté, il est devenu évident que la science historique et la politologie occidentales ne disposent en rien de l’information philosophique, scientifique et théologale qui permettraient à l’Occident de la raison de comprendre la nature et les enjeux existentiels des révolutions politiques internes dont le monothéisme chrétien nous présente le spectacle depuis le XVIe siècle. De l’autre, la profondeur même du fossé creusé par notre sous-information anthropologique déclenchera un nouvel élan de la pensée rationnelle. Celui-ci contraindra, tout au contraire, la philosophie et l’esprit scientifique modernes à découvrir le contenu anthropologique des mythologies sacrées.

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Le cauchemar de l’Europe asservie

Le cauchemar de l'Europe asservie

Vingt-huit ans après la chute du mur de Berlin, aucun des vingt-sept Etats restants de l’Union européenne n’ose condamner solennellement le traité de Lisbonne qui tente d’éterniser la présence de cinq cents bases militaires américaines en Europe. C’est pourquoi, le Vieux Continent vassalisé ne fera que retourner à ses vomissures aussi longtemps qu’il demeurera bâillonné, apeuré et sans voix.

 

 
 
 
1- La géopolitique aujourd’hui
2 – Les intellectuels et la politique
3 – Le savoir animal et le savoir humain
4 – Nos célestes carnages

1 – La géopolitique aujourd’hui

Si nous abandonnons les patries, nous nous égarerons dans des vapeurs supranationales et idéologiques, parce qu’il n’y a pas de politique apatride; et si nous revenons au culte des patries, nous courons le risque de nous ratatinerer dans des folklores. Cette oscillation entre deux fatalités vient de se trouver illustrée une fois de plus: il y a quinze jours, je croyais pouvoir titrer mon analyse anthropologique de la géopolitique en soulignant la naissance, la croissance et l’agonie de l’Europe américaine.

Quinze jours après l’entrée en fonctions du Président Donald Trump, la situation internationale s’est, hélas, clarifiée dans le sens opposé à celui que j’avais précisé. Primo, tout laisse présager que l’Europe demeurera placée sous le sceptre et le joug du Pentagone. Secundo, toute tentative de la Russie d’ouvrir les yeux d’un demi-milliard d’Européens sur leur subordination aux intérêts mondiaux de l’empire militaire américain, sera interprétée à Washington comme une preuve patente de l’hostilité du Kremlin aux prérogatives prétendument légitimes, du règne du Pentagone sur l’Europe. Tertio, les tentatives d’imposer à Israël le retour aux frontières de 1967 et de légitimer deux Etats sur le territoire de la Palestine seront jugées contraires aux intérêts planétaires de Washington, donc abusivement déclarées illégitimes par nature et par définition. Quarto, le statut d’exterritorialité dont jouissent les troupes d’occupation américaines, donc les cinq cents bases militaires de l’OTAN incrustées pour l’éternité sur le territoire du Vieux Monde, demeurera l’emblème falsifié du règne de la Liberté et de la Justice à l’échelle mondiale.

Dans ce contexte, comment notre oubli de la doctrine et de la dogmatique de l’islam nous procurerait-il le faux confort intellectuel de tenir pour bénin et sans conséquences politiques l’arrivée massive de croyants en un mythe religieux qui a pris quatorze siècles de retard sur la connaissance d’elle-même d’une Europe mise à l’école et à l’écoute d’une raison de plus en plus éclairée?

Ce ne sera donc plus seulement la postérité de Machiavel qui nourrira la réflexion de fond sur la géopolitique. Car l’auteur du Prince se contentait d’enregistrer les rivalités et les ambitions des principautés qui déchiraient la péninsule, tandis que, cette fois-ci, la géopolitique deviendrait inintelligible et étrangère à toute véritable science du genre humain si nous n’allions pas aux fondements anthropologiques de la réflexion sur l’histoire. L’origine de cette aporie se trouve dans les arcanes de l’opposition entre les reales (réalistes) et les nominales (nominalistes) qu’a illustrée, au sortir du Moyen-âge, la percée intellectuelle décisive d’Abélard. Le premier, ce philosophe a clarifié la question de savoir quel est le statut des idées pures et des concepts universels face à l’individu.

2 – Les intellectuels et la politique

Les simples historiographes et les mémorialistes formés du moins à la modeste rationalité de la IIIe République, relèvent que les philosophes chrétiens ont débarqué dans le débat politique à la sortie du Moyen-Age: après douze siècles d’une interprétation faussée du mythe de la caverne de Platon, qui est tout entier fondé sur la démonstration de la transcendance de l’esprit et de la relativité des « idées pures », l’heure d’Abélard avait sonné. Il s’agissait, dans une philosophie encore ensablée dans la confusion de langage de la scolastique, qui confondait la réalité avec la généralité des mots abstraits, de savoir si l’idée, censée « pure », d’humanité était plus « réelle » que l’individu. Passons outre à la confusion sémantique qui régnait sur le langage de l’époque: les reales prétendaient que le concept d’humanité était « réaliste », du seul fait qu’il était censé charrier davantage de « réalité  » que l’individu.

Mais, comment les concepts abstraits de Justice, de Liberté, d’Egalité, de Fraternité qui fondent la géopolitique universelle de notre époque seraient-ils réels de se montrer vrombissants?

Abélard fréquentait l’école « réaliste » de Guillaume de Champeaux. En ce temps-là, la liberté de pensée et d’expression des étudiants les plus brillants était infiniment plus grande que de nos jours: c’est en pleine classe qu’Abélard a réfuté son maître et provoqué le ralliement de ses condisciples à sa démonstration souveraine. Retirez, disait-il, à un arbre ses feuilles, ses branches, son tronc et sa sève et vous obtiendrez un fantôme, une ombre, un flatus vocis, comme disait crûment le latin, c’est-à-dire, littéralement, une flatulence vocale. Cette effigie stérile sera-t-elle plus réelle qu’un homme tel que Socrate, présent dans son ossature, certes, mais combien davantage dans son esprit! Qu’est-ce donc que l’esprit trans-verbifique? Telle est la question enfin clairement posée au coeur de la pensée rationnelle de l’Occident.

Dans sa magistrale Histoire de la philosophie au Moyen-âge, qui fait encore autorité de nos jours, Etienne Gilson (1884 – 1978) note que la percée d’Abélard demeure la seule découverte intellectuelle du Moyen-Age. Reste à s’armer des instruments de pensée qui permettront d’approfondir la portée politique de cette désacralisation des « idées pures » et des concepts ronflants de « valeurs » qui servent de compagnons d’armes au règne planétaire des idéologies d’aujourd’hui et qui ne font que travestir le véritable rapport de forces fondé sur la scission entre le plus fort, qui commande et le plus faible, qui obéit.

3 – Le savoir animal et le savoir humain

Certes, quand Marcel Gaucher montre du doigt la « démocratie administrative« , il semble bel et bien rappeler qu’une « cratia » et un « demos » tombés entre les mains, hier des plumitifs de Courteline et aujourd’hui des logiciels gestionnaires, n’est pas une démocratie réelle. Mais si nous n’avons pas de connaissance de l’enracinement de l’homme dans la zoologie cérébrale qui lui appartient en propre, comment comprendrions-nous la signification anthropologique des prétendues « idées pures » et du faux angélisme des abstractions pseudo séraphiques dont la démocratie contemporaine se nourrit?

Quel sens faut-il accorder au concept de « raison » si toute rationalité renvoie nécessairement à des signifiants et si tout signifiant est exclusivement humain? Il nous faut donc tenter de peser le sens de la preuve qualifiée d' »expérimentale » et, pour cela remontons à Montaigne (1533-1592), ce premier observateur en plein XVIe siècle, de la manière dont le renard se construit ses preuves persuasives. Ce quadrupède connu de La Fontaine pour avoir dupé un corbeau, tâte d’une patte prudente la glace d’un étang gelé, afin de s’assurer qu’elle ne cèdera pas sous son poids; et ce sera la répétition de cette preuve qui le convaincra qu’il a « compris » la résistance de la glace des étangs.

Quatre siècles plus tard, Heisenberg, entouré, entre autres, du duc de Broglie, de Dirac, de Marie Curie, de Pauli, de Niels Bohr et de quelques autres, se demandera de quelle preuve de la compréhensibilité du monde la science atomique se servira pour « comprendre » les phénomènes nouveaux à inscrire dans l’espace-temps d’Einstein. Et tous ces pionniers du déchiffrage des secrets de l’atome dans un espace et un temps inconnaissables par nature et par définition, décidèrent qu’on recourrait aux mêmes preuves, donc au même verbe « expliquer », que dans la géométrie tridimensionnelle d’Euclide: chaque fois, diront ces savants, que l’expérience répétée, donc à la fois calculable et prévisible, nous permettra de donner rendez-vous aux agissements de la matière cosmique, nous dirons que le verbe « comprendre » aura légitimé sa signification et son poids de « vérité ».

Certes, nous ignorons la nature de l’espace, du temps et du mouvement; les secrets de la lenteur et de la rapidité échappent entièrement à notre espèce d’entendement, mais peu importe, nous aurons « compris » l’univers sur le même modèle de la preuve que le renard.

On voit à quel point le débarquement, au XIe siècle, des philosophes chrétiens dans la politique, nous conduit au cœur de l’histoire réelle de l’humanité d’aujourd’hui. Assurément, d’Homère à nos jours, tous les grands écrivains et tous les grands philosophes se sont révélés des guerriers de la politique. Mais la percée d’Abélard est la première qui ait débroussaillé le chemin d’une future anthropologie de la connaissance de l’animalité cérébrale d’Adam.

A l’origine, Euclide nous guidait pas à pas et nous donnait le même type d’assurance qu’au renard de Montaigne. Et maintenant, c’est la pesée anthropologique, donc la pesée de la subjectivité inconsciente de la « preuve expérimentale » qui nous conduit à la connaissance des secrets ultimes d’Adam. Notre espèce est tendue tout entière en direction d’un univers trans-zoologique, hélas inaccessible.

4 – Nos célestes carnages

Mais quelle vaste étendue demeure ouverte au « connais-toi » socratique de demain, tout au long des quatre-vingt trois ans à parcourir avant que ne s’achève le XXIe siècle! Car nous découvrirons les raisons pour lesquelles nous avons cru pendant tant de siècles en l’existence des « Dieux immortels » du monde antique et pourquoi nous avons enregistré leur trépas d’un haussement d’épaules, tellement trois dieux censés uniques – Jahvé, Allah et le Dieu des chrétiens – semblent nous avoir convaincus de leur existence pourtant rendue de plus en plus vaporeuse.

Or, pendant tout le XVIe siècle, les adorateurs du dieu des chrétiens se sont entre-égorgés à plaisir sur la question de savoir quelle chair et quel sang réels ou symboliques, les chrétiens donnaient à manger au glouton titanesque du cosmos. Et de nos jours, la guerre entre les sunnites et les chiites fait rage. Le XXIe siècle sera l’un des plus décisifs dans le décryptage du « connais-toi », puisque l’essentiel des trois monothéismes nous informe des relations que les dieux anciens et les dieux nouveaux entretiennent avec la chair et le sang des sacrifices.

Dans quinze jours, j’aborderai la question des secrets d’un animal désarçonné par la viande des sacrifices que lui réclament ses dieux et qui, depuis un Abraham mythique, semblait avoir substitué des volailles ou des bêtes à cornes à la sainte immolation de ses congénères, alors que, par des chemins détournés et sous d’autres vêtements, ce sont bel et bien des hommes en chair et en os que nous offrons à nos trois dieux uniques, mais et incapables de jamais se rassembler en un seul.
Décidément, le débarquement des philosophes chrétiens du XIe siècle dans la politique ne fait que commencer et l’individu à lui seul se révèle de plus en plus réel dans la tempête de nos extases idéologies et de nos sacrifices à nos vocables tonitruants.

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Naissance, croissance et agonie de l’Europe américaine

Naissance, croissance et agonie de l'Europe américaine

Qu’advient-il de la demi-souveraineté pathologique de pseudo démocraties européennes, alors que ces Etats ont gravé dans leurs Constitutions respectives le principe de l’occupation éternelle de leurs nations par les forces armées d’une puissance étrangère?
1 – Naissance de l’Europe américaine
2 – Première étape de la vassalisation: de 1945 à 1949
3 – Seconde étape de la mise en tutelle de l’Europe : 1949-1989
4 – Les archives de l’Europe américaine
5 – De la chute du mur de Berlin à nos jours
6 – Une science des déclins

 
1 – Naissance de l’Europe américaine

La vassalité sépulcrale de l’Europe aura duré près de trois quarts de siècle – cette épreuve se sera étendue sur le même empire du temps que celui entre la mort de Louis XVIII en 1824 et l’inauguration de la première ligne du métro de Paris en 1900.

Dès le lendemain de la Libération, le chef du gouvernement, qu’on appelait le Président du Conseil sous la IIIe République, se trouvait à nouveau entre les mains de Léon B lum, l’homme des grèves de 1936, de la semaine de quarante heures et du pourfendeur du mariage. Aux côtés du ministre américain de l’époque, M. James Byrnes, il avait tenté, avec la signature des « Accords Blum-Byrnes » de 1946, de placer le cinéma français sous le contrôle étroit de Hollywood – un quota écrasant de films américains allait occuper obligatoirement les écrans français, face à une cinématographie nationale réduite à la portion congrue.

Il faudra attendre de longues années pour que la IVe République se décide à courir au secours du cinquième art. Une loi subventionnera les films français par le détour de prêts sur recettes – mais le cinéma allemand ne retrouvera sa respiration que beaucoup plus tard dans une Allemagne condamnée à demeurer divisée jusqu’à la chute du mur de Berlin en 1989.

Les historiens diviseront le siècle tombal de l’Europe en trois périodes. La première s’est étendue de 1945 à 1949, à l’heure des premiers pas de la guerre froide. La seconde, de l’expansion du marxisme d’Etat jusqu’à l’effondrement du messianisme prolétarien, qui avait créé une nouvelle ecclésiocratie du salut et de la rédemption, fondé sur la nouvelle bible de l’humanité, Le Capital, du prophète Karl Marx. La troisième période a inauguré son règne depuis la réunification de l’Allemagne, au cours de laquelle l’Amérique est parvenue à graver dans les constitutions dites démocratiques de toute l’Europe, le principe de l’occupation perpétuelle du continent de Copernic et de Christophe Colomb, par cinq cents bases militaires, de Ramstein à Sigonella et de la Belgique à la Pologne et à la Roumanie.

2 – Première étape de la vassalisation: de 1945 à 1949

Dès 1946, Montmartre est tombé dans l’enfer nouveau: en face du métro Abbesses, le dos de pierres nues d’un gigantesque immeuble se trouvait recouvert du haut en bas d’une publicité coloriée pour Coca-cola. Comment l’empire nouveau du commerce international et des affaires aurait-il pu occuper la place si les gouvernements de l’époque soutenus par une opinion publique égarée n’y avaient pas prêté la main?

Une pièce d’Armand Salacrou, de l’Académie Goncourt, intitulée « Les nuits de la colère » permettait à la bourgeoisie parisienne de se peindre en fer pendant les cinq années d’occupation. Elle était censée avoir combattu l’occupant unanimement et de toutes ses forces. De plus, le parti communiste était à la manœuvre: l’amour des Français pour Joseph Staline qu’on appelait le petit père des peuples, battait alors son plein.

Montherlant s’était vu frappé de l’interdiction ridicule de publier pendant un an: en secret, on lui reprochait de n’avoir pas peint le peuple français sous les vives couleurs du peuple espagnol face à l’occupation napoléonienne. Il avait écrit: « Le vainqueur roucoulait sur les bancs publics avec les femelles du vaincu ». Quant à Simenon, on lui reprochait un film au titre ambigu: « La neige était sale« . L’inventeur du Commissaire Maigret n’y portait pas aux nues, c’est le moins qu’on puisse dire, les francs-tireurs qui prétendaient effacer leur défaite sur les champs de bataille à tirer dans le dos des sentinelles de l’occupant.

Me Garçon, le plus célèbre avocat de l’époque, avait tiré le grand Belge de ce mauvais pas. Mais peu à peu, le « paradis soviétique » tombait en poussière. Un certain Kravtchenko avait précédé Soljenitsyne de trois décennies: il avait dénoncé, le premier, les camps de concentration soviétiques qu’on appelait les Goulags. Le parti communiste français avait intenté un procès à ce profanateur du « paradis soviétique », dont M. Frédéric Joliot-Curie, le plus célèbre des savants atomistes de l’époque, était venu authentifier les merveilles à la barre du tribunal.

Cependant, déjà dans l’ombre, une question nouvelle se posait à tout le genre humain: ne fallait-il pas apprendre à observer l’humanité du dehors? Mais qu’est-ce que le dehors? Toutes les époques croient observer Adam de l’extérieur. Au Moyen-Age, c’était le Dieu unique des chrétiens qui était censé disposer d’un regard de Sirius sur sa créature. Et maintenant, l’humanité ne savait plus quel observatoire il lui fallait construire pour se placer sous le microscope de la pensée. Tous les télescopes suprêmes avaient démontré leur relativité. Il n’y avait plus de lentille grossissante de l’animalcule ambitieux de s’évader de la zoologie : il fallait donc tenter de préciser le type singulier d’animalité que conquiert l’animal rationale. Puisqu’il ne s’était pas métamorphosé en ange ou en séraphin, mais qu’il faisait déjà l’ange à l’échelle planétaire, comme disait Pascal, quelle était l’animalité qui conduit la créature à faire l’ange à l’échelle de la planisphère, et notamment sous le masque nouveau et plus universel que tous les précédents, celui de la Démocratie censée incarner le mythe de la Justice et de la Liberté?

3 – Seconde étape de la mise en tutelle de l’Europe: 1949-1989

La seconde étape de la vassalisation américaine de l’Europe, celle de la guerre froide, et qui s’est étendue durant quatre décennies, de 1949 jusqu’à la chute du mur de Berlin en 1989, apparaîtra aux historiens comme l’une des plus confuses que la France et l’Europe aient connues. D’un côté, l’Union soviétique se révélait de plus en plus un empire militaire en expansion au point que la classe dirigeante française tentait de conjurer la menace d’un putsch marxiste qui aurait renversé le capitalisme sur le modèle russe de 1917. Aussi, la France socialiste de Jules Moch avait-elle créé une armée parallèle composée de Compagnies républicaines de sécurité (CRS).

Mais, d’un autre côté, l’empire américain ne savait plus très clairement si la démocratie américaine messianisée à l’école de ses idéalités avait vocation de combattre le communisme ou le progrès social, alors que le socialisme français obéissait à une tradition qu’on pourrait qualifier de classique et étrangère à l’utopie de supprimer purement et simplement l’économie de marché. Mais le capitalisme continuait de lutter contre l’assaut du mythe prolétarien.

En 1957, le communisme chinois avait subitement rallumé la flamme du salut et de la rédemption par la décapitation des détenteurs des moyens privés de production: la Révolution dite des Cent Fleurs avait provoqué une nouvelle ruée de l’intelligentsia marxisante française dans les bras de Mao Tsé Doung. L’anthropologie pseudo scientifique de l’époque n’avait aucune connaissance rationnelle du genre humaine qui lui aurait permis de tracer une frontière précise entre l’utopie délirante et le progrès social sans lequel l’humanité tombe dans un conservatisme et un ritualisme stériles.

4 – Les archives de l’Europe américaine

Des documents déclassifiés du gouvernement américain mis à la disposition des chercheurs par les Archives nationales des Etats-Unis révèlent que, dès les années 1950 et 1960, les services secrets américains ont activement travaillé à la création et au financement du mouvement fédéraliste européen qu’ils allaient placer sous leur contrôle.

Dès 1948 fut créée une structure intitulée Comité américain pour une Europe unie. Sans doute quelques esprits vaporeux se sont-ils imaginé qu’une Amérique victorieuse se transformerait tout subitement en un Eden des démocraties et s’efforcerait de répandre parmi ses alliés les bienfaits séraphiques de sa vocation apostolique sur toute la terre habitée. Mais les grands Etats sont dotés d’organes prêts à transformer leurs victoires en armes de leurs ambitions. Un Etat victorieux n’est pas le maître des organes qui le propulsent hors de ses frontières. L’expansion militaire et industrielle de la nation d’Abraham Lincoln était non seulement prévisible, mais nécessairement inscrite dans ses entrailles. Le premier, Harry Truman, vice-président des Etats-Unis sous Franklin Roosevelt, puis devenu son successeur à partir de 1948, avait compris et théorisé le premier la nécessité pour l’empire américain, encore potentiel, de dominer toutes les mers du globe sur un modèle qui n’allait pas tarder à inventer la propulsion nucléaire. Celle-ci allait donner aux porte-avions un rayon d’action illimité.

Le premier Président du Comité américain pour une Europe unie, le Général William Donavan – qui était également le chef de l’ancêtre de la CIA – ainsique que son vice Président, Allen Dulles, avaient pour mission de promouvoir la création d’un Parlement européen à placer sous les ordres du Pentagone.

Les documents déclassifiés montrent que Dulles, devenu le directeur de la CIA, fut le principal et généreux mécène du Mouvement européen, une organisation fédéraliste, qui comptait le Comité américain pour une Europe unie des origines, auquel est venue s’ajouter une branche d’origine belge, l’European Youth Campaign, entièrement contrôlée et financée, elle aussi, par Washington. Parmi les responsables du Mouvement européen, on trouvait le Belge Henri Spaak, ancien chef du gouvernement de son pays, et Robert Schuman, le « père de l’Europe-nation » selon l’idéologie française d’hier et d’aujourd’hui, mais tous deux considérés par les institutions financières américaines (CIA, Fondations Ford et Rockfeller et par divers hommes d’affaire proches du gouvernement des Etats-Unis) comme leurs exécutants directs.

Il s’agissait de ne jamais agir au grand jour et surtout d’interdire tout débat sur le bien-fondé et les objectifs ultimes de l’unification idéo-démocratique du Vieux Continent. Une note datée du 11 juin 1965, conseille à Robert Marjolin, alors Vice-Président de la Communauté Economique Européenne (CEE) de se montrer non moins discret à propos du projet en cours de l’adoption d’une monnaie unique, jusqu’à ce que cette adoption fût devenue « inéluctable« . On voit que la conception et la parturition de l’Union européenne ont été l’aboutissement d’une stratégie cachée et minutieuse des Etats-Unis, financée par eux et soutenue par des hommes-liges entièrement dévoués à leurs mécènes.

Ayant bu dès sa naissance le lait de la servitude, l’ Union européenne, devenue adulte, n’a pu que progresser dans la voie tracée d’avance pour devenir un gigantesque corps flasque, une sorte de protozoaire sans cervelle, sans colonne vertébrale , sans volonté propre, et totalement dépendante des décisions venues d’outre-Atlantique. C’est pourquoi Donald Trump a commencé par tweeter la vérité la plus évidente et la plus simple: « L’Europe ne sera jamais une nation et n’aura jamais de capitale« .La dépendance officielle du Vieux Monde se concrétisera à partir du traité de Maastricht (1992) par sa soumission constitutionnelle à l’OTAN, c’est-à-dire au Pentagone.

En 1957 déjà, le traité de Rome instituant la Communauté économique européenne (CEE), censée courir vers l’union politique, avait illustré comme à plaisir l’incompétence de la classe dirigeante de l’époque, qui s’imaginait, en toute innocence, que l’économie se révèlerait la couveuse naturelle de la politique. Mais l’économie ne crée rien d’autre qu’une classe d’hommes d’affaire et d’économistes. De son coté, la politique naît d’une ambition nationale, d’une identité nationale, d’une communauté d’esprit patriotique.

Or, dès 1945, le parlementarisme de cabotage avait commencé de se dresser sur ses ergots et de se livrer aux clapotis de la médiocrité, au point que le Général de Gaulle avait dû jeter le gant et se retirer à Colombey-les-deux Eglises. En effet, en quelques mois son Rassemblement du peuple français avait quasiment réunifié la nation française. Mais il avait suffi au parlementarisme hérité de la IIIe République de mettre sur pied une théorie dite « des apparentements » afin d’opposer une barrière formelle, mais infranchissable, au nouveau gaullisme dont la vocation était désormais de changer de république.

C’est à la faveur, si je puis dire, de ce chaos larvé et de ce vide cérébral qu’un socialisme censé libéré des prestiges et des fascinations du messianisme démocratique américain, avait cru impose un nouveau réalisme dans la politique. De l’autre côté du rideau de fer, la chute du marxisme dans la dictature idéologique, dans la répression de l’individualisme et de l’esprit de création conduirait toute l’Europe de l’Est en direction d’une Révolution anti-soviétique. Mais, pendant ce temps-là, l’Amérique ne cessait de convaincre l’Europe des bienfaits une auto-vassalisation progressive, peu spectaculaire, mais de plus en plus omnipotente.

5 – De la chute du mur de Berlin à nos jours

Enfin, en 1989, la chute du mur de Berlin, à la suite de nombreuses marches silencieuses du peuple d’Allemagne de l’Est dans les rues, illustrait subitement les retrouvailles de l’Europe avec les idéaux de 1789. Mais que restait-il de l’Europe des hommes de génie, que restait-il de l’Europe des audaces de la raison, qui sont solitaires par nature, que restait-il de l’Europe de l’intrépidité intellectuelle? L’étau du mythe américain, celui d’une démocratie pseudo évangélisée, avait rendu exsangue l’Europe des grands philosophes du passé. La prophétie de Spengler se réalisait pas à pas: l’esprit prométhéen du Vieux Monde se mourait.

Et pourtant, qui aurait cru que la réunification de l’Allemagne sous l’égide d’Helmut Kohn et de Mikael Gorbatchev, que les décombres fumantes du marxisme, que le retour de Leningrad à son nom de baptême, ne changeraient pas d’un iota la progression en Europe de l’occupation militaire américaine sous la bannière de l’OTAN et que la tutelle du Pentagone ne cesserait de se renforcer comme si l’effondrement de l’Union soviétique laissait le champ libre au premier empire militaire mondial, celui des Etats-Unis d’Amérique. Comment se fait-il que la disparition de la menace militaire soviétique ait renforcé à ce point la domination militaire américaine sous le sceptre de cinq cents garnisons de l’OTAN en Europe, comment se fait-il qu’il soit devenu soi-disant démocratique et compatible avec le concept même de Démocratie de valider l’occupation militaire perpétuelle de l’Europe sous la bannière d’une puissance étrangère?

De traité en traité, de celui de Maastricht à celui de Lisbonne l’étranglement de de l’Europe et sa soumission au sceptre Pentagone se sont consolidés, y compris au sein même de l’Eurocorps, qui n’est nullement un embryon d’armée proprement européenne, mais un ramassis de supplétifs que l’OTAN utilise à son service, sans se préoccuper du droit international.

6 – Une science des déclins

Reste à souligner qu’après soixante-dix ans d’américanisation de l’Europe, les journalistes sont fatalement devenus des agents d’influence relativement conscients ou inconscients de l’occupant. Ils sont devenus les messagers et les transmetteurs des vues et des intentions de l’occupant. Pas un seul d’entre eux n’osera évoquer, serait-ce d’un seul mot, le quadrillage de l’Europe par les cinq cents bases militaires de l’OTAN, de Ramstein à Sigonella et de Bruxelles aux frontières de la Russie, pas un seul d’entre eux n’évoquera l’alliance renforcée de la Russie et de la Chine afin de parer à la menace du renforcement constant du « bouclier » américain. On ne saurait créditer les médias du recul et de la pénétration d’esprit nécessaires à une vue panoramique du destin d’une civilisation en agonie. Si Hitler avait gagné la guerre, le corps entier des journalistes serait aujourd’hui au service d’un empire nazi triomphant, si Staline avait envahi l’Europe, le journalisme actuel serait le levier de la para-théologie et de l’eschatologie marxistes.

C’est pourquoi, dans son débat avec Alain Juppé, François Fillon n’a visé qu’une seule cible, les journalistes. Sur ce point, il faut constater que Donald Trump n’a fait que prendre sa succession : il a tout simplement refusé de donner la parole à un journaliste de CNN et l’a accusé, avec le retentissement mondial que l’on sait, de n’être qu’un diffuseur de fausses nouvelles au service du parti qui le stipendie.

Quant à la France américanisée, elle a battu tous les records de la servitude volontaire, puisque tout au long de l’été 2016, France-Inter a convié le peuple français à partir en vacances avec un livre américain sous le bras. La vassalisation de la presse au service de l’occupant est devenue à ce point le centre stratégique de l’Europe américaine, qu’il n’y aura de retrouvailles de la France et de l’Europe avec leur souveraineté qu’à la suite d’une guerre ouverte des forces vives des nations du Vieux Continent contre la propagande américaine relayée par tous principaux organes de presse dont leurs plus célèbres éditorialistes sont d’anciens Young leaders, à commencer par Bernard Guetta.

Pour cela, il faudra qu’internet apprenne à analyser de l’intérieur l’art et les moyens de la subversion américaine mise en place par les médias officiels, lesquels stigmatisent sous le sobriquet de « complotistes » les dénonciateurs de nouvelles falsifiées. En effet ces médias disposent de moyens aussi multiples que divers pour tordre le cou à la vérité: tantôt ils ignorent purement et simplement certains évènements, tantôt, dans la foulée, ils donnent la parole à un pseudo « témoin » sur place – une fillette « tweeteuse » ou un « opposant » modérément modéré – tantôt ils interrogent le « directeur » d’un institut au titre ronflant, tantôt ils se réfèrent avec une unanimité touchante à un Observatoire syrien des Droits de l’Homme, alimenté par un seul individu sis dans une banlieue anglaise, M. Rami Abdel-Rahman, etc. etc. le tout dans un climat de feinte neutralité peinte aux couleurs de l’objectivité et qui introduit l’art de subvertir le réel dans le tissu même du récit.

Ecoutez Macron, ex Young Leader, lui aussi, stigmatiser le repli de la droite sur un nationalisme étroit et prôner le pseudo « esprit d’ouverture » d’une gauche entreprenante et créatrice, alors que le vrai repli est précisément de se boucher les yeux et les oreilles sur la présence militaire impérieuse, évoquée plus haut, d’un occupant qui a conduit toute la classe dirigeante européenne et toute l’intelligentsia du Vieux Monde, à légaliser une occupation militaire perpétuelle.

Ici encore, la politologie et la science historique devront s’instruire d’une connaissance nouvelle du genre humain, celle des formes insinuantes de la soumission dont l’Europe américaine aura enrichi la science de la mémoire qu’on appelle l’histoire. La véritable postérité du Déclin de l’Occident d’Oswald Spengler paru en 1918, est ouvert.

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L’Europe à la recherche de son âme

L'Europe à la recherche de son âme

1 – Le coût des victoires
2 – Le réapprentissage de la souveraineté
3 – La démocratie et le principe de l’égalité devant la loi
 

1 – Le coût des victoires []url:http://aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr/tstmagic/1024/tstmagic/decodage/europe_ame.htm#b

La fable s’attache comme le lierre à l’arbre de la souveraineté des peuples. Il nous faudra donc une maïeutique du bon sens, et pour cela, nous nous exercerons à un calcul précis du prix que les démocraties décérébrées et leur culte de la platitude paient pour accoucher de l’immoralité de leur politique. Si les Etats issus des principes universels de 1789 apprenaient en toute lucidité à prévoir le coût éthique des désastres réels et surréels qui succèderont inévitablement à ceux auxquels il fallait bien mettre précipitamment un terme, ils sauraient également en circonscrire les suites désastreuses et en limiter le coût.

Exemple : quel fut le montant de la facture qu’il a fallu payer pour remporter la victoire, pourtant nécessaire, sur Hitler?

Primo, il était impossible de ne pas collaborer avec l’auteur du Goulag, lui-même attaqué par les troupes nazies; secundo, le tyran de l’Est, puis les émules de son école du salut, on les a eus sur le dos pendant quarante quatre ans, de 1945 à 1989; tertio, l’empire, biphasé lui aussi, de la démocratie américaine, en a profité pour se porter au rang de la première puissance schizoïde de tous les temps; quarto, l’Europe démilitarisée par ce dieu-là, a perdu son rang de continent-pilote; quinto, le rêve économique des apôtres du prolétariat mondial a bloqué un siècle durant les sciences humaines et l’anthropologie critique pourtant si clairement inscrites dans la postérité réaliste et logique de Darwin et de Freud; sexto, l’effondrement du séraphisme armé de Karl Marx a conduit à l’hypertrophie d’un capitalisme monoculaire, comme si le cerveau simiohumain oscillait sans cesse de l’aveuglement au cynisme.

Si nous réfléchissions à ces apories que notre souveraineté retrouvée devra résoudre, nous prendrions une grande avance sur l’étiage cérébral de notre temps.

Second exemple : quel a été le coût de la victoire sur le premier empire, de « Dieu » et de son bras droit du moment – la Sainte Alliance des rois européens de droit divin de l’époque? Trois rois – Louis XVIII, Charles X et Louis-Philippe – puis un empereur à barbichette – Napoléon III – ont obscurci l’horizon mondial de la réflexion sur les arcanes anthropologiques de la grande Révolution de 1789.

Si, dès 1789, nos radiographes s’étaient attachés à la pesée des théologies bicéphales, puis à décoder l’enracinement viscéral du sacré simiohumain dans la politique mythologique des démocraties modernes, ils auraient prévu l’échec actuel d’une Union européenne toute verbale et qui s’est égarée dans un angélisme de la candeur. Qui peut croire que les urnes seraient les couveuses naturelles des grands chefs d’Etat? Considérons les niais que notre suffrage universel met depuis deux siècles au timon des affaires du monde!

Troisième exemple : En Libye, la sodomisation publique du Colonel Kadhafi à l’aide d’un bâton, au Caire le spectacle d’un octogénaire sur une civière – le Colonel Hosni Moubarak – devant un tribunal du peuple triomphant, au Pakistan, le meurtre en direct de Ben Laden à la télévision américaine et sous les yeux ravis du Président des Etats-Unis et des principaux membres de son gouvernement tombés en extase, tout cela ressortit au calcul du prix de l’entretien après vente des victoires théopolitiques.

2 – Le réapprentissage de la souveraineté []url:http://aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr/tstmagic/1024/tstmagic/decodage/europe_ame.htm#b

Si le Quai d’Orsay s’entendait avec Moscou, Téhéran et Ankara ce groupe d’Etats pourrait limiter l’influence passagère de l’Amérique dans le monde arabe – alors que le maître de l’OTAN en avait profité pour bâillonner plus étroitement ses vassaux.

Il est absurde de donner au monde entier l’illusion que les Etats-Unis seraient les chevaliers sans peur et sans reproches d’une démocratie naïvement universelle; il est absurde de donner à l’empire américain l’occasion de crier: « Voyez comme nous sommes démocrates », alors que, dans le même temps, l’Arabie Saoudite demeure le pilier, dans la région, de la stratégie du pétrole et du dollar et que ces deux Etats ont été les fournisseurs d’une armée de mercenaires fanatisés, chargés de déstabiliser tout le Moyen-Orient à leur profit.

Nous expliquerons donc à M. Poutine qu’il ne suffit pas d’avoir arraché les richesses du sous-sol russe aux crocs d’ivoire de Goldman Sachs et aux mâchoires en or massif d’autres banquiers, mais qu’il fallait éviter, en 2008, de laisser un néophyte, Dmitri Medvedev, ruiner le crédit de la Russie à Téhéran et au Moyen Orient en cautionnant les sanctions américaines.

Nous expliquerons aux peuples démocratiques la nécessité d’un patient apprentissage du contenu tragique et pourtant revigorant de leur future souveraineté. Souvenons-nous de ce que les trois vaincus de la dernière guerre, l’Allemagne, l’Italie et le Japon sont encore des pays occupés, que l’Allemagne de Mme Merkel joue encore les femmes de ménage à enseigner seulement la diététique et la morale à une Europe anesthésiée et que la seule ascèse qui conduise les peuples libres à la grandeur politique est celle qui leur fait aimer les dangers que leur solitude leur fait courir parmi les fauves. L’angoisse des arènes est inséparable des responsabilités souveraines.

Le premier pas de tout chef d’Etat européen serait de demander résolument le départ des troupes d’occupation américaines d’Allemagne, d’Italie et du Japon. Nous y ajouterions des remerciements, parce que la diplomatie est une forme de la courtoisie entre les Etats – mais nous savons qu’il n’est jamais arrivé dans l’histoire du monde qu’un pays occupé par des troupes étrangères aurait disposé autrement qu’en trompe-l’œil, des prérogatives et des apanages d’un véritable Etat. Puisque notre classe dirigeante est demeurée enfantine et benête et puisque toute l’élite politique des démocraties nées du Candide de Voltaire, ignore ces évidences, nous les expulserions de l’arène.

3 – La démocratie et le principe de l’égalité devant la loi []url:http://aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr/tstmagic/1024/tstmagic/decodage/europe_ame.htm#b

Et maintenant, étudions Lycurgue et observons la scission actuelle de la population mondiale entre deux catégories de citoyens de rangs différents. Cette scission a présidé aux funérailles de toutes les sociétés et de toutes les civilisations. L’empire du Milieu a fait naufrage à la suite de l’hypertrophie du mandarinat des lettrés, la Rome antique a commencé, sous Tibère, d’autoriser les légions à camper dans l’enceinte de la ville, où elles ont non seulement fait et défait les empereurs à leur fantaisie, mais bien vite subordonné les Romains à leur loi.

Mais la variante militaire de la scission interne des Etats obéit à un schéma qu’illustre désormais l’omnipotence de la bureaucratie : Justinien avait six cents barbiers attitrés avant que les Germains vinssent y « mettre de l’ordre », comme disent les Allemands d’aujourd’hui. De nos jours, le Président Hollande dispose d’un coiffeur personnel dont les appointements s’élèvent à ceux d’un ministre.

Et pourtant, le XXIe siècle n’est ni celui de Tacite, ni celui d’Henri IV d’Allemagne, qui humilia le pape Grégoire VII à Canossa. Les terres d’Arioviste servent désormais de champ d’exercice et de rampe de lancement aux troupes américaines appelées à gesticuler aux frontières de la Russie. Quand une civilisation a abandonné à la fois sa terre et ses armes, le champ est libre pour la foule des petits chambellans des Etats modernes qu’on appelle maintenant des fonctionnaires.

Pour qu’un Etat qualifié de démocratique conquière sa souveraineté pleine et entière sur la scène internationale, le peuple doit échapper à la coupure mortelle entre deux catégories de la population. Apprenons donc de Lycurgue que la moitié d’un peuple ne saurait appartenir à une essence supérieure et exercer sur l’autre moitié une suprématie due à son essence et quintessence, donc anticonstitutionnelle par définition.

Mais nous observerons que, deux siècles seulement après la Révolution, toutes les nations dites démocratiques se trouvent à nouveau divisées entre deux fractions du peuple, séparées par un fossé social et politique aussi profond et non moins infranchissable que sous la monarchie. Mais, du moins l’Ancien Régime n’affichait-il pas la tromperie de prétendre incarner le principe à la fois républicain et biblique d’une égalité mythologique de ses sujets devant la cour et les grands, tandis que le trône de la démocratie principielle proclame universelle une égalité mythique, donc chimérique et pourtant censée incarnée.

Observons combien l’inégalité des citoyens devant la loi s’exprime désormais jusque dans leur chair, observons combien la démocratie dite égalitaire sécrète une titanesque classe para ecclésiale, dont l’un des privilèges les plus exorbitants et de « droit divin », si je puis dire, n’est autre que l’inégalité de traitement effectif des malades tant devant le corps médical que devant le concept de démocratie auquel l’Etat sert d’autel et d’offertoire. En effet, la masse des Français salariés se trouve rangée à l’écart de la caste des petits aristocrates du pouvoir politique, dont la noblesse s’est seulement rapetissée derrière des guichets. La multitude des pauvres hères ligotés aux entreprises privées se gardent bien de l’imprudence de se porter pâles – sinon, trois jours durant, leur carcasse perdra sa pitance et il a été question de leur en faire perdre quatre. Puis jetons un regard aux cinq millions de charpentes que nous voyons jouer les malades imaginaires aux frais de la nation – et cela tout le temps qu’il leur prendra fantaisie de goûter aux pathologies simulées.

Comment voulez-vous que l’obésité administrative d’une démocratie de malades imaginaires ne s’agrippe pas à l’Etat comme leur seringue aux médicastres du grand Siècle, comment voulez-vous qu’un Etat retranché sur l’Aventin et devenu le défenseur des nouveaux privilèges ne suscite pas un nouveau Sieyès?

Souvenons-nous des lois de Sparte, la seule cité dont la Constitution ait su associer l’autorité des rois à celle d’une sorte de conseil constitutionnel chargé de l’assister et de contrôler en permanence l’exercice de ses fonctions, souvenons-nous de ce que les décisions élaborées en commun par ces deux instances législatives étroitement associées étaient soumises à l’approbation ou au rejet du peuple. Pour aboutir à cet équilibre, Lycurgue avait dû s’entourer d’une garde de trente citoyens lourdement armés. La légende raconte qu’à l’occasion de la promulgation d’une loi sur les grandes fortunes, il fut attaqué en pleine rue et qu’on lui creva un œil. A la vue de son visage ensanglanté, la foule fut saisie de honte. On le raccompagna chez lui avec toutes les marques de vénération alors en usage.

Si aucun Lycurgue ne venait remettre à flots le vaisseau alourdi de hochets coûteux qu’on appelle l’Europe, ce continent empruntera le même chemin de la mort qu’un certain Empire du Milieu, dont on sait qu’il était devenu à lui-même sa cité interdite.

Mais n’oublions pas que, de surcroît, vingt-six ans après la chute du mur de Berlin, l’Europe demeure occupée par cinq cents bases militaires américaines, de Narwick à Sigonella et de l’Angleterre à la Roumanie. Sitôt que le Président Trump sera enfin entré effectivement en fonctions, ce seront les constitutions mêmes des Etats vassalisés sous le sceptre de l’OTAN qu’il faudra remettre sur le droit chemin. En effet, la loi fondamentale de ces vassaux les place à perpétuité sous la domination du Pentagone.

Il sera impossible à la Russie de ne pas soulever d’emblée cette question focale avec la Maison Blanche.

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L’histoire entre grandeur et petitesse

L'histoire entre grandeur et petitesse
1 – Entrons dans l’arène
2 – Les conséquences de l’ex-parenthèse Alain Juppé
3 – La décomposition de l’Europe
4 – Le despotisme cajoleur
5 – L’homme à la recherche d’un protecteur

 
 1 – Entrons dans l’arène

Il aura fallu quelques heures seulement à Moscou et à Pékin pour apporter la seule réponse logique à la violente incartade verbale du Président Donald Trump, qui s’est ouvertement attaqué à l’unité nationale et territoriale de la Chine.

Je rappelle que la pathologie dont souffre Mme Hillary Clinton et qui ressortit à la maladie de Parkinson, l’avait conduite, elle aussi, à la croyance qu’il suffirait de montrer les dents à Moscou et à Pékin pour conduire ces Etats chancelants sur les chemins des repentances et des pénitences de bon aloi.

Au premier abord, je me suis donc demandé si l’incartade de M. Trump était une extension à la géopolitique de l’hypothèse de Gabriel Tarde (1843-1904), auteur des Lois de l’imitation. Je reviendrai sur cette question au mois de janvier quand les brumes actuelles se seront dissipées.

Revenons, pour l’instant, à une géopolitique de la grandeur et de la petitesse de l’histoire mieux enracinées dans la pesée des forces en présence et qui a aussitôt conduit Moscou et Pékin à consolider leur alliance sur la scène internationale. D’un côté, nous voyons une jeune nation qui a débarquée sur la planisphère moins de trois siècles, de l’autre, nous voyons un peuple d’un milliard trois cent millions d’âmes enracinées sur leur terre depuis cinq millénaires et auxquels nous devons les deux guides qui ont conduit le genre humain à la lucidité spirituelle et politique, le Bouddha et Confucius.

De siècle en siècle, l’Eveillé rappelle à une humanité demeurée embryonnaire, que l’homme n’a pas d’autre interlocuteur que lui-même dans le vide et le silence de l’immensité, tandis que Confucius nous répète de siècle en siècle qu’une politique privée d’une morale conduit au naufrage du genre humain. Je constate que ces deux pédagogues ont posé les fondements d’une conscience demeurée d’avant-garde encore de nos jours.

Depuis mon analyse d’il y a quinze jours sur ce site, l’élimination du champ de l’histoire en marche des Etats fictifs, qui ne sont jamais que les porte-parole de leur maître, s’est accélérée. De plus, le réapprentissage du réel au sein des nations écartées de l’arène, a également pris une allure plus rapide. Une Chine longtemps absente du théâtre de la géopolitique a découvert qu’il lui faut retrouver la rapidité des réflexes de boxeur sur le ring. Ce changement de cadence du temps donne un sens nouveau au titre de l’ouvrage déjà ancien d’Alain Peyrefitte: « Quand la Chine s’éveillera… » Une nation ne sort du sommeil qu’à l’épreuve des coups qui lui sont portés.

Nous entrons dans une ère nouvelle de la géopolitique, celle du passage de l’éclairage aux bougies à la découverte de l’électricité. Nous verrons bien si le recul intellectuel auquel l’anthropologie critique s’exerce depuis quinze ans se montrera à la hauteur de ce changement de voltage de la planète.

Dans ce contexte, je commencerai par rappeler le rôle asservissant, mais prétendument gaulliste, qu’a joué en son temps Alain Juppé.
 

 

2 – Les conséquences de l’ex-parenthèse Alain Juppé
 

Dans les décombres d’une civilisation, comment une poignée d’historiens incorruptibles tenteront-ils de comprendre les hommes politiques qui se seront fait de leur petitesse les béquilles d’une carrière?

Observons, la loupe à l’œil, la trajectoire étriquée d’un ex-candidat à la présidence de la République, qui a bénéficié pendant plus de trente ans d’un calibrage exagéré au regard des véritables intérêts de la France, M. Alain Juppé.

Voilà un falsificateur de l’histoire qui n’a pas craint de proclamer « gaulliste » la prosternation d’un Général de Gaulle imaginaire et construit de toutes pièces, devant le sceptre et le joug du Pentagone. Dès les années 1990, Alain Juppé, Ministre des affaires étrangères et Young Leader au service de la politique américaine, participe à l’anéantissement de la Serbie et au projet d’Albanisation de la région qui se concrétisera par la création de l’Etat maffieux du Kosovo, qui sera couronné par la construction de la plus grande base militaire américaine en Europe, Camp Bondsteel. Souvenons-nous d’un Alain Juppé qui déplorait que l’Europe ne parvenait pas résoudre un conflit local entre communautés dans la région, à la suite de la mort du Maréchal Tito et qui implorait quasiment les Etats-Unis de venir bombarder une Serbie diabolisée. En 2014, lors d’une émission télévisée, il déclarait en toute modestie: « Je ne vais pas paraître très modeste, mais tout le monde s’accorde à reconnaître que je n’ai pas été un mauvais ministre des Affaires Étrangères entre 93 et 95?« .

Il a, en effet, été un excellent ministre des affaires étrangères au service des intérêts d’un Pentagone souverain.

Alain Juppé fait aujourd’hui son mea culpa face au chaos qui règne actuellement en Lybie; mais en 2011, en compagnie du va-t-en guerre tous azimuts, Bernard Henri Lévy, de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, il s’est révélé l’un des plus farouches défenseurs de l’intervention militaire dans ce pays. Ne clamait-il pas, à la tribune de l’ONU: « Il n’y a pas d’avenir pour Kadhafi en Libye« . Les compagnies pétrolières américaines qui s’y installent en dépit de la guerre civile qui ravage les restes de ce pays, l’en remercient.

En Syrie, ce fervent adepte de la géopolitique de son collègue Bernard Kouchner, celle de l’obligation des politiciens occidentaux au grand cœur de « protéger les populations« , théorie également appelée « intervention humanitaire« , Alain Juppé a entonné l’antienne, reprise à pleine gorge par un autre grand humaniste, Laurent Fabius, « Assad must go« , Assad doit partir. Ce pelé, ce galeux tue son peuple et soutient les terroristes tout en feignant de lutter contre eux. Les Etats-Unis, suivis de la cohorte des vassaux européens, accompagnés des célèbres droits-de-l’hommistes de l’Arabie Saoudite, du Qatar et de la Turquie, se sont attelés à la tâche de détruire une Syrie laïque et d’en chasser ou de tuer son président, une Syrie dans laquelle toutes les communautés religieuses cohabitaient et héroïquement défendue par une armée de conscrits majoritairement sunnites. Et aujourd’hui Alain juppé avoue tranquillement que « la diplomatie française est la dernière, ou presque, à s’en tenir à la ligne du refus de toute discussion avec Bachar qui était celle de N. Sarkozy et la mienne. »

Quelques jours avant les élections à la primaire de la droite notre Young Leader américanisé est allé se « ressourcer » à Colombey les deux Eglises! Pendant les sept minutes qu’a duré le récital de ses démissions à la télévision, M. Juppé s’est exclamé: « Et puis, ils nous ont délivrés« . Cette auto-domestication sur la potence d’une gratitude éternelle, cela ne vous rappelle-t-il rien?

Voilà un tricheur qui n’a pas craint de peindre en pied un Général de Gaulle de pacotille qui aurait joué à colin maillard, à qui perd gagne, ou au yoyo avec la dignité de la France, voilà un pseudo Général de Gaulle qui se serait prosterné le front dans la poussière à la suite d’une amende de neuf milliards infligés à sa nation pour avoir tenté d’écrire la véritable histoire de la seconde guerre mondiale, voilà un falsificateur du passé de son pays qui se serait félicité que les navires de guerre fabriqués à Saint Nazaire et destinés à la Russie aient été bradés, voilà un minuscule louangeur d’un homme du 18 juin en carton pâte, dont la logique interne qui lui dicte sa propre petitesse aurait vendu à l’Egypte l’honneur et la dignité de la France, en échange d’une commande dérisoire d’hélicoptères par la Pologne, annulée depuis.

Il était important de résumer la place qu’a occupée dans l’histoire de la France un logicien de sa propre petitesse dont la trajectoire nous remettra sans cesse en mémoire que l’histoire des nations s’inscrit sur le cadran de la grandeur et de la petitesse.

Par bonheur, le bon sens du peuple français a triomphé de ce saltimbanque et de ce funambule de sa patrie: le verdict populaire l’a terrassé par un score implacable de soixante-dix à quatorze – je dis quatorze parce qu’une fraction de seize pour cent de la gauche américanisée et corrompue à l’école de Washington et de Tel Aviv, lui a offert in extremis un appoint artificiel et seulement passager.

3 – La décomposition de l’Europe

Mais de quel souffle, de quelle pesée de la petitesse et de la grandeur d’esprit nous servirons-nous pour comprendre la future diplomatie du Nouveau Monde avec la Russie et avec la Chine. Comment le nouveau Président des Etats-Unis négociera-t-il avec le Kremlin et avec une Europe vassalisée sous le sceptre américain de l’OTAN?

Il sera impossible à la Russie de légitimer la présence perpétuelle, donc de génération en génération, de cinq cents bases militaires américaines de Ramstein à Sigonella et de Bruxelles aux frontières de la Pologne, il sera impossible à la Maison Blanche de demain de valider l’abandon perpétuel de la souveraineté de l’Europe sur son propre territoire, il sera impossible de proclamer démocratique et conforme au droit international, l’abandon par les classes dirigeantes du statut d’Etats souverains de leurs nations.

Sur quelle balance de la grandeur et de la petitesse de l’histoire la Maison Blanche de demain pèserait-elle la grandeur et la petitesse d’une Europe vassalisée si le Président Trump n’avait pas en mains les cartes qui lui permettront de convaincre le peuple américain qu’il ne le conduira pas au naufrage géopolitique d’un empire militaire armé jusqu’aux dents en adoptant une attitude respectueuse à l’égard de l’identité des autres Etats.

Comment une Europe endormie dans le sommeil hypnotique de sa réduction à la minusculité ne ferait-elle pas passer devant une haute cour de justice sa classe dirigeante vassalisée qui aura tenté de valider pour les siècles à venir une auto domestication inscrite dans sa constitution même.

Comment une classe dirigeante de l’Europe, coupable d’une telle trahison, jouirait-elle de l’impunité à la barre du tribunal de l’histoire ? Si elle n’avait pas de comptes à rendre, sa fausse innocence serait une tache indélébile dans l’histoire d’un Vieux Monde en décomposition?

4 – Le despotisme cajoleur

La tâche immense de construire la balance de la grandeur et de la petitesse de l’histoire ne serait plus à la portée de M. Donald Trump si l’empire américain se trouvait cloué au pilori et mis sur la défensive par le monde entier qui se serait précipité aux obsèques de Fidel Castro. Mais comment expliquer aux Américains qu’ils doivent métamorphoser de fond en comble leur comportement exaspérant à l’égard de tous les autres peuples de la terre?

Sans doute n’existe-t-il pas encore de service du protocole à la Maison Blanche, puisque personne n’avait informé Mme Obama de ce que la reine d’Angleterre n’est pas une vieille dame sur le dos de laquelle il serait permis de poser une main subrepticement protectrice et frauduleusement présentée comme un adoubement cajoleur. Raul Castro, lui aussi, avait dû écarter violemment de ses épaules une main familière et arrogante de M. Obama qui se voulait flatteuse, mais qui se montrait subrepticement despotique.

Sur quelle balance de la grandeur et de la petitesse de l’histoire, le Président Trump enseignera-t-il au peuple américain à traiter ses interlocuteurs en égaux si, partout dans le monde, l’Amérique est un main dominatrice et faussement amicale qui se pose doucereusement sur votre cou, avant de le serrer violemment et qui vous rappelle que la bienveillance apparente est la forme raffinée de la tyrannie.

5 – L’homme à la recherche d’un protecteur

Mais ce n’est pas tout: sur quelle balance la grandeur et de la petitesse de l’histoire, M. Vladimir Poutine pèse-t-il, lui, ses relations avec la planète d’aujourd’hui et de demain? Cet homme d’Etat a compris que notre astéroïde manque d’un souverain transcendantal dont la sagesse et la grandeur échapperaient quasiment à la petitesse de la condition humaine.

Quand trois chasseurs bombardiers helvétiques accompagnent un avion civil russe, il sourit et son amusement démontre qu’il ne tombe pas dans le piège du temporel : il n’élèvera pas cette galéjade militaire au rang d’un incident diplomatique, il ne rabrouera pas une nation microscopique dont la pseudo neutralité croit défier la Russie – non, dit-il, une plaisanterie militaire des Helvètes ne vaut pas un esclandre diplomatique, mais seulement un peu d’ironie.

Décidément la balance à peser la grandeur et la petitesse du genre humain est la clé de l’histoire du monde de demain. Car la corruption née de la minusculité règne au cœur de la science historique pseudo rationnelle et pseudo scientifique d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Mais il y aura nécessairement une poignée d’incorruptibles de Clio, qui feront la loi sur le long terme et qui seuls serviront de référence à l’histoire véritable et en profondeur du genre humain.

Or, cette histoire véritable est celle de la panique d’entrailles d’une humanité encore plongée dans l’enfance et qui dépose son identité effarée sur les épaules de ses dieux dans le vide et le silence de l’immensité. Voyez combien trois dieux uniques assument la véritable condition de la créature qui, à l’égal de ses dieux, n’a pas de spectateur lointain, désinvolte et condescendant, qui poserait une main protectrice sur son encolure. Les dieux sont seuls dans le néant dont ils assument la charge, ils sont les effigies de l’humanité véritable.

Mais qu’une humanité encore dans l’enfance colloque des géants invisibles dans l’espace se comprend, mais que des savants spécialisés dans diverses sciences exactes délèguent des personnages solitaires, invisibles et fantastiques dans un cosmos désert, voilà qui démontre la petitesse d’une humanité qui charge des personnages imaginaires d’assumer sa propre panique d’entrailles et d’exorciser sa solitude. Décidément, l’avenir de la conscience de soi de la créature se révèle la vraie balance de la grandeur et de la petitesse de l’histoire. .

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Blanche Neige et les vingt-sept nains

Blanche Neige et les vingt-sept nains

1 – Les cultures et leurs capitales
2 – Paris est-il menacé ?
3 – La maison de poupée européenne
4 – Faire sortir l’Europe des chapelles de l’OTAN
5 – Les journalistes, porte-paroles de l’OTAN
 

1 – Les cultures et leurs capitales

Le premier théoricien de l’alliance des grands Etats – et d’abord de leurs capitales – avec la création culturelle et universelle de leur temps, n’est autre que Périclès, qui disait que l’Attique et d’abord Athènes, était la pédagogue de toute l’Hellade, c’est-à-dire de toutes les cités grecques. Puis Rome a suivi l’exemple de la Grèce : même sous Néron ou Tibère, les écrivains, les poètes, les peseurs et les penseurs de la politique et de l’histoire du monde, accouraient à Rome de toutes les provinces de l’empire.

La première expression du génie de la Révolution de 1789 fut de comprendre que l’alliance de la politique avec la culture avait quitté Versailles et la cour pour placer Paris au cœur de la nouvelle alliance de la France avec l’universel. Mais comment se fait-il que Berlin ne sera jamais plus la capitale de la civilisation allemande; comment se fait-il que Berlin ne retrouvera jamais le rôle centralisateur et unificateur qu’il jouait depuis Hegel? Comment se fait-il que Berlin se trouvera à jamais réduit à la même impuissance que Washington de jamais incarner une capitale de l’esprit dont tout le monde voit clairement qu’elle ne sera jamais le chef et le guide reconnu d’une « civilisation américaine » unifiée et qui parlerait d’une seule voix?

Pour le comprendre, il faut observer à la loupe comment Heidegger a réduit l’Allemagne à des ilots culturels ambitieux d’affirmer leur autonomie provinciale à l’égard de Berlin. Car la parution en 1927 de Sein und Zeit L’Etre et le temps – avait donné au philosophe allemand un éclat mondial qui s’était aussitôt répercuté sur la petite université de province qu’était Fribourg- en – Brisgau. Mais en refusant l’offre de Berlin d’enseigner dans son université, Heidegger rendait impossible de perpétuer une Allemagne intellectuellement et politiquement centralisée. Le philosophe de Sein und Zeit a contraint l’Allemagne à cultiver des identités culturelles locales et ardentes à défendre une autorité provinciale illusoire. Aujourd’hui, Francfort, Cologne, Munich, Leipzig revendiquent avec acharnement leur principauté culturelle locale, afin d’interdire à Berlin de jamais reconquérir les apanages et les prérogatives d’une capitale du génie national allemand.

2 – Paris est-il menacé ?

Quel est, de nos jours, l’avenir politique et culturel de Paris? Cette place forte de l’universalité de la France continuera-t-elle de jouer dans le monde le rôle que Périclès attribuait à Athènes et à l’Hellade? Aujourd’hui, tout auteur qui se ferait éditer à Bordeaux, à Lyon ou à Marseille, se réduirait lui-même à un silence sans remède, faute que son ouvrage puisse rencontrer un écho national, parce qu’une capitale capable de trouver un écho politique et culturel confondus a besoin du noyau et du soutien d’un public transmunicipal et initié aux exigences de lecteurs informés des conditions d’épanouissement d’une vie de l’esprit.

Mais que se passerait-il si des prix Nobel – Le Clézio ou Modiano – se faisaient éditer à Marseille, à Lyon ou à Toulouse? Dans ce cas, la France se morcellerait-elle à la manière de l’Allemagne ou des Etats-Unis et se compartimenterait-elle en féodalités culturelles attachées à protéger leur autonomie? Autrement dit, Paris serait-il menacé de perdre son hégémonie éditoriale à l’exemple de Berlin, pour ne rien dire d’une « civilisation américaine » dont Washington illustre l’impuissance de faire parler la politique et la culture d’une seule voix?

3 – La maison de poupée européenne

L’examen de cette situation s’impose à mon anthropologie critique dont la vocation demeure la pesée de la manière dont le genre humain construit ses signifiants et conjugue le verbe comprendre. Car ce que nous appelons l’intelligible obéit à des finalités dont l’anthropomorphisme ne saurait échapper plus longtemps à nos balances du vrai et du faux. Or, le but évident de l’empire américain est de pervertir le langage de l’Occident et de changer le sens des mots.

Certes, il faut saluer l’accession progressive des femmes aux responsabilités politiques au sein des Etats. Mais quand on voit une kyrielle de femmes promues au rang de ministre de la défense européenne proclamer que l’OTAN serait une paroisse de la vertu politique et un gage de sainteté au sein d’un Eden de la démocratie, il faut rappeler que la mentalité du scoutisme est au rendez-vous d’une démocratie contrefaite. Le culte d’un OTAN évangélique n’a pas tout subitement changé toutes les femmes politiques en des Isabelle de Castille, des Catherine de Russie, des Cléopâtre ou des Sémiramis. L’alliance de l’ignorance avec la sottise n’est autre que le plat de résistance des délitements de la pensée rationnelle.

Si la France fondée sur l’alliance de la République laïque avec la pensée critique devait faire naufrage sous les coups de boutoir d’un OTAN à l’usage d’Alice au pays des merveilles, c’en serait fait du rôle de pédagogue que Périclès donnait à l’Attique et à Athènes. Quand on voit le Président Obama, encore en exercice jusqu’au 20 janvier 2017, programmer une dernière visite à l’Europe asservie afin faire jour à la Chancelière allemande le rôle d’une Blanche Neige au pays des vingt-sept nains et, dans le même temps, objurguer les vassaux rassemblés sous le sceptre pseudo apostolique de l’OTAN, à refuser aux navires russes l’accès aux ports du Vieux Monde, on comprend que l’alliance des candeurs paroissiales avec les naufrages de la raison politique est devenu une actualité dont l’examen exige toute la vigilance d’une anthropologie de la politique mondiale d’aujourd’hui.

4 – Faire sortir l’Europe des chapelles de l’OTAN

Jamais la question posée par Périclès ne s’est révélée plus présente qu’aujourd’hui. Longtemps le pouvoir s’est trouvé livré à un clergé seul appelé à jouer le rôle d’une classe dirigeante avertie. Et maintenant, l’humanité se trouve scindée entre un public ayant accès à internet et une masse demeurée absente de l’information géopolitique réelle. Il s’agit de détecter les endroits stratégiques qui permettent tout simplement de savoir ou d’ignorer ce qui se passe réellement sur le globe terrestre, il s’agit tout simplement de savoir si vous avez accès ou non aux dépêches qui vous informent de ce qui se passe réellement sur notre astéroïde.

Si vous n’avez pas accès aux sites russes, vous vous trouvez bien davantage coupés de la réalité que les chrétiens du Moyen-Age et si la Russie ne prenait pas la relève de la connaissance réelle de l’histoire du monde, il est évident que le naufrage de l’Europe dans la servitude serait sans remède, tellement la cécité politique des masses est devenue hallucinante. Personne ne demande simplement à un Alain Juppé, ancien Young Leader, donc pré-sélectionné par Washington si, oui ou non, il aurait eu l’intention de maintenir la France dans l’OTAN et donc de perpétuer la présence inconstitutionnelle par nature, de cinq cents bases militaires américaines en Europe.

Voltaire ou Rousseau imaginaient que l’univers serait une horloge parfaite et que la divinité des chrétiens en serait l’horloger. Non, le cosmos n’est pas une horloge bien réglée, oui, le chaos règne à l’échelle de la géopolitique contemporaine, oui, la candeur n’est pas à l’échelle de la géopolitique d’aujourd’hui, non, la lucidité de demain n’est pas à la portée de nos petits évangélisateurs, oui, l’apprentissage de la pensée et de la réflexion politique est encore à venir.

En attendant, le rêve d’une Europe subrepticement théologisée par l’OTAN demeure le roi de la « servitude volontaire » de l’Europe d’aujourd’hui.

5 – Les journalistes, porte-paroles de l’OTAN

Par quelle usurpation d’identité la classe des journalistes est-elle parvenue à se substituer à l’ancienne intelligentsia au sein des démocraties modernes? Pour le comprendre, il faut remonter au génie d’Anatole France, à une époque où la presse était déjà devenue un tremplin social, mais où il lui manquait encore la caution d’un grand écrivain.

Or, l’auteur de Thais et du Lys rouge n’a pas été élu à l’Académie française pour avoir publié une œuvre littéraire remarquable, mais pour avoir accepté d’assumer la fonction de critique littéraire du journal Le Temps. Il n’y a pas seulement apporté son immense documentation d’historien de la littérature, mais le talent d’une écriture dont la délicatesse confinait au raffinement. C’est Anatole France qui a porté le génie critique à la température d’un genre littéraire nouveau.

Puis sa maîtresse, Mme Arman de Caillavet, avait tenu, à la Villa Saïd, un salon qui a joué, dans le vie littéraire de son temps, un rôle équivalent à celui du salon de Mme de Rambouillet au XVIIe siècle et des grands médias de la presse écrite, des radios et de la télévision d’aujourd’hui. C’est l’illustre caution d’Anatole France qui, près d’un siècle plus tard, conduira de simples journalistes et des chroniqueurs de médias audiovisuels – Michel Droit, Pierre-Henri Simon, Jean-Marie ROUART, Joseph Kessel, Bertrand Poirot Delpech, André Frossart, Alain Decaux, Angelo Rinaldi, Jean-François Revel ou Alain Finkielkraut – à siéger quai Conti.

A l’origine, le journaliste était un citadin et, à ce titre, il s’inscrivait dans la tradition de Voltaire, face aux défenseurs du monde champêtre qu’illustrera Rousseau. Puis, peu à peu, les journalistes sont devenus des défenseurs camouflés de l’orthodoxie politique des maîtres du moment.

De nos jours, les hommes politiques interviewés par un journaliste sont les otages du questionneur pointilleux et souvent agressif, chargé de vérifier leur conformité à la doxa officielle. Les journalistes de ce type ne savent ni sur quel axe notre astéroïde pivote, ni dans quelle direction il court.

C’est à ce type de satrapisme d’un journalisme dégénéré que M. François Fillon a commencé de s’attaquer de front.

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Le rêve est le roi de la politique

Le rêve est le roi de la politique
Le président russe Vladimir Poutine a exprimé l’espoir que « les relations entre la Russie et l’Amérique s’amélioreront. »

Le Président Donald Trump a déclaré, de son côté, que les Américains « sont prêts à collaborer avec les nations. »

Ces deux déclarations convergent sur un point décisif, celui d’inaugurer une morale internationale nouvelle: l’exigence d’honnêteté s’imposera aux relations politiques entre les Etats, les peuples et les nations.

A quelle pesée de la science historique et de la géopolitique faut-il soumettre ces vœux paradisiaques? Pour tenter de le comprendre, il faut observer l’immoralité qui a fait du procès de Nuremberg (novembre 1945 – octobre 1946) le pilier d’une nouvelle immoralité internationale; car une éthique plus trompeuse que la précédente est devenue le fondement de la puissance militaire et politique de l’empire américain. Le procès de Nuremberg était censé substituer à l’immoralité nazie un paradis de la justice et du droit américains.

les idéaux proclamés à cette occasion ont permis au seul concept de Liberté défini par l’Amérique victorieuse d’exercer un règne sans partage. Au nom d’une Liberté censée à jamais garantie par la victoire des « démocraties » occidentales sur le nazisme, l’empire américain a aussitôt fait du concept abstrait de Liberté l’assise de sa domination sur le monde. Et plus la Liberté était censée garantie par la floralie des idéalités dont on la décorait, plus l’empire américain prenait appui sur le seul concept de Liberté démocratique pour renforcer sans fin sa domination du monde. C’est ainsi que l’idée abstraite de Liberté se changeait en levier mondial du vainqueur de la rédemption pseudo démocratique du monde.

Mais il serait naïf de croire qu’une hypocrisie consciente d’elle-même exprimerait la duplicité native d’une espèce confite dans le culte de ses idéalités: c’est le plus sincèrement du monde, si je puis dire, que l’homme s’auto-glorifie sans s’en douter à cultiver les idéalités à l’école desquelles il se vassalise en retour. La notion d’auto-asservissement à la force sous le masque des idéalités trompeuses domestique la créature en retour et donne toute sa profondeur anthropologique à la notion de servitude volontaire explicitée par Etienne de la Boétie. On l’a bien vu au spectacle des larmes des défenseurs d’Hillary Clinton: ils étaient visiblement sincères dans leur déploration de l’effondrement du paradis démocratique promis par la candidate.

Mais il y a plus: pourquoi Jules César éprouve-t-il le besoin de souligner que l’homme croit aisément ce qu’il désire, sinon parce qu’il s’agit d’une clé universelle de la politique. Or, la politique n’est pas seulement euphorisante par nature et par définition, c’est parce que les chefs d’Etat sont des anthropologues naturels. Ils sont en mesure de mettre l’humanité à l’école et à l’écoute de ses songes.

La compréhension du contenu inconscient de ces rêveries nous révèle la véritable profondeur de la politique. « Du haut de ces pyramides, quarante siècles vous contemplent » s’écrie Napoléon. Pourquoi ces mots galvanisent-ils des troupes qui n’ont jamais entendu parler des pyramides et qui ignorent le sens spirituels du verbe contempler. Dans Quinte-Curce, Alexandre avoue qu’il est ivre de sa propre gloire et que ses soldats ne sont que des instruments de son rêve d’éterniser sa mémoire de conquérant.

C’est pourquoi Donald Trump, dont on n’a pas encore compris la trempe, et qui passe pour un esprit rustique, s’est écrié « qu’il n’y a pas de rêve trop grand » car cet homme d’Etat a compris d’emblée et mieux que personne, que le rêve est la clé de l’humanité et de son histoire. Et c’est la même leçon de politique du songe que celle de Napoléon ou d’Alexandre qu’il donne à la géopolitique des Etats messianisés par le mythe démocratique et par ses missiles.

On voit que dans une anthropologie critique fondée sur la notion de servitude volontaire, il sera bien impossible de jamais comprendre une espèce que ses songes domestiquent en retour et pour sa plus grande gloire. S’il n’en était pas ainsi, comment serait-il explicable que, depuis des millénaires, notre espèce s’imagine que l’univers serait peuplé de personnages fantastiques que les Anciens appelaient des Immortels et qui ripaillaient sur l’Olympe? S’il n’en était pas ainsi, comment trois dieux uniques, Jahvé, Allah et le Dieu trinitaire des chrétiens auraient-ils échangé peu à peu leur existence physique en une existence idéalement vaporeuse? S’il n’en était pas ainsi, comment les théologies respectives de ces trois personnages seraient-elles radicalement incompatibles entre elles sans que cette absurdité dérange les croyants le moins du monde? S’il n’en était pas ainsi, comment une peuplade dispersée a -t-elle été habitée par le désir de se regrouper sur une « terre promise » et comment imposerait-elle encore de nos jours la politique de ses songes à la planète tout entière?

En vérité, le Président des Etats-Unis, Donald Trump, obéit à son tour à son rêve, celui de fonder le capitalisme sur le rêve de justice du socialisme? Son rêve de justice le conduit à déclarer que le but de son apostolat patriotique n’est autre que de « ressusciter le rêve américain« .

Plus que jamais, la vraie postérité d’Etienne de la Boétie s’inscrit dans une psychanalyse de l’histoire et de la politique que Freud n’a fait qu’esquisser, tellement une espèce livrée de naissance à des personnages imaginaires est loin de nous avoir livré ses secrets .

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De la stupidité de l’Europe à la servitude volontaire d’un continent

De la stupidité de l'Europe à la servitude volontaire d'un continent

Préambule
1 – La stupidité est la clé de la servitude
2 – De la stupidité à la folie
3 – La folie et la croyance
4 – La folie politique
5 – En attente d’une révolution scientifique
6 – Les monothéismes, ennemis de la raison scientifique
 

Préambule

C’est sous nos yeux que la planète de la science politique et de la science historique est en passe de changer de plate-forme cérébrale, d’échiquier et de champ de manœuvre.

Quand M. Alain Juppé croit inaugurer la « démocratie heureuse« , nous découvrons qu’il métamorphose sans le comprendre la démocratie en une manière d’ange Gabriel de la République et que notre cerveau est demeuré celui qui commandait l’astronomie de Ptolémée.

La lucidité du genre humain progresse par saccades. Quand nous aurons appris à observer la bête parlante en sa giration perpétuelle autour de son propre encéphale, nous aurons conquis le recul de la raison de demain et nous connaîtrons les arcanes de la vraie postérité d’Etienne de la Boétie, donc les ressorts et les engrenages de notre « servitude volontaire » à l’échelle de la planète.

Un préambule est une ambulation prospective et un discours de la méthode. Le lecteur trouvera dans le texte ci-dessous quelques lignes directrices d’une observation de la démence d’une humanité oscillante entre ses délires et ses carnages.

1 – La stupidité est la clé de la servitude

Mme Maria Zarharova, porte-paroles du ministre russe des affaires étrangères, Sergei Lavrov, a fait une déclaration retentissante: « La stupidité est pire que le terrorisme« . Elle aurait pu ajouter que la stupidité est la clé de la vassalité, donc de la servitude volontaire.

Nous en avons un exemple ahurissant avec la stupidité qui fait dire subitement aux vassaux groupés sous le sceptre et le joug de l’OTAN, donc des Etats-Unis, que tout bombardement des zones de guerre qui provoquerait la mort de civils serait qualifié de crime de guerre alors que, depuis les origines, on n’a jamais vu aucune armée libérer ou conquérir une ville sans entraîner, hélas, des victimes civiles que, pour leur compte, les Etats-Unis qualifient simplement de « victimes collatérales« .

Quand Enée emporte son père Anchise sur son dos, il entend le protéger du sort d’une « victime collatérale » dont le vieillard se trouve évidemment menacé. C’est pourquoi les Etats-Unis se gardent bien, pour leur part, de s’appliquer une disposition qu’ils n’entendent appliquer qu’à leurs adversaires.

La stupidité du genre humain est donc la source d’une gigantesque falsification de l’histoire. Ce n’est pas depuis le bombardement de Paris par la grosse Bertha en 1870, c’est depuis le paléolithique que les « dommages collatéraux » se révèlent, hélas, inévitables, c’est depuis les origines de l’histoire que la sottise, alliée à naïveté, qu’évoque Mme Zakharova, se révèle, hélas, pire que le terrorisme.

C’est pourquoi la servitude évoquée par Etienne de la Boétie, se montre la clé de l’histoire guerrière du genre humain, puisque la première des servitudes n’est autre que la soumission à une divinité fort guerrière, elle aussi, dont le premier exploit religieux fut de noyer toute l’humanité sous les eaux d’un  » Déluge » : on sait que ce premier assassinat collectif des peuples de l’époque n’a laissé survivre, dit la légende sacrée, qu’un certain Noé et que la divinité vengeresse aurait ensuite chargé de construire en toute hâte une arche du salut afin d’y loger un couple de tous les animaux.

2 – De la stupidité à la folie

De nos jours, la stupidité n’a plus de limites puisque l’Amérique et ses serviteurs menacent leurs adversaires de les faire comparaître à la barre d’un tribunal international à leur botte. Décidément, Mme Zakharova aurait mieux fait d’accuser la stupidité humaine d’enfanter la servitude volontaire plutôt que le seul terrorisme, puisque c’est la foi religieuse elle-même qui enfante la pire des servitudes, celle d’une piété vengeresse.

De plus, il est impossible à M. Poutine de démontrer l’alliance de la servitude volontaire avec la folie. Quand le chef d’Etat major du premier empire militaire mondial déclare tout de go à la Russie et à la Chine : « Nous vous détruirons » et qu’il ajoute, dans la foulée: « Nous allons vous stopper et nous allons vous battre plus durement que vous ne l’avez jamais été auparavant« .

L’ironique Eloge de la folie d’Erasme et la Nef des fous de Jérôme Bosch se trouvent dépassés. Nous devons donc avouer que notre connaissance de la bête parlante est demeurée tragiquement insuffisante, puisque nous ne savons pas s’il s’agit d’un cas de folie délirante ou d’une sottise herculéenne.

En tant que responsable du statut et du rang de la Russie, sur la scène internationale, M. Poutine se trouve dans l’impossibilité politique de théoriser la folie humaine à la lumière d’une psychanalyse de l’histoire. Car il n’y a pas de possibilité d’opposition au sens rationaliste et moderne du terme au Président Al-Assad dans une Syrie qui se veut unie, mais qui demeure entièrement entre les mains de multiples courants théologiques et cela bien que le parti Baas actuellement au pouvoir se déclare laïc. Car une laïcité non comprise à la lumière d’une anthropologie critique n’est qu’un bouche-trou et un alibi.

3 – La folie et la croyance

Ne nous laissons pas tromper par l’ombre seulement d’une laïcité esquissée par Kemal Ataturk en Turquie. Croire que l’opposition censée « modérée » serait laïque est une absurdité: les « opposants » syriens qualifiés de « modéré » sont des croyants comme tout le monde en Syrie, et cela M. Poutine ne peut le dire en public, hélas, puisque la religion orthodoxe, lui interdit de mettre l’accent sur la dimension théologique de la Russie et cela bien que Constitution russe ne soit pas religieuse.

Quand le Coran dit que l’encre du savant est aussi précieuse que le sang des martyrs, le prophète Muhammad n’imaginait pas un seul instant qu’une raison prise au sérieux en viendrait à contester l’existence physique d’un ange Gabriel voletant dans l’espace. De même, quand les chrétiens feignent de mettre à la charge de la raison la quête de son intellect – « fides quaerens intellectum« , « la foi à la recherche de son intellect » – le christianisme n’envisage pas non plus un seul instant qu’une raison prise au sérieux réfuterait le Dieu trinitaire.

Pour comprendre la situation dans laquelle M. Poutine lui-même se trouve prisonnier en tant que tributaire de la religion orthodoxe qu’il a vocation non seulement de défendre, mais d’illustrer, il faut observer que cette religion se trouve elle-même dépendante des deux courants principaux propres à tous les monothéismes qui se divisent entre le courant que symbolise le sunnisme et celui que figure le shiisme.

4 – La folie politique

Aussi M. Poutine ne dispose-t-il pas des moyens rationnels d’interpréter la déclaration hallucinante du chef d’Etat major des Etats-Unis d’Amérique et il se trouve dépourvu des moyens d’interpréter la folie politique de la manière que j’ai explicitée plus haut. Comment tenterait-il de comprendre cette déclaration agressive s’il ne saurait peser à nouveaux frais la folie spécifique de notre espèce? La raison d’aujourd’hui est appelée à peser à nouveaux frais la démence spécifique de la bête parlante, car l’animal onirique oscille entre la folie délirante et la stupidité titanesque.

Comment un chef d’Etat dirigerait-il sa nation à l’écoute de l’anthropologie moderne s’il est condamné à demeurer sans voix face à une menace pure et simple de détruire la Russie et la Chine? Il y faut un regard entièrement nouveau sur l’histoire et sur la politique, il y faut un regard révolutionnaire sur les mythes sacrés, il lui faut changer de cerveau et cela demeure pour l’instant incompatible avec l’idée même que M. Poutine se fait encore de la politique et de l’histoire.

Que l’ignorance et la sottise de l’hôte de l’Elysée ne suffisent pas à faire changer de discours à la chanson: « Tout va très bien Mme la Marquise » demeure compréhensible. Mais qu’un Alain Juppé qui passe pour plus lucide et plus intelligent tombe dans la même extravagance, voilà qui devrait nous faire tomber des nues et nous plonger dans un éberluement sans issue. En effet, le maire de Bordeaux salue à son tour la « reprise » et propose la retraite à 65 ans ainsi que la suppression pure et simple du « handicap » de l’impôt sur la fortune, comme si le prix de la main d’œuvre ne rendait pas nécessairement invendables les produits qu’appellerait l’abondance subite et miraculeuse des commandes. Voilà qui exige un regard nouveau sur le genre humain et une pesée entièrement inédite de l’animal « rationale« .

Nous nous trouvons à un tournant de l’histoire de l’humanité qui nous laisse bouche bée: ou bien nous portons sur Adam un regard révolutionnaire, ou bien nous périssons dans un aveuglement de la bête que nous n’aurons pas osé peser sur une balance entièrement à construire.

5 – En attente d’une révolution scientifique

Nous sommes à un tournant de la connaissance rationnelle de notre espèce et ce tournant est bien plus crucial que celui de l’astronomie qu’a illustré Copernic. Car il ne s’agit plus d’anéantir les convictions bibliques au chapitre des dispositions d’un démiurge mythique, il s’agit de peser le cerveau d’un animal dément sur la balance de l’humanisme de demain. Celui-ci observera les empêtrements actuels de la géopolitique de la manière que requiert la connaissance anthropologique de la démence propre à l’animal devenu pseudo pensant.

Dans la foi chrétienne, l’aspect réaliste et pratique du mythe se trouvait illustré par le catholicisme et par le fantastique qui lui appartient en propre. Le fabuleux chrétien trouve son pendant dans le sunnisme. Les shiites, en revanche, entendent purifier la foi à l’image des protestants du XVIe siècle. Mais ces derniers sont allés jusqu’à supprimer purement et simplement la magie de la messe et toute la sorcellerie de la prétendue transformation physique du pain et du vin du sacrifice de l’autel en chair et en sang physiques de Jésus-Christ, tandis que le shiisme est demeurée fort timide et n’a rien osé changer à la lettre du Coran.

Tel est le blocage proprement théologique de l’islam et ce blocage intellectuel rend insolubles les apories politiques actuelles. Il est interdit à M. Poutine d’expliquer crûment ce qu’il voudrait dire quand il souligne à plaisir combien les opposants soi-disant « modérés » à M. Bachar al-Assad sont, en réalité, des terroristes déguisés et du même acabit que les autres et que seule l’ignorance titanesque et la mauvaise foi des élites politiques occidentales permet à M. Hollande d’adjurer le Président russe de cesser de bombarder de gentils « opposants« .

On se souvient que tous les spécialistes du Moyen-Orient au Quai d’Orsay ont été expédiés en Amérique du Sud ou en Asie centrale (voir La face cachée du Quai d’Orsay, Vincent Jauvert, Robert Laffont, 2016) afin de les remplacer au pied levé par des sionistes étrangers à toute connaissance anthropologique des mythes sacrés. Certes, parmi ces spécialistes quelques humanistes naïfs croyaient pouvoir diluer les croyances religieuses dans la culture, mais quelques-uns d’entre eux avaient compris que le sacré est lié à la guerre, donc au culte du sang, donc au sacrifice sanglant dont une divinité féroce fait sa pâture depuis des millénaires.

6 – Les monothéismes, ennemis de la raison scientifique

On voit combien l’ignorance des fondements sanglants des religions sacrificielles, est devenue la clé de la servitude moderne. Car tous les monothéismes refusent d’accorder une quelconque autorité aux preuves scientifiques. L’Eglise catholique a mis près de deux siècles à reconnaître l’astronomie de Copernic et elle ne l’a acceptée qu’à l’heure où il devenait ridicule de nier que la terre tourne autour du soleil. Mais ni l’islam, ni le christianisme ne sont près d’accepter l’évolutionnisme. Si vous alléguez l’autorité de Darwin, ne vous attendez pas à vous trouver réfuté à la lumière d’une argumentation scientifique: le musulman se contentera de vous redire ce que l’ange Gabriel est censé avoir dicté à Muhammad.

L’oubli de ce que tous les monothéismes sont des ennemis des preuves scientifiques est une clé de la stupidité auto-vassalisatrice de notre temps. Revenons donc à l’essentiel, à savoir qu’aussi longtemps qu’on verra un Vladimir Poutine réduit à l’incapacité de s’expliquer sur les fondements anthropologiques tant des islamismes que des christianismes, la science historique moderne se tortillera à la manière de Luther qui, contrairement à Calvin, n’a jamais osé supprimer purement et simplement la thaumaturgie du sacrifice de la messe.

On voit à quel point seule une anthropologie critique en mesure d’observer l’anthropomorphisme des croyances religieuses délivrera le monde moderne de la stupidité. On voit également que la stupidité est rien de moins que le secret de la servitude, dont Etienne de la Boétie a compris les vrais fondements sans en connaître les sources anthropologiques.

Le monde moderne se retrouve comme jamais aux prises avec le message socratique qui dit non seulement que l’ignorance est le pire des maux, mais que la stupidité est la clé de la sottise vassalisatrice.
Puisse l’humanisme russe trouver les ressources intellectuelles qui lui apprendront à concilier les droits de la pensée moderne avec la défense des droits de la raison de demain.

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Etienne de la Boétie et la servitude volontaire de l’Europe

Etienne de la Boétie et la servitude volontaire de l'Europe

La IIIe République avait mis en place une science historique fondée sur le refus de penser, donc de comprendre, ce qu’elle se racontait. Elle se contentait de narrer les évènements sans seulement prendre la peine d’interpréter ce qu’elle racontait. Mme de Romilly, professeur de grec au Collège de France, et spécialisée dans le grec de Thucydide et de Platon, n’avait jamais entendu parler d’un certain Frédéric Nietzsche et encore moins d’un empire de l’inconscient découvert par un allumeur viennois – Sigmund Freud.

La laïcité ayant pris acte de ce que l’humanité se trouve livrée au torrent des billevesées qu’elle enfante, il suffisait que le saugrenu n’intéressât personne. On fondait la raison de la IIIe République sur la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905. On interprétait la civilisation athénienne à l’écoute d’une raison scolarisée. A ce prix, on se proclamait impunément helléniste de haut vol à enseigner l’ignorance au Collège de France.

On se fondait sur le postulat selon lequel tout le monde savait ce qu’il est convenu d’appeler l’Histoire. Peu importait que Jean-Pierre Vernant eût été un marxiste enflammé, puisqu’il partageait avec Mme de Romilly la croyance que l’Histoire ne présentait aucun mystère. Il n’y avait donc pas lieu de se demander au préalable quel était le contenu psychique de la croyance des Grecs en l’existence de Zeus, d’Hermès ou de Poséidon. Bien plus, Mme de Romilly accusait les interrogateurs du genre humain de faire preuve de subjectivité, tellement tout ce qui échappait à l’empire de la connaissance rationnelle mise en place par la laïcité et par la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905, se révélait étranger à la connaissance réelle de la civilisation grecque.

L’anthropologie critique, en revanche, observe le genre humain comme une espèce animale tellement singulière et tellement difficile à décrypter qu’il faut se demander en premier lieu pourquoi l’homme s’imagine que l’univers serait dirigé par un administrateur, un organisateur et un gestionnaire. Chaque année, comme du temps d’Etienne de la Boétie, des centaines de milliers de pèlerins s’en allaient lapider le diable, cet extraordinaire personnage censé jouer, à la barbe de trois dieux uniques, le rôle d’un chef d’orchestre du Mal.

L’abîme qui sépare le regard de l’anthropologie critique sur l’humanité de la cécité de la science historique classique ne saurait se trouver comblé à peu de frais. Il y faut une mutation de la notion même de raison, il y faut un globe oculaire capable de porter un regard du dehors sur l’espèce de raison dont la science historique classique faisait usage. Et cette mutation du regard de l’extérieur sur le genre humain débouche sur le tragique.

C’est pourquoi la postérité d’Etienne de la Boétie est encore devant nous. Car la servitude volontaire de l’Europe sous le sceptre et le joug de l’OTAN nous démontre qu’il faut s’interroger sur ce que la Boétie et Montaigne appelaient une auto-domestication volontaire. Car la cécité moderne est largement involontaire. Quand toute la politique occidentale ignore que l’OTAN n’est pas un club de nations consciemment asservies à l’empire militaire américain, il faut s’interroger sur le fondement religieux de ce type de servitude et tenter de comprendre pourquoi une divinité censée omnisciente et omnipotente exprime nécessairement le vœu secret d’un animal en quête d’un protecteur patelin. Celui-ci masque sous de saints sacrifices à sa puissance, sa volonté de régner sans partage sur sa créature.

L’Europe de la servitude volontaire sait que la vraie servitude est involontaire et qu’elle repose sur le vœu d’un animal devenu pseudo pensant de déléguer à un créateur mythique de l’univers la responsabilité de sa solitude dans le vide et le silence d’un cosmos désert. Tel est le tragique de la condition simiohumaine, celle qui fait de la vraie postérité d’Etienne de la Boétie un champ nouveau de l’interrogation sur lui-même de l’animal pseudo réflexif.

De nos jours, la servitude volontaire est celle d’une Europe qui, vingt-six ans après la chute du mur de Berlin, entend éterniser la présence de cinq cents bases militaires américaines sur son territoire. Cette forme de servitude volontaire devrait nous laisser éberlués, ahuris, ébaubis, interloqués, estomaqués. Or, elle ne nous surprend même pas, elle nous semble même toute naturelle et pour ainsi dire, inscrite dans la nature des affaires de ce bas monde. Ce degré-là de la servitude inconsciente demeure sans autre exemple dans l’histoire du genre humain.

L’évidence qu’en cas de réveil de la lucidité de l’Europe, cette cécité inconsciente sera jugée tellement volontaire qu’elle conduira l’élite politique contemporaine à comparaître devant une cour de justice pour cause de trahison des peuples et des nations, ne traverse même pas l’esprit des futurs accusés, et les rares élites politiques qui en ont conscience s’appliquent à perpétuer leur propre servitude à seule fin de retarder l’heure de leur comparution devant une haute cour de justice.

Aujourd’hui, c’est au profit du sceptre et du joug de l’OTAN que la servitude volontaire illustre ses exploits, ce qui permet à l’anthropologie critique de préciser davantage le contenu psychobiologique de cette notion et d’approfondir la connaissance du genre humain. Mais, pour cela, il convient de rappeler que l’homme est un animal meurtrier et une bête de proie appelée à s’illustrer sur les champs de bataille. La guerre est l’expression naturelle de cet animal. Mais, dans le même temps, l’art de combattre sur les champs de bataille révèle que l’homme est également un animal qui s’avance masqué – larvatus, dit Descartes.

Il convient donc d’observer comment l’OTAN permet à la bête masquée par le culte même de ses idéalités de se ruer dans la servitude et cela à l’écoute de son culte de la Liberté. Car c’est au nom des droits de la Démocratie, donc de la Liberté, de la Justice et du Droit que l’Europe de la servitude volontaire se ligote à l’OTAN.

Mais pour que la servitude volontaire puisse jouer pleinement son rôle, il faut que la volonté de s’asservir soit inconsciente. A ce titre, elle escamote le spectacle qu’elle s’offre à elle-même. Quand un Etat européen s’ajoute à la liste des vassaux de l’OTAN, il s’empresse de souligner qu’il combat pour le triomphe de la Justice, du Droit et de la Liberté, donc pour la défense de la Démocratie.

On ne saurait donc comprendre la notion de servitude volontaire sans donner toute sa signification à l’anthropologie critique, puisque la servitude de l’Europe nous fournit un document anthropologique de première force. Chaque fois que le Pentagone renforce son emprise et sa tutelle sur un continent fier de sa servitude même, c’est la Démocratie qui est censée triompher. C’est donc le vassalisateur qui est censé enseigner la Liberté aux Etats qu’il soumet à sa domination!

C’est pourquoi la notion de servitude volontaire est devenue la clé de l’histoire contemporaine, et c’est pourquoi la psychanalyse politique de la servitude écrit l’avenir du célèbre essai d’Etienne de la Boétie.

Car l’heure est proche où une classe dirigeante asservie à son propre aveuglement se verra contrainte de cesser de se voiler la face. Elle donnera alors toute sa portée à la postérité de la Boétie qui, près d’un demi-millénaire après sa mort, nous rappelle que le génie est un prophète et qu’il enfante sans relâche sa propre postérité.
Fin du I

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Les mythes sacrés et la politique

Les mythes sacrés et la politique

1 – A la recherche d’un regard de l’extérieur sur les dieux
2 – Dieu, ce miroir de l’homme
3 – Un Dieu hollywoodien
4 – Trois dieux en apprentissage
5 – L’éducation des dieux

1 – A la recherche d’un regard de l’extérieur sur les dieux

En 1981, M. Jean d’Ormesson a publié un ouvrage dont le titre, Dieu, sa vie, son œuvre s’est révélé un thermomètre de la raison de l’époque. Car, d’un côté, le niveau cérébral de l’Eglise catholique à la française n’était déjà plus suffisant pour susciter des réactions indignées, qu’on puisse comparer Dieu à un écrivain talentueux. Mais de l’autre, la cervelle de l’humanité de ce temps-là n’était encore ni suffisamment prospective pour s’interroger sur le statut de l’intelligence humaine, ni suffisamment armée pour observer de l’extérieur le fonctionnement du cerveau simiohumain au stade actuel de son évolution, car la notion même d’extériorité de l’observateur était encore titubante et pour ainsi dire dans les limbes.

Aussi personne n’était-il en mesure de se demander à partir de quelle extériorité Jean d’Ormesson s’était donné un observatoire qui lui permettait de capturer dans le champ de son télescope l’extériorité de type chrétien. Et pourtant, il s’agissait d’une étape cruciale dans l’histoire de la postérité du XVIIIe siècle, puisqu’on se trouvait déjà loin de Voltaire: jamais l’auteur de Candide, au reste déiste, n’aurait songé à regarder de l’extérieur son célèbre « horloger » de l’univers.

Mais, en 1981, la question commençait de se poser de savoir pourquoi, avant le siècle de Platon, aucun philosophe, aucun apprenti anthropologue, aucun théologien, aucun mystique n’avait songé à conquérir un observatoire des géniteurs assyro-mésopotamiens du cosmos. Le monde gréco-latin se racontait les exploits et les frasques de Zeus. On savait par cœur ce que ce Céleste avait accompli sur la terre, mais ni Platon, ni Aristote, ni aucun historien de l’époque n’était capable de décrire Zeus, Athéna, Poséidon en tant que représentants masqués du genre humain, tandis qu’avec le christianisme, il était devenu évident que le Dieu nouveau se trouvait condamné à tracer sur la terre le même sillon que sa créature et à s’embourber dans le lacis inextricable des contingences. Que fait d’autre le chrétien, sinon de se diluer dans une transcendance détachée de tout lien – c’est ce que signifie le mot absolutus – puis de se colleter avec les heures et les labours.

2 – Dieu, ce miroir de l’homme

Il devenait évident que l’homme ne pouvait apprendre à se connaître sans se regarder dans les miroirs respectifs de Jahvé, d’Allah et du Dieu des chrétiens. Il n’était plus possible de douter que si un Dieu unique avait pu rassembler ses trois prototypes, leurs théologies respectives demeuraient radicalement incompatibles entre elles.

Il fallait donc se demander pourquoi il existe pour le moins trois dieux ambitieux, chacun pour leur part, de rafler la mise; il fallait donc, dis-je, se demander pourquoi l’humanité se place sous la protection, le joug et le sceptre de trois dieux différents. Il fallait, enfin, forger une anthropologie capable d’expliquer pourquoi telle portion du genre humain a besoin de tel Zeus et telle autre portion de telle autre réplique de Jupiter.

En vérité, Jean d’Ormesson ne savait pas que son ouvrage de 1981 conduisait une anthropologie politique en marche à observer le mythe de la Trinité du dehors. Car l’homme latin a besoin de placer les affaires du monde sous le commandement de deux timoniers responsables de tout le temporel – un Père et un Fils assis à l’établi de la politique – tandis que l’Orient orthodoxe se fonde sur une théologie du Saint Esprit en mesure de placer les gestionnaires susdits sous son contrôle souverain.

3 – Un Dieu hollywoodien

Mais voici que l’anthropologie critique rejoint toute l’anthropologie contemporaine, car le Dieu protestant répond aux besoins d’une humanité désireuse de se placer sous le commandement d’une divinité désormais attachée à élire ses serviteurs et à leur accorder le privilège d’une grâce exclusive et suréminente, celle des annonciateurs du règne de sa vérité et de sa justice. C’est ce type d’élite politique de pasteurs des peuples et des nations qui arme aujourd’hui l’empire américain et ce sont ses ramifications fondatrices et pourtant collatérales qu’incarnent le Pentagone et l’OTAN. C’est dans cet esprit qu’un type nouveau d’empereur du monde a débarqué sur la scène, un empereur propriétaire de l’esprit divin, un empereur dont le sacerdoce se confond avec sa politique de conquête.

Mais il y a plus: un dieu hollywoodien est appelé à faire descendre la bande dessinée dans la géopolitique. Le héros hollywoodien est un personnage dont la légende se nourrit d’exploits surhumains, mais s’il est capable d’arrêter un train d’une seule main, il ne faut pas s’y tromper – cet exploit se répercute sur le mythe de la toute-puissance de l’empire américain et il en est une représentation saisissante, fascinatoire et qui se veut invincible.

Certes, l’histoire de la création du monde en sept jours est la première bande dessinée de l’humanité moderne. Mais le mythe hollywoodien en figure l’achèvement, puisque Mme Hillary Clinton et M. Obama se proclament l’un et l’autre les chefs de la seule nation salvatrice, celle dont les apanages proclament ouvertement qu’il appartient aux autres nations de se soumettre à leurs prérogatives, puisque la nouvelle Providence, donc la nouvelle prévoyance, appartient à la forme suprême de la divinité et au peuple des élus de naissance.

4 – Trois dieux en apprentissage

On voit que le titre de Jean d’Ormesson attend des décrypteurs d’un type nouveau. Peu importe que Cervantès n’ait pas compris quelle serait la postérité de Don Quichotte, peu importe que Shakespeare n’ait pas compris la postérité d’Hamlet, du roi Lear ou de Macbeth, car l’anthropologie critique regarde de l’extérieur une espèce qui se place sous le type d’autorité qui répond à ses besoins. Pour comprendre la construction dans l’imaginaire à laquelle se livre une espèce onirique par définition, il faut observer comment les dieux font parler leurs créatures et leur mettent entre les mains le joug et le sceptre qui répondront à leurs besoins.

Il manquait à la panoplie des Célestes du monde moderne une divinité dont le flambeau suprême serait la soumission inconditionnelle de ses fidèles à son omnipotence et à sa miséricorde, il fallait le Dieu que Muhammad a mis dans la bouche de l’ange Gabriel. Entre le Dieu du Coran et le Dieu des élus souverains, le monde moderne est appelé à un nouvel apprentissage, celui d’un regard rationnel de l’humanité sur elle-même et sur ses dieux.

Du coup, la conquête d’un regard sur le Dieu unique des juifs, des chrétiens et des musulmans passe par l’examen des maladresses et des naïvetés de leur apprentissage de l’histoire et de la politique. On n’imagine rien de plus obtus et de plus stupide que le Déluge. Du reste, son inventeur s’en est repenti – c’était la méthode punitive la plus myope et la plus inefficace qu’on pût imaginer. Car le mythe de Noé et la pléthore de ses descendants allaient démontrer que les humains retomberaient dans les vices congénitaux censés détectés tout subitement et avec un grand retard par une prétendue sagesse divine désespérément en quête de ses repères. Puis, quoi de plus sot que de faire rôtir éternellement sous la terre des créatures mal construites dès le départ et dont les rôtissoires posthumes reconnaîtraient l’impossibilité d’en jamais changer la nature.

5 – L’éducation des dieux

L’apprentissage du métier de divinité unique raconte l’histoire des tâtonnements de la justice humaine des origines à nos jours. Mais les trois dieux uniques ont vieilli sous le harnais. L’homme s’est révélé de plus en plus l’éducateur de ses géniteurs. Du coup, les vieillards du cosmos sont devenus tellement aveugles et durs d’oreille qu’ils ont pris des siècles de retard sur l’humanité pensante. Voyez la longue résistance que le Mathusalem chrétien du cosmos a opposée aux audacieux qui prétendaient abolir la peine de mort, tellement il est contradictoire de se donner un dieu des tueurs et, dans le même temps, de condamner Caïn tueur de son frère.

Car un Sarkozy reconnaît que le modèle d’intégration républicain a échoué et qu’il faut tenter d’assimiler les adeptes du Coran. Mais quel sera le degré de réflexion qu’il faudra acquérir pour mériter « l’assimilation »? Faudra-t-il placer la barre tellement haut que le concept « d’assimilation » aurait un contenu digne des progrès de la connaissance actuelle d’une espèce viscéralement onirique, digne d’une connaissance de l’anthropomorphisme sacré, digne d’une connaissance anthropologique des cosmologies mythiques?

Car les dieux du polythéisme se soustrayaient déjà à leurs représentations corporelles. On pouvait dresser des statues d’Auguste, de Jules César ou de la Louve romaine nourricière de Remus et de Romulus. Mais les dieux échappaient à leurs représentations physiques: les sculpteurs des immortels produisaient des « signa« , c’est-à-dire des signes de leur transcendance et ces signes renvoyaient à des symboles qu’on appelait également des « simulacres« . Le verbe exister appliqué à une divinité renvoyait à des personnages dotés d’un corps impérissable et censé rendre resplendissante une chair immortelle. Le monde païen nourrissait déjà le rêve animal de l’immortalité des corps triomphants dans l’éternité de leurs organes.

C’est désormais la France qu’il faut accuser d’irrationalisme. D’un côté, la loi de 1905 déclare que la laïcité ne reconnaît, donc ne légitime, aucune religion et que leur absurdité interdit aux descendants du XVIIIe siècle d’en valider les dogmes et la doctrine. De l’autre, on entend le Président de la République manquer de courage intellectuel au point de déclarer que la laïcité n’est pas opposée aux religions. On peut dire ce que l’on veut, mais on ne saurait ignorer la signification de ce que l’on dit. Depuis 1905, la France laïque n’a progressé en rien dans la connaissance anthropologique de l’onirisme humain et dans la connaissance de l’anthropomorphisme des mythes sacrés. Elle paie sa paresse intellectuelle, philosophique et scientifique d’un reniement de toute l’histoire de la pensée européenne depuis le XVIIIe siècle.

C’est dire que le nouvel obscurantisme n’est autre que celui d’une laïcité frileuse et qui prend le relais de la peur religieuse.

Quel signe et quel symbole est-il à lui-même et aux yeux du monde, le dieu de Hollywood et de la bande dessinée! Ce dieu-là change ses vassaux européens en otages du traité de Lisbonne, ce dieu-là éternise la présence de cinq cents de ses bases militaires au cœur d’une Europe asservie. Rien de moins socratique qu’une civilisation de la glorification posthume des corps, rien de moins étranger à la pensée qu’une civilisation du transport des squelettes dans l’éternité.

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Que signifie exister ?

Que signifie exister ?
C’est une grande question de savoir s’il faut raconter aux enfants le destin des peuples et des nations à l’école et à l’écoute d’une princesse couchée sur un lit de roses et qu’on appellerait la durée ou s’il faut narrer le sort de l’humanité comme une histoire « pleine de bruit et de fureur racontée par un idiot« .

Un exemple de cette difficulté de méthode n’est autre que celle de savoir si le cosmos dispose d’un pilote ou s’il ne se rend nulle part et s’il faut éduquer la jeunesse dans l’oubli de cette tragédie. Car une grande partie du genre humain croit en l’existence de trois dieux uniques – Jahvé, Allah et le Dieu trinitaire – alors que les théologies et les doctrines qui les définissent sont incompatibles entre elles et même violemment ennemies les unes des autres. La logique nous condamne donc soit à les réfuter toutes et à les priver de toute instance doctrinale, soit à tenter de valider cette multiplicité et cette diversité théologiques.

Comment se fait-il que l’humanité se cherche un concepteur, un organisateur et un maître d’œuvre minutieux des affaires du cosmos auquel le verbe exister est censé conférer conférer les privilèges inouïs de l’existence et qui répudie toute signification objective du verbe exister? Il faut bien que ce Dieu-là témoigne d’une dimension fondamentale d’Adam, il faut bien que la créature se reconnaisse dans la forme d’existence de ce type de divinité.

Descartes savait déjà que l’existence de Dieu s’appuie sur une pétition de principe qu’il appelait encore un cercle : Dieu était censé conférer leur divinité aux Saintes Ecritures et les Saintes Ecritures prouvaient l’existence de la divinité. Mais le XVIIIe siècle a changé tout cela: avec Candide ou l’optimisme de Voltaire, le rationalisme et la rigueur de la pensée logique sont devenus dévastateurs et pour ainsi dire catastrophiques tellement le rationalisme du XVIIIe siècle renoue avec le tragique de la condition humaine.

C’est pourquoi j’ai introduit l’étude anthropologique de l’hypocrisie humaine dans la compréhension de l’histoire et de la politique. Et maintenant, je constate que tous nos hommes politiques de gauche invoquent l’hypocrisie dont ils sont eux-mêmes les acteurs, en tant que dimension anthropologique de la politique et de l’histoire.

Car si un Dieu unique pouvait exister, la première question à lui poser serait de lui demander de nous préciser le sens du verbe exister appliqué à une divinité étrangère par définition à tout sens humain du verbe exister. Car la signification du verbe exister, au sens proprement humain, donc finaliste à titre psychogénétique, nous renvoie à des dizaines de significations distinctes et sans lien aucun entre elles.

La logique d’Euclide existe, la physique mathématique existe, la science juridique existe, l’astronomie existe, les arts libéraux existent, une vis, un clou ou une épingle à nourrice existent.

Quel est le présupposé mythologique que, dans l’état actuel de son évolution cérébrale, le simianthrope projette en tout temps et en tous lieux sur le verbe exister? Nul autre a priori que la subjectivité d’un finalisme réputé universel. Depuis les origines, cet animal s’imagine que l’univers de la matière et sa propre histoire obéissent à une vocation salvifique, donc rédemptrice, voulue soit par des dieux, soit par des idéalités censées en marche dans le cosmos. Cet anthropomorphisme universel n’a trouvé son premier décrypteur qu’avec l’existentialisme sartrien qui, le premier, a élevé à une analyse anthropologique les signifiants simiohumains que notre espèce projette sur son astronomie comme sur sa politique.

Mais l’existence éventuelle d’un Dieu unique ne répond à aucune signification animale du verbe exister. Il est déjà difficile à la République d’expliquer la République si celle-ci doit exister à la fois en tant que personnage idéal et charnel. Mais la difficulté de comprendre un Dieu unique nous renvoie à l’explosion du verbe exister lui-même.

Il faut saluer l’existentialisme iconoclaste de l’auteur de La Nausée: le premier, il a démontré l’absurdité, qui s’attache à la notion même de création dont usent les démiurgies religieuses. Le genre humain se construit une Genèse concertée du cosmos, et cela sur le modèle d’un artisanat rudimentaire. Le menuisier transporte dans sa tête le concept de table ou de chaise, puis il fabrique une table ou une chaise. Or, il est absurde d’imaginer qu’un Dieu unique, s’il pouvait exister, procèderait de cette façon.

Sartre est le premier anthropologue qui ait réfuté le concept même de création divine ou naturelle. Heidegger disait: « La fleur est sans pourquoi« . Mais toute la pensée occidentale projette un « pourquoi » sur l’univers matériel, animal ou végétal. Depuis lors, la démonstration de l’inexistence de ce type de Dieu unique a trouvé son assiette définitive: le monde moderne est capable de démontrer comment l’homme préconstruit l’univers qui l’entoure sur le principe, l' »essence », le « fondement », l’oracle universel que profère le verbe exister.

Origène était convaincu que Dieu charriait le lourd concept de l’être dans sa tête et qu’il jetait sans cesse un regard inquiet et interrogatif sur les idées pures de Platon censées piloter son ouvrage, alors que Platon réfute précisément un monde immanent aux idées pures. Ce topographe et cet architecte véhiculait un cadastre dans sa conque osseuse. Sartre demeure le dialecticien originel d’un humanisme transcendant au monde. L’un de ses ouvrages s’intitule du reste L’existentialisme est un humanisme. Cet humanisme place « l’être », comme on disait encore, avant le concept ou le principe. Du reste, dans le mythe de la caverne, Platon s’élève au-dessus du monde des idées. On connaît la phrase-clé qui a vulgarisé la pensée de l’auteur de L’être et le Néant: « L’existence précède l’essence« .

Pas de doute, le Dieu dont toute l’ambition serait de ne pas exister au sens simiohumain de ce verbe, se reconnaîtrait dans l’espèce d’existence au sens trans-animal. Que cherchait d’autre la créature représentée par ce type de divinité sinon d’exister physiquement et de terrasser la mort justement au feu et à la lumière d’un Dieu chargé de vaincre le trépas. En quoi l’espèce en quête de sa propre existence se rend-elle en réalité suprêmement existante de ne pas exister au sens simiohumain?

Mais les croyances ont encore de beaux jours devant elles. L’humanité n’est pas près de conquérir le courage de connaître son statut réel dans le cosmos. Longtemps encore, elle voudra se trouver dirigée et pilotée par quelqu’un. Pour cela il faut que le verbe exister renvoie à un gardien et à un chef. Mais si toute preuve simiohumaine est anthropomorphique, on comprend que le premier souci d’une croyance sera de se donner des preuves tenues pour irréfutables et, pour cela, il lui faudra recourir aux démonstrations par le fantastique, de sorte qu’un Dieu qui ne se donnerait pas le fabuleux et le surnaturel pour assise se soumettrait à la subjectivité de l’animal humain.

Mais il serait banal de mettre l’accent sur l’évidence que les dieux du polythéisme se baptisaient les Immortels et que le Dieu unique n’a fait que prendre la relève des ambitions des dieux qu’on qualifiait déjà d’Immortels. Car ce serait bien peu de chose que de s’installer tout à son aise dans une éternité de pacotille.

En vérité, ce que les dieux autoproclamés uniques tentent de conquérir au nom de la créature, c’est la souveraineté d’une transcendance propre à la seule espèce appelée à vivre au-delà du temps, au-delà du temporel, au-delà de la misérable existence qui s’achève dans la poussière du trépas. L’homme ne rêve pas de se donner une chair et des ossements perpétuels, l’espèce est appelée à vivre au-delà de son squelette et dans une transcendance propre seulement à l’esprit. Ce dépassement-là des squelettes fait de l’humanité une espèce digne d’un verbe exister applicable aux Immortels.

Nous avançons pas à pas dans le noir qu’André Breton appelait un soleil. Car la bête qui se dote d’un « péché originel » à effacer, afin de donner figure au mystère qu’elle est à elle-même, une telle bête, dis-je, est déjà en marche à l’écoute et à l’école des ténèbres dont elle s’environne. Qu’est-ce qu’exister à l’école de la nuit, qu’est-ce qu’exister à l’écoute d’une divinité qui torpille le verbe exister, qu’est-ce que l’animal dont Pascal disait qu’il se réduisait à une « pelletée de terre et tout est dit« , qu’est-ce qu’un animal digne d’enfanter un Dieu transcendant au sens animal du verbe exister?

La vie spirituelle n’est pas celle d’un animal artificiellement prolongé et qui se donnerait une rallonge dérisoire dans l’éternité. La vie spirituelle est celle d’une bête victorieuse d’une autre mort que celle que Gogol appelait  » les âmes mortes « . L’animal qui vit à l’échelle de son âme n’a ni chair, ni sang, il vit du feu de l’esprit. Socrate a refusé d’aller finir ses jours à Mégare, Socrate reprochait à Criton de s’imaginer que le « vrai Socrate » se serait trouvé à Mégare car, disait-il, le vrai Socrate est une « abeille emportant son miel« .

Décidément, cet animal-là mérite toute l’attention du Dieu qu’il est à lui-même, décidément, cette bête-là nous réserve encore des surprises et jusqu’à la surprise d’aller habiter le Dieu qui n’existe pas, afin de tenter de lui donner pour demeure l’intelligence de nous-mêmes qui nous éclaire.

La bête de l’écoute de la mort et de celle du verbe exister est digne de créer le Dieu unique et « inexistant », qu’elle appelle à décrypter le mystère de toute existence trans-humaine.

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Le G20 de Hangzhou et L’effondrement de l’empire américain

Le G20 de Hangzhou et L'effondrement de l'empire américain

Les grands évènements ne sont compris qu’avec lenteur et pas à pas, parce que l’esprit humain répugne à enregistrer des bouleversements de l’échiquier de la connaissance. Il en sera ainsi de la réunion du G20 des 4 et 5 sept. 2016 en Chine qui aura scellé l’éjection de l’Europe de l’arène internationale. Alors seulement, on comprendra en profondeur les causes de la chute lente et inexorable de l’empire américain à son effondrement subit entrecoupe seulement de quelques soubresauts. On aura vu deux maîtres nouveaux du monde, la Russie et la Chine, enterrer sans fleurs ni couronnes un G8 dont les Etats-Unis avaient pris le contrôle dès sa création par M. Giscard d’Estaing et dont ils s’étaient fait un nouvel instrument de leur omnipotence. On aura vu les nouveaux dirigeants de la planète asseoir leur hégémonie bien méritée sur un empressement universel des nations à conquérir les atouts d’un jeu nouveau.

On assistait à une passation spectaculaire du pouvoir et, en quelque sorte, à une intronisation en douceur du nouvel équilibre des forces à l’échelle planétaire.

Aucun Etat européen n’a participé d’une manière vivante et à l’échelle des évènements, à la promulgation tacite des nouvelles règles de l’alliance entre la puissance des vrais Etats avec la vision du monde nouvelle qui s’imposait à tous. Mme Teresa May, nouveau Premier Ministre britannique, avait demandé, avec une avance de plusieurs semaines, un rendez-vous avec M. Vladimir Poutine qu’elle avait aussitôt obtenu. Puis elle avait également demandé un rendez-vous au premier dirigeant de la Chine et elle a doublé sa mise. M. Poutine avait eu des entretiens séparés avec dix dirigeants de poids de notre astéroïde. On aura vu un Président des Etats-Unis quasiment hors jeu et auprès duquel tout le monde avait cessé de s’empresser, car la vassalité à son égard n’était plus payante. En revanche, il était devenu décisif de rencontrer M. Poutine ou M. Linping sur un mode de relations qui n’était plus celui de l’allégeance de type américain.

Ne sachant comment trouver une place nouvelle à la cour, M. Hollande avait tenté de sauver la face en arrivant sur les lieux après tout le monde; mais cet ultime subterfuge n’avait trompé personne. Il était fatal que des dirigeants européens dépourvus de toute connaissance du destin des nations et du sort réservé aux ignorants et aux incompétents paieraient le prix de leur méconnaissance des lois élémentaires de la géopolitique. On ne se met pas à l’échelle du destin à ignorer dans quel sens court l’histoire et sur quel axe la planète tourne sur elle-même. Tout l’établissement ancien combattait M. Trump, mais aucun ne réfutait ses déclarations, ni ne se risquait à les citer. Or, il avait formulé deux évidences criantes; la première, que l’Europe ne se constituerait jamais en une nation unie et la seconde que ce fantôme s’était doté d’une capitale imaginaire et strictement administrative.

Qu’y avait-il de plus intéressant à observer, l’effondrement de l’empire américain ou celle de l’Europe des utopies. Si un Nicolas Sarkozy qui avait réintroduit la France dans l’OTAN en 2008 en était venu en 2016 à dénoncer l’impérialisme américain et son dictat sur les banques du monde entier, son gaullisme tardif n’avait pas été relevé par une presse et des médias français verrouillés, de sorte que toute l’attention des anthropologues nouveaux se portait sur l’agonie politique de l’Europe, tellement la puissance ébranlée des Etats-Unis ne savait comment faire face aux contempteurs subits des serviteurs de son hégémonie d’hier.

L’asservissement du Vieux Continent aux lois américaines du commerce avait échoué. Partout le patriotisme retrouvait sa voix. On découvrait que Washington obéissait à une politique étrangère de type romain et que le traité de Westphalie de 1648 que nous devons au génie politique de Mazarin avait explosé. Jules César ne se demandait pas comment le droit des Gaulois devait demeurer protégé sous le glaive des légions. Washington non plus. Et maintenant M. Vladimir Poutine demandait rien moins au Pentagone que de conserver le droit de défendre les intérêts de son pays!

L’empire américain mourait de l’anachronisme de la puissance de type romain à laquelle les Etats-Unis avaient cru pouvoir demeurer fidèles. Un Etat prétendument démocratique et qui avait fait de la sesterce le symbole du dollar ne pouvait changer de culture politique dans l’adversité: il lui fallait agoniser dans l’alliance de l’éthique calviniste du commerce avec le glaive fatigué des Romains d’aujourd’hui.

Le ton nouveau de la puissance a été fort bien illustré par un dialogue de Vladimir Poutine avec François Hollande. Après avoir feint de croire que le destin de la planète dépendait encore du dialogue de la France avec tout l’univers, M. Poutine a gentiment ajouté: « Et maintenant que nous avons fait le tour du monde, venons-en à l’examen plus modeste des relations de la Russie avec la France. »

Car M. Hollande avait eu la naïveté de convier M. Poutine à « regarder les problèmes en face« . Mais cette fois-ci, regarder le monde en face, c’était poser la question des relations concrètes de la Russie avec la France. Sans doute M. Hollande a-t-il été surpris de trouver en M. Poutine un interlocuteur respectueux des intérêts propres à la France. Mais quelle conquête d’une dignité nouvelle et d’abord d’une souveraineté nouvelle de la France que de s’adresser à elle comme à une nation en droit de défendre ses intérêts propres et son indépendance.

En vérité, dès le 4 septembre 2016, le G20 a clairement montré à tout le monde comment la Russie substituerait aux relations de vassalité de l’Amérique avec ses prétendus « alliés« , des négociations à nouveau fondées sur le traité de Westphalie de 1648 et combien cette conquête nouvelle d’une diplomatie civilisée entre des Etats souverains n’était autre qu’une conquête majeure de la civilisation mondiale.

La Russie pouvait bien se révéler plus puissante que l’empire américain ne l’avait jamais été, mais du seul fait que le style nouveau du pouvoir issu de ce G20 détruisait la politique de subordination que l’empire américain avait entretenue avec ses alliés vassalisés, le monde avait changé de face, de sorte que dès le 4 septembre, donc avant même l’achèvement de ce G20, le style nouveau du pouvoir sur la scène internationale avait métamorphosé la diplomatie mondiale.

Mais le grand vainqueur de ce G20 aura été une Russie conviée à figurer au rang d’invitée d’honneur à Hangzhou . On ne défendait plus un prétenu « ordre mondial » qui n’avait jamais existé et qui n’exisera jamais, parce que ce concept béatifiant n’était jamais que le masque de la puissance hégémonique du moment. Le réalisme politique se révélait, en réalité, la véritable source d’une politique humaniste et respectueuse des Etats. La civilisation mondiale avait changé de guide.

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L’histoire à la recherche d’un interlocuteur

L'histoire à la recherche d'un interlocuteur

1 – La bataille des cerveaux
2 – Un Dieu unique en apprentissage de la politique
3 – Qui exerce l’autorité de définir une religion
4 – Qu’est-ce que le recul intellectuel ?
5 – La France acéphale
6 – Salluste l’anthropologue

1 – La bataille des cerveaux

Le 1er septembre 1966, dans un discours prononcé à Phnom Penh au Cambodge en présence de cent mille personnes, le Général de Gaulle posait en ces termes la pierre angulaire de l’histoire contemporaine et fustigeait en ces termes l’expansion de l’empire américain: « De plus en plus étendue en Asie, de plus en plus proche de la Chine, de plus en plus provocante à l’égard de l’Union Soviétique, de plus en plus réprouvée par nombre de peuples d’Europe, d’Afrique, d’Amérique latine, et, en fin de compte menaçante pour la paix du monde. »

Mais l’homme du 18 juin feignait de juger stupéfiante l’histoire d’une nation qui pouvait s’offrir le luxe inouï de paraître avoir remporté toute seule la guerre de 1939-1945 et qui était parvenue à détourner l’attention du monde de la contribution de la Russie à la victoire des principes universels de la démocratie. Or, depuis la chute de l’empire romain l’histoire appartenait aux guerriers. Charlemagne avait mené plus de trente guerres, mais la prise de la Bastille a ouvert une ère nouvelle dans l’histoire de l’humanité en ce que la victoire des armes se situe désormais sur le champ de bataille d’un combat planétaire entre des encéphales inégalement évolués.

D’un côté, la victoire de 1945 a déclenché une ruée des cerveaux prisonniers du songe marxiste qui rêvaient d’abolir purement et simplement la propriété privée des moyens de production, tandis que, de l’autre, l’utopie opposée tentait de placer la planète entière sous le sceptre de Wall Street et d’un dollar de papier dûment métamorphosé en écus sonnants et trébuchants.

Ces deux mythologies rivales se sont combattues pendant plus de quarante ans, jusqu’ en 1989, date de la chute du mur de Berlin. Mais en fait, le combat entre les cervelles a débarqué sur le théâtre de l’histoire trois siècles auparavant, en 1598. Cette année-là, l’édit de Nantes avait divisé le genre humain entre les têtes bien décidées à assassiner effectivement la victime du sacrifice chrétien sur l’autel de la messe, à boire son sang encore chaud et à dévorer sa chair bien fraîche. Dans le camp retranché d’en face, on réduisait l’Isaac des chrétiens à la présentation d’un cadavre symbolique à avaler par le créateur de l’univers, ce qui humanisait quelque peu le monstre de la Genèse, mais lui faisait oublier que le destin de la créature évoque, comme dit Shakespeare, « une histoire pleine de bruit et de fureur racontée par un idiot ».

2 – Un Dieu unique en apprentissage de la politique

Ce n’est pas depuis 1789, mais depuis 1598 que le théâtre de l’histoire de la planisphère est celui que seule une anthropologie critique sera en mesure de décrypter. Or, ce décryptage ne sera rendu possible qu’à la lumière de la mythologie biblique, car le genre humain refuse purement et simplement d’observer la psychophysiologie et la complexion politiques du Dieu unique qu’il s’est construit à son image. Ce Dieu est censé exposer de sa propre initiative son ignorance et son incompétence de débutant. Faute d’un lent et sûr apprentissage des devoirs attachés à sa fonction, il a commencé sa carrière par un holocauste universel et pour ainsi dire, par la bombe atomique de son temps, à savoir le Déluge. Puis, l’apprenti, aussi sot que maladroit, qu’on appelle le Créateur, avoue s’être repenti de sa stupidité, ce qui a mis en place un acteur de l’histoire à la fois faillible et perfectible, à la manière de Louis XIV qui disait à la fois: « L’Etat, c’est moi« , et: « J’ai trop aimé la guerre« .

Il est donc bien évident que l’histoire codée du genre humain est celle d’un animal à la recherche, dans le vide de l’immensité, d’un interlocuteur autre que lui-même. Ce néophyte apprend progressivement que seul celui qui se connaîtra lui-même connaîtra les arcanes de la bête parlante. Mais, depuis 1905, l’Europe a perdu la trace de son évolution cérébrale. Ni le Ministère de la culture, ni celui de l’éducation nationale, ni l’école des sciences politiques de la rue saint-guillaume, ni notre enseignement universitaire, ni le Collège de France, ni nos sciences humaines timorées et craintives ne savent ce qu’est une religion et quelles sont les relations qu’une bête tueuse entretient avec ses sacrifices cultuels.

3 – Qui exerce l’autorité de définir une religion?

Cette situation soulève une difficulté insurmontable au premier abord. Car le pape François lui-même semble croire qu’une religion se définit à la simple écoute des pratiques religieuses des fidèles et il en conclut tranquillement que toutes les religions nourrissent dans leur sein un microscopique noyau de tueurs. Mais si nous ne définissons une religion ni à l’écoute de ses docteurs, ni à l’école de l’autorité doctrinale qu’exerce sa hiérarchie, nous perdrons le seul fil d’Ariane qui nous conduirait au décryptage du meurtre sacré sur lequel les trois monothéismes fondent leur catéchèse. Car la mentalité du catholicisme espagnol n’est pas celle de la Catalogne, le catholicisme que pratique la Calabre n’est pas celui de la France, le catholicisme polonais n’est pas celui de Neuilly.

Si nous laissons la multitude des pratiques locales d’une religion définir le contenu de son culte, nous retrouverons l’adage latin: « Quot homines, tot dii, Autant d’hommes, autant de dieux« , alors que la vraie question est de savoir pourquoi le dieu en cours de formation, donc faillible et perfectible de la Genèse, ne fait l’objet d’aucun examen objectif de son histoire et de sa politique. La cause en est simple: l’homme se ne cesse de se dérober au spectacle de son identité, et cela exactement de la même manière qu’il se cache l’identité réelle de son Dieu unique.

Mais pourquoi se dissimuler que l’homme est une bête tueuse ? Pourquoi se dérober à ce spectacle? La réponse se camoufle dans le génie politique d’un personnage mythique à son tour, un certain Abraham. Sachant que l’humanité est une tueuse par nature et par définition, ce « père de la multitude » nous dit l’étymologie hébraïque, est censé s’être dit qu’il fallait dévier le meurtre cultuel des enfants premiers-nés illustrés par Isaac et le remplacer par un substitut dérisoire, mais acceptable par la divinité, à savoir, un agneau. Mais comment convaincre le démiurge de se satisfaire d’une prébende animale? Le seul moyen crédible était de faire demander cette auto-spoliation par le Créateur en personne.

On voit comment un animal décérébré à l’école de ses songes tentera de retrouver une cervelle évolutive, mais tombée en panne depuis 1905.

4 – Qu’est-ce que le recul intellectuel?

Mon anthropologie historique se veut critique par définition du seul fait que le terme même de science présuppose un recul, donc une distanciation fondée sur une pesée des mots de l’histoire et de la politique.

Qu’est-ce à dire? De quelle raison parlons-nous quand nous disons que l’Europe repose sur une civilisation de l’intelligence rationnelle? Pour comprendre le nœud stratégique de la quête du « connais-toi« , il faut remonter au Platon du Théétète, d’Euthyphron, de la République, du Criton, du Phédon et pratiquement à l’œuvre entière du disciple de Socrate qui, le premier, a fondé le concept même de raison sur l’approfondissement de la connaissance de soi. C’est dans cet esprit que Platon a substitué à l’effigie d’une humanité pétrifiée sur la rétine de ses dieux un regard sur les dieux en mouvement sous la houlette des siècles.

Ce gigantesque changement de perspective a conféré un statut nouveau au Dieu qualifié d’unique que la Genèse met en scène sur le théâtre du monde. Ce personnage fantastique s’est alors installé sous des traits nouveaux et dans la durée. Car sitôt lové de génération en génération et de siècle en siècle dans le temps historique, ce personnage fabuleux est devenu un témoin fiable de l’évolution du cerveau de ses adorateurs.

5 – La France acéphale

Dès l’origine, les Célestes se présentent sous les traits de monstres aux aguets dans le cosmos et qui se ruent sur les hommes ou sur les bêtes qu’on leur donne à dévorer. Au Concile de Trente, en 1545, il a été solennellement réaffirmé que le Dieu de la Croix barbote dans le sang rouge et la chair encore chaude des offrandes qu’on présente à sa table: « Il n’y a pas de sacrifice sans effusion de sang« , disaient, comme aujourd’hui, les sauvages des nues. « Les protestants n’ont pas de vrai et réel sacrifice » ajoutaient-ils. De nos jours, nous suivons à la trace l’histoire parallèle du cerveau d’un Dieu unique et de celui de ses examinateurs, et c’est de l’extérieur que nous le voyons peu à peu renoncer à se précipiter en rapace sur les aliments dont nous sommes censés l’alimenter.

Que nous rappelle aujourd’hui notre observatoire du divin? Que si l’évolution de la cervelle du Dieu unique n’était pas devenue le témoin central de notre politique et de notre histoire sur sa rétine à lui, comme sur la nôtre, la civilisation du « connais-toi » d’aujourd’hui se trouverait entre la vie et la mort. Car en 1905, nous avons cru reprendre la question à partir de la révolution platonicienne et nous avons déclaré que tous les dieux sont des constructions anthropomorphiques et meurtrières, de sorte que nous n’avions aucun intérêt à tenter de les soudoyer, donc de les subventionner aux dépens du Trésor public.

Du coup, nous avons cru pouvoir les jeter au rebut sans plus de façons et nous avons perdu la source la plus féconde de nos renseignements sur le fonctionnement de la cervelle de notre espèce. Notre laïcité bancale s’est alors passée du moteur même de la connaissance que Platon nous avait fourni, alors qu’une laïcité non pensante est un carré rond. C’est donc au nom d’un Etat demeuré non pensant, donc sans raisonner, ni argumenter en rien, que nous demandons aux musulmans de se plier à nos us et coutumes.

6 – Salluste l’anthropologue

Comment les fidèles d’Allah n’attribueraient-ils pas aux caprices de notre politique notre refus de leurs égorgements de moutons? N’ont-ils pas raison de patauger dans le sang, puisque, dans leur esprit, il leur suffit de croire qu’Allah le leur demande? Notre propre victime du sacrifice, nous l’avons clouée sur une potence et nous glorifions un Golgotha changé en autel sanglant de nos meurtres sacrés à nous. Mais comment légitimerons-nous nos pseudo Etats rationnels s’ils sont devenus les pires ennemis de la pensée critique? Car nous nous sommes rendus aussi aveugles qu’au Moyen-Age à nous priver du moteur originel de Platon qui nous avait appris à observer la cervelle de nos dieux anciens, puis du dieu des juifs, des musulmans et des chrétiens.

Tout au long du XVIe siècle, nous nous sommes entre-égorgés sur la question de savoir si le corps de Jésus-Christ devait se trouver avalé et son hémoglobine déglutie par nos prêtres ou si nous étions des animaux capables de se désempêtrer d’un meurtre sacrificiel digne d’un Dieu de carnivores.

Nous n’avons plus de moutons à tuer, nous n’avons plus de sang rouge à boire et de chair à manger, et nous avons basculé dans un culte de nos idéalités politiques, cet aliment de substitution de notre meurtre sacré. Pour cela, il nous faut revenir à l’origine de toute véritable anthropologie religieuse qui se trouve chez Salluste et que cet historien, mort en 67 avant Jésus-Christ et contemporain de Cicéron et de César, a explicitée en des termes qui font débarquer cet auteur au cœur de l’anthropologie critique contemporaine. Voici ce qu’il écrit: « Les hommes ambitieux de l’emporter sur les autres animaux, doivent consacrer toutes leurs forces, à ne pas traverser la vie en silence, à l’instar des troupeaux, que leur courbure naturelle vers le sol et leur obédiance aux ordres de leur ventre, a façonnés. Car toute notre puissance se trouve dans notre esprit. (…) L’une de nos natures nous est commune avec les bêtes féroces, l’autre avec les dieux. D’où il me semble plus logique de chercher la gloire à l’écoute de notre esprit. Alors que la vie corporelle dont nous disposons est brève, la mémoire de notre passage sur terre peut se rendre impérissable. Car les traces de nos richesses et de notre beauté physique sont fluentes et fragiles, tandis que la souvenance de notre vie intérieure est éternelle et glorieuse. » (De conjurationae Catilinae, trad. M. de D.)
Un siècle et demi après Darwin, la vraie postérité de Salluste débarque dans toute l’anthropologie moderne, qui se demande à son tour quelle est l’animalité spécifique d’une espèce qui n’a pas d’autre interlocuteur qu’elle-même et qui ne peut s’observer de l’extérieur qu’à la lumière de l’histoire de son esprit et du Dieu qu’elle a enfanté à son image.

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Qui sommes-nous ?

Qui sommes-nous ?
1 – Adam a perdu ses repères cosmologiques
2 – Psychophysiologie du technosophe de la philosophie
3 – La nouvelle déréliction
4 – En attendant le réveil des peuples, des nations et des patries

 
1- Adam a perdu ses repères cosmologiques

En 1904 et 1905, le monde de la pensée a assisté, abasourdi, au naufrage des deux fondements universels de la perception et de la connaissance, l’espace et le temps. On avait subitement découvert que l’espace sert de véhicule au temps et vice et versa; on avait subitement appris que le temps est une matière dont le rythme de sa coulée change avec la rapidité ou la lenteur de son débit; on avait subitement appris que la durée est une substance localisée, on avait subitement appris que l’espace et le temps des ancêtres s’épaulaient réciproquement et se comportaient en compagnons de route.

Mais toutes ces informations stupéfiantes, ahurissantes et saugrenues étaient une manière de placer l’univers sur les pistes traditionnelles que l’humanité tridimensionnelle avait empruntées. Pour la première fois le genre humain découvrait qu’il ne connaissait pas son identité véritable, qu’il transportait l’espace et le temps dans des caissons artificiels et qu’il se trouvait incarcéré dans un univers dont la singularité se révélait observable, mais non décryptable.

Or, l’humanité fait usage d’une « raison naturelle » dont les règles s’éclairent de ce qu’il est convenu d’appeler le « sentiment d’évidence« . Si une pierre s’envolait sous nos yeux, si un animal se mettait à parler, nous serions terrifiés par des évènements spectaculairement incompréhensibles. Or, des évènements indéchiffrables envahissaient soudainement le cosmos.

Dans le même temps, on a vu paraître une espèce nouvelle de pseudo philosophes, les technosophes ou technocrates de la philosophie: ces sophistes du cosmos ignoraient que toute théorie de la connaissance n’est jamais que le reflet des présupposés inconscients qui conduisent ses pas et toute sa démarche. Du reste, la confusion entre savoir et comprendre est innée et l’étymologie elle-même le démontre: comprehendere signifie s’emparer et capturer un ensemble et intelligere renvoie à ligaturer. La proie du chasseur se change en oracle. Mais comprendre et remplir sa gibecière font deux.

2 – Psychophysiologie du technosophe de la philosophie

Depuis des millénaires un épistémologue sommital qu’on appelait le Créateur du monde distribuait les rôles respectifs de la matière, des végétaux et des animaux. De grands chambellans du cosmos assuraient la gestion d’un univers tripartite. Euclide, Archimède, Newton figuraient les dignitaires d’un monde bien orchestré. Puis la divinité avait cessé d’occuper la fonction suprême d’assigner sa place à chacun. Alors la raison s’était construite sur le même modèle que la divinité. A son tour, elle divisait le monde en quatre sections, le minéral, le végétal, l’animal et l’humain.

Les technosophes de la philosophie ne se promènent que sur le devant de la scène. Jamais leur regard ne porte sur les coulisses, jamais leur curiosité ne les conduit à passer derrière le rideau. Leur Discours de la méthode est celui d’un aveugle qui, à la manière des animaux, se construit sa tanière et se convainc que la solidité de son gîte lui fournit la clé de l’intelligible.

Mais rien n’est pire qu’une science historique aveugle, rien n’est pire qu’une civilisation qui ignore les présupposés qui la pilotent, rien n’est pire qu’une cité illustrée par ses erreurs de jugement. La relativité restreinte, puis la relativité générale d’Einstein ont conduit le genre humain à observer sa propre dégaine comme celle d’un animal microscopique et qui s’agite en vain dans l’infini carcéral qui lui sert d’habitat.

Dans ce décor, la technosophie n’est autre que la nouvelle carapace de l’aveuglement, la nouvelle surdité, le nouvel escamotage d’une espèce qui se découvre dérélictionnelle et qui se cache à elle-même son abandon dans l’infini. La technosophie est l’ultime faux-semblant d’une philosophie qui a renoncé à s’observer dans le miroir de ses rêveries. Aussi persévère-t-elle à se calfeutrer dans un savoir inconsciemment spéculaire. Ce genre de science privée de regard sur le miroir dans lequel elle se trouve enfermée suffit à rendre les ponts solides et les édifices inébranlables. Mais qu’adviendra-t-il de cette béance?

3 – La nouvelle déréliction

En vérité, Einstein nous livre à un monde plus mystérieux que celui dans lequel l’homme de Cro-Magnon ou de Néanderthal avaient cru trouver leurs repères. Car si le carbone 14 et les détecteurs plus récents de la durée que nous avons découverts, nous apprennent que la terre a débarqué il y a cinq milliards d’années environ dans un espace et une durée qui se trouvaient déjà là et si, par conséquent, l’univers des atomes a eu un commencement, alors la question des relations que la matière et le temps entretiennent avec l’espace et la durée se place au cœur de la science moderne.

Car l’homme primitif avait balisé l’espace et placé une chronologie sûre de sa dégaine dans un univers bien quadrillé, alors que le temps est devenu élastique et spongieux à l’école de la montre molle de Salvador Dali, que l’univers est devenu à lui-même. En effet, le temps et l’espace sont des matières mystérieuses et indéchiffrables, mais dont l’action physique se révèle vérifiable et calculable. Si nous plaçons une horloge dans un missile, nous constaterons qu’au cours de ce voyage les aiguilles du cadran auront subi l’action physique du temps et qu’elles auront pris un retard, certes minime. Mais si la vitesse du missile s’élevait à celle de la lumière, le cadran de la montre témoignerait d’un ralentissement de la coulée du temps sur la terre et les éventuels passagers de ces missiles découvriraient, lors de leur retour sur notre astéroïde, que la durée s’est vertigineusement accélérée à l’échelle locale.

Or, la plupart des savants d’aujourd’hui n’ont pas encore appris à distinguer clairement le verbe savoir du verbe comprendre. Sitôt qu’ils ont enregistré un fait nouveau, ils se croient en possession de la clé de l’intelligibilité de l’univers. Et il n’est pas un humain sur cent mille qui sache nous nous trouvons ballottés dans un univers plus indéchiffrable de se trouver mieux connu qu’à l’âge de la pierre taillée : car l’espace et le temps se sont dérobés sous nos pas. Nos deux domiciles, l’étendue et la durée apostrophent désormais la matière et lui disent: « Tu n’existerais plus si nous n’étions pas là. Sans notre double protectorat, tu t’évanouirais dans le néant. Mais jamais tu n’apprendras qui nous sommes, car ton entendement est rebelle à toute compréhension des connaissances que tu as acquises à ton propre détriment et à l’école de ta déréliction. »

Mais dans le même temps, quelle réouverture de l’interrogation sur soi-même! La finitude de notre espèce se révèle la source d’un éveil nouveau. Le monde moderne se découvre plongé dans une sorte de « théologie négative« . Mais cette fois-ci, l’anthropologie critique observe, la loupe à l’œil, les régisseurs de son destin. Nous déversons des cadavres par millions dans un cosmos désert.

Les technosophes de la philosophie ignorent le tragique, mais derrière leurs phalanges bornées une bête nouvelle se réveille, une bête nouvelle lutte contre son endormissement, une bête nouvelle allume le flambeau d’une autre conscience de sa lente évasion de la zoologie. Qu’est-ce à dire? Comme toujours, la langue française copie le latin. Nous disons « la condition humaine« , ce qui décalque mot à mot la conditio humana des Romains. Il se trouve seulement qu’en latin le vocable conditio renvoie au verbe condere qui signifie construire. Les Romains comptaient les années ab urbe condita, c’est-à-dire à partir de la cérémonie religieuse qui circonscrivait et sanctifiait (sancire, qui fait sanctus au passé), tout ensemble la future construction de ville.

Au plus secret de son esprit, le latin n’entend pas le terme de « nature humaine » au sens biologique du terme, mais, à l’instar de l’empire romain lui-même, comme une construction, comme un gigantesque édifice à bâtir de main d’homme. Nous avons donc à bâtir la condition humaine dans un univers où le verbe comprendre n’a plus de sens, tandis que le verbe savoir nous renvoie à une énigme à jamais indéchiffrable.

4 – En attendant le réveil des peuples, des nations et des patries

Le 23 juin, les peuples ont rappelé à leurs classes dirigeantes et à leurs Etats qu’ils sont les défenseurs des vrais intérêts des patries. En automne, ce seront les peuples qui demanderont à l’empire américain: « Comment se fait-il que, vingt-sept ans après la chute du mur de Berlin, vos bases militaires soient encore là, comment se fait-il que vous prétendiez occuper nos territoires du nord au sud et de l’est à l’ouest de l’Europe, comment se fait-il que nos classes dirigeantes aient trahi nos patries jusqu’à légitimer la présence militaire perpétuelle de vos armes sur nos territoires respectifs? »

Alors la question que je pose sur ce site depuis tant d’années, ce seront les peuples qui la prendront à leur compte et qui demanderont à leurs dirigeants vendus à une puissance étrangère: « Oui ou non des sénateurs, des députés, des chefs d’Etat qui auront accepté de rendre éternelle l’occupation militaire de nos nations par un empire étranger, seront-ils traînés ignominieusement devant une cour de justice qui les condamnera pour trahison de leurs peuples pendant soixante-dix ans? »

Voilà la vraie question que la voix retrouvée des patries soulèvera en automne, voilà la vraie question que le peuple anglais a rappelée à la conscience démocratique et à l’éthique mondiales le 23 juin 2016.

* Les mises en ligne sur ce site reprendront au terme de la pause estivale.

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L’inconscient théologique de la démocratie mondiale

L'inconscient théologique de la démocratie mondiale
1 – L’homme à la recherche de l’humain
2 – Qu’est-ce qu’une anthropologie trans-zoologique
3 – Les effets pervers du mythe langagier
4 – La quadrature du cercle et la politique
5 –  » Faites ce que je dis, non ce que je fais « , Boris Johnson
6 – La crédulité confondante des naufragés de l’histoire
 
1- L’homme à la recherche de l’humain

Le monde antique n’a pas élaboré une anthropologie unifiée, systématique et proprement scientifique. On en trouve des bribes éparses chez Plaute, Terrence, Suétone, Varron, Sénèque, Horace, Cicéron, Tacite ou Tite-Live. Mais le seul historien qui ait articulé une anthropologie encore rudimentaire avec la zoologie est Salluste: le genre humain, dit-il, diffère des « autres animaux » que la pesanteur de leur ventre incline vers la terre. Mais Salluste est un nostalgique des origines rurales de Rome et son style est semé d’archaïsmes. Il aurait pu remarquer qu’il existe des animaux bipèdes en grand nombre et qu’à ce compte, comme disait Diogène, un coq plumé serait un homme.

Certes, jusqu’à nos jours, et notamment depuis la découverte de l’évolution des espèces, l’interprétation scientifique du devenir de l’humanité est demeurée limitée à une histoire de notre ossature. Mais, dans le même temps, les anthropologues ont tenté de qualifier d’humaine une espèce censée définissable par la découverte du feu ou de la roue.

De nos jours, la civilisation fondée sur le progrès techniques a conduit à une impasse: le moteur à réaction, les satellites, l’énergie nucléaire ou le téléphone portable n’ont pas fait progresser d’un milligramme l’intelligence politique et l’éthique de l’humanité, parce que seule une microscopique phalange de cervelles spécialisées invente les machines magiques que le reste du genre humain utilise à seulement appuyer sur des boutons et sans comprendre goutte à leur fonctionnement.

Puis, quand les progrès de l’intelligence ont cessé de se nourrir du lent perfectionnement des divinités primitives et que le regard de la science a commencé de se porter sur la psychophysiologie et la politique des trois dieux qualifiés d’uniques, on a vu paraître les premiers anthropologues existentialistes qui, avec Husserl, Bergson ou Sartre, ont observé que l’homme en tant que tel est un animal projectif et métaphorique. A ce titre, cette espèce ne transporte ses symboles que dans sa tête.

2 – Qu’est-ce que l’ anthropologie transcendantale ?

On en a vu un exemple tout récemment quand des Français, fils et petits-fils de soldats honorés de la légion d’honneur à titre militaire, en ont offert la médaille et le ruban à l’ambassadeur de la Fédération de Russie à Paris, afin que ces symboles fussent remis en mains propres à la veuve du héros, Alexandre Prokhorenko, qui s’était glorieusement sacrifié en Syrie.

Or, M. Alexandre Orlov en a été ému aux larmes, dit-il, et il s’est aussitôt rendu au domicile des donateurs, porteur d’une invitation de M. Vladimir Poutine, à assister, à titre d’hôtes d’honneur, au défilé traditionnel de la victoire de 1945 le 9 mai 2016 sur la Place Rouge. Or, cet ambassadeur savait fort bien qu’une légion d’honneur n’est pas substantifiée par un ruban, que cette distinction n’est pas un fétiche ou un totem militaire, mais le signe métaphorique, donc le symbole, d’un haut dialogue entre le génie spirituel de la Russie et le vrai génie de la France.

Supposons un instant qu’un cardinal de Curie envoie son chapeau de pourpre au patriarche orthodoxe russe. Que signifierait ce geste d’un prince de l’Eglise romaine, sinon qu’une religion fondée sur le divinus afflatus du polythéisme que les chrétiens ont rebaptisé Saint Esprit, transcende un christianisme fondé sur l’attelage du Père et du Fils au timon des affaires de ce bas monde. Le patriarche russe situerait alors le débat à la même hauteur spirituelle que l’ambassadeur de Russie à Paris. Car cet ambassadeur sait fort bien que le ruban de la légion d’honneur est un morceau d’étoffe aisément remplaçable, tandis que la métaphore est porteuse d’un message élévatoire. De même, un cardinal romain n’ignore pas qu’il pourra racheter son chapeau dans l’échoppe où des tailleurs spécialisés confectionnent les vêtements somptueux des princes de l’Eglise, ainsi que les chapeaux dont la pourpre symbolise le sang d’une divinité crucifiée.

3 – Les effets pervers d’un mythe

Cependant, si le genre humain n’est pas localisable et enracinable à la manière des plantes ou des troupeaux au ventre lourd, la forme d’évasion de la zoologie que symbolise la métaphore présente également des effets pervers, car la parole transporte le sujet dans un monde des phonèmes où le sonore va progressivement se substantifier et se substituer à l’histoire physique. Les chrétiens du Moyen-Age vivaient dans un fantastique religieux plus réel à leurs yeux que le cours terrestre de l’histoire et de la politique.

Ce phénomène s’est reproduit à l’heure où le « paradis soviétique » a remplacé le « paradis ecclésial ». Mais, de nos jours, un évangélisme de type démocratique vassalise le Vieux Continent, tellement le langage salvifique de l’empire « démocratique » américain a remplacé le discours pseudo rédempteur de l’utopie marxiste. Les effluves du sonore ont réduit l’Europe à la servitude des adorateurs d’une mythologie de type démocratique. Les manipulateurs du déclin du Vieux Continent tiennent entre leurs mains une fantasmagorie politique selon laquelle l’Europe deviendrait un jour une nation chapeautée par un Etat central, alors qu’il n’a jamais existé et qu’il n’existera jamais d’Etat supra-national. Les Etats-Unis ne sont pas un rassemblement d’Etats mais de régions absentes de la scène internationale et fermement tenues en mains par un Etat central à la poigne de fer. C’est ainsi qu’une Europe censée supra-nationale réduirait les anciennes nations à des paltoquets privés de toute existence sur la scène internationale.

Après le suicide de Hitler d’une balle dans la bouche et la crémation de son cadavre, après le suicide de Goebbels, de sa femme et de ses six enfants, après le suicide au cyanure de Goering et la pendaison de rattrapage de son cadavre, après le suicide, à l’âge de quatre-vingt dix ans de Rudolf Hess dans la forteresse de Spandau, l’Europe a commencé d’abolir la peine de mort, tandis que l’Amérique recourait massivement à la chaise électrique et au poison, mais expédiait ses suspects à torturer en Europe et au Moyen-Orient et délocalisait son camp de concentration à Guantanamo sur l’île de Cuba. C’était tenter de préserver, du moins à domicile, la pureté de son mythe. C’est que la religion chrétienne offrait à une divinité ambidextre le cadavre jugé payant de son propre fils torturé à mort.

En 1945, les empires terrestres sont censés avoir disparu de la surface de la terre. Le concept abstrait de démocratie démontre à une civilisation européenne ahurie, ébahie, abasourdie et proprement hébétée, que le langage métaphorique et symbolique peut servir de masque sacré à une divinité demeurée rançonneuse. Dans les coulisses, les tenanciers d’une espèce hypervocalisée et hyperphonétisée savent quel type nouveau d’animalité piègera un animal qui peine sang et eau à s’évader réellement de la zoologie.

Du coup, l’anthropologie transcendantale tente de porter son regard sur la spécificité du simianthrope. Le monde moderne est à la recherche de son télescope.

4 – La quadrature du cercle et la politique

Depuis la parution en 1511 du sarcastique Eloge de la folie d’Erasme de Rotterdam, jamais l’humanité ai n’avait désiré davantage s’arrimer au monde réel et larguer l’empire des balivernes que sécrètent les mondes imaginaires. Au XVIe siècle, le trafic des indulgences servait de bons de caisse du salut: on achetait des tickets d’entrée dans le royaume des bienheureux. Au XXe siècle, des tonnes de monnaie de papier passaient pour de l’or en barre. Il fallait, disait-on, revenir aux écus sonnants et trébuchants. La bourse de Shanghaï relevait le prix de l’or que Londres et New York avaient artificiellement rabougri. Mais comment parvenir à garantir le rouble, le yuan, la roupie, l’escudo, le peso et demain le yen, avec des tonnes d’or dont la production n’est pas extensible à l’infini?

Aussi la guerre contre un empire américain qui se proclamait le souverain du monde allait-elle se dérouler sur un autre terrain, celui de la conquête de l’hégémonie politique et militaire classiques. Comme la guerre nucléaire n’était plus crédible, car un suicide collectif n’est pas un conflit armé, une telle stratégie se heurtait au problème de la quadrature du cercle dont la logique démontre qu’il est insoluble par nature et par définition. Si vous tracez une circonférence d’une longueur mesurable, jamais vous ne trouverez la dimension exacte du diamètre et si vous vous donnez un diamètre d’une longueur arrêtée, jamais vous n’obtiendrez la dimension précise d’une circonférence, puisque les décimales de pi s’étendent à l’infini et n’obéissent à aucun cycle.

Il en est ainsi du problème politique qu’un Président des Etats-Unis devra tenter de résoudre. S’il prétend entretenir d’excellentes relations avec la Chine, l’Inde et la Russie et s’engager dans une détente mondiale, il devra faire proclamer nulles et non avenues les clauses du traité de Lisbonne qu’il a lui-même imposées à ses vassaux, à savoir la présence perpétuelle de ses troupes sur leur territoire, et cela au mépris de toute Constitution démocratique. Dans ce cas, il verra la diaspora mondiale et l’atlantisme des classes dirigeantes occidentales s’opposer à ce renoncement d’un empire à son hégémonie. En revanche, s’il entend conserver son instrument de domination de la planète qu’on appelle l’OTAN, ce sont les opinions publiques du monde entier qui refuseront progressivement la tutelle d’une liberté devenue colonisatrice, car celle-ci ne dira plus, comme Louis XIV « L’Etat c’est moi », mais: « Je suis la puissance omnisciente et omnipotente qui dicte leur voie à toutes les nations« .

C’est pourquoi seule une initiation des peuples à la géopolitique apportera une réponse rationnelle à ce conflit entre les peuples et leurs dirigeants corrompus. Déjà on voit la nation allemande se dresser contre le pacte entre le lion et le mouton qu’on appelle le TTIP. Déjà on voit l’Allemagne se diviser entre l’Ouest asservi et l’Est tourné vers la Russie et se scinder à nouveau entre deux mondes intérieurs aussi incompatibles entre eux qu’antérieurement à la chute du mur de Berlin. Car les peuples savent d’instinct qu’un pacte conclu entre un fauve en liberté et des brebis sans défense ne peut s’achever que par la tonte des ovins. La clé de la géopolitique serait-elle tout simplement le bon sens populaire ?

5 –  » Faites ce que je dis, non ce que je fais  » , Boris Johnson

Pour comprendre la situation de l’Europe face à l’empire américain, il faut remonter à l’alliance ou à la complicité entre les théoriciens de la couronne et les metteurs en scène de la démocratie, qui se sont entendus pour enfanter de conserve un monstre juridique. Car le concept de monarchie constitutionnelle est contradictoire par nature, puisqu’on ne saurait faire lire un « discours du trône » qui se présenterait dans le même temps pour un discours démocratique par définition. Il s’agissait seulement, pour la démocratie anglaise, de paraître conserver intacte la couronne du sacré, parce que toutes les monarchies sont censées de « droit divin« , donc bâties sur la caution de la divinité de l’endroit. Mais il est impossible de fonder le statut de l’Etat sur une monarchie qualifiée de constitutionnelle sans réduire la royauté à une représentation théâtrale vide de sens. C’est ainsi que la reine d’Angleterre se livre à la comédie politique de lire, à chaque changement de premier ministre, un « discours du trône » conçu, rédigé et signé par le parti majoritaire issu du suffrage populaire.

Or, le Pentagone d’un côté, l’OTAN, son bras droit de l’autre, c’est-à-dire le maître du G7, placent une Europe somnolente et prête d’avance à toutes les concessions, dans la situation de la reine d’Angleterre face au gouvernement réel du royaume.

C’est ainsi que dans la déclaration finale du G7, qui s’était tenu les 26 et 27 mai à Ise-Shima au Japon, la troupe de six Etats réduits au statut de la reine d’Angleterre, sous la houlette du maître de cérémonie, Barack Obama, a récité au préalable les invocations d’usage à la Liberté, à la Démocratie, à l’Etat de Droit, au Respect des Droits de l’homme, au désir de garantir la Paix, la Sécurité , la Prospérité du monde et la Croissance économique globale.

Puis on en est venu aux choses sérieuses: l’empire a alors dicté à ses domestiques les « éléments de langage », c’est-à-dire des phrases à réciter avec une belle unanimité sur toutes les principales questions de politique internationale, mais jaugées au préalable à l’aune des intérêts de l’empire. Le menu était copieux et concernait le terrorisme, les migrations, la Syrie, l’Irak, la Libye, le Yémen, l’Iran, le Liban, la Corée du Nord, l’Ukraine, la Georgie, etc. – bref la planète tout entière y a passé. Une place de choix était réservée aux deux rivaux des Etats-Unis, la Chine et la Russie. La piétaille de l’empire était priée de marcher au pas, de chanter à l’unisson et de rester sagement dans les clous sous peine de subir de lourdes pénalités financières.

C’est donc l’empire américain qui rédige, en réalité, le « discours du trône » de la sorte de monarchie constitutionnelle qu’est devenue l’Union européenne, sous la houlette d’un chef du gouvernement sis à Washington. MM. Juncker, Tusk, Hollande, Rensi, Mme Merkel et tutti quanti feignent, avec un bel ensemble, d’exprimer la volonté du suffrage universel de leurs peuples respectifs. Les démocraties se réclament de « valeurs universelles » donc d’une éthique de type laïc fondée sur la raison humaine. Cette raison place la capacité de prévoir au cœur de la science politique, ce qui est également le fait de la divinité, puisqu’on inscrivait sur les cadrans solaires: « Ta prévoyance crée toutes choses et c’est elle qui régit les mondes. » La théologie et la raison se partagent donc la même définition de l’intelligence politique.

Du coup, une Amérique qui ne cesse d’étendre son pouvoir en Europe par le moyen de la corruption ou de la terreur qu’elle inspire à toute la classe dirigeante du Vieux Monde, n’est en rien une démocratie, mais un despotisme pur et simple. Boris Johnson, ancien Maire de Londres, l’a révélé publiquement quand il a dit, bien en face à M. Barack Obama:  » Vous imposez aux autres des restrictions de leur souveraineté que vous n’accepteriez jamais pour vous-même. Faites ce que je vous dis, non ce que je fais ».

L’empire américain sait fort bien qu’il ne s’exprime pas et qu’il ne s’est jamais exprimé sur la scène internationale au titre d’une démocratie réelle. Tous les traités bilatéraux conclus entre Washington et les nations européennes commencent par l’énoncé d’une précaution oratoire qui ne trompe personne et qui rappelle, à titre seulement formel, que les nations sont souveraines par définition. Puis ces accords s’empressent de préciser les pouvoirs du souverain réel: ses troupes disposeront de la liberté de mouvement sur le sol des vassaux; elles renforceront leur armement à leur gré ; elles n’auront pas à solliciter des peuples asservis l’autorisation de modifier leur stratégie selon les besoins que les circonstances leur imposeront.

6 – La crédulité confondante des naufragés de l’histoire

On en a vu tout récemment un exemple frappant: ayant décidé que la Russie se présentait en rival et qu’il importait de la « faire rentrer dans le rang« , ainsi que la Chine et l’Inde, les Etats-Unis ont aussitôt quadruplé ou quintuplé la puissance offensive de leurs bases militaires sur le Vieux Continent, et cela sans consulter aucun de leurs vassaux. C’est ainsi que la France a d’abord refusé le subterfuge bureaucratique de paraître limiter la tutelle du Pentagone désireux de remettre à son alter ego, à savoir l’OTAN, l’installation et la gestion d’un « bouclier » face à une Russie présentée comme hitlérienne.

Un despotisme à l’échelle mondiale déguisé en démocratie universelle ne sera pas perpétuellement accepté par l’opinion publique. D’ores et déjà on voit surgir des sites d’outre-Atlantique ricanants à l’égard d’une Europe asservie. Une Constitution européenne censée légitimer la présence sans fin de troupes étrangères sur le sol du Vieux Continent est une caricature de souveraineté de type colonial. Elle ne peut être imposée que par la force à des chefs d’Etat domestiqués d’avance. En effet, des dirigeants corrompus ont contourné le verdict du suffrage universel afin d’imposer aux nations censées souveraines leur traité de Lisbonne.

Voilà ce que dirait au peuple américain un candidat à la présidence des Etats-Unis qui aurait l’audace d’exposer le problème de la quadrature du cercle. Car dirait-il, le diamètre symbolise la politique intérieure d’un Etat et la circonférence sa politique étrangère.

Revenu aux affaires en 1958, l’homme du 18 juin avait aussitôt convoqué le général américain en charge de l’occupation militaire de l’Europe et lui avait demandé de lui indiquer l’emplacement exact des bombes atomiques de l’étranger stockées sur le territoire national. Il s’était montré abasourdi de s’entendre répondre que ces emplacements étaient protégés par le secret militaire. Le Général de Gaulle n’avait donc pas encore entièrement assimilé l’évidence qu’un empire pseudo évangélique est un empire messianique et qu’il progresse selon les règles communes aux apostolats politiques en expansion. Si nous n’instruisons pas dès les bancs de l’école la génération de demain des fondements de la géopolitique messiani
que, dans moins de dix ans, nous aurons sur les bras cinq cent millions d’habitants du Vieux Monde dont la masse léthargique fera une proie passive de sa propre méconnaissance des lois de l’histoire sacralisées par l’utopie.

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L’éléphant dans le salon ou La domestication de l’Europe et la décomposition de la France

L'éléphant dans le salon  ou  La domestication de l'Europe et la décomposition de la France
1 – Un éléphant dans le salon
2 – L’éléphant barrit dans le salon
3 – L’éléphant s’installe dans le salon
4 – L’éléphant essaie de se rendre invisible
5 – L’éléphant piétine la vaisselle
6 –  » En prison pour médiocrité « , Henry de Montherlant

 

1 – Un éléphant dans le salon

Un Etat ne peut renoncer au mythe qui le constitue. La démocratie obéit à un destin messianique, celle d’un évangélisme dont la vocation planétaire lui dicte son destin et qui la conduit inévitablement aux catastrophes inscrites dans son enflure originelle.

Tous les chefs d’Etat de l’Europe auraient dû comprendre dès 1945 que les Etats-Unis d’Amérique tenteraient d’adorner leur victoire et de se donner la vocation apostolique, salvifique et rédemptrice. C’est cela que le Général de Gaulle a compris au cours même de la deuxième guerre mondiale et dont son discours de Pnom Penh en 1966 n’était que l’expression d’une évidence depuis longtemps connue et assimilée.

Un bref rappel des évènements de 1945 éclaire la situation géopolitique actuelle.

Lorsque, à la fin de 1941, fut rédigé le texte de l‘AMGOT (Allied Military Government in Occupied Territories) dans la perspective de l’entrée en guerre prochaine des Etats-Unis, des millions de « dollars d’occupation » furent imprimés. On créa parallèlement une Ecole d’Administration coloniale sise à Charlottesville en Virginie, dont la finalité était de former l’encadrement des « indigènes européens libérés« .

Huit jours après le débarquement, les premières frictions apparurent au grand jour entre les forces américaines et les premiers éléments de la France Libre nommés par le Général de Gaulle. Cette tension vira à l’affrontement ouvert à la fin du mois de juin, lorsque le Major Général Collins, prétendit se hisser au rang de Gouverneur de Cherbourg et refusa de reconnaître la nomination du sous-préfet par de Gaulle. Une manifestation monstre de la population cherbourgeoise amena Collins à rentrer d’urgence à Washington afin de consulter Roosevelt qui eut l’intelligence de comprendre l’impossibilité de réduire la France une servitude coloniale – et dans le même temps, le projet de M. Morgenthau, ministre de Roosevelt, de ramener l’Allemagne à un pays exclusivement agricole, se heurtait au même obstacle outre-Rhin.

On comprend mieux, à l’examen de ces évènements, pourquoi l’empire américain a poursuivi depuis lors les mêmes objectifs, mais à l’aide d’une stratégie plus usuelle des relations d’un Etat en expansion avec ses subordonnés. Telle est la toile de fond d’une vassalité de la France placée sous le sceptre et le joug d’un « sauveur » du monde qui a envahi tout son espace psychique et géographique – l’ éléphant s’est installé dans le salon.

Le vote de l’Assemble nationale du 28 avril 2016, qui était censé presser le gouvernement de lever les « sanctions » économiques anti-russes a pris une tournure démonstrative du degré actuel de soumission de la France. On sait qu’un vote sans quorum d’une poignée de députés suffit à engager l’autorité du Parlement tout entier. C’est ainsi qu’une masse d’élus du peuple souverain de quelque cinq cents députés sur près de six cents a pu déserter l’enceinte du Parlement, ce qui lui a permis de cacher sa démission sous le masque politique de l’absence.

Mais il est bien évident que seule une quasi unanimité des représentants du peuple souverain aurait exercé une pression réelle sur l’Etat atlantiste que la France est devenue. La mise en scène de ce faux semblant d’une volonté nationale a permis au chef de l’Etat de persévérer dans son allégeance aux volontés de Washington. La minorité de quelque quatre vingt dix-huit députés n’a voté pour une levée des « sanctions » qu’avec une majorité de dix voix. Le Président de la République en a profité pour écarter d’un revers de la main une volonté minable et étriquée de l’autorité législative de desserrer l’étau de l’empire américain.

2 – L’éléphant barrit dans le salon

Mais il y a plus: les quelques orateurs qui se sont fait entendre ont tous affiché une fausse autonomie selon laquelle ces « sanctions » auraient été décidées par la France et par l’Europe. Or, tout le monde sait fort bien qu’elles ont été imposées à la France et à l’Europe par la volonté expresse de Washington, ce qui révèle l’alliance de la servitude et de l’hypocrisie: le serf se cache à lui-même sa dépendance à l’égard de son maître et affiche comme siennes les décisions qui lui sont imposées. Il étale une « liberté » qu’il a entièrement aliénée.

Des orateurs engagés dans le combat pour la levée des sanctions se sont si bien répandus en déplorations qu’ils ont été tout étonnés de recevoir en pleine figure le boomerang que le gouvernement avait imprudemment lancé. Or, M. Kerry s’est vanté devant les étudiants de Harvard d’avoir imposé le diktat de l’Amérique à la France et à l’Europe tout entière. On a pu mesurer à cette occasion la faiblesse l’esprit et l’impéritie de toute la classe dirigeante du Vieux Monde: on a entendu Mme. Mogherini, alors ministre des affaires étrangères d’Italie, reconnaître qu’elle s’était imaginée entretenir des relations d’égal à égal avec M. Kerry.

Mais une question plus profonde se pose au terme de cette joute dans un salon de thé: un chef d’Etat européen peut-il poser les jalons d’un retour des troupes d’occupation américaines en France et valider le traité de Lisbonne qui a imposé à toute l’Europe et à titre constitutionnel la présence perpétuelle des bases américaines sur le Vieux Continent? Certes, un Président de la République qui croit sincèrement que le sauvetage d’un seul chômeur sur trois cents ferait de ce rescapé la preuve vivante que le vent de l’histoire aurait changé de direction et que le salut serait proche; un Président de la République qui n’a aucune idée des causes réelles du chômage témoigne d’une impéritie confondante. Il serait infantile d’imaginer que cet homme-là aurait une connaissance profonde des ressorts réels de la géopolitique. Peut-on se voir déclaré responsable et coupable de son ignorance?

3 – L’éléphant s’installe dans le salon

Qu’en est-il de la responsabilité politique des chefs d’Etat de l’Europe sous domination éléphantesque? Quelques jours seulement après avoir osé démontrer que la décision de l’empire américain de dresser un « bouclier » aux frontières de la Russie n’était pas un simple « aménagement technique », comme le prétendait la Maison Blanche, mais une décision politique essentielle, celle de placer encore davantage l’Europe et la France sous la tutelle du Pentagone, M. Hollande n’a pas levé le petit doigt à la réunion du G7 à Tokyo les 26 et 27 mai pour s’opposer à l’installation de ce « bouclier » en Roumanie et en Pologne.

Bien plus, le ballet des fantômes d’Etats européens a docilement accepté non seulement de maintenir, mais de renforcer les sanctions économiques contre la Russie au-delà du 31 juillet 2016. La trahison moderne appartient aux déserteurs de Clio. On l’a bien vu avec le discours que M. Hollande a prononcé le 29 mai 2016 à Douaumont. On y a entendu le chef de l’Etat substituer des envolées dans le vide à l’examen de la situation sur le terrain et des vagabondages stratosphériques aux enseignements de la géographie. C’est quitter l’histoire de se vaporiser dans les concepts creux et les abstractions dont l’universalité même est le gage de leur désincarnation éternelle.

L’URSS de Staline a été la première à effacer purement et simplement de la toile les personnages qui n’occupaient pas la place convenue dans l’histoire catéchisée d’avance par le récit officiel des évènements. C’est ainsi que Léon Trotsky a disparu de la narration officielle mise en place par le mythe marxiste. Praeterita mutare non possumus – nous ne pouvons pas changer le passé disaient les Romains. Impossible de « dé-pétainiser » Verdun. A ce compte, il faudrait « dé-monarchiser » l’histoire de la France de Clovis à Louis-Philippe.

On ne « dé-hollandisera » pas l’histoire de la République de 2012 à 2017. M. Hollande est bel et bien « dans l’histoire« . Son tort est seulement d’ignorer dans quelle histoire il a embarqué la France et lui-même De toute façon, une histoire rationnelle, donc réfléchie est nécessairement une science, sauf à se trouver prise dans la nasse d’une idéologie. Il n’y a pas d’alternative aux retrouvailles de l’histoire avec l’héroïsme solitaire des grandes nations et avec le patriotisme qui leur sert de ressort en acier trempé, parce que le naufrage d’une Europe réduite à un cortège d’ombres est aussi irréfutablement démontré que le théorème d’Euclide: une Europe soi-disant supra-nationale ne serait jamais qu’une outre percée dont l’empire des Etats-Unis d’Amérique se ferait un jeu d’enfants d’en multiplier les trous.

4 – L’éléphant essaie de se rendre invisible

Pour comprendre toute la difficulté que présente un éventuel procès en haute Cour du président François Hollande, il faut comparer la situation du Maréchal Pétain avec celle de la Ve République d’aujourd’hui.

Peut-on accuser de trahison pure et simple et une vassalité coupables au vainqueur de Verdun alors que la France était mise à terre et qu’elle se trouvait occupée par les troupes de l’Allemagne nazie? Le pays avait un couteau sur la gorge. Dans un sauve-qui-peut désespéré, l’attitude la plus digne et la plus compatible avec la fierté de la nation était d’opposer à Hitler la gloire du héros le plus prestigieux de la guerre précédente. Ce sera à la lumière de la vassalité de la France d’aujourd’hui que les historiens de demain auront le recul nécessaire pour juger de la politique du Maréchal Pétain. Car le Président François Hollande n’a pas de couteau sur la gorge et c’est de plein gré qu’il accepte un traité de Lisbonne incompatible avec la souveraineté nationale. C’est de plein gré qu’il prépare le retour de l’occupant américain sur le sol national.

Le Maréchal Pétain avait tenté, au procès de Riom, de juger les hommes politiques de la IIIe République coupables d’avoir conduit la France à la défaite de 1940. Il est grotesque de traiter de « traître à la patrie » un Maréchal décidé à poursuivre les responsables de la défaite de son pays. Tous les historiens sérieux voient d’ores et déjà dans l’accusation de trahison d’un soldat de quatre-vingt dix ans un montage rendu possible en raison des applaudissements du parti communiste français de l’époque au pacte germano-soviétique qui faisait soudainement de l’alliance du « petit père des peuples » avec le Führer la clé de l’entrée dans le paradis soviétique. On croyait au débarquement de l’Eden marxiste sur la terre, on croyait que la « dictature du prolétariat » coïnciderait avec l’avènement des félicités promises. Les intellectuels avaient versé des torrents de larmes à la suite du décès de l’ancien séminariste de Tbilissi, Joseph Staline.

Le vieux Maréchal devait-il démissionner ou se laisser déporter à Sigmaringen? Devait-il cesser de témoigner de la dignité de la France vaincue? Comment qualifier de traître à sa patrie un héros de la première guerre mondiale, une proie et un butin du nazisme aux abois? Le Président Hollande, lui, devrait-il démissionner plutôt que de valider les conséquences d’un traité du Lisbonne qui légitime d’avance l’occupation militaire perpétuelle de la France? Est-il coupable d’une incompétence qui l’exonèrerait de sa responsabilité de chef d’une France désormais asservie?

5 – L’éléphant piétine la vaisselle

Puisque M. Hollande ignore les causes, mystérieuses à ses yeux, qui contraignent cinq millions de Français à l’oisiveté et qui leur interdisent de faire bénéficier la nation de leur force de travail, puisque M. Hollande s’imagine qu’un seul chômeur sur trois cents a bénéficié d’un sauvetage provisoire et que cet évènement suffirait à gonfler les voiles de son destin politique, peut-être connaît-il les raisons qui motivent le délire de l’empire américain à construire six monstres marins supplémentaires dont la carapace d’acier servira d’aérodrome flottant à une nuée d’avions de chasse. Peut-être ignore-t-il les raisons qui provoquent l’hilarité des stratèges chinois, qui savent que cette ferraille flottante est une cible idéale pour des missiles d’une portée de mille cinq cents kilomètres et tirés de leurs rivages à la vitesse de cent kilomètres à la minute.

Peut-être M. Hollande est-il informé que le prix de l’or se fixe désormais à Shanghaï , que le yuan chinois sera dorénavant garanti par de l’or physique, que la Russie a aussitôt emboité le pas à Pékin et décidé que ses exportations de gaz et de pétrole lui seront payés dans toutes les monnaies nationales du globe, à l’exception du dollar et que le petro-yuan est en train de remplacer le petro-dollar? Peut-être M. Hollande sait-il que toute l’Afrique du Nord a basculé du côté de la Russie et que soixante généraux de l’Allemagne de l’Est ont dénoncé une russophobie artificielle qui n’exprime que le refus de l’ascension d’un concurrent.

M. Hollande aurait-il oublié que le citoyen lambda avait refusé une Constitution européenne qui prévoyait l’incrustation perpétuelle des bases militaires américaines sur tout le Vieux Continent ainsi qu’en France ainsi et que la classe européenne vassalisée a substitué en catimini à la volonté du suffrage universel un traité de Lisbonne inconstitutionnel par nature et par définition? Peut-être M. Hollande serait-il informé de tout cela en raison de sa connaissance des relations de l’enflure avec l’inconscient de la vassalité, que Jung décrit en ces termes: « Une conscience souffrant d’inflation est toujours égocentrique et n’est consciente que de sa propre présence. » C.G. Jung, Psychologie et alchimie.

6 –  » En prison pour médiocrité « , Henry de Montherlant

Mais si M. Hollande est un homme d’Etat informé de tout cela et s’il connaît sur le bout des doigts les derniers secrets de la géopolitique, alors la question centrale de sa culpabilité se pose devant le tribunal de la science historique de demain. Car l’histoire contemporaine a souffert au XVIIe siècle de la pauvreté intellectuelle de la théologie chrétienne, puis au XVIIIe siècle, de la pauvreté intellectuelle d’une science historique pressée seulement de délivrer l’Europe de la superstition, mais encore incapable de se forger une raison exploratrice des ultimes secrets de l’animalité proprement humaine. Puis, le XIXe siècle a connu avec Michelet et Hyppolite Taine ses premiers anthropologues de la bête déchirée entre ses songes et ses labours. Enfin le XXè est tombé dans les mièvreries et les bergeries de l’ultime postérité des rêveries de Rousseau.

Mais M. Hollande ne sera jugé qu’après sa mort politique, parce que le calendrier électoral obéit à un rythme trop rapide pour que notre temps le fasse passer devant une Haute Cour de justice. Quels seront les attendus du tribunal des historiens de demain qui auront à répondre à la question de la responsabilité, donc de la culpabilité des chefs d’Etat de notre temps?

M. Hollande sera-t-il le Pedro de la Reine morte d’Henri de Montherlant, le fils que le roi Ferrante jette « en prison pour médiocrité »? .

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Eclairer l’histoire à la lumière du génie littéraire

Eclairer l'histoire à la lumière du génie littéraire

1 – Clio en panne de grandeur
2 – Qu’est-ce que le G8 ?
3 – Cervantès et Shakespeare face à l’histoire
4 – La postérité de Cervantès
5 – Cervantès, psychanalyste de l’hypocrisie démocratique

1 – Clio en panne de grandeur

L’histoire du monde s’est invitée dans la République des Lettres avec l’Iliade et l’Odyssée. Le germe homérique a multiplié ses récoltes et Clio s’est révélée dantesque, shakespearienne, quichottesque. Puis ces premières semailles se sont diversifiées et se sont révélées cornéliennes avant de se rendre ubuesques et kafkaiennes. Mais, entre temps, la comédie humaine était devenue balzacienne pour avoir rendu méticuleuse la divine comédie.

Mais quelle encre, quelle plume, quel pinceau nous raconteront-ils le ridicule et le grotesque de M. Steinmeier, ministre des affaires étrangères des Germains, qui expliquait doctement à la Russie que le G8 est prêt à la traiter en enfant prodigue, mais repentant, et qu’elle pourrait revenir dans cette enceinte, à condition qu’elle suive docilement l’itinéraire que la démocratie des catéchistes lui dicterait. M. Steinmeier n’est le héros d’aucun théâtre connu de l’histoire du monde.

On sait que le 20 avril 2016 la Russie a définitivement claqué la porte d’un G8 que la Sarkozie avait enterré aux trois quarts. Il faudrait saluer l’initiative du fondateur du G20, s’il n’avait ensuite passé le reste de son mandat à se repentir sur le mode gesticulatoire, et cela jusqu’à replacer la France sous le joug de l’OTAN – la réoccupation du territoire national antérieurement à 1966 se trouvant sinon momentanément exclue, du moins remise à plus tard.

2 – Qu’est-ce que le G8 ?

Cette farandole était composée de la manière suivante: un maître du monde, l’Amérique, s’était donné un satellite docile et muet à souhait, le Canada. Puis il s’était subordonné une Allemagne occupée par deux centaines de ses bases militaires, puis une Italie occupée par cent trente sept forteresses de son maître, puis une Europe quadrillée par cinq cents camps retranchés de son souverain, puis un Japon soumis à son joug depuis soixante-dix ans.

Quel rôle l’Angleterre et la France jouaient-elles dans ce concert des vassaux? Le Royaume Uni vient de se faire rappeler à l’ordre. Son rôle était de faciliter à son maître l’unification commerciale qui ferait du Vieux Monde et du Nouveau une vaste zone de libre-échange à jamais émasculée. S’il lui venait la fantaisie de quitter l’Europe, alors qu’elle y remplit la mission d’étouffer toute velléité d’unification politique et militaire. La Maison Blanche lui rappellerait qu’elle entretient des relations commerciales et financières privilégiées avec la City. Du coup, l’Angleterre serait rudement sommée de rentrer dans le rang, sinon elle « passerait en queue du peloton » des quémandeurs.

Quelle littérature a-t-elle jamais prêté sa plume et son encrier à cette fantasmagorie? M. Steinmeier n’est pas dantesque – il lui manque la grandeur et le tragique du peintre italien. M. Steinmeier n’est pas quichottesque – il lui manque la noblesse et le souffle de l’univers cervantesque. M. Steinmeier n’est pas shakespearien – il lui manque l’étoffe des héros du grand dramaturge anglais. M. Steinmeier n’est pas ubuesque – il lui manque le grain de folie qu’Horace jugeait insuffisant chez Virgile. M. Steinmeier n’est pas kafkaïen – il lui manque le gouffre de la mort que le grand Pragois a ouvert sous les pas du genre humain. Décidément, il faudra invoquer la palette d’une littérature inconnue pour peindre la chute dans une poussière muette de l’histoire des domestiques du maître d’aujourd’hui.

3 – Cervantès et Shakespeare face à l’histoire

1616-2016 : quatre siècles ont passé depuis la mort, la même année, de Cervantès et de Shakespeare. Le monde entier commémorera l’apparition de cette double fulgurance du génie littéraire dans l’histoire anthropologique des évadés actuels de la zoologie.

Mais puisque 2016 rappellera le quatre centième anniversaire de la mort de l’auteur de Don Quichotte de la Manche et de celui de Hamlet, quelle sera leur postérité politique? A qui la palme du symbolique reviendra-t-elle? Certes, l’Europe est le Hamlet international de notre temps. Mais l’arrière-fond de Shakespeare transcende rarement le champ de la politologie, tandis que Cervantès prend à bras le corps une espèce scindée entre don Quichotte et Sancho Pança, entre la Rossinante de l’un et la mule de l’autre, entre Dulcinée et Maritorne.

Assurément, Hamlet transcende la politique quand il se pose la question: « être ou ne pas être« . Mais à aucun moment le géant Anglais ne s’interroge sur la signification anthropologique du verbe exister appliqué au genre humain, à aucun moment, il ne se préoccupe de la spécificité du simianthrope évolutif, tandis que Cervantès accède constamment à la science anthropologique la plus originelle, celle de découvrir ce que signifie le verbe être appliqué à un animal en suspens entre ses Tobosos et ses platitudes.

Le seul personnage transhistorique de Shakespeare est Lady Macbeth dont la tache de sang indélébile sur ses mains illustre les relations que la bête meurtrière entretient avec son propre sang. Mais Cervantès écrit de nos jours l’histoire la plus abyssale d’Adam, celle de sa propre agonie. Car don Quichotte est descendu dans le sépulcre de la mémoire, don Quichotte est mort de désespoir pour avoir découvert qu’il n’y a pas de Toboso en ce monde, qu’il n’y a pas de Dulcinée, qu’il n’y a pas de chevalier errant, qu’il n’y a de choix qu’entre l’agonie des nobles utopies et les platitudes qui livrent le simianthrope à ses apothicaires. C’est Cervantès qui fait dire à Flaubert: « Mme Bovary, c’est moi« , c’est Cervantès qui parle chez Baudelaire.

C’est Cervantès qui rédige l’histoire entière du romantisme français. C’est Cervantès qui donne sa portée anthropologique à une espèce devenue trans-animale entre ses terres promises et ses désastres. En 1989, le psychanalyste jungien – et américain – James Wyly, publiait un essai intitulé La quête phallique, dans lequel il démontrait que l’homme est un animal métaphorique et qu’il transporte ses signifiants dans un monde surréel. De mon côté, je démontrais, dès 1963, dans mon Chateaubriand ou le poète face à l’histoire que l’homme est un auto-transfigurateur qui charrie tout son être dans une trans-biographie, ce que Valéry avait souligné depuis longtemps: le biographe, disait-il, « compte les chaussettes, les maitresses, les niaiseries de son sujet« .

4 – La postérité de Cervantès

La postérité de Cervantès est inépuisable, parce qu’elle véhicule, de siècle en siècle, le regard en devenir qu’une espèce trans-zoologique porte sur sa propre essence et quintessence. C’est sur le modèle du Quichotte que le monde moderne meurt sous nos yeux faute de souffle, d’élan, de foi, de folie. Le monde moderne meurt de désespoir au spectacle d’une Maritorne qui jette des grains aux poules dans une basse-cour du village de Sagayo.

L’actualité politique de Cervantès transcende, siècle après siècle, celle de Shakespeare, car le décor de la comédie humaine du dramaturge anglais place sans cesse la petite querelle entre les Montaigu et les Capulet derrière la mise en scène de Roméo et de Juliette, tandis que Cervantès éveille une anthropologie abyssale sur l’étrangeté d’une bête que sa noblesse égare dans la folie et sa banalité dans les étranglements du quotidien. L’Europe périra-t-elle dans la strangulation atlantiste, l’Europe périra-t-elle dans la satellisation qui la vassalise sous l’égide du Dieu américain ou bien l’Europe retrouvera-t-elle un souffle, un élan, une grandeur à entrer dans le royaume prometteur d’une rencontre entre le génie russe et le génie européen?

5 – Cervantès, psychanalyste de l’hypocrisie démocratique

Don Quichotte mourra-t-il dans l’asphyxie démocratico-messianique ou bien l’Europe s’ouvrira-t-elle à un quichottisme de la grandeur? Voilà qui fait du héros de Cervantès un messager trans-politique dont la fécondité grandira de siècle en siècle. Car Cervantès est aussi le pionnier mondial d’un regard sur la bête dont l’hypocrisie ne cesse d’illustrer la double face. Cervantès est aussi l’auteur potentiel d’une histoire de l’hypocrisie. Celle-ci n’en est encore qu’aux balbutiements.

Quand Molière donne la première représentation du Tartuffe en 1663 devant un Roi-Soleil âgé de vingt-cinq ans ans seulement, l’anthropologie historique ne dépeint encore que les « faux-dévots », parce que le XVIIe siècle ne cherche pas à comprendre pourquoi le spectacle de leur hypocrisie irrite à ce point les « vrais dévots ». Puis, au XIXe siècle Le Rouge et le Noir de Stendhal ne dépeint pas encore l’hypocrisie qui s’étend au delà de l’enceinte sacerdotale et Balzac lui-même ne franchit que quelques pas dans la peinture d’une Restauration dont il se révèle l’annonciateur et qui fera d’un ancien forçat le chef de la police sous Louis-Philippe. Cervantès va bien au delà dans le portrait du simianhrope: il fait de l’hypocrisie le poison qui place don Quichotte sur le piédestal intérieur de ses idéalités.

Il faudra attendre la psychanalyse pour découvrir la portée anthropologique de la cristallisation stendhalienne et de la sublimation freudienne, il faudra attendre la seconde moitié du XXe siècle pour connaître le filtre de la survie de l’humanité qu’est le masque de l’idéalisme quichottesque. Car Cervantès est le découvreur du narcissisme idéologique ou théologique qui permet au sujet de se réfléchir dans le miroir d’un quichottisme flatteur. Le sujet se mire dans son propre masque, celui qui permet à l’hypocrisie idéologique de se donner le royaume des vanités pour demeure dans laquelle l’hypocrisie trouve l’appui d’une feinte élévation.

Décidément, nous ne verrons pas Madrid, en cette année 2016, prendre la parole à la face du monde et rappeler à l’humanité la vraie grandeur de Cervantès, décidément, nous ne verrons pas la France de 2016 rappeler au monde que le génie de la langue française du XVIIe siècle a porté don Quichotte sur les fonts baptismaux de l’universalité de son destin, puis le XVIIIe siècle porter don Quichotte sur les fonts baptismaux de la raison de demain, puis le XIXe siècle porter don Quichotte sur les fonts baptismaux de l’anthropologie de demain.
Ni la classe dirigeante de langue espagnole d’aujourd’hui, ni la classe dirigeante d’une Ve République agonisante ne sont de taille à empoigner à bras le corps le génie prophétique et anthropologique du Cervantès d’hier, d’aujourd’hui et de demain

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L’animal qui tentait de se regarder de l’extérieur

L'animal qui tentait de se regarder de l'extérieur
1 – L’humanité est-elle connaissable en tant que telle ?
2 – Comment s’évader de la zoologie ?
3- Qu’en est-il de l’objectivité de l’historien ?
4 – La théologie négative et la science historique de demain
5 – Le réveil des esclaves
 
1- L’humanité est-elle connaissable en tant que telle ?

Karl Barth (1886-1968) était le théologien protestant le plus illustre de son temps. Il enseignait à l’Université de Bâle, parce qu’en Suisse, comme dans tous les pays protestants de l’Europe, la théologie est encore tenue pour une discipline rationnelle. Au fur et à mesure que son enseignement mûrissait, il se rapprochait des mystiques de la « théologie négative » – theologia negativa – qui ne tentent pas de brosser le portrait en pied d’une divinité robuste, roborative et civique, mais de préciser ce que « le vrai Dieu » n’est pas. Cette inflexion de plus en plus marquée de Karl Barth en direction des Nicolas de Cuse et des Me Eckkhardt jetait le trouble parmi ses étudiants et auprès des autorités ecclésiales du pays: le protestantisme avait autorisé l’introduction d’une dose de rationalisme dans le fétichisme et la rechute du catholicisme romain dans les superstitions du paganisme.

Mais il n’était pas question de contester la vocation politique et sous l’égide de l’Etat, du Dieu de Luther et de Calvin ou de renoncer au rôle politique qu’ils jouent au cœur de la citoyenneté et de l’éthique minimale des Etats. En courant de plus en plus vers les grands mystiques de la « théologie négative » – parmi lesquels il faut compter saint Jean de la Croix – Karl Barth se rapprochait de la finalité critique de la pensée scientifique, mais également d’un approfondissement anthropologique de l’humanisme, puisque Jean de la Croix officiellement élevé au rang de « prince des poètes espagnols ». La théologie de la nuit tente de conquérir une objectivité définie par la capacité de regarder le genre humain du dehors. Aussi Karl Bath a-t-il été exclu de l’Université helvétique au profit d’un « Créateur » ayant pignon sur rue.

2 – Comment s’évader de la zoologie ?

A sa manière, l’anthropologie critique est en apprentissage d’une scientificité de nature à mettre en évidence le parallélisme entre toute science véritable et la « théologie négative ». Car il s’agit, dans le combat pour la connaissance réelle et en profondeur du genre humain, de savoir ce qu’il en est de la distanciation de la pensée humaine à l’égard d’une espèce partiellement évadée de la zoologie.

Mais si l’homme tend à se forger un regard de l’extérieur sur lui-même, ce regard demeurera nécessairement lié à la zoologie inconsciente qui lui appartient en propre. Le Dieu que cet animal se forgera alors se révèlera nécessairement en évolution à son tour. Il existe donc, non seulement un parallélisme, mais un mimétisme, entre l’homme en évolution et l’évolution de sa divinité suprême puisque celle-ci se trouve construite à « l’image et ressemblance » de la créature.

Karl Barth, comme tous ses illustres prédécesseurs, se trouvait donc engagé sans le savoir sur le chemin de l’évolutionnisme découvert en 1859 et il se produira nécessairement une rencontre entre la « théologie négative » et l’interprétation moderne de l’évolutionnisme. Mais alors, est-il possible de porter un regard de l’extérieur sur une humanité en évolution si cette extériorité demeure toujours relative à la théologie civique et politique qualifiée de « positive »?

Quand l’anthropologie critique observe l’animalité politique du Dieu des chrétiens, des musulmans et des juifs, elle pose la question de l’anthropomorphisme de leur « Créateur », donc des dieux monothéistes que sont le Jahvé des Hébreux, l’Allah des musulmans et le Dieu trinitaire des chrétiens.

Depuis les origines, l’humanité tente de conquérir un regard sur elle-même, mais elle se hâte d’en conférer l’exclusivité à une divinité chargée précisément de camoufler à la fois sa propre animalité politique et l’animalité politique de la créature. Mais si l’humanité ne trouve pas de territoire extérieur à sa condition, que va-t-il advenir de sa pulsion à s’évader de la zoologie? Sans une plateforme stable pour y installer les caméras, les prises de vue demeureront sans valeur.

De même qu’il est impossible de porter un regard du dehors sur l’espace et le temps, tout simplement parce que l’espace et le temps sont infinis, donc étrangers à la notion même d’extériorité, il sera impossible de porter un regard de l’extérieur sur une espèce évolutive et, de ce fait, impossible à jamais de la doter d’une frontière. Mais si la science anthropologique et toutes les sciences de l’humain ne se laissent pas davantage cerner que l’espace et le temps, la « théologie négative » devient l’axe central de la réflexion socratique sur le « connais-toi ».

3- Qu’en est-il de l’objectivité de l’historien ?

L’anthropologie critique n’est pas stratosphérique. Elle entend donner au réalisme et à l’objectivité de la science historique la profondeur d’une raison béante sur le tragique de la condition humaine. Rien n’est moins réaliste que le réalisme superficiel chargé de masquer une subjectivité collective. Il est trop facile de chapeauter d’une universalité de confection des apparences mises d’avance à l’école de l’abstrait. Il n’est pas objectif de démontrer que Zeus, Osiris ou les trois dieux uniques qui ont succédé aux Olympes du polythéisme, n’ont jamais existé ailleurs que dans l’esprit de leurs adorateurs, puis d’omettre de se demander comment et pourquoi des dieux trônent dans l’encéphale du simianthrope où ils se couronnent des lauriers d’un savoir que tout une époque juge irréfutable. Les dieux sont des témoins abyssaux de l’espèce bicéphale. Si le réalisme ne nous appelait pas à ouvrir une brèche dans l’ignorance, ce réalisme demeurerait embourbé dans une subjectivité inconsciente de ses présupposés.

Mme Jacqueline de Romilly (1913-2010 ) était l’helléniste la plus célèbre de la moitié du siècle dernier. Mais elle appelait objectivité la subjectivité politique et scolaire que la IIIe République avait élaborée et dont le faux réalisme se parait des apanages de la scientificité. Quand elle raconte l’expédition de Sicile que les Athéniens avaient approuvée sur l’Agora, contre l’avis de Périclès, elle ne comprend en rien les raisons pour lesquelles la cité a subitement démenti sa décision précédente pour courir à la poursuite d’Alcibiade, le chef de l’expédition et pour le mettre en état d’arrestation en haute mer. C’est que le bruit courait qu’Alcibiade avait fait mutiler le sexe de tous les Hermès de la ville, qui indiquaient la direction et leur destination aux voyageurs. Pour elle, l’offense à la piété publique qu’exprimait cette mutilation n’était qu’une superstition populaire à écarter d’une chiquenaude.

Le rationalisme laïc de la France de l’époque découlait de la loi de séparation de 1905 entre l’Eglise et l’Etat. Cette législation avait fait des professeurs d’histoire des hussards d’une laïcité bidimensionnelle. L’enseignement de Mme de Romilly au Collège de France ignorait tout des travaux de Jacques-Antoine Dulaure (1755-1835) Le culte du phallus chez les Anciens et les Modernes) – thème repris et illustré par Catherine Lieutenant (Arduinna, La bête du Staneux fut-elle pour quelque chose dans le congrès de Polleur). Ces auteurs ont démontré que le culte des Priapes était d’origine égyptienne et qu’il était devenu omniprésent à Athènes.

Comment décrypterions-nous les identités collectives coiffées du casque de l’objectivité historique et du prestige de la pensée rationnelle si nous ne nous demandions pas comment les citoyennetés locales se sont donné une identité au profit d’un réalisme convenu et d’un rationalisme de façade. Un réalisme de confestion demeure inapte à nous éclairer en retour sur les cécités de masse. Mme de Romilly rejetait en bloc et sans examen l’interprétation nietzschéenne de la religion des Athéniens. A ses yeux, l’auteur de La Naissance de la tragédie (1844-1900) substituait ses vues personnelles à une objectivité qui reposait sur le sens commun et les évidences acceptés par tout le monde.

De même Jean-Pierre Vernant (1914-2007) avait projeté sa vie durant les a priori d’un marxisme rédempteur et salvateur sur son interprétation de la civilisation grecque; puis l’écroulement de cette utopie messianisée l’avait fait tomber dans le récit événementiel aveugle et qui rejetait toute tentative de rendre la science historique non seulement explicative, mais abyssale.

4 – La théologie négative et la science historique de demain

En vérité, l’humanité a toujours tenté de se connaître de haut et de loin, donc de trouver le recul qui lui permettrait de conquérir une véritable connaissance d’elle-même. Mais comment cette distanciation rencontrerait-elle quelque succès dès lors que, depuis 1859, nous savons que l’animal rationale se révèle insaisissable à lui-même ? L’animalité de la politique des Célestes se donne désormais à décrypter. Les enquêteurs modernes s’attachent à cerner la politique du « Dieu » scindé entre un paradis ridicule et un enfer des tortures éternelles.

En vérité, toute la science historique moderne a conduit les historiens à s’inscrire dans la postérité bucolique et pré-romantique de « La Confession du vicaire savoyard » de Rousseau. La théologie chrétienne est devenue champêtre. Certes, on sait gré à Ernest Renan (1823-1892) d’avoir, dix ans après David Strauss (1808-1874), publié la première Vie de Jésus (1863) débarrassée de la croyance aux prodiges et aux miracles du grand Galiléen. Mais ce n’est pas à l’écoute des écologistes renaniens que l’on rend compte de la stature d’un prophète qui chassa à coups de fouet les marchands du temple.

Mais comment se fait-il qu’en 1945, dès les premiers mois de la Libération et le retour en force de la laïcité républicaine, un Daniel Rops (1901-1965), pourtant ancien normalien ait pu faire paraître un Jésus en son temps rédigé sous l’Occupation et qui raconte pieusement les prodiges physiques censés accomplis par Jésus? Comment expliquer le succès du retour en force de la mythologie officielle du catholicisme sinon parce que Renan n’a substitué au Jésus de l’Eglise qu’un romantisme théologique hérité de Rousseau?

Un Jacques Lacarrière (1925-2005) dans son Au cœur des mythologies, En suivant les dieux, paru en 2003, met à juste titre l’accent sur la dimension allégorique des récits mythologiques. Mais faute d’avoir articulé l’allégorie sur le symbolique, l’auteur ne saurait donner son sens à une espèce symbolique des pieds à la tête et qui trace le chemin de sa propre existence dans le symbolique. La véritable histoire de l’humanité est celle de ses signifiants et c’est de ces signifiants qu’elle grave la trace dans le temps historique, ce que j’expliciterai le 20 mai, en commentaire de la commémoration du quatre centième anniversaire de la mort, la même année, de Cervantès et de Shakespeare. A l’école du romantisme hérité de Renan, Pierre Nora mythologise des « lieux de mémoire« .

Que valent l’historicité et la scientificité contemporaines dès lors que l’on ne se risque pas à approfondir la notion de raison et à remonter aux origines sacrificielles des mythes religieux? Visiblement, on craint de décrypter l’animalité spécifique de la condition humaine. Car l’épouvante se place au fondement du politique.

On voit que si l’on tire les vraies leçons anthropologiques de la « théologie négative », on conduit la science de la mémoire à approfondir son réalisme et sa rationalité. Si la science historique ne rencontre pas le politique, elle souffre d’une pauvreté intellectuelle qui la réduit à un livre d’images à l’usage des enfants.

5 – Le réveil des esclaves

Et voici que le bal des masques et le clapotis des apparences s’interrompt un instant: M. Barack Obama prend la peine d’écrire noir sur blanc dans le Washington Post qu’il appartient à l’Amérique, et à elle seule, d’imposer ses règles et ses directives au monde économique et au commerce mondial. Les autres nations, et d’abord la Chine et l’Europe doivent rentrer dans le rang – ce que son parti avait déjà asséné par la voix de Mme Hillary Clinton quelques jours auparavant.

Quel réveil pour les vassaux que le rugissement du lion de l’histoire: sidérés, éberlués, ébahis, les voici contraints de sortir de leur hébétude et de redécouvrir le cours réel de l’histoire de notre astéroïde. M. Hollande lui-même ne peut plus garder le silence et il se voit contraint de renoncer à l’emprisonnement de la France et de l’Europe dans le traité de libre échange transatlantique, parce que, dit-il, il ne saurait renoncer à défendre « nos agriculteurs, notre culture, notre accès aux marchés ».

Mais il est trop tard: du reste, ni la presse, ni les radios françaises n’en ont souffle mot, de sorte que le peuple souverain ignore tout de ce gigantesque changement de cap du gouvernement. Comment ce Président craintif et docile se rendrait-il crédible à emprunter tout subitement la dégaine d’un chef énergique et lucide? Tout le monde comprend que s’il a attendu un an avant les élections présidentielles pour sembler prendre une décision dans l’intérêt supérieur de la France, il n’en a pas pour autant changé de nature et que cette feuille au vent demeurera une proie malléable de l’empire américain. Washington fera sonner à ses oreilles les clochettes de l’évangélisme de type démocratique que l’on sait et il changera à nouveau de casaque. Déjà le Pentagone déclare unilatéralement qu’il va renforcer sa présence en Europe, tellement il se sait en terrain conquis.

Si la science historique ne devenait pas critique, comme la chimie est une critique de l’alchimie, comme l’astronomie est une critique de l’astrologie, comme la politologie est une critique du récit de l’interprétation théologique du passé, du présent et de l’avenir de l’humanité, comment l’Europe conquerrait-elle les armes d’une véritable science de la mémoire du genre hume que réclame notre temps.

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Les magiciens de l’atlantisme

Les magiciens de l'atlantisme

1 – Des exorcismes sacrés aux magies de l’atlantisme
2 – Qu’est-ce que l’anthropologie critique?
3 – Le terrorisme nucléaire
4 –  » L’ultima ratio  »
5 – La dictature du silence
6 – A l’heure de Gaius Mucius Scevola

1 – Des exorcismes sacrés aux magies de l’atlantisme

La vassalisation de la civilisation européenne par l’Amérique depuis 1945 entraînera une refondation de la réflexion sur la spécificité de notre espèce. Les philosophes, les anthropologues, les psychologues, les politologues se demanderont comment nous oscillons entre les cosmologies mythiques des religions et notre enracinement dans des identités locales que les latins appelaient des « génies du lieu« .

Sitôt que nous sommes quelque peu sortis de la zoologie, nous avons appris que nous avions un ennemi invincible et toujours victorieux: la mort. Nous avons donc tenté de l’amadouer à l’aide de nos exorcismes sacrés. Mais dans le même temps, nous avons tenté de prendre racine à la manière des végétaux. Or, notre asservissement au nouveau monde met en évidence que nos religions ne sont plus proportionnées à notre connaissance scientifique de l’univers, tandis que nos identités étroitement localisées nous reconduisent aux tribalismes et aux folklores.

Cette ambiguïté avait déjà été mise en évidence en 1927 par Julien Benda qui, dans La Trahison des clercs accusait l’intelligentsia occidentale de perdre l’universel et de choir dans le temporel. Or, depuis 1948, Israël illustre la même contradiction originelle. D’un côté, et à l’image de Julien Benda, ce peuple nous adjure de cultiver les grandes idéalités supra nationales qui placent la vérité au-dessus des Etats et des nations, alors que, de l’autre, ce même peuple nous appelle à soutenir le massacre des populations locales afin d’enraciner à nouveau sur la terre ferme un peuple réputé le bénéficiaire d’un cadeau céleste – une « terre promise » offerte à des ancêtres chanceux par une divinité.

Or, Julien Benda avait achevé sa vie par un reniement de toute son œuvre, puisque l’épreuve de l’occupation l’avait persuadé qu’on ne chasse pas un guerrier de ses terres à l’école des exorcismes mythiques et des idéalités subrepticement sacralisées de la démocratie mondiale. C’est cette forme antique et nouvelle de l’ambiguïté de notre espèce que le XXIe siècle approfondira. En marche, dit M. Macron, En arrière toute, dit François Hollande, qui fait le dos rond à se replacer entièrement sous le joug de l’atlantisme et de l’OTAN.

2 – Qu’est-ce que l’anthropologie critique?

C’est dans les ténèbres que s’allument les flambeaux. Il en est ainsi d’une science anthropologique qui ne saurait disposer d’avance de ses méthodes et de son éclairage. Dans l’Eloge de la folie d’Erasme l’anthropologie renacentiste se limite à dénoncer le torrent des superstitions gréco-romaines qui s’est déversé dans la religion nouvelle et qui ramène le catholicisme au culte des fétiches du polythéisme.

L’anthropologie de Jonathan Swift va plus loin : les Yahous possèdent un microscopique grain de raison, mais qui ne saurait les rendre rationnels. Quant à l’anthropologie de Cervantès, elle se montre par endroits en avance sur celle de notre temps, car il observe la scission interne du christianisme entre des idéalités dulcinesques et des pratiques sanchiques. L’anthropologie de Kafka accède déjà à une connaissance de l’animalité proprement humaine.

Mais rien dans tout cela ne dispose encore de l’éclairage d’une anthropologie critique, puisque les notions de fétichisme, de magie et de sorcellerie n’ont été découvertes qu’aux XIXe et XXe siècles. Il s’agit donc de savoir ce que devient une anthropologie quand elle s’éclaire des concepts nouveaux et révolutionnaires. Depuis Durkheim et Lévy-Bruhl, nous procédons à un examen psychobiologique qui sert d’assise à une civilisation : le Zeus actuel recourt à la sauvagerie extrême de rôtir ses ennemis dans des marmites hypocritement confiées à un Lucifer. L’anthropologie moderne se sert de la théologie pénale et de la mythologie punitive du christianisme comme d’un miroir nouveau de l’humanité.

Une psychanalyse et une politologie éclairées par une anthropologie prospective est un flambeau qui ne peut s’allumer que dans la nuit des décadences. Nous combattons une ignorance encore inconnue d’elle-même, celle des derniers fondements de la politique dans le terrorisme.

3 – Le terrorisme nucléaire

Le terrorisme nucléaire se révèle parallèle à celui des monothéismes. Si l’on compare le comportement du monothéisme chrétien dans sa fuite en direction d’un gigantesque purgatoire au comportement de l’enfer nucléaire, on découvre que les deux terrorismes perpétuent leur foudre originelle tout en l’apaisant sur le mode utilitaire dans la pratique quotidienne du politique. Le purgatoire laissait allumés les feux exterminateurs de l’enfer. Mais, dans le même temps, cette gigantesque purgation amollissait l’enfer tout en adaptant aux travaux et aux jours une mythologie de l’épouvante jugée indispensable: un Dieu qui ne ferait plus trembler l’humanité perdrait beaucoup de son autorité et de son prestige. Comme le disaient déjà les Grecs, la sagesse commence par la crainte des dieux.

De même, l’épouvante nucléaire se cache dans les profondeurs de l’apocalypse atomique, tandis qu’au quotidien, l’usage pacifique de l’atome a permis d’humaniser cette épouvante jusqu’au jour où le nucléaire civil s’est révélé aussi inutilisable sur le long terme que la foudre d’Hiroshima, parce que, si tous les stratèges savent fort bien, désormais que l’atome militaire rend impossible le suicide à deux ou à plusieurs, le feu doux d’un passage par l’atome civil attend seulement son heure pour se révéler une lèpre mythologique à son tour.

4 –  » L’ultima ratio  »

Le XXIe siècle sera celui dune profonde réflexion sur l’animal scindé entre le réel et le songe et dont les deux encéphales se disputent la prééminence tour à tour. Il est malaisé de vivre au jour le jour avec une arme du suicide collectif dans les mains. C’est que l’arme du dernier recours qu’on appelait l’ultima ratio s’est divisée entre huit propriétaires embarrassés par la perte du monopole de la terreur. Quand huit divinités se partagent l’apocalypse finale, toute l’histoire et toute la politique s’en trouvent bouleversées, tellement l’humanité a besoin de remettre le sceptre de l’exclusivité de l’épouvante entre les mains d’un seul – sinon l‘ultima ratio tombe en quenouille.

On a pu le vérifier récemment: le bruit a couru que le pape François aurait cessé de croire en l’ultima ratio de Dieu qu’on appelle l’Enfer, l’Apocalypse ou le Déluge, le Vatican s’est hâté de démentir une rumeur aussi fâcheuse. Aussi bien la théologie que la politique à l’âge thermonucléaire ont besoin de garder en réserve la foudre ultime de la mort.

Le premier bouleversement qui résulte de la chute de l’ultima ratio entre les mains de huit gestionnaires du trépas collectif est une mutation de la réflexion anthropologique du genre humain sur le fonctionnement de sa cervelle. Un journaliste se demandait récemment si le candidat à la Maison Blanche, Donald Trump a compris « comment fonctionne l’empire américain » ou s’il feint seulement de l’ignorer parce qu’il adapte son discours à ce que son auditoire du moment attend de lui. Le seul fait qu’un simple journaliste se pose la question en ces termes nous fait entrer dans la postérité de Stendhal et de Balzac que j’évoquais le 8 avril, parce que les premiers, ils ont observé comment « fonctionnent » les sociétés, les nations et les religions.

Mais quand Mme Hillary Clinton crie sur les toits: « Moi, Présidente, la Chine rentrera dans le rang », on se demande comment « fonctionne » l’encéphale d’une candidate dont la proclamation publique ne serait crédible que si elle la gardait secrète. Quelle est l’ultima ratio de cette candidate, comment faut-il peser le double encéphale d’un chef d’Etat potentiel dont le double encéphale fait naufrage, à la fois à l’échelle de ses songes et du réel? Un empire qui rêve de faire rentrer tout le monde « dans le rang », un empire qui non seulement avoue, mais qui crie à tue-tête que notre astéroïde lui appartient, place la question de l’identité de notre espèce sur les plateaux d’une balance à construire à l’école d’une anthropologie entièrement nouvelle.

5 – La dictature du silence

Dans mon analyse d’anthropologie critique de la situation du 8 avril, je suggérais qu’un peuple proclamé souverain par la voix du suffrage universel ne le serait qu’à titre fictif si ses représentants à la Chambre des députés et au Sénat ne se trouvaient pas informés des arcanes de la politique étrangère, donc de la guerre diplomatique de la France sur la scène internationale. Or, soixante députés se sont regroupés pour rejeter l’interdiction que le pouvoir exécutif leur a signifiée d’informer le peuple des péripéties de la gigantesque négociation engagée entre l’Amérique et l’Europe afin de consolider la vassalisation du Vieux Monde par la signature d’un traité qui règlerait les échanges commerciaux entre les deux continents. Une zone qualifiée de « libre échange » serait alors soumise aux normes économiques et aux règles législatives de Washington.

Mais une République en mesure d’interdire au pouvoir législatif d’informer la population du sort qui lui serait réservé n’inaugure-t-elle pas une forme de la dictature propre aux démocraties? N’est-ce pas le propre du despotisme de commencer par ordonner le silence? Ne suffit-il pas d’observer de quel sujet il est interdit de parler pour savoir qui est notre maître si tout despotisme commence par vous bâillonner afin de vous mettre le bandeau du silence sur la bouche. Alors il devient évident qu’une république fictive et qui proclame souveraine une nation ligotée de la sorte, inaugure la forme de la tyrannie propre seulement aux Etats dans lesquels le mutisme se trouve secrètement ordonné par les représentants mêmes du peuple.

6 – A l’heure de Gaius Mucius Scevola

Or, ici encore l’histoire romaine nous éclaire sur la situation réelle de la France et de l’Europe. Car au VIe siècle avant notre ère, le peuple de la Louve qui avait si souvent vaincu les Etrusques, se trouvait changé en otages soudainement amollis jusqu’à la déliquescence face au roi des Etrusques Porsenna. Son consentement semblable à celle de l’Europe d’aujourd’hui avait convaincu le jeune Mucius Scevola que seule une phalange ardente de guerriers pouvait renverser la situation, tellement le sort des nations appartient aux minorités salvatrices quand la masse de la population est tombée dans le sommeil.

 

Il demande à une ombre de Sénat l’autorisation de se rendre dans le camp du roi des Etrusques pour une action d’éclat sur laquelle il garde le silence, mais dont il promet quelle profitera à la gloire du peuple romain. Ecoutons le récit de Tite-Live. Autorisé par le sénat, il cache un poignard sous ses vêtements, et part. Dès qu’il est arrivé, il se jette dans le plus épais de la foule qui se tenait près du tribunal de Porsenna. On distribuait alors la solde aux troupes; un secrétaire était assis près du roi, vêtu à peu près de la même manière, et, comme il expédiait beaucoup d’affaires, que c’était à lui que les soldats s’adressaient, Mucius, craignant que s’il demandait qui des deux était Porsenna, il ne se fît découvrir en laissant voir son ignorance, s’abandonna au caprice de la fortune, et tua le secrétaire au lieu du prince. Il se retirait au milieu de la foule effrayée, s’ouvrant un chemin avec son fer ensanglanté, lorsque, au cri qui s’éleva au moment du meurtre, les gardes du roi accoururent, le saisirent, et le menèrent devant le tribunal. Là, sans défense et au milieu des plus terribles menaces du destin, bien loin d’être intimidé, il était encore un objet de terreur. « Je suis un citoyen romain, dit-il; on m’appelle Gaius Mucius. Ennemi, j’ai voulu tuer un ennemi, et je ne suis pas moins prêt à recevoir la mort que je ne l’étais à la donner. Agir et souffrir en homme de coeur est le propre d’un Romain. ) Et je ne suis pas le seul que ces sentiments animent. Beaucoup d’autres, après moi, aspirent au même honneur. (…)
 

Nous sommes trois cents, l’élite de la jeunesse romaine, qui avons juré ta mort. Le sort m’a désigné le premier; les autres viendront à leur tour, et tu les verras tous successivement, jusqu’à ce que l’un d’eux ait trouvé l’occasion favorable.
 

Apprête-toi donc, si tu crois devoir le faire, à combattre pour ta vie à chaque heure du jour. Tu rencontreras un poignard et un ennemi jusque sous le vestibule de ton palais. Cette guerre, c’est la jeunesse de Rome, c’est nous qui te la déclarons. Tu n’as à craindre aucun combat, aucune bataille. Tout se passera de toi à chacun de nous. »

Dira-t-on que l’Europe d’aujourd’hui ne ressemble pas aux Romains décadents du temps des Etrusques sous prétexte que le Picrochole de Rabelais s’est transporté aux Etats-Unis si l’on se souvient que picros signifie amer, piquant acerbe et que cholé signifie la bile. La vésicule biliaire de Mme Clinton entend faire « rentrer dans le rang » un milliard trois cent millions de Chinois, « rentrer dans le rang » un milliard trois cent millions d’Indiens, « rentrer dans le rang » si l’on y ajoute la population de la Russie, six cent cinquante millions d’Européens, « rentrer dans le rang », plus d’un milliard d’Africains, « rentrer dans le rang », près de cinq cent millions de Sud Américains. On attend que cette masse immense et amorphe se réveille et rompe son silence à l’échelle de la planète si aucune super-élite de Gaius Mucius Scevola de la démocratie ne vient réveiller la multitude endormie d’une fausse démocratie mondiale?

Que fait d’autre la Russie de Gaius Mucius Scevola que de réveiller la masse endormie des Romains d’aujourd’hui, que fait-elle d’autre que de promettre aux Romains leurs prochaines retrouvailles avec leur Liberté, leur puissance et leur gloire d’antan? Que manque-t-il à la Russie devenue la garante de la paix du monde sinon le retour des Romains d’aujourd’hui aux règles d’une éthique élémentaire de la démocratie?

Quel silence que celui qui règne sur la présence du renforcement et de l’expansion continues de cinq cents bases militaires américaines chargées de quadriller l’Europe du nord au sud et de l’est à l’ouest ! Quel silence que celui des représentants des peuples souverains et placés sous le drapeau de la démocratie mondiale! Quel silence de la presse et des médias sur une Europe réduite à son ombre! Quel silence que celui du consentement tacite de tous nos gouvernements à la mécanique à laquelle nous n’opposons que la mollesse et le sommeil des Romains à l’heure des Etrusques de Porsenna.

Et les Assange, les Snowden et les Mannig que sont-ils d’autre que les Scevola d’aujourd’hui, à cette différence près que le Mucius Scevola des Romains est rentré à Rome tout auréolé de la gloire de son sacrifice, alors que Manning croupit dans un bagne aux Etats-Unis. Tel aurait été le destin de Snowden si la Russie n’avait accepté de lui servir de terre d’asile – car aucun Etat démocratique dans le monde entier n’a osé l’accueillir et que l’Angleterre, autrefois fière d’avoir servi d’asile aux Zola et aux Victor Hugo, promet de livrer Assange aux USA qui se trouve protégé de se trouver réfugié à l’ambassade d’Equateur à Londres, hypocrisie à laquelle il faut ajouter que le Foreign Office se voilera la face. Il cachera sa propre pleutrerie sous le masque d’un transit de la victime par Stockholm.

Quelle honte pour les donneurs de leçons de la fameuse « communauté internationale » – réduite en réalité aux serviteurs de l’empire – que seul un petit Etat d’Amérique du Sud ait accepté de donner asile au célèbre lanceur d’alerte! Où sont les trois cents kamikazes de la démocratie que Gaïus Mucius Scevola évoquait.
Puissent les Tite-Live et les Tacite de demain prendre le relais du mutisme de la « démocratie mondiale » d’aujourd’hui .

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L’hypocrisie démocratique mondiale d’aujourd’hui et de demain.

L'hypocrisie démocratique mondiale d'aujourd'hui et de demain.

1 – Préambule : Les députés et les sénateur montent sur la scène internationale
2 – L’avènement de l’ironie politique
3 – La France pensante du XXIe siècle
4 – La postérité démocratique de Tartuffe
5 – Métaphysique et politique de l’hypocrisie
6 – L’hypocrisie du Dieu construit à notre « image et ressemblance »

1 – Préambule : Les députés et les sénateurs montent sur la scène internationale

Le 25 mars j’annonçais sur ce site mon intention de raréfier mes commentaires en raison de mon âge et afin de favoriser par mon absence les initiatives des jeunes chercheurs d’ores et déjà en route sur les pistes que j’ai tenté d’ouvrir depuis le mois de mars 2001. Mais un évènement important me contraint dès ce 8 avril, d’expliciter à l’école d’une anthropologie critique, donc ambitieuse d’accéder au rang d’une science, les ressorts et les rouages du personnage le plus important de l’histoire des religions et des Etats, à savoir l’hypocrisie de type démocratique.

Car, pour la première fois, l’Assemblée Nationale légitimée par le suffrage universel, donc par la voix et la volonté du peuple souverain, débarquera le 28 avril sur l’immense territoire de la politique étrangère, donc sur la scène internationale où se construit le destin des nations – car les descendants de la Révolution de 1789 se déclareront habilités à décider des relations futures de la France avec la Russie et avec les nations montantes du monde de demain.

Or, à l’heure où, comme au XVIIIe siècle, la question du statut de la raison et de l’avenir de la pensée se situe à nouveau au cœur de la civilisation mondiale, M. Thierry Mariani, député des Français de l’étranger, a pris l’initiative de présenter un projet de loi au vote du Parlement sur la suppression immédiate des sanctions à l’encontre de la Russie. Le Ministre de l’économie, M. Emmanuel Macron, a lui aussi déclaré publiquement que l’abolition des sanctions prises à la suite des retrouvailles de ce pays avec la Crimée était prioritaire. Et le Président du Sénat, M. Gérard Larcher, a été reçu par M. Poutine et il a abondé dans le même sens.

C’est dire que de nombreux membres du parti socialiste et une partie du gouvernement soutiennent l’audace de M. Mariani. C’est dire également qu’en tant que représentants de la souveraineté du peuple français, les députés sont tous informés que la pseudo révolution ukrainienne de la place Maidan a été financée à hauteur de plus de six milliards de dollars par Mme Victoria Nuland, représentante de la Maison Blanche pour les affaires européennes, et cela aux fins de préparer la conquête de Sébastopol par Washington qui y installerait une base militaire d’une importance stratégique décisive, puisque ce port permet à l’Etat qui s’en rend le maître de contrôler tous les pays du bassin de la mer Noire, à savoir la Turquie, la Bulgarie, la Roumanie, la Géorgie, l’Ukraine et la Russie.

De même, les députés savent tous, puisqu’ils sont les représentants de la souveraineté nationale, que la conquête de Sébastopol par Washington était préparée depuis des mois. Des estimations du coût de l’aménagement des bâtiments destinés à loger les quartiers généraux et les services de renseignement américains, ainsi que des aérodromes et de diverses casernes à Simféropol et à Sébastopol avaient été chiffrées. Washington était si assuré de mettre la mains sur la péninsule de Crimée sans coup férir que les bâtiments destinés à recevoir les militaires de haut rang avaient été aménagés.

Les députés français ne peuvent avoir ignoré que le 23 février 2014, toute une escadre de la marine américaine, composée de pas moins de seize navires de guerre et de trois sous-marin nucléaires escortant le porte-avions George Bush était entrée dans la mer Noire. A son bord, quatre-vingt dix avions et hélicoptères étaient prêts à décoller à tout instant.

Il est évident que tous les députés français savaient également que le roi du Maroc s’était rendu à Moscou et que la Russie avait signé un accords avec la Tunisie et avec l’Algérie aux fins de mettre sur pied une collaboration active entre le Kremlin et la partie semi francophone de l’islam nord africain, dans la lutte contre le terrorisme.

Tous les députés savent de surcroît que, dès le lendemain, Washington interdisait aux nations européennes asservies à l’OTAN, d’ouvrir le dialogue avec la Russie sur le terrorisme et à leurs banques de se porter candidates à l’achat de bons du trésor russe à 5% sur dix ans, et cela au moment où les taux sont négatifs en Occident.

Or, aucun député, ni de la majorité, ni de l’opposition n’a jamais soufflé mot de ces faits au peuple français, donc à leur souverain à tous. Il est donc décisif que dès aujourd’hui, les relations que l’anthropologie critique entretient avec l’hypocrisie politique, soient précisées, afin que le 28 avril, date du débat parlementaire prévu sur la nature et l’étendue réelles de la souveraineté du peuple, les citoyens se trouvent informés de leurs apanages et de leurs prérogatives. Alors seulement l’intervention, longtemps retardée d’une citoyenneté éduquée, permettra au peuple français d’assumer pleinement sa compétence et ses responsabilités sur la scène internationale.

2 – L’avènement de l’ironie politique

Une seule réalité pratique domine la politique internationale, à savoir la volonté prophético-messianique des Etats-Unis de poursuivre leur expansion politique, idéologique et militaire en Europe.

Le 25 mars dernier, je revenais sur la vocation politique de l’ironie dont j’avais déjà traité plusieurs fois. Je disais que l’ironie ignore le rire gros et gras – elle illustre le sourire en coin d’une raison amusée. Le 29 mars, la victoire de Palmyre engageait pour la première fois la diplomatie russe à user de l’ironie sur la scène internationale du socratisme politique. Vladimir Poutine s’attaquait à l’OTAN et aux Etats vassalisés du Vieux Monde dans les termes suivants: »Depuis que l’environnement politique international a changé, la politique des Etats-Unis dans l’Otan se révèle dépassée. Il faut qu’ils admettent que l’ingérence dans la politique intérieure d’autres pays est dépourvue de sens, et qu’ils envisagent sérieusement de quitter l’Alliance atlantique. » Mais pour comprendre les virtualités dont l’ironie de Vladimir Poutine est porteuse, il faut remonter d’environ deux siècles dans le temps et expliciter la mutation imposée à la littérature française par Stendhal et Balzac.

3 – La France pensante du XXIe siècle

A partir du milieu du XVIIIe siècle, l’épicentre du capitalisme s’est déplacé. Alors que depuis des siècles, la richesse reposait sur la possession des terres et du bétail, le capitalisme changeait de propriétaire: les nouveaux Crésus devenaient les possédants des moyens de production mécaniques qui allaient fonder la civilisation industrielle d’aujourd’hui.

Du coup, une classe sociale nouvelle devenait un outil au service des machines de plus en plus automatisées. Cette nouvelle structure sociale contredisait le combat de tout le XVIIIe siècle pour la prééminence de l’individu sur les mentalités collectives, puisque la machine et ses utilisateurs se voyaient réduits au rang de deux mécaniques qui allaient bientôt devenir rivales, ce qui était contraire aux idéaux de 1789 et cela d’autant plus que la machine commençait de dévorer à belles dents ses serviteurs et même de les éliminer du marché à son propre profit.

Comment procéder pour redonner à une classe ouvrière mondiale devenue un outillage de moins en moins performant, la dignité de la personne qui, depuis le XVIIIe siècle fondait cette dignité sur la personnalité intellectuelle? Rien de plus simple: on allait interdire la propriété privée des moyens de production et exécuter purement et simplement tout citoyen qui tenterait de fonder une entreprise sur le type d’esclavage engendré par la machine.

Naturellement, la classe ouvrière, élevée au rang officiel d’une dictature enfanterait nécessairement une classe dirigeante d’apôtres dévoués corps et âme à défendre ses intérêts classe. Non moins naturellement, cette classe de bienfaiteurs du genre humain a aussitôt prêché un catéchisme bureaucratique qui allait conduire une civilisation industrielle de ce type à la chute du mur de Berlin.

De son côté, la bourgeoisie issue de la révolution de 1789 et du siècle des Lumières, a mis en scène et à l’échelle internationale, une religion calquée sur les trois valeurs fondatrices du christianisme, à savoir la Foi, l’Espérance et la Charité. Qu’est-ce que la Liberté, sinon la formulation laïque de la Foi, qu’est-ce que l’Egalité, sinon la formulation laïque de l’Espérance, qu’est-ce que la Fraternité, sinon la formulation laïque de la Charité? Hélas, ces trois entités salvatrices sont bientôt devenues à elles-mêmes leur propre mausolée, ou le cénotaphe de la nouvelle religion, et la démocratie est devenue à elle-même sa propre pierre tombale.

4 – La postérité démocratique de Tartuffe

C’est dans ce contexte que deux géants ont surgi, Stendhal (1783-1842) et Balzac (1800-1850). La Françoise Sagan de l’époque s’appelait Mme de Krudener. Elle a failli faire du roman sentimental le beffroi central de la littérature française. Un siècle plus tard, Gide dira: « Les bons sentiments font la mauvaise littérature« . Le XXIe siècle ajoutera: « Les bons sentiments font la mauvaise politique« . Mais pour cela, il fallait convertir la littérature à l’examen minutieux et réaliste des ressorts et des rouages des sociétés et observer à la loupe le fonctionnement de l’hypocrisie démocratique qui remplaçait le tartuffisme chrétien.

Albert Thibaudet dira que toute l’œuvre de Stendhal se résume à un combat contre l‘hypocrisie sociale. Le récit du séjour de Julien Sorel au séminaire de Dijon n’est autre qu’une analyse quasiment anthropologique de l’hypocrisie de l’Eglise romaine. Mais l’admiration de Balzac pour Stendhal, alors entièrement ignoré, reposait sur le même fondement, tellement il était impossible d’étudier la société sous la Restauration sans aboutir à la même analyse de l’hypocrisie collective des sociétés tant dans Splendeurs et misères des courtisanes que dans Le Rouge et le noir.

Avec Balzac, l’écrivain est devenu le forçat de l’écriture et le géniteur d’une transcendance nouvelle du génie littéraire. Balzac écrivait à Mme Hanska: « J’ai récrit treize fois César Birotteau les pieds dans la moutarde« . Mais ailleurs le galérien change de ton et il écrit: « J’ai arraché des idées à la nuit et des mots au silence« , tellement le réalisme de Balzac se nourrissait d’une dimension visionnaire.

Telles sont les prémisses anthropologiques, donc historiques et politiques, d’un examen du sens d’une collaboration d’une analyse de la signification du terrorisme qui redonnerait à nouveau à la France du XXIe siècle l’avance qu’elle avait prise sur le reste du monde et cela précisément dans la postérité créatrice du Tartuffe de Molière.

5 – Métaphysique et politique de l’hypocrisie

Quelle hypocrisie que celle d’un empire, dont le Général de Gaulle disait dans son discours de Pnom Penh que l’escalade américaine était « de plus en plus étendue en Asie, de plus en plus proche de la Chine, de plus en plus provocante à l’égard de l’Union Soviétique, de plus en plus réprouvée par nombre de peuples d’Europe, d’Afrique, d’Amérique latine, et, en fin de compte menaçante pour la paix du monde ».

Mais qu’en est-il dans l’enceinte même des démocraties de l’hypocrisie attachée à la notion même de « souveraineté du peuple« ? Le corps électoral français ignore, par exemple, que les jugements des tribunaux ne sont signés par trois magistrats que pour la forme et afin de les renforcer d’une apparence de collégialité démocratique . En réalité, ils sont exclusivement rédigés par un seul juge, les deux autres numéros du trio l’entérinent pour la forme. Le peuple souverain s’imagine – et on le lui fait croire – que les commissions au sein des ministères sont appelées à soumettre au contrôle du peuple souverain l’exécutif concerné, à savoir les agissements de l’Etat lui-même, alors qu’en réalité, les ministres nomment les membres des commissions et leur donnent leurs ordres noir sur blanc.

Mais l’hypocrisie démocratique prend une nouvelle dimension si on l’observe dans l’optique de l’immense postérité de Bergson qui, le premier a mis en scène « l’évolution créatrice » et « l’évolution régressive » fondées sur une mécanisation du vivant au sein des « sociétés closes ». Face à la spontanéité du vivant, les rituels administratifs et les liturgies bureaucratiques fossilisent les sociétés.

6 – L’hypocrisie du Dieu construit à notre « image et ressemblance »

Jetons un coup d’œil à la postérité vivante des philosophes qui réfute le mot de Stendhal: « Je serai compris en 1880« , tellement nous avons affaire au Stendhal et au Balzac du XXIe siècle. Pour cela, observons l’hypocrisie propre à la laïcité démocratique que masque l’appellation neutralisante et riche de dérobades de « fait religieux« .

Car si la laïcité réduit les religions au « fait religieux », la voie est ouverte à l’hypocrisie de passer outre à l’examen du contenu anthropologique et psychobiologique du dit « fait religieux« . Empaquetées dans la valise d’un « fait » pseudo scientifique, nous transportons les mythologies sacrées sur un territoire hypocritement défaussé. Sans procéder en rien à l’examen du contenu de la valise, nous observons comment le gigantesque système routier de l’empire romain a permis à Saint Paul de le véhiculer en tous lieux et ce sera à ce système routier de rendre compte du contenu de la valise.

Mais nous ne sommes pas encore au terme de l’hypocrisie historique et politique que camoufle la métamorphose laïque des religions en un « fait religieux » transportable dans la valise. Car il faut maintenant se demander ce que l’hypocrisie pseudo scientifique tente de camoufler, à savoir le fondement originel du terrorisme. Car ce que l’hypocrisie pseudo scientifique tente de camoufler, c’est rien de moins que la structure terroriste de la politique de Dieu.

Si nous commençons par placer une religion sous vide, si nous la désossons au préalable afin de nous priver de tout moyen de l’examiner, si nous plaçons ce squelette dans un cénotaphe artificiel, comment ce document momifié nous livrerait-il ses secrets anthropologiques de se trouver ainsi scalpé et véhiculé sur les chemins déserts d’une science sans objet? Mais quelle hypocrisie de ne pas écouter ce que disait ce songe avant que son cadavre fût transporté à la morgue. La dénonciation de l’hypocrisie de Dieu est tout le contraire de la légitimation de l’ignorance et de la sottise.

De quoi s’agit-il? D’un côté, un monothéisme de ce genre, offre quelques sucreries à des squelettes éternisés. De l’autre, une religion construite sur ce modèle éclaire les fondements terroristes de la divinité, dont l’atrocité s’exerce à la torture éternelle des trépassés dans un enfer souterrain auprès duquel Auschwitz et Buchenwald ne sont que fariboles.
Jamais nous ne vaincrons le terrorisme avec pour seul secours l’atrocité d’un Dieu de l’épouvante éternelle. Voici le Dieu barbare que nous nous mettons sur les bras et qui s’englue dans la torture. Nous nous le fabriquons sitôt que nous nous le construisons à notre « image et ressemblance« .

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Le tartuffisme, masque de la servitude volontaire

Le tartuffisme, masque de la servitude volontaire

1 – Le récit, ce grand trompeur
2 – L’ignorance de notre maître
3 – Comment chasser le nouvel occupant
4 – La mondialisation du tartuffisme
5 – Le double jeu du tartuffisme

1 – Le récit, ce grand trompeur

Dans quelques jours j’entendrai, pour la quatre-vingt quatorzième fois sonner le gong de la pendule qu’on appelle la vie et qui ponctue la mort des végétaux, des animaux et des hommes.

L’adolescence est le temps où une mémoire fraîche nourrit encore les imaginations ardentes. A l’âge de douze ans, ma sœur jumelle et moi avions découvert un ouvrage de plus de six cents pages qui racontait la mythologie grecque avec tout le feu nécessaire à notre jeunesse. A la suite de quoi, nous étions indignés de l’ignorance des adultes, et d’abord de nos professeurs, incapables de raconter les aventures extra conjugales de Zeus ou le sort du malheureux Actéon; qui n’y pouvait rien, le pauvre si, par malchance, il avait vu Diane se baigner nue dans une source, ce qui lui valut de se trouver métamorphosé en cerf par la déesse qui le fit, en outre, dévorer par les chiens du chasseur.

Puis, nous avons tenté de lire de savants ouvrages professoraux sur la mythologie grecque, mais ils nous sont tombés des mains tellement ils suaient l’ennui. Plus tard encore, nous avons lu le récit des Jésuites qui expliquaient la méthode la plus sûre de convertir les infidèles : si vous racontiez aux jeunes Chinois la création du monde quatre mille ans plus tôt et si vous leur expliquiez que Dieu avait fait bénéficier l’humanité de ses bienfaits pour qu’elle apprît à chanter la gloire de son créateur, les écailles tombaient des yeux des ignorants et ils ne doutaient plus de la vérité révélée au monde par les saintes Ecritures.

Après la mort de ma sœur jumelle en 1974, je me suis demandé quelle relation les récits mythologiques nourrissent avec l’histoire et avec la politique. Car l’Enéide de Virgile est tout entière fondée sur un récit des origines imaginaires du peuple romain. Enée était censé avoir fui Troie en flammes en portant son père Anchise sur son dos. En 1789, trois idéalités évangélisées en sous-main par la Foi, l’Espérance et la Charité des chrétiens avaient donné à la France l’assise d’une mythologie qui nourrit aujourd’hui encore le monde entier.

2 – L’ignorance de notre maître

Quant au peuple américain, Dieu l’avait élu pour apporter au monde la Liberté, la Justice et le Droit et, depuis 1945, cette nation de messies de la grâce et du salut des mortels joue le rôle d’un nouveau « sauveur » du genre humain de l’humanité. Puisque Dieu l’a voulu, les idéalités françaises de 1789 se sont fatiguées en Europe pour s’épanouir en une nouvelle épopée salvatrice sur le continent américain.

Alors, j’ai cru commencer de comprendre les raisons pour lesquelles Montaigne voyait en Socrate le plus grand homme de tous les temps. Ce prophète de l’ignorance avait compris le premier que nous sommes le plus étrange des animaux : il chercha à comprendre non seulement pourquoi l’ignorance est le pire de tous les maux, mais pourquoi le langage d’une ignorance qui s’ignore en tant que telle fait tenir à l’ignorant le langage assuré de la connaissance. Car enfin, nous ignorons ce que sont l’espace, le mouvement, la vitesse ou le temps, mais nous croyons, de surcroît que les messages indéchiffrables que ces entités sont censées nous adresser nous expliquent et nous font comprendre ce qu’elles nous racontent.

Mais que sais-je du temps en tant que tel et dans sa nature propre d’apprendre que si je chevauchais un rayon de lumière et si je devenais centenaire à califourchon sur ce véhicule, je mourrais à l’âge de dix mille ans terrestres, parce que le temps est une glu dont la coulée change de rythme au gré de la rapidité ou de la lenteur qui la transporte dans le vide et le silence de l’infini. Or, l’univers d’aujourd’hui ne compte plus quatre « dimensions« , mais une bonne douzaine et nos astronomes commencent de découvrir que plus leur information s’enrichit, moins ils en comprennent le premier mot.

C’est dire que la recherche des secrets d’une ignorance inaugurale et inguérissable, liée à la nature même de notre espèce, donne à l’audace de Socrate un avenir nouveau et inépuisable.

3 – Comment chasser le nouvel occupant

A l’heure où je vais raréfier ou cesser mes commentaires anthropologiques et géopolitiques de l’avenir socratique de la philosophie, je me permets de suggérer aux éventuels continuateurs de ma modeste réflexion quelques pistes dont l’approfondissement s’imposera nécessairement à leur attention.

La première sera la suivante: si l’évasion du genre humain hors de la zoologie s’est manifestée par la chute de notre espèce dans le récit mythologique et si cette fuite dans des mondes imaginaires ne fait que mettre en évidence notre ignorance, comment se fait-il que l’alliance inaugurale de l’ignorance socratique avec l’ironie soit devenue la source principale de la pensée logique et critique? C’est que la puissance discrète du rire que charrie l’ironie donne à la pensée une position décapante et providentiellement heuristique.

Prenez le cas de M. François Hollande. D’un côté, il fait le lit, et avec quelle ardeur, de la honte et du déshonneur de la France et de l’Europe et cela de la manière que j’ai soulignée dans mon préambule du 18 mars. (Quel sera le coût pour la civilisation mondiale de la honte et du déshonneur de l’Europe ? 18 mars 2016 )

De l’autre, il affiche qu’il est partisan de la levée des sanctions à l’égard de la Russie, mais qu’il s’en trouve empêché par le Parlement européen qui serait seul décisionnaire, alors qu’il sait fort bien que les vingt-huit sont devenus des vassaux au service des ambitions de la seule Amérique, laquelle entend perpétuer sa domination sur le monde entier. Or, seule l’ironie socratique met en évidence l’hypocrisie de cette diplomatie puisqu’elle permet de démasquer une volonté d’expansion de Washington que rend évidente la présence de cinq cents bases militaires américaines sur le Vieux Continent vingt-six ans après la chute du mur de Berlin. Comment chasser l’occupant? « Il est en nous, il est en nous le cheval de Troie » (Cicéron).

4 – La mondialisation du tartuffisme

Or, tous les historiens sérieux savent que le XVIIIe siècle n’a fait que vulgariser et rendre plus alertes les vérités mises en évidence avec la parution l’Histoire de la littérature française de Bédier et Hazard en deux volumes de 1924 , de celle de la parution de la Crise de la conscience européenne de Paul Hazard en 1935 et de l’Essai sur l’accélération de l’histoire de Daniel Halévy en 1948, qui montrent que la révolution du XVIIIe siècle a été préparée en plein XVIIe et qu’elle repose sur la découverte d’une dimension du genre humain, le tartuffisme.

La mise en pleine lumière de cette dimension native et inguérissable des semi-évadés de la zoologie n’a été possible que grâce à un jeune souverain de vingt-cinq ans, un certain Louis XIV né en 1638, monte sur le trône à l’âge de seize ans en 1654 et dont le règne n’avait que neuf ans en 1663 à l’heure où Molière a donné un happy end pré-hollywoodien à son Tartuffe en faisant jouer au roi le rôle d’un prince idéal et « ennemi de la fraude« .

Quelle victoire de l’éclairage socratique de la philosophie que l’ironie qui fera de tout le XXIe siècle une « défense et illustration » de l’omniprésence du tartuffisme dont la démocratie est devenue l’oriflamme à l’échelle mondiale. Quel tartuffisme dont le mythe de la Liberté est devenu le porte-drapeau ! Quelle humiliation que le spectacle d’un prétendu Parlement européen qui se laisse accuser de jouer un rôle de « resquilleur » par un Barack Obama parfaitement conscient de ce Washington occupe de Vieux Monde à l’aide de ses garnisons sur lesquelles repose sa puissance militaire et politique sur ses vassaux! Pendant ce temps, quelle démonstration que le spectacle planétaire du tartuffisme d’une Europe asservie. La démocratie mondiale n’est que la forme contemporaine du tartuffisme d’une Europe asservie dont la mise en évidence des mécanismes en 1663 éclairera tout le XXIe siècle. Une démocratie falsifiée est devenue le pivot moliéresque du monde contemporain.

5 – Le double jeu du tartuffisme

Mais comment éclairer tout cela sinon à la lumière de la découverte de l’hypocrisie viscérale du genre simiohumain – celle que l’ironie socratique permet désorais de mettre en pleine lumière. Car, pour en revenir à François Hollande, quel tartuffisme que de faire semblant de travailler en artisan de la souveraineté de l’Europe et, dans le même temps, laisser traiter l’Europe et la France de « resquilleurs » qui s’en remettraient volontairement à la « protection » de l’Amérique face à la menace militaire que représenterait la Fédération de Russie, censée le Gengis Khan de notre temps. François Hollande consacre tout son temps à placer irrémédiablement la civilisation européenne dans la honte et le déshonneur de paraître des « resquilleurs » dont la lâcheté laisserait à la seule arme de la sainteté de l’empire américain la charge d’assurer le salut du monde.

En vérité, l’avenir socratique de l’ironie philosophique est devenu l’instrument de décodage anthropologique de la géopolitique contemporaine. Rien n’illustre davantage le double jeu que le locataire de l’Elysée et celui de la Maison Blanche se partagent en secret, le premier a présenté l’asservissement de l’Europe sous le sceptre et sous le joug de l’OTAN comme l’instrument même de sa délivrance, le second a parié avec cynisme que l’ignorance est la compagne de la sottise et la sottise, la compagne de l’ignorance.

Et tout cela n’est pas né de la plume de Voltaire et de Diderot, mais de celle du Molière de 1663.

Le 25 mars 2016

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