Archives de catégorie : Proche et Moyen-Orient

Le gouvernement saoudien enlève discrètement les princes qui critiquent le régime à l’étranger

Au moins, trois dissidents d’importance, vivant en Europe, ouvertement critiques du système de gouvernement saoudien ont été enlevés par la monarchie saoudienne au cours des deux dernières années, selon un rapport de la BBC. Tous les trois étaient des membres de la famille royale et on pense qu’ils sont morts, ou sont détenus contre leur volonté en Arabie saoudite. Cependant le gouvernement refuse de se livrer à des commentaires sur leur sort.

Le gouvernement saoudien enlève discrètement les princes qui critiquent le régime à l’étranger
Selon la BBC World Service, l’un des dissidents est le prince Turki bin Bandar, ancien officier des forces de police du royaume. En 2010, le prince a eu des démêlés avec la famille royale à propos d’un héritage. Il a été arrêté et jeté en prison. Remis en liberté en 2012, il s’installa en France où il commença à critiquer le gouvernement de son pays par des vidéos et des messages sur les réseaux sociaux. Mais ses messages pour des réformes politiques, dont la fin de la corruption, cessèrent de paraître dès l’été 2013 quand, selon des amis, il disparut. L’un d’eux, le bloggeur Wael al-Khalaf déclara à la BBC que le prince Bandar visitait le Maroc, quand il fut détenu suite à une requête déposée par le gouvernement saoudien. On pense qu’il a été envoyé en Arabie saoudite où il y est toujours, certainement contre sa volonté.

Un autre prince, basé en Europe, le prince Saud bin Saif al-Nasr a disparu depuis 2015 après une campagne d’une année sur les réseaux sociaux dans laquelle il demandait des poursuites contre de hauts officiels saoudiens qui avaient soutenu le renversement du président élu, aujourd’hui déchu, Mohamed Morsi. En septembre 2015, peu avant sa disparition, il avait publiquement appuyé deux lettres ouvertes anonymes, supposées rédigées par un prince saoudien, demandant le renversement violent de la monarchie. Selon le média britannique, le prince Nasr a été le seul a publiquement et ouvertement soutenir ces documents. Il disparut peu après et est semble-t-il en Arabie saoudite.

Le troisième cas, celui du prince Khaled bin Farhan est plus complexe. Le prince vivait en Suisse et était une figure connue parmi les exilés saoudiens, réclamant des réformes politiques dans leur pays. En 2003, il s’envola pour Rome depuis Milan dans un jet privé qui, selon la BBC, lui avait été fourni par une compagnie russo-italienne désireuse de faire affaire avec lui. Mais le prince assure que le vol n’était qu’une ruse et que l’avion se dirigea vers l’Arabie saoudite où il fut emprisonné. Sept ans plus tard, le gouvernement saoudien lui permit de se rendre aux Etats-Unis pour un traitement médical. Dès son arrivée à Boston, il porta plainte immédiatement devant les tribunaux suisses contre ses abducteurs. Mais en 2016, le gouvernement saoudien le convainquit d’embarquer, depuis Paris où il résidait, sur un avion saoudien pour rendre visite à son père malade, en Egypte. Mais, comme il fallait s’y attendre, le vol l’emmena lui et les 18 membres de son entourage, dont des non-Saoudiens, à Ryad. Il fut « trainé hors de l’avion » par des gardes lourdement armés alors « qu’il criait à son équipe d’appeler l’ambassade US », selon deux membres de son entourage demeurant anonymes. Ces deux sources ont précisé à la BBC que leurs passeports furent saisis par les autorités saoudiennes, qu’ils furent enfermés dans un hôtel pendant trois jours sans pouvoir contacter ni leur ambassade ni leurs familles. Ils furent ensuite autorisés à se rendre dans un pays de leur choix, les frais étant déboursés par le gouvernement. La BBC a tenté d’obtenir des informations sur les trois princes disparus mais le gouvernement saoudien a décliné de répondre aux questions.

Nota (le plus d’AFI-Flash – 20/8/17) : Rumeurs de complot à Ryad

Selon l’agence iranienne Presstv (5/8/17), le prince héritier saoudien, Mohammed bin Salman, est sorti indemne il y a quelques jours d’une tentative d’assassinat fomentée par un membre de la famille royale lors de son séjour dans un palais familial dans la ville de Djeddah. L‘auteur de l’attentat, un prince, aurait été arrêté.

Le 8 août, l’agence saoudienne SPA a annoncé le décès du prince Salman bin Saad bin Abdullah bin Turki Al-Saoud âgé de 26 ans. Sputnik rapporte que ses parents ont déclaré qu’il serait mort d’une crise cardiaque.

Le 18 août, SPA a annoncé la mort du prince Bandar bin Fahd bin Saad bin Abdulrahman Al-Saoud sans préciser la cause du décès.

A Ryad et dans la presse arabe non-inféodée au régime saoudien les rumeurs de complot et d’exécutions vont bon train.

Source: Saudi government secretly abducting its critics from abroad, say dissidents

Traduction et Synthèse: Xavière Jardez

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Guerre au Yémen: un demi-million de personnes frappées par une épidémie de choléra

Le nombre d’infections au choléra enregistrées au Yémen cette année a dépassé le demi-million de cas ce dimanche, dans ce que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a qualifié de «la plus grave épidémie de choléra au monde». Quelque 2000 personnes ont été tuées par la maladie depuis l’éclosion de l’épidémie en avril lorsque le système d’égouts de la capitale de Sanaa a soudainement cessé de fonctionner.

Guerre au Yémen: un demi-million de personnes frappées par une épidémie de choléra
Bien que le nombre de nouvelles infections déclarées par semaine ait commencé à diminuer quelque peu en raison des interventions d’urgence de la Croix-Rouge et d’autres organisations humanitaires, près de 24.000 nouveaux cas ont été signalés la semaine dernière. La maladie s’est propagée dans presque tous les coins du pays, affectant 22 des 23 gouvernorats.

Ces conditions d’épidémie mortelle ont été créées par la guerre sauvage – qui en est maintenant à sa troisième année – menée par l’Arabie saoudite et une coalition de monarchies du Golfe jouissant du plein soutien des États-Unis, qui fournissent des vols de renseignement et de ravitaillement.

Poursuivant son objectif déclaré de rétablir le gouvernement déchu d’Abd Rabbuh Mansur Hadi, la coalition saoudienne a dévasté ce pays déjà profondément appauvri avec des vagues d’attaques aériennes les unes après les autres et une invasion terrestre menée principalement par les Émirats arabes unis. Hadi a fui le pays après que les insurgés Houthi et les éléments alignés sur l’ancien dictateur Ali Abdullah Saleh aient pris le contrôle de certaines parties importantes du pays, dont Sanaa notamment.

Selon les Nations Unies, de mars 2015 à mars 2017, au moins 10.000 civils ont été tués en raison de l’assaut dirigé par l’Arabie Saoudite, la cause directe de la majorité des décès. Par ailleurs, plus de 2 millions de personnes ont été déplacées depuis 2015.

Dès le début de la guerre, l’administration Obama s’est assurée que l’arsenal saoudien reste bien garni avec des milliards de dollars en bombes, en armes et en matériel. Les structures logistiques de soutien militaire mises en place par l’administration Obama ont été maintenues et élargies sous le président Donald Trump.

En mars, le secrétaire américain à la Défense James «Mad Dog» Mattis a publié un mémoire appelant au renforcement du soutien apporté par les États-Unis à cette guerre criminelle dans le cadre de la volonté du pays d’isoler et ultimement de renverser le régime au pouvoir en Iran.

En mai, Trump a visité l’Arabie saoudite et a salué de façon des plus démonstratives la monarchie totalitaire comme un bastion de stabilité dans la région et le pivot d’une croisade dirigée par les États-Unis contre le terrorisme islamiste – leur prétexte pour leur guerre conjointe pour un changement de régime en Syrie et leurs efforts pour déstabiliser l’Iran. Trump a félicité l’Arabie saoudite et ses alliés du Golfe pour avoir «mené de fortes actions contre les militants Houthi au Yémen».

À Riyad, Trump et la monarchie saoudienne ont finalisé plusieurs accords, dont un contrat de 110 milliards de dollars d’achat d’armes aux États-Unis avec option de 350 milliards de dollars d’achats supplémentaires au cours des 10 prochaines années. Après sa visite, Trump a soutenu le régime saoudien et ses alliés dans la région alors qu’ils ont imposé des sanctions et un blocus sur le Qatar dans le but de forcer ce régime à couper ses relations avec l’Iran.

Il est de plus en plus clair que l’épidémie de choléra au Yémen n’est pas qu’une conséquence involontaire de la guerre dirigée par l’Arabie Saoudite. L’épidémie est en effet utilisée comme arme dans les efforts de la coalition soutenue par les États-Unis pour subjuguer le pays.

La domination du Yémen est cruciale pour le contrôle du détroit de Bab-el-Mandeb, une voie de circulation géostratégique à travers laquelle une grande partie du pétrole mondial doit passer.

Les frappes aériennes et les bombardements menés par la coalition ont visé délibérément les zones résidentielles civiles, les hôpitaux, les écoles, les marchés, les égouts et autres infrastructures essentielles. Cette agression impitoyable rend impossible l’élimination correcte des ordures, qui s’empilent dans les rues.

Le choléra se contracte par la consommation d’eau contaminée par des excréments humains. Au moins 14 millions de personnes n’ont plus d’accès régulier à de l’eau potable à cause de la guerre, une situation qui les expose aux dangers du choléra et autres maladies d’origine hydrique. Le déclin ahurissant des conditions sanitaires et la fin des approvisionnements en eau résultant de l’assaut saoudien ont alimenté la propagation rapide du choléra.

La Marine américaine participe également à l’imposition d’un blocus contre le Yémen qui restreint les exportations du pays et lui impose un effondrement de ses importations d’aliments de base. Le Yémen dépend normalement de ses importations pour satisfaire plus de 90% de ses approvisionnements en céréales.

Aggravant encore plus la situation, le principal aéroport international du pays situé à Sanaa est fermé depuis l’an dernier lorsque la coalition saoudienne a décrété une zone d’exclusion aérienne au-dessus du Yémen. Des quantités limitées d’aide provenant d’organisations humanitaires ont été autorisées à entrer dans le pays via l’aéroport uniquement après l’approbation de la monarchie saoudienne. Mais les personnes ayant besoin d’une aide médicale d’urgence qui n’est disponible qu’à l’extérieur du pays se voient empêchées de partir.

Tout cela a poussé le Yémen au bord de la famine. Le Programme alimentaire mondial a déterminé que 17 millions de Yéménites, soit plus de 60% de la population du pays, n’ont pas assez à manger. Le directeur général adjoint de l’UNICEF, Justin Forsyth, a déclaré en juillet que 1,8 million d’enfants au Yémen souffrent de malnutrition aiguë, alors que 385.000 autres sont victimes d’une malnutrition aiguë sévère.

La catastrophe humanitaire au Yémen est aggravée par l’effondrement du système de soins de santé. Quarante-neuf des 333 districts du pays n’ont pas de médecin et les travailleurs de la santé du pays n’ont pas été payés depuis plusieurs mois.

La semaine dernière, il a été annoncé que sans un afflux rapide de fournitures et d’argent, le Centre national de transfusion sanguine – principale banque de sang du Yémen – sera contraint de fermer ses portes, cessant du coup les traitements de sauvetage d’environ 3000 personnes par mois.

Médecins sans frontières a récemment confié la responsabilité du maintien de ces installations à l’OMS, mais les fournitures envoyées ne se sont jamais rendues à cause de l’embargo saoudien. Si la banque de sang est fermée, des milliers de patients souffrant de blessures de guerre, de cancer ou d’insuffisance rénale seront condamnés à mort.

L’énormité des crimes de guerre qui se déroulent au Yémen rend d’autant plus marqué le silence des médias traditionnels, de l’establishment politique et de leurs laquais de la pseudo-gauche. Alors qu’ils s’époumonent à hurler leurs accusations de crimes de guerre contre Bashar al-Assad et réclament un changement de régime en Syrie, ils donnent le feu vert aux États-Unis et à l’Arabie Saoudite pour détruire toute une société, plongeant le Yémen dans l’une des pires crises humanitaires de l’histoire récente, sans fin en vue.

(Article paru en anglais le 15 août 2017)

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Israël s’est fait un nouvel ami en Afrique, le maréchal Haftar, qu’il aide en secret

Une source confirme qu’Israël collabore de plus en plus étroitement avec l’homme fort de la Libye, Khalifa Haftar, notamment en frappant l’EI à Syrte

Israël s’est fait un nouvel ami en Afrique, le maréchal Haftar, qu'il aide en secret
Une source israélienne bien informée – qui a souhaité garder l’anonymat, étant donné que l’affaire est censurée par les militaires israéliens – m’a révélé que les Forces de défense israéliennes (IDF) avaient bombardé des positions du groupe l’État Islamique en Libye à la demande de l’homme fort de ce pays, le maréchal Khalifa Haftar.

Le censeur militaire des IDF a décidé que ces informations ne pouvaient pas être diffusées en Israël. Jusqu’à cette semaine, le censeur n’autorisait même pas les journalistes israéliens à renvoyer les lecteurs aux médias étrangers évoquant cette histoire. Récemment, Yediot Aharonot a publié un profil flatteur d’Haftar renvoyant à un article koweitien paru dans Al Jarida, (lien ci-dessus), qui confirmait ces informations. Aux termes des dispositions prévues par la censure israélienne, les journalistes, qui sont interdits d’écrire directement des reportages sur certains événements, s’arrangent souvent pour faire allusion aux mêmes événements via des publications étrangères, et ainsi contourner la censure.

Les reportages fournissent des preuves de plus en plus incontestables d’une intervention israélienne directe dans la guerre civile libyenne, qui oppose de nombreux adversaires : Haftar, les milices islamistes et l’État islamique. J’ai envoyé un tweet au lieutenant-colonel Peter Lerner et à l’unité chargée de communiquer pour les IDF, où je sollicitais leurs commentaires. Ils n’ont toujours pas répondu au moment où nous publions cet article.

« Un ami de nos amis »

Haftar est aligné sur les États sunnites – l’Égypte et les Émirats arabes unis étant les plus notoires – que ces reportages accusent d’avoir bombardé des forces libyennes hostiles à Haftar. On appelle quelquefois ce dernier le « Sissi libyen ». La source israélienne m’a confirmé l’argument du journal koweitien, voulant qu’Israël ait offert son aide militaire directe en faveur de Haftar, dont des frappes aériennes sur des positions de l’EI à Syrte et ailleurs.

Une source des IDF a précisé à mon contact : « Les amis de nos amis – et les ennemis de nos ennemis – sont nos amis ; or Haftar est un ami de l’Égypte, de la Jordanie et des EAU. Il combat aussi l’EI ».

Le censeur israélien a même interdit de citer ce reportage écrit par le correspondant à Jérusalem du journal koweitien Al Jarida – qui a fuité, probablement à l’initiative de sources israéliennes. Le rapport, daté du 27 août 2015, indique qu’Israël a bombardé Syrte le 25 août 2015.

Des sources informées ont affirmé qu’il y a deux jours, des avions militaires israéliens ont bombardé des cibles de l’EI à Syrte. Elles ont ajouté que le raid a été effectué à la requête du maréchal Khalifa Haftar, commandant de l’Armée nationale libyenne (ANL) lors de sa récente visite à Amman [où il a secrètement rencontré des responsables de la sécurité israélienne]. Ces sources ont révélé que Haftar a promis, [en échange], de signer avec Israël des contrats d’armes et de pétrole.

Pour que personne ne croie que les événements de 2015 ont changé, The New Arab indique que Haftar a récemment rencontré des fonctionnaires du Mossad lors d’une réunion négociée par les Émirats arabes unis, l’un des alliés sunnites mentionné ci-dessus. « La coordination entre Haftar et Israël dure depuis longtemps ; il a organisé des pourparlers avec des agents du Mossad en Jordanie en 2015 et 2016 », a indiqué à The New Arab la source anonyme.

Le rapport prétendait que ces rencontres avaient été négociées par les EAU et que Haftar avait rencontré des agents du renseignement israélien. On y lit que l’autoproclamée Armée nationale libyenne de Haftar avait reçu des fusils israéliens pour snipers et des équipements de vision nocturne. Il a ensuite laissé entendre que le commandement de Haftar et les militaires israéliens se sont coordonnés, courant 2014, pendant l’offensive baptisée « Opération Dignité », contre plusieurs groupes d’islamistes armés à Benghazi.

Pendant les combats, l’un des chasseurs MiG de Haftar est censé avoir été abattu par les islamistes et l’une des bases aériennes de Haftar a été prise. Il est possible que des chasseurs israéliens aient été engagés pour éviter une encore plus grosse défaite tactique.

Une alliance de plus en plus étroite entre Israël et États sunnites

Les analystes et les journalistes du Moyen-Orient (dont moi-même) ont régulièrement signalé l’intensification de l’alliance entre Israël et les puissances sunnites (Arabie saoudite, États du Golfe, Égypte, etc.). Entre autres services réciproques, les Saoudiens ont financé à hauteur d’un milliard de dollars (850 millions d’euros) le programme malveillant israélien, Stuxnet, et l’assassinat de scientifiques nucléaires iraniens. Israël a ouvert quant à lui des bureaux secrets de liaison militaire dans les États du Golfe, organisé des réunions secrètes entre chefs du renseignement israélien et Arabie saoudite, tout en apportant le soutien israélien aux forces d’al-Nosra. Bien que ces reportages se soient surtout concentrés sur l’intervention sunnito-israélienne en Syrie et l’hostilité de l’alliance envers l’Iran chiite, rares sont les articles expliquant qu’Israël offre ses services aux milices libyennes alliées avec l’Égypte.

Israël a toutes les bonnes raisons d’aider l’homme fort libyen. Premièrement, ses ressources pétrolières pourraient profiter à Israël, pays pauvre en ressources qui cherche sans cesse à diversifier son accès à des sources d’énergies vitales. Deuxièmement, Israël a une affinité naturelle avec les hommes forts du Moyen-Orient qui ont peu ou pas d’engagements religieux ou idéologiques (le Jordanien Abdallah, et les Égyptiens Moubarak et Sissi). Israël tient à s’entourer de voisins qu’il soit en mesure de coopter, soit carrément en les achetant, soit en se rendant des services réciproques, comme le partage du renseignement et de moyens militaires. Troisièmement, Israël apprécie sa relativement récente « romance de raison » avec les pouvoirs sunnites dans la région et saisit toutes les occasions de déverser ses faveurs sur ceux que soutiennent ses nouveaux alliés, dont Haftar.

De récents bulletins d’information indiquent que la Russie vient, elle aussi, de s’allier avec Haftar et de dépêcher des conseillers militaires dans ce pays, tant pour fortifier Haftar que pour empêcher l’EI de s’implanter dans la partie occidentale du désert égyptien, ainsi qu’il y est parvenu au Sinaï. Il a aussi lourdement investi dans des projets d’exploitation pétrolière en Égypte et Libye. Haftar, ancien allié de Kadhafi, a reçu son entraînement militaire dans l’ancienne Union soviétique et ses liens avec la Russie sont donc très étroits.

Lucratives ventes d’armes d’Israël aux despotes africains

De plus, Israël se place au sixième rang mondial des marchands d’armes. Il recherche des nations, surtout en Afrique, accablées par les guerres civiles et les conflits fratricides, où il vend des armes à quiconque a les moyens de payer. Il envoie aussi des conseillers militaires dans ces pays (le plus souvent des généraux à la retraite et des officiers du renseignement) pour engranger des milliards en honoraires de consultants. Son plus récent nouveau client est le régime brutal du Sud-Soudan, et Israël a essayé de censurer des informations mettant son allié en cause. De cette manière, Israël étend son influence dans les pays émergents et se forge des alliances qui le protègeront de futures menaces islamistes (c’est du moins ce qu’espèrent les responsables israéliens).

La Libye fait partie des rares pays producteurs de pétrole à avoir nettement augmenté sa production l’an passé. Probablement du fait de l’emprise croissante de Haftar sur les gisements pétroliers libyen, ou peut-être cela indique-t-il que cette énergie lui a valu d’accumuler des milliards, et qu’il entend bien continuer en la vendant à des alliés tels qu’Israël, entre autres pays dont le sous-sol n’en recèle pas.

En parallèle, Haftar a cette semaine rejeté un contrat négocié entre ses rivaux libyens et l’Italie, qui aurait permis aux navires de la marine italienne de patrouiller dans les eaux libyennes et d’intercepter les bateaux débordant de réfugiés essayant d’atteindre l’Europe.

Cela entrave les efforts des Européens qui tentent de contenir le flot d’immigrants vers l’Europe – jusqu’à 600 000 en provenance de la seule Libye. Avec pour résultat, également, de faciliter dans la foulée les affaires des trafiquants d’êtres humains dans les régions côtières sous contrôle de Haftar.

– Richard Silverstein est l’auteur du blog « Tikum Olam » qui révèle les excès de la politique de sécurité nationale israélienne. Son travail a été publié dans Haaretz, le Forward, le Seattle Times et le Los Angeles Times. Il a contribué au recueil d’essais dédié à la guerre du Liban de 2006, A Time to speak out (Verso) et est l’auteur d’un autre essai dans une collection à venir, Israel and Palestine: Alternate Perspectives on Statehood (Rowman & Littlefield).

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Traduction de l’anglais (original) par Dominique Macabies.

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La guerre au Yémen, un spectacle sportif ?

La guerre au Yémen, un spectacle sportif ?
La guerre au Yémen, un spectacle sportif ?
Shireen Al-Adeimi, Moon of Alabama
 
Shireen Al-Adeimi (@ shireen818) est née à Aden, dans le sud du Yémen. Elle  prépare actuellement un doctorat à la Harvard Graduate School of Education. Le texte ci-dessous est un Twit qu’elle a publié le 11 août 2017.
 
 
Pour agrandir
 
 
La guerre au Yémen n’est-elle rien d’autre qu’un spectacle sportif?
 
Mon Twit est peut-être un peu long, mais j’espère que vous prendrez quelques minutes pour le lire.
 
La guerre contre le Yémen fait rage, pourtant, le sort des Yéménites ne reçoit TOUJOURS PAS l’attention qu’il mérite de la part des médias et des politiciens. Quand ce qui se passe au Yémen n’est pas totalement ignoré, les faits sont déformés ou minimisés parce que les gens ont peur de regarder en face les conséquences de la participation active de leurs pays à la destruction du Yémen. Alors que les riches Etats arabes bombardent le Yémen avec des armes sophistiquées (achetées à l’occident) et embauchent des mercenaires pour leurs troupes au sol, beaucoup de gens et d’organes (par exemple, l’ONU) ont peur de s’opposer aux Saoudiens parce qu’ils ont besoin de leur argent ou parce qu’ils sont eux-mêmes impliqués dans le conflit et / ou en profitent (par exemple, les Etats-Unis et l’Angleterre). Alors, l’ONU exprime ses « inquiétudes » et le Royaume-Uni son désir de « trouver une solution politique », tout en se remplissant les poches du prix du sang des Yéménites. Et, même si les citoyens soient souvent inconscients des crimes de leurs gouvernements, beaucoup connaissent le hashtag #Yemen et pourtant ne font rien.
 
Le Yémen est-il devenu un spectacle sportif? Depuis deux ans et demi, les corps émaciés des enfants yéménites ou leurs cadavres envahissent nos écrans. Certains versent des larmes, d’autres font un don, d’autres encore accusent les responsables politiques, mais la plupart des gens préfèrent regarder ailleurs. Est-ce de l’impuissance ou de l’indifférence? Je ne sais pas. Sommes-nous « loin des yeux, loin du cœur »? Je ne sais pas. Quelqu’un m’a dit, une fois, que les enfants yéménites n’étaient pas assez « photogéniques » pour susciter de l’empathie. Est-ce du racisme, de la discrimination? Je ne sais pas. Ou bien, les portefeuilles yéménites ne sont pas assez bien remplis pour acheter ou exiger l’attention, la condamnation et l’action du reste du monde? Je ne sais pas non plus.
 
Ce que je sais, c’est que le monde nous regarde. Il regarde nos enfants mourir de maladies guérissables comme le choléra parce qu’ils n’ont pas accès à de l’eau potable. Il regarde nos enfants mourir de faim au milieu d’immenses richesses mondiales parce que leurs parents n’ont pas les moyens d’acheter le peu de nourriture encore disponible. Il regarde nos concitoyens, enfants, femmes et hommes, se faire tuer par les raids aériens des Saoudiens soutenus par les États-Unis, sur leurs maisons, leurs écoles et leurs hôpitaux. Lorsque les gens sont invités à interpeller les élus (ne serait-ce qu’en signant une pétition comme: Save Yemen), très peu le font. Et lorsque nous demandons seulement que nos articles soient diffusés plus largement, on nous envoie promener (on m’a répondu qu’il n’y a que quelques dizaines de personnes qui s’intéressaient au Yémen).
 
Moi et les autres Yéménites, nous pensons bien sûr à nos familles, mais nous nous préoccupons aussi des millions de personnes qui manquent des choses les plus élémentaires : la sécurité, un toit, de la nourriture et de l’eau. Je me sens totalement et complètement impuissante. Je me bats pour faire diffuser des articles parlant des enfants yéménites qui meurent sans que personne ne vienne à leur secours. Je pleure, au plus profond de mon âme, pour une nation qui souffre en silence et dont le combat donne un exemple de ce qui signifie vraiment la foi et la résistance. Je pleure les enfants dont les petits corps ont abandonné le combat de la survie pendant les quelques minutes que vous avez passées à lire ce twit. Et je prie pour le Yémen.
 

Articles antérieurs de Moon of Alabama sur le Yémen:
 
Ce sont les appétits et les fantasmes de puissances étrangères qui tuent les petits yéménites- 09 févr.
« Déchirés par la guerre » – Massacres US en Syrie, Somalie et Yémen – 17 mars
Les Américains invoquent de prétendues « attaques » sur leurs navires pour justifier la poursuite de la guerre au Yémen- 27 mars
« Si vous prenez l’est de la Syrie, je prendrai le port yéménite » – 29 avril
Les forces yéménites déclenchent une vague de chaleur en Arabie Saoudite- 24 juillet
 
MoA – Shireen Al-Adeimi – Has The War In Yemen Become A Spectator Sport?
 

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Petraeus, Obama et Brennan devraient être condamnés à 5 000 années de prison

Petraeus, Obama et Brennan devraient être condamnés à 5 000 années de prison
Petraeus, Obama et Brennan devraient être condamnés à 5 000 années de prison
Moon of Alabama
 
Un PDG de Californie est soupçonné d’avoir envoyé secrètement des lunettes de visée en Syrie – Daily Beast, 1er août 2017
 
Rasheed Al Jijakli, [le PDG d’une entreprise d’encaissement de chèques qui vit à Walnut], ainsi que trois complices, auraient acheminé des lunettes de vision nocturne et diurne, des collimateurs de réglage pour carabines Laser Bore Sighter qui permettent d’aligner instantanément le viseur ou la lunette de visée de façon précise, des torches électrique, Des radios, un gilet pare-balles et d’autres équipements tactiques, vers les combattants syriens.

Si Jijakli est reconnu coupable, il pourrait encourir une peine de 50 ans de prison. Les procureurs en charge de l’affaire Jijakli appartiennent à la Section juridique du contre-espionnage et du terrorisme et des délits liés à l’exportation. Une enquête du FBI, en coordination avec d’autres organismes, est en cours.
 

 
Sous Trump, la C.I.A a vite mis fin à son soutien de la coque vide qu’est devenue la force rebelle en Syrie. New York Times *, 2 août 2017
 
Le directeur de la C.I.A., Mike Pompeo, a recommandé au président Trump de mettre fin à une opération de quatre ans pour armer et former les rebelles syriens.

Des membres du Congrès critiquent ce programme depuis des années à cause de son coût […] et des rapports selon lesquels des armes fournies par la C.I.A. finissent entre les mains d’un groupe rebelle lié à Al-Qaïda

À l’été 2012, David H. Petraeus, qui était alors directeur de la C.I.A., a proposé ce programme secret d’armement et de formation des rebelles.

[M. Obama a signé] un décret présidentiel autorisant la C.I.A. à livrer clandestinement des armes et à former de petits groupes de rebelles
-…
John O. Brennan, le dernier directeur de la C.I.A. de M. Obama, est resté un vigoureux défenseur du programme …
 
Quand le FBI va-t-il enquêter sur Mrs Petraeus, Obama et Brennan? Où sont les procureurs de la section du contre-espionnage, du terrorisme et des crimes liés à l’exportation qui les poursuivent? Ces trois hommes se sont livrés au même commerce que M. Jijakil, mais dans de bien plus grandes proportions. Ils devraient aussi être punis dans de bien plus grandes proportions.
 
 
 
* Note: L’article de NYT est largement du blanchiment. Il affirme que ce sont les rebelles « modérés » de l’Armés syrienne libre, payés par la CIA, qui ont lancé l’offensive dans le gouvernorat d’Idleb en 2015. En fait, ce sont Al-Qaeda et Ahrar al Sham qui menaient l’assaut. L’article dit que le programme de la CIA a coûté «plus d’un milliard de dollars en tout et pour tout » alors que les documents de la CIA montrent que ce chiffre était supérieur à un milliard de dollars par an et qu’il s’est probablement élevé à plus de 5 milliards de dollars au total. L’article dit que le programme a commencé en 2013 alors que la CIA fournit des armes aux rebelles Wahhabites au moins depuis l’automne 2011.
 
MoA – Why Petraeus, Obama And Brennan Should Face 5,000 Years In Prison
 

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Le masque tombe : une guerre de pillage en Afghanistan

En moins de trois mois, Washington marquera le 16ᵉ anniversaire de son invasion de l’Afghanistan, qui a amorcé la plus longue guerre de l’histoire américaine.

Le masque tombe : une guerre de pillage en Afghanistan
L’attaque contre ce pays sud-asiatique appauvri et déchiré par la guerre fut présentée comme le coup d’envoi d’une « guerre mondiale contre le terrorisme », une croisade pour la justice et la revanche des attentats terroristes du 11 septembre 2001 axée sur le prétexte ridicule de traquer un seul homme, Oussama ben Laden.

En réaction à l’invasion, le World Socialist Web Site a rejeté ces affirmations officielles, condamnant l’action des États-Unis comme une guerre impérialiste. Dans une déclaration du 9 octobre 2001 intitulée « Pourquoi nous nous opposons à la guerre en Afghanistan », nous avons écrit :

« Le gouvernement américain a lancé la guerre pour faire valoir les vastes intérêts internationaux de l’élite dirigeante américaine. Qu’est l’objectif central de la guerre ? L’effondrement de l’Union soviétique il y a dix ans a créé un vide politique en Asie centrale, région qui constitue le deuxième plus important bassin recensé de pétrole et de gaz naturel au monde ».

Ces ressources d’une importance critique sont situées dans la région politiquement la plus instable du monde. En attaquant l’Afghanistan, en y installant un régime soumis et en amenant de grandes forces militaires dans la région, les États-Unis cherchent à établir un nouveau cadre politique au sein duquel ils peuvent exercer un contrôle hégémonique. »

Près de 16 ans plus tard, près de 9 000 soldats américains restent en Afghanistan. Sans eux et l’immense puissance de feu exercé par l’armée de l’air des États-Unis, le régime de marionnettes du président Ashraf Ghani ne durerait pas une semaine.

Selon des estimations prudentes, le nombre de morts Afghans depuis 2001 a atteint 175 000. Des centaines de milliers d’autres ont été blessés et des millions ont été chassés de leurs foyers. Au cours des six derniers mois, un nombre record de civils ont été tués, avec une augmentation de 43 % du nombre de morts dû aux frappes aériennes américaines par rapport à la même période l’an dernier.

Cette tuerie a été menée au nom de la lutte contre le terrorisme, de l’érection de la démocratie, de la libération des femmes, des droits de l’Homme et de divers autres faux prétextes.

Au bout du compte, cependant, cette entreprise brutale, corrompue et sanglante a été motivée par les intérêts impérialistes énoncés par le WSWS dans sa déclaration de 2001. Cela a été clairement souligné à travers le débat interne hargneux du gouvernement Trump sur la façon de faire face à ce que les généraux américains décrivent délicatement comme une « impasse », dans laquelle les talibans et d’autres insurgés ont pris le contrôle d’un étendu sans précédent de territoire afghan et les forces de sécurité subissent des pertes intenables en hommes tués et en désertions.

Bien que Trump ait donné à son secrétaire à la défense, le général des marines récemment retraité James Mad Dog Mattis, l’autorisation d’intensifier la guerre en envoyant 4000 à 5000 soldats supplémentaires en Afghanistan, le renforcement traîne à être exécuté.

La nouvelle stratégie de guerre, d’abord promise avant le sommet de l’OTAN en mai dernier, puis à la mi-juillet, n’a pas encore pris forme, et Trump a déclaré la semaine dernière aux journalistes à la Maison Blanche qu’il cherchait toujours à comprendre « pourquoi nous sommes là-bas depuis 17 ans ». Ceci-après que Washington aurait dépensé environ mille milliards de dollars dans cette guerre. Interrogé alors qu’il se dirigeait vers une réunion du Pentagone jeudi dernier s’il fallait déployer plus de soldats, il a répondu : « Nous verrons ».

Maintenant, cependant, le gouvernement semble vouloir embrasser l’idée d’une escalade, en se concentrant sur le résultat net de la guerre : le pillage et le profit.

Selon un article publié mercredi dans le New York Times, Trump a « pris goût à la perspective qui séduisait les gouvernements précédents : les vastes richesses minérales de l’Afghanistan, qui, lui ont dit ses conseillers et des responsables afghans, pourraient être extraites de façon rentable par les entreprises occidentales. »

L’idée est soufflée à Trump à la fois par le PDG d’American Elements, une entreprise qui est en affaires avec le Pentagone et spécialiste dans les minéraux de terres rares qui se trouvent apparemment en abondance en Afghanistan et Stephen Feinberg, le milliardaire des fonds spéculatifs et des investissements sur fonds propres. Soutien de premier plan pour Trump à Wall Street, Feinberg possède également la société militaire privée DynCorp International, l’une des plus importantes au monde, et aurait offert les services de ses mercenaires pour protéger les mines américaines contre les attaques des talibans et d’autres insurgés.

Le président afghan Ashraf Ghani, tout en reconnaissant la mentalité de profiteurs de son nouveau maître à Washington, a, selon le Times, « promu l’exploitation minière comme une opportunité économique » depuis sa première conversation avec le président américain.

L’idée que le capitalisme américain pourrait utiliser sa force militaire pour piller les ressources minérales de l’Afghanistan n’est pas une invention de Donald Trump. La CIA était bien consciente de la richesse qui pourraient être exploitées avant que les premières troupes des Forces spéciales américaines touchent le sol en 2001. « En 2006, le gouvernement de George W. Bush a mené des reconnaissances aériennes du pays pour cartographier ses ressources minérales », explique le Times.

Et le « journal de référence » a publié son propre rapport élogieux en 2010, alors qu’il soutenait la « poussée » de 100 000 soldats de plus du gouvernement Obama, sous le titre « Les États-Unis découvrent des richesses minérales en Afghanistan ». L’article proclama que, avec « l’aide » des sociétés transnationales basées aux États-Unis, l’Afghanistan pourrait « être transformé en l’un des centres miniers les plus importants du monde. »

Mais avec Trump, le masque est tombé. L’impérialisme américain se débarrasse des prétextes « humanitaires » et « démocratiques » utilisés pour dissimuler ses intérêts prédateurs et le caractère impitoyable, parasitaire et criminel de l’élite dirigeante américaine, personnifiée par Trump, anime ouvertement la politique étrangère américaine. Il est tout à fait probable qu’en évaluant la prochaine étape de la guerre en Afghanistan, Trump s’efforce de déterminer quelles seront les transactions qui peuvent être ramenées par les troupes américaines pour son fils Donald Jr. ou son gendre Jared Kushner.

Lors d’un de ses premiers discours postérieurs à son inauguration, prononcé au siège de la CIA à Langley, en Virginie, devant un public rassemblé d’agents et de responsables de l’agence, Trump a expliqué son approche, exaltant le principe selon lequel « le butin appartient au vainqueur ». En ce qui concerne la guerre en Irak, il a dit que « nous aurions dû garder le pétrole », avant d’ajouter dans l’intérêt de l’appareil militaire américain et des services de renseignement, « Mais, eh bien, peut-être que vous aurez une autre occasion ».

En tentant d’utiliser la force militaire américaine pour s’emparer de la richesse minérale stratégique de l’Afghanistan, et plus largement, des vastes ressources énergétiques de l’Asie centrale, l’impérialisme américain rencontre non seulement le problème de l’insurrection talibane, mais aussi l’opposition des grands rivaux qui poursuivent leurs propres intérêts en Afghanistan et dans toute la région.

La Chine cherche à faire avancer un accord longtemps retardé de 3 milliards de dollars entre sa société minière d’État et l’Afghanistan pour exploiter les plus grands gisements de cuivre du pays. La Russie a lancé sa propre initiative pour négocier une paix entre le gouvernement de Kaboul et les Talibans, en organisant trois séries de pourparlers. À la veille de la dernière session à la mi-avril, les États-Unis ont largué la plus grande arme utilisée depuis le bombardement atomique de Hiroshima et Nagasaki, atteignant une cible dans l’est de l’Afghanistan, mais envoyant clairement un message à Moscou et à Pékin.

Au cours du dernier quart de siècle, l’impérialisme américain a été engagé dans une guerre continue, visant en première instance à utiliser sa supériorité militaire pour compenser le déclin de son influence sur les affaires du capitalisme mondial. Il a cherché à affirmer son hégémonie sur le Moyen-Orient riche en pétrole et à étendre son influence dans les régions ouvertes à la pénétration capitaliste par la dissolution de l’Union Soviétique.

Maintenant, sous la bannière de « l’Amérique d’abord », il poursuit une lutte acharnée pour les marchés, les matières premières et les intérêts stratégiques connexes aux dépens non seulement de ses ennemis supposés, mais aussi de ses anciens alliés, en particulier en Europe, dont les puissances majeures sont motivées à poursuivre leur propre politique étrangère et militaire.

De telles tensions et conflits, qui ont précédé la Première Guerre mondiale et la Seconde Guerre mondiale, accroissent la menace d’une troisième guerre mondiale et avec elle la perspective de l’anéantissement nucléaire.

Malgré les luttes intestines implacables à Washington, tant les démocrates que les républicains appuient le tournant intensifié vers le militarisme, tout en cachant délibérément les implications de leurs politiques à une population qui est largement hostile à la guerre.

(Article paru en anglais le 27 juillet 2017)

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Les monarchies arabes et l’illusion de stabilité

Le Printemps arabe a à peine touché les monarchies de la région. Mais comme le montre la crise qatarie, pour les rois de la région, l’ère de la stabilité et de l’exceptionnalisme touche à sa fin

Les monarchies arabes et l’illusion de stabilité
Le Printemps arabe est un événement qui a affecté d’abord et avant tout les républiques arabes. Les régimes de la plupart des pays du monde arabe à avoir connu une rébellion avec des résultats durables étaient – du moins sur le papier – des républiques. Des pays comme la Tunisie, l’Égypte, la Syrie, la Libye et le Yémen prétendent tous fonctionner selon des régimes républicains.

En revanche, le Printemps arabe à peine a touché les monarques du monde arabe, et le Golfe a été relativement épargné par ce processus. Cela ne signifie pas que les protestations du Printemps arabe n’ont pas également éclaté dans le Golfe ou plus largement dans les monarchies de la région Moyen-Orient/Afrique du Nord. Au contraire. Mais celles-ci étaient comparativement négligeables ou ont été réprimées par la force, comme ce fut le cas à Bahreïn et à Oman.

À Oman, à partir de janvier 2011, de petites manifestations menées par un groupe de personnes qui exigeaient des améliorations d’ordre socio-économique ont éclaté dans la capitale du pays, Mascate. Ces protestations ont atteint la plaque tournante commerciale du pays, Sohar, en février. Malgré une répression par la force et la mort de quelques manifestants, ces protestations se sont rapidement répandues dans d’autres régions du pays, où elles ont toutefois été euthanasiées par le régime.

Bien que le cas d’Oman ait été important, les vagues de manifestations du Printemps arabe les plus notables observées dans le Golfe sont apparues à Bahreïn. Et c’est également là que le camp pro-Printemps arabe n’est pas parvenu à maintenir son intégrité.

En mars 2011, alors que les troupes dirigées par l’Arabie saoudite réprimaient sévèrement le soulèvement civil à Bahreïn, l’écrasante majorité des pays de la région qui avaient soutenu le Printemps arabe participaient au crime ou gardaient le silence. Le Qatar a contribué à la force militaire saoudienne à Bahreïn et la Turquie s’est tue.

Plus tard, l’Iran a largement tiré profit de cette situation lorsqu’un bloc similaire a commencé à soutenir l’opposition en Syrie. L’Iran et certains autres acteurs opposés au Printemps arabe ont estimé que le silence face aux incidents à Bahreïn des pays qui avaient soutenu les changements régionaux était le résultat de la compréhension sélective par ces pays de la démocratisation, de leur incohérence, ou de leurs politiques sectaires. Les chiites, après tout, étaient majoritaires à Bahreïn et avaient formé l’épine dorsale de la vague de protestations.

Comment le Golfe a brisé l’influence du Printemps arabe

Comment le Golfe a brisé l’influence du Printemps arabeAlors que les protestations dans les républiques arabes ont abouti au renversement des anciens régimes ou se sont transformés en guerres civiles à part entière, les monarchies ont résisté à la tempête soit en entreprenant des modifications constitutionnelles superficielles et en ouvrant l’espace politique, comme au Maroc, en Jordanie et au Koweït, soit en distribuant les largesses de l’État à la population, comme cela s’est produit dans le Golfe.

En d’autres termes, alors que les soulèvements dans les républiques arabes étaient destinés à changer les régimes, les troubles qui ont eu lieu dans les monarchies visaient à précipiter une réforme du régime.

Outre cette réponse initiale, de nombreux pays du Golfe, notamment l’Arabie saoudite, ont suivi une stratégie à trois volets visant à briser l’influence du Printemps arabe sur leur société :

1. Plans d’aide et projets de développement

Premièrement, les monarques du Golfe ont considérablement augmenté les dépenses courantes pour répondre à la pression sociale et éviter le mécontentement populaire. Les gouvernements des États du Golfe ont présenté l’un après l’autre à leur société des plans composés d’avantages ou de pots de vin. Au cours des seuls mois de février et mars 2011, l’Arabie saoudite a annoncé des programmes de protection sociale d’une valeur totale de 130 milliards de dollars.

Malgré ces incidents, les monarques arabes, en particulier les représentants des monarchies dynastiques du Golfe, ont été en mesure d’une manière ou d’une autre de maîtriser les vagues de changement dans le monde arabe.

Non seulement ces pays ont-ils annoncé des plans destinés à leur public national, mais une sorte de solidarité monarchique s’est également instaurée, à travers laquelle les monarchies plus aisées ont aidé les monarchies moins aisées à repousser financièrement le mécontentement social. Ce mécanisme de solidarité ne s’est pas limité à la région du Golfe : il a également été étendu aux deux monarchies arabes extérieures au Golfe, à savoir la Jordanie et le Maroc.

Dans la phase initiale du Printemps arabe, l’Arabie saoudite a promis un plan d’aide de 20 milliards de dollars à Bahreïn et à Oman, incitant certains observateurs à le décrire comme un « plan Marshall du Golfe ». Tout en élargissant sa défense du règne monarchique à l’extérieur du Golfe, en Jordanie et au Maroc, le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG), Abdallatif al-Zayani, a annoncé prématurément lors du sommet de l’organisation en mai 2011 à Riyad que celle-ci inviterait ces deux États à en devenir membres, un plan qui a été plus tard rétrogradé pour revêtir la forme d’une proposition de partenariat stratégique, avant de l’être une seconde fois et de devenir une proposition d’aide économique. En décembre de la même année, le CCG a annoncé qu’il financerait des projets de développement d’une valeur de 5 milliards de dollars à la fois en Jordanie et au Maroc.

Les États du Golfe se sont servis des bénédictions économiques qu’ils ont octroyées au peuple pour prendre le contrôle de l’orientation politique de leurs sociétés sur le plan fonctionnel ou pour laisser ces sociétés dans une situation de faiblesse politique. C’était déjà l’une des pratiques les plus connues de ces États. En somme, c’était leur spécialité.

La légitimité de ces monarques se réduisait désormais largement au montant de la rente économique qu’ils pouvaient distribuer ou aux politiques d’État-providence qu’ils avaient mises en place. Plus ils pouvaient rendre leurs sociétés économiquement dépendantes, inactives et improductives, plus ils les rendaient politiquement passives.

2. Mesures de répression

Deuxièmement, les mesures de répression contre l’opposition et le contrôle de tous les groupes sociaux et politiques ont été poussées à l’extrême. Même si les monarques arabes n’ont pas eu autant de succès que les républiques arabes sur ce point, ils ont également mis en place des structures combinant les qualités d’un État policier avec celles d’un État-providence, un format appliqué à un niveau maximal lors des soulèvements dans le monde arabe.

Ces monarchies du Golfe ont employé toutes les mesures coercitives et répressives des États policiers arabes, comme la Syrie, tout en accordant dans le même temps des prestations et des services d’aide sociale généreux à leur société. La plupart des républiques policières arabes n’avaient pas les moyens de mettre en œuvre de telles politiques d’aide sociale.

Paradoxalement, ces monarques ont pu adopter une certaine flexibilité institutionnelle et un degré limité de permissivité sociopolitique tout en exploitant dans toute leur étendue les tactiques et les ruses des États policiers arabes.

L’Arabie saoudite, par exemple, a considérablement renforcé les mesures contre les réunions ou rassemblements publics tout en réprimant avec force les protestations qui ont éclaté dans les provinces orientales à forte population chiite.

Portant ces mesures à un autre niveau au cours de la même période, les Émirats arabes unis ont convenu avec le fondateur de Blackwater, Erik Prince, dont nous entendons souvent parler en raison de sa participation notoire à la guerre en Irak, de former une nouvelle unité de sécurité appelée « Reflex Responses » (R2), composée de soldats mercenaires capables de réprimer rapidement les cas d’agitation sociale, de mener des opérations spéciales à l’intérieur du pays et à l’étranger et de défendre les oléoducs et les gratte-ciel contre les attaques terroristes. Une unité militaire de 800 membres composée de mercenaires étrangers, principalement colombiens, sud-africains, australiens et européens, a ainsi été constituée.

3. Contre-révolution

Troisièmement, les monarques en question, en particulier aux Émirats arabes unis et en Arabie saoudite, considéraient cette vague de changement comme une menace existentielle et ont tenté d’organiser une vague contre-révolutionnaire et anti-islamiste à l’échelle régionale.

Le coup d’État égyptien a été le plus grand accomplissement de cette vague de contre-révolution. Le coup d’État égyptien a été « fabriqué dans le Golfe », de sa planification jusqu’à sa mise en œuvre, et nous avons observé la même forme de vague contre-révolutionnaire et anti-islamiste en Libye.

Un exceptionnalisme monarchique ?

À certains égards, cette stratégie a fonctionné jusqu’à présent. Celle-ci a poussé certains à avancer l’idée d’un exceptionnalisme monarchique face aux soulèvements populaires au Moyen-Orient. La stabilité de ces régimes a été largement considérée comme acquise. Il est clair que les régimes monarchiques avaient des avantages par rapport aux régimes républicains quand il s’agissait de résister à la tempête des vagues de changement dans le monde arabe.

Les modèles différents de légitimité politique entre les républiques et les monarchies arabes pourraient expliquer partiellement cela. Les républiques arabes ont construit leur légitimité sur un noyau idéologique de panarabisme, de socialisme et d’indépendance nationale, tout en déployant des outils démocratiques tels que les constitutions et les élections pour bénéficier d’une légitimité de façade.

C’est pourquoi depuis les années 1990, avec l’érosion de ce noyau idéologique et l’émergence du phénomène du règne familial et de l’héritage du pouvoir, la légitimité des républiques arabes souffre d’une grave crise de légitimité.

En revanche, dans les monarchies arabes, le règne familial et les héritages de pouvoir étaient acceptables et n’étaient pas perçus par le peuple comme une forme d’humiliation. En effet, la légitimité du règne familial est forte, puisque ces lignées familiales précèdent même la création des États dans le Golfe et ont formé le noyau de la construction de l’État et de la nation dans cette région, ce qui a ainsi intimement lié les États et les familles.

En outre, les monarchies arabes n’ont pas fondé leur prétention à la légitimité sur un noyau idéologique, contrairement au panarabisme ou au panislamisme des républiques. À la place, elles ont construit leur légitimité sur des coutumes et traditions qui ont des racines religieuses profondes plutôt que sur l’islamisme en tant que cadre idéologique ou projet politique.

À cet égard, le fait de qualifier le roi du Maroc Mohammed VI de « Commandant des fidèles » ou les rois d’Arabie saoudite de « Gardiens des Deux Saintes Mosquées » – en référence aux sanctuaires les plus importants de l’islam, à La Mecque et Médine – ne résulte même pas d’un effort idéologique. Ces titres relèvent plutôt d’une tentative de légitimation des traditions et coutumes religieuses.

Les monarchies arabes et l’illusion de stabilité
Les craintes dépassent la réalité

Mais ces avantages ne peuvent protéger ces régimes pendant longtemps face au mécontentement populaire. Par conséquent, les stratégies de l’ère du Printemps arabe employées par les monarchies arabes ne fonctionnent que dans une certaine mesure. Et maintenant, elles ont fait leur temps.

En effet, le fait que ces acteurs continuent de tant investir dans ces stratégies pourrait précipiter un retour de flamme. Il existe toutefois peu de preuves que certains des acteurs concernés comprennent suffisamment les menaces ou les défis de la période post-Printemps arabe. Les craintes résultant du Printemps arabe retiennent toujours ces acteurs en otage.

Il est cependant évident que cette nouvelle ère comporte de nouvelles menaces et de nouveaux défis. La crainte commune que tous ces acteurs partageaient pendant l’ère du Printemps arabe portait sur l’islam politique. Même si ces acteurs avaient des recommandations différentes quant à la façon dont l’islam devait être relié à la politique et dont l’islam politique devait être relié à l’État, ils s’exprimaient à l’unisson sur la question de la répression des groupes islamiques politiques qui menaçaient d’obtenir le pouvoir politique par des voies démocratiques.

Mais la nature des menaces auxquelles ces pays sont confrontés dans la période post-Printemps arabe a connu de sérieux changements. Pour les Émirats arabes unis et le régime de Sissi en Égypte, l’islam politique peut encore former une menace prioritaire, bien qu’exagérée, en particulier pour Abou Dabi.

La taille et l’influence aux Émirats arabes unis du parti al-Islah affilié aux Frères musulmans, fondé en 1974, s’est avérée limitée. En réalité, même le prince héritier d’Abou Dabi, Mohammed ben Zayed, qui est paranoïaque et enclin à exagérer le pouvoir et l’influence des Frères musulmans et qui veut à tout prix détruire l’organisation dans toute la région, a soutenu que les Émirats arabes unis abritaient jusqu’à 700 membres des Frères musulmans, selon un câble diplomatique du département d’État américain daté de 2004.

Même aujourd’hui, il semble plausible que la taille des Frères musulmans émiratis soit encore de l’ordre de plusieurs centaines et non de milliers. Leurs activités – repousser l’occidentalisation de la société et de la culture et imprégner la jeune génération de codes moraux islamiques – se sont limitées en grande partie à des domaines sociaux, culturels et éducatifs plutôt que politiques.

La comparaison entre le niveau marginal de menace que les Frères musulmans représentent pour l’autorité politique émiratie et les dizaines de milliards de dollars que les Émirats arabes unis ont dépensés pour combattre l’organisation laisse perplexe. En finançant le coup d’État en Égypte et, principalement avec l’Arabie saoudite, en gardant le régime de Sissi à flot, ou en combattant les forces islamiques politiques en Libye, au Yémen, en Palestine et dans le Golfe, les Émirats arabes unis ont gaspillé des milliards de dollars. Ce faisant, les Émirats ne combattent pas une menace réelle mais tentent plutôt de réprimer une tendance populaire.

L’islam politique, en particulier les Frères musulmans, représente une menace encore moindre pour l’Arabie saoudite. En tant qu’organisation, les Frères musulmans ont une faible présence – et donc un pouvoir tout aussi faible à mobiliser – en Arabie saoudite. En effet, conscient des préoccupations de l’Arabie saoudite, le gouvernement de Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans, en Égypte, s’était efforcé d’atténuer ces inquiétudes. Après avoir acquis le pouvoir, le premier pays que Morsi avait appelé et visité était l’Arabie saoudite.

Pendant son règne, qui a duré moins d’un an en raison du coup d’État, Morsi s’est rendu trois fois en Arabie saoudite. Il a même essayé d’aligner la politique étrangère égyptienne sur celle de l’Arabie saoudite en ce qui concerne l’Iran, l’ennemi juré du royaume saoudien. Lors du sommet du Mouvement des non-alignés à Téhéran, en août 2012, Morsi a fortement fustigé le régime d’Assad ainsi que l’Iran, son mécène. Ces efforts n’ont pourtant pas amélioré les relations entre l’Arabie saoudite et les Frères musulmans. Au contraire, l’Arabie saoudite a été la puissance extérieure la plus importante, aux côtés des Émirats arabes unis, du complot visant à renverser le gouvernement Morsi lors du coup d’État du 3 juillet 2013.

Pourquoi donc l’Arabie saoudite a-t-elle développé une si grande inimitié envers les Frères musulmans ? Il semblerait que la menace n’ait pas résidé dans la capacité organisationnelle des Frères musulmans dans le royaume, mais dans leur capacité à présenter un nouveau modèle, plus attrayant, en ce qui concerne la définition de la nature des relations entre l’islam, le pouvoir politique et la légitimité politique.

C’est la capacité de l’islam politique à mener la transformation régionale dans la phase initiale du Printemps arabe qui est parue si alarmante pour l’Arabie saoudite. De toute évidence, les Frères musulmans et le royaume saoudien représentent deux modèles différents en ce qui concerne les relations entre l’islam et l’autorité politique.

En soutenant les principes, les traditions et les coutumes islamiques, la classe royale saoudienne a exclu le peuple de l’équation lorsqu’il s’agissait de définir et de décider de la source de légitimité du pouvoir politique. Sa philosophie dominante a été fondée jusqu’ici sur les choix binaires des principes islamiques et de la légitimité populaire.

Les Frères musulmans ont présenté un modèle différent dans lequel la classe dirigeante est censée être dotée de la légitimité religieuse et de l’islamisme d’une part, mais aussi, d’autre part, de la légitimité populaire et de la démocratie. La combinaison réalisée par les Frères musulmans entre religion et légitimité populaire ou entre islam et démocratie représente exactement ce qui menace le régime saoudien.

En d’autres termes, lorsque les Frères musulmans étaient largement perçus comme un groupe socioreligieux axé sur l’islamisation des sociétés entre 1950 et la fin des années 1980, l’Arabie saoudite, aux côtés d’autres pays du Golfe, voyait les Frères musulmans comme des partenaires. Mais dès que les Frères musulmans sont passés d’un simple groupe socioreligieux à un acteur politique régional et ont avancé une vision différente de la politique et des relations entre État, société et religion, comme c’est le cas depuis les années 1990, l’Arabie saoudite a commencé à voir le groupe d’un mauvais œil.

Un tournant critique à cet égard est survenu en 1994, lorsque l’organisation internationale des Ikhwan al-Muslimin (Frères musulmans) a déclaré son soutien à la réforme politique, à la gouvernance démocratique, à la transition pacifique du pouvoir et aux droits des femmes.

L’Arabie saoudite a perçu cette déclaration comme une menace majeure pour son autorité politique et, à partir de ce moment, la nature des relations entre l’Arabie saoudite et les Frères musulmans s’est détériorée : si les peuples adoptent ce modèle islamique démocratique, le modèle saoudien de la monarchie absolue devient obsolète et dépassé.

Le modèle des Frères musulmans représente encore un défi conceptuel pour l’Arabie saoudite. Mais ce défi conceptuel ne sera pas opérationnel de sitôt et le risque qu’il constitue pâlit par rapport aux menaces réelles auxquelles l’Arabie saoudite est confrontée dans la région.

De plus grandes menaces à l’horizon

Le programme anti-islamiste de l’Arabie saoudite, dirigé en particulier contre les islamistes traditionnels, se fragilise sur le plan géopolitique à travers sa rivalité avec l’Iran. En outre, l’inclusion de l’opposition à la Turquie – et de la fermeture de la base militaire turque à Doha – sur la liste des exigences en treize points envoyée au Qatar ne fera que renforcer les dilemmes qui émergent au sein des politiques régionales saoudiennes.

Le royaume doit procéder à une analyse rationnelle et réorganiser les priorités. Sur le plan géopolitique, les ambitions régionales de l’Iran constituent la plus grande menace pour l’Arabie saoudite. Ce n’est pas seulement une question de politique étrangère pour les Saoudiens, mais une question de sécurité qui affecte directement leur situation nationale.

Il existe en Arabie saoudite une large population chiite que l’Iran pourrait aborder et mobiliser dans les provinces orientales du royaume. Les mauvais traitements infligés par l’Arabie saoudite à cette population ne font que renforcer la capacité de l’Iran à attirer cette section de la population saoudienne. Plus l’Arabie saoudite investit dans des mesures répressives dans cette partie du pays, plus les revendications de cette population seront politisées et sectaires, ce qui permettra alors à l’Iran d’exercer une influence sur celle-ci.

De plus, alors que le scénario de la partition au Yémen, en faveur duquel les Émirats arabes font pression, gagne du terrain jour après jour, l’Arabie saoudite n’a même pas encore réussi à sécuriser correctement sa frontière avec son voisin yéménite. En outre, malgré la dévastation de la guerre et les nombreux massacres, les Houthis n’ont pas encore été vaincus.

Si le royaume était capable de poursuivre une politique étrangère plus sophistiquée, le parti al-Islah affilié aux Frères musulmans au Yémen devrait naturellement être davantage un partenaire qu’une menace pour les Saoudiens. De même, il est peu probable que les Saoudiens puissent obtenir des résultats en transformant en ennemis à la fois la majorité chiite et les islamistes politiques à Bahreïn. Al-Minbar, qui est en relation avec les Frères musulmans, est représenté au parlement de Bahreïn.

Les monarchies arabes et l’illusion de stabilité
« Frapper les deux camps »

La fragilité géopolitique du royaume coïncide avec une période dans laquelle un grand changement se manifeste dans la structure du pouvoir et de la transition du pouvoir en Arabie saoudite. Le poste de roi a toujours été transféré horizontalement entre les fils du roi Abdelaziz, le fondateur du royaume. Or, cette situation est en train d’évoluer.

Avec la nomination de Mohammed ben Salmane en tant que prince héritier le mois dernier, le pouvoir politique pourra désormais être transmis verticalement. Au lieu d’une compétition entre fils, une compétition entre petits-enfants se joue aujourd’hui, ce qui apporte de nombreuses complications et de nombreux défis.

La fragilité géopolitique de l’Arabie saoudite, y compris les échecs dans les guerres et les campagnes militaires qui ont été lancées au Yémen et contre le Qatar, ainsi que le jeu de trônes national et le mécontentement social dans le royaume constituent, dans un avenir proche, des menaces plus importantes pour le pays que les islamistes. L’Arabie saoudite sera donc probablement davantage tributaire des puissances étrangères. Dans le même temps, le rôle traditionnel de l’Arabie saoudite en tant que garant de la sécurité dans la région déclinera, en particulier pour les États-Unis.

En situant ce contexte dans le cadre de la récente querelle intra-monarchique qui oppose au Qatar une coalition de quatre pays dirigée par l’Arabie saoudite, il semblerait qu’à la fin de cette crise, ni l’Arabie saoudite, ni les Émirats arabes unis, ni le Qatar ne puissent obtenir de concessions mutuelles majeures.

Au lieu de cela, ce seront les États-Unis qui obtiendront des concessions de la part de tous ces pays. Lorsque Nikki Haley, ambassadrice des États-Unis à l’ONU, a été interrogée le 28 juin dernier quant à la position de Washington au sujet de la crise, elle a déclaré à la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants que les États-Unis devaient voir la crise du Qatar « comme l’opportunité qu’elle représente et frapper les deux camps ».

Adieu à la stabilité

Le Qatar et l’Arabie saoudite devront donc se montrer plus ouverts aux exigences américaines. À la suite de cette crise, le front commun que les Saoudiens souhaitent établir contre l’Iran sera dispersé et les républiques arabes, tout comme les monarchies arabes, en ressortiront fragilisées.

L’Arabie saoudite a eu une occasion en or de jouer le premier rôle dans le monde arabe à un moment où d’autres pays arabes majeurs sont dans un état chaotique. Pourtant, le royaume a choisi de codiriger, avec les Émirats arabes unis, le camp du statu quo autoritaire, qui est limité au niveau des pays qui le composent et de son influence. Non seulement le camp saoudien a échoué à rassembler plus de pays arabes ou islamiques pour soutenir sa tentative d’isolement du Qatar, mais il a également échoué à imposer sa volonté à ce petit pays.

Si le Qatar refuse d’accorder à ce camp des concessions majeures, les dégâts pour la réputation du bloc dirigé par l’Arabie saoudite seront encore plus graves. Étant donné que les principales parties en litige, excepté l’Égypte, sont toutes membres du Conseil de coopération du Golfe, l’organisation ressortira de cette crise considérablement affaiblie, voire ruinée sur tous les plans, au point qu’il n’en resterait que le nom.

Compte tenu de la prédominance de l’Arabie saoudite sur le CCG, l’affaiblissement de l’organisation entraînera une perte majeure de pouvoir pour la politique étrangère saoudienne. En outre, plus le terme de « crise » sera apposé devant le nom de « Golfe », plus cette sous-région sera vue à travers le même prisme que celui par lequel on observe le Moyen-Orient chaotique et déchiré par les crises, et non plus comme un îlot de stabilité. Cela aura des conséquences sur la sécurité, la stabilité et la prospérité du Golfe.

Et plus généralement, plus la crise durera longtemps, plus il sera probable que nous assistions à la fin de l’exceptionnalisme monarchique dans la région – et que nous voyions l’illusion de stabilité monarchique se briser.

– Galip Dalay est directeur de recherche au al-Sharq Forum et chargé de recherche sur la Turquie et les affaires kurdes au Centre d’études d’Al-Jazeera.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : photo fournie par le Palais royal d’Arabie saoudite le 4 décembre 2016 montrant le roi Salmane d’Arabie saoudite (au centre), assis entre le cheikh Mohammed ben Rachid al-Maktoum, Premier ministre émirati (2e en partant de la gauche), et le cheikh Mohammed ben Zayed al-Nahyane, prince héritier d’Abou Dabi (2e en partant de la droite), lors d’une cérémonie à Abou Dabi (AFP).

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

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Arabie saoudite: la guerre des rois, des princes et des émirs

L’Arabie saoudite, premier producteur mondial de pétrole, a souffert de manière particulièrement grave de la chute des prix des hydrocarbures depuis 2014. Selon les analystes de Citigroup, les réserves du royaume s’épuisent et pourraient atteindre d’ici 2030 un niveau insuffisant pour garantir les exportations.

Arabie saoudite: la guerre des rois, des princes et des émirs
La situation à l’intérieur du pays est également influencée par un facteur extérieur: après avoir gagné la guerre civile, le président syrien Bachar al-Assad pourrait se venger contre Riyad qui finance l’opposition dans son pays. L’ambiance laisse également à désirer au sein de la dynastie des Saoud qui a subi en 2017 un bouleversement majeur: le roi Salmane a violé la tradition tacite pour nommer son fils cadet prince héritier, repoussant ainsi du pouvoir toute la génération plus âgée de la dynastie.

Les enfants d’Abdelaziz ben Abderrahmane Al Saoud, fondateur et premier roi d’Arabie saoudite (1932-1953), se succédaient depuis longtemps à la tête du royaume: le pouvoir ne passait pas du père au fils — comme c’est le cas dans la plupart des monarchies européennes — mais d’un frère à un autre.

Ces derniers étaient très nombreux: Abdelaziz a eu 45 enfants de ses nombreuses femmes. Au total, la maison des Saoud compte entre 5 000 et 6 000 princes ou émirs. Quoi qu’il en soit, pendant longtemps personne n’a contesté le pouvoir de la première génération. La logique de succession officieuse suggérait que le trône saoudien passe au membre le plus ancien du clan. Six fils d’Abdelaziz se sont donc succédé au pouvoir avant que le roi Salmane ne viole la tradition. La logique de succession est ainsi devenue plus européenne: Salmane laissera tout à son fils Mohammed qui n’est même pas l’aîné de ses frères.

Aujourd’hui, la maison des Saoud fait face à des tensions considérables. Désormais, tout membre du clan peut en effet devenir roi car le droit d’ancienneté n’est plus valable.

Que faire sans pétrole?

Le problème principal de l’Arabie saoudite, causé par la chute des prix du pétrole, est celui de l’infrastructure. Environ un quart des jeunes de moins de 30 ans n’ont pas d’emploi, et pour cause: le système éducatif forme principalement des théologiens islamiques. Ces jeunes chômeurs s’appuient sur les aides publiques ou vivent avec leurs parents, qui travaillent dans la plupart au sein d’un secteur public très dépendant des prix du pétrole.

Salmane ben Abdelaziz Al Saoud, arrivé au pouvoir en 2015, a annoncé des économies budgétaires touchant directement la bureaucratie saoudienne très nombreuse. Les fonctionnaires publics ont été privés de paiements supplémentaires et sont désormais obligés de payer l’intégralité de leurs factures de gaz, d’eau et d’électricité. Afin de libérer des emplois supplémentaires, les autorités ont lancé une chasse aux immigrés illégaux, ce qui a porté un coup dur aux entrepreneurs ayant un pouvoir absolu sur ces derniers. Des actions de l’entreprise publique Aramco ont été mises en vente, ce qui signifie qu’une partie des ressources naturelles du pays est désormais sous le contrôle d’investisseurs étrangers. L’ordre traditionnel saoudien est donc en train de changer.

Dans ce contexte inquiétant de chute des prix — l’Arabie saoudite a appelé à réduire l’extraction pétrolière, mais s’est avérée incapable d’inverser la tendance —, Mohammed ben Salmane Al Saoud a été nommé prince héritier. Aux yeux des Saoudiens, il est le symbole des coupes budgétaires. Son programme de développement du pays «Vision 2030» a été rebaptisé «vision de pauvreté» par le blogueur populaire Turki Al Shalhoub. Ce dernier a également appelé à organiser des protestations, mais les autorités ont réussi à les prévenir en encerclant le lieu où elles devaient se dérouler.

Une petite guerre victorieuse

Le mécontentement sourd de la population du royaume pourrait être calmé par la guerre… si cette dernière s’avérait victorieuse. Le prince Mohammed est le principal partisan des combats au Yémen, qui servent à punir les rebelles houthis aussi bien qu’à unir la nation saoudienne. Selon le New York Times, ayant obtenu le consentement du roi Salmane — qui souffre de trous de mémoire — au lancement des opérations militaires, Mohammed a démontré la capacité de l’Arabie saoudite à mener la guerre. Au grand dam de Riyad, cette invasion s’est pourtant révélée malchanceuse. Les pertes saoudiennes sont trop importantes et les pilotes, peu expérimentés, frappent la population civile — ce qui discrédite la politique du prince héritier dans l’espace médiatique international.

Le conflit avec le Qatar, déclenché le 5 juin 2017, s’inscrit également dans la politique de Mohammed. Doha, que les Saoudiens veulent forcer à rompre tout contact avec l’Iran, est présenté par Riyad comme le promoteur de la politique perse. Téhéran suscite chez le prince Mohammed des suspicions très nombreuses et très sérieuses. En 2016, le prince a déclaré à la télévision que l’Iran envisageait d’occuper La Mecque et Médine, c’est pourquoi «il ne faut pas attendre que la bataille commence en Arabie saoudite, mais faire tout pour qu’elle ait lieu sur le territoire iranien».

Voulant frapper l’Iran au Qatar et au Yémen — les Houthis sont soutenus par Téhéran — le prince héritier épuise les forces d’un royaume déjà en perte de vitesse économiquement. Parallèlement, on constate déjà des signes de l’opposition familiale, mécontente du fait que le pouvoir absolu dans le pays puisse bientôt passer à un homme qui n’avait aucun droit d’occuper le trône.

D’un point de vue juridique, l’Arabie saoudite fait partie des rares pays où la succession du pouvoir n’est pas régulée par la loi. La seule chose qui limite la marge de manœuvre du monarque saoudien est la tradition de passer le trône au membre le plus âgé du clan. Mais le roi Salmane l’a violée déjà deux fois en écartant son frère Moukrine en 2015 et son neveu Mohammed ben Nayef. La destitution des princes âgés — Mohammed ben Nayef, le plus jeune d’entre eux, a déjà 57 ans — signifie l’effondrement des ambitions dynastiques de plusieurs dizaines de membres du clan. Toutes ces personnes qui auraient pu prétendre au pouvoir selon la logique de séniorité sont actuellement écartées du trône. Tout comme les monarques européens, le roi Salmane a décidé de nommer son héritier, en choisissant le quatrième de ses fils.

La décision de Salmane a provoqué un tollé dans le cercle fermé des princes saoudiens. Selon The Guardian, Mohammed ben Nayef a été assigné à résidence pour qu’il ne fasse pas obstacle au nouvel héritier. Les nombreux proches du prince vaincu qui n’ont pas été incarcérés attendent une erreur de Mohammed. Plus bas sera le prix de pétrole, plus aigu sera le combat pour le trône en Arabie saoudite.

Les nombreux descendants du roi fondateur se querellent aussi devant les tribunaux. Ainsi, le prince Saoud ben Abdelaziz ben Moussaid a été arrêté il y a peu de temps sur l’ordre du monarque actuel pour un tabassage qu’il avait filmé. L’année dernière, un autre prince saoudien dont le nom n’a pas été divulgué a été fouetté. Par le passé, le prince Turki ben Saoud al Kabir avait été décapité pour meurtre.

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Massacre à Mossoul : « Nous avons tué tout le monde – l’EI, les hommes, les femmes et les enfants »

Les derniers jours de la bataille contre l’EI, les soldats irakiens ont reçu un dernier ordre, très dur, de tuer tout ce qui bouge. Écrasés sous les décombres, on peut trouver ceux qui en ont fait les frais

Massacre à Mossoul : « Nous avons tué tout le monde – l’EI, les hommes, les femmes et les enfants »
MOSSOUL, Irak – Le soldat irakien jette un coup d’œil à l’extérieur de la pièce où il se trouve, tenue par trois murs, à travers une friche de gravats s’effondrant abruptement jusqu’aux rives du Tigre. Il réfléchit à ses derniers jours, très violents, de combats contre le groupe État islamique (EI).

« Nous les avons tous tués », raconte-t-il calmement. « Daech, les hommes, les femmes et les enfants. Nous les avons tous tués. »

Ce qu’il reste de cette partie de la vieille ville de Mossoul, où les combattants de l’EI ont livré leur dernier combat, est un endroit terrible. Et ce qui se trouve en dessous trahit les sombres derniers jours de la bataille pour Mossoul.

Des centaines de corps gisent, à moitié enterrés dans la maçonnerie effondrée et les décombres de ce qui avait été autrefois un quartier historique et trépidant. La puanteur des corps en décomposition, qui arrive rapidement dans les 50°C de la chaleur de l’été, submerge les sens.

Les pieds sont les restes que l’on remarque en premier. Et il y en a beaucoup, perçant à travers les décombres.

Ces meurtres de masse ont laissé des traces terribles.

Au cours de la semaine dernière, des bulldozers blindés ont roulé, en avant et en arrière, sur les maisons toutes froissées, compressant des centaines de corps dans les décombres.

Mais les morts ne s’en vont pas. Le rouge-brun des morceaux de corps en train de pourrir tranche avec le gris pâle de ce paysage irrégulier de gravats, de poussière et d’immeubles détruits.

« Il y a beaucoup de civils parmi les corps », explique un commandant de l’armée irakienne à Middle East Eye. « Après l’annonce de la libération, ordre a été donné de tuer tout ce qui bouge. »

Témoignant sous couvert d’anonymat, le commandant admet que les ordres n’étaient pas bons, mais les militaires devaient les exécuter sans discuter.

« Nous arrêtons très peu de personnes »

L’argument avancé par certains soldats irakiens selon lequel les prisons de Bagdad sont trop remplies pour accueillir davantage de prisonniers de l’EI fait rire le commandant.

« Ce n’est pas vrai, nous avons plein de prisons, mais maintenant, nous ne sommes pas en train de traiter les prisonniers comme nous le faisions avant », reconnaît-il. « Plus tôt dans la guerre, nous arrêtions de nombreux combattants de Daech et nous les amenions aux services de renseignement. Mais maintenant, nous arrêtons très peu de personnes. »

Lundi, plusieurs journalistes ont vu un prisonnier de l’EI se faire traîner dans les rues en ruines de la vieille ville par les soldats des forces spéciales.

L’homme était attaché et avait une corde nouée autour du cou. Les soldats ont confisqué les cartes mémoire des journalistes et on nous a ordonné de quitter la ville.

« Ici, il n’y a plus de loi maintenant », souligne le commandant. « Chaque jour, je vois que nous faisons la même chose que Daech. Les gens descendent vers le fleuve pour avoir de l’eau parce qu’ils meurent de soif, et nous les tuons. »

Les corps tapissent maintenant les rives du Tigre. Tués par des frappes aériennes, des combats ou des exécutions, morts de faim ou de soif, certains ont été ramenés par le fleuve sur les rives pendant que d’autres flottent encore dans les eaux bleues. Certains des corps sont très petits. Ce sont des enfants.

Des images diffusées sur les réseaux sociaux le 17 juillet ont montré des hélicoptères irakiens en train de mener ce que l’on pense être les derniers raids aériens de la bataille pour Mossoul, qui a duré neuf mois.

Au son d’une musique joyeuse et victorieuse, les hélicoptères ciblent des personnes désespérées qui essaient de s’échapper de la vieille ville en nageant dans le fleuve, grand et dangereux.

Tout près, des soldats posent pour les photos de la victoire, un drapeau irakien enfoncé au bout d’une pile de décombres et de morceaux de corps.

Ils sont devenus insensibles au paysage de mort dans lequel ils se déplacent. La brutalité de ce long conflit et la barbarie de leur ennemi ont pris le dessus sur les forces armées irakiennes. Il ne reste plus beaucoup d’humanité.

Les soldats – la plupart le visage enveloppé dans des écharpes pour se protéger de l’odeur oppressante de la mort – fouillent dans les décombres et les corps, tragiquement à la recherche de modestes butins de guerre. Des pièces d’AK47 brulées et cassées, des magazines vides, quelques boîtes de munitions.

À la fin de la semaine dernière, les forces irakiennes se faisaient encore attaquer par quelques combattants de l’EI restant, surgissant de trous dans les décombres ou d’immeubles effondrés pour tirer sur des soldats ou lancer des grenades.

Jeudi, un soldat s’est approché de ce qu’il pensait être le cadavre d’un combattant de l’EI. L’homme faisait semblant d’être mort et tira à bout portant sur le soldat avec un pistolet.

Lundi, lorsque quatre combattants de l’EI – deux étrangers et deux Irakiens – ont été trouvés en train de se cacher sous terre, il y avait encore des gens en vie dans les décombres. Selon un soldat irakien stationné là, les quatre ont été tués.

Ceux-là, semble-t-il, faisaient partie des quelques rares survivants, selon les soldats. Certains essaient toujours de prendre les soldats irakiens pour cible depuis des cachettes souterraines.

Jeudi dernier, Haidar, un soldat de l’armée irakienne, a déclaré que huit tunnels distincts, avec des gens à l’intérieur, avaient été identifiés par les militaires, principalement grâce à des entretiens avec les femmes et les enfants qui s’en étaient échappés.

« Dans notre zone, il y en a trois. Dans un tunnel, on a compté six combattants irakiens de l’EI. Dans un autre, trente, dont neuf femmes. Et dans le troisième, nous ne savons pas exactement combien il y en a mais les gens qui en sortent nous disent qu’il y en a beaucoup », résume-t-il.

Personne ne sait ce que sont devenus ces gens – mais très peu de civils ont émergé des ruines en vie depuis jeudi.

Les provisions en nourriture et en eau sont aussi rares, voire inexistantes sous le sol.

Les derniers civils à sortir des décombres ressemblaient à des victimes d’un camp de concentration, et plusieurs ont rapporté ne pas avoir mangé depuis deux semaines. Certains étaient presque mourants.

Mercredi dernier, un garçon yézidi affamé, âgé de 11 ans, s’est effondré en larmes dans un hôpital de campagne où il était traité pour déshydratation extrême et malnutrition. Il racontait avoir vu mourir de soif quatre enfants avec lesquels il se cachait.

L’EI avait enlevé le garçon et sa sœur de 13 ans, qu’il n’a pas vue depuis un mois, dans leur maison, dans les montagnes de Sinjar en Irak en 2014.

L’EI a massacré des milliers de Yézidis – dont il qualifiait la foi ancestrale de rituel satanique – et fait prisonnier des milliers d’autres femmes et enfants.

« Nous ne leur donnerons rien », a dit Haider, jeudi. « Hier, un des soldats s’est relâché et s’est baissé pour tendre une bouteille d’eau dans un trou où il pensait que des civils étaient piégés. Un combattant de l’EI s’est saisi de son arme à son épaule. C’était un M4 (fusil d’assaut). »

Près de la rivière, Hussein, qui conduit des bulldozers, explique que son métier consiste à manœuvrer sur les décombres, pour combler les trous suspects où une activité de l’EI a été identifiée.

« Je remplis les trous avec des gravats pour que Daech ne puisse plus sortir », explique-t-il en admettant qu’il n’est pas tout à fait sûr de ne pas enterrer des gens vivants.

« Certains des tunnels s’étendent sur une longue distance et peut-être peuvent-ils sortir à un autre endroit. Mais mon boulot est de m’assurer qu’ils ne puissent plus sortir de ces trous. »

La mort est partout

Même dans les zones de la vieille ville libérées il y a des semaines, la mort rôde toujours.

Près des restes de la moquée al-Nouri, la tête noircie désincarnée d’une combattante de l’EI qui s’est fait exploser au milieu de femmes et d’enfants en train de fuir, gît à côté d’un cratère.

Dans la poussière à côté se trouvent une brosse, une sac à main à la mode, des vêtements de couleur – autant de petits objets avec lesquels les gens espéraient fuir – et puis… une jambe de femme.

Un chat se fraye un chemin à travers les rues en ruines. Un gros morceau de viande fraîche pend de ses mâchoires. Il s’agit inévitablement de chair humaine – la seule chair qui reste dans la vieille ville est celle des cadavres.

De nouveaux corps apparaissent à différents endroits de la vieille ville. Certains ont clairement été exécutés. On leur a tiré dans la tête à une courte distance.

Ils sont plusieurs à toujours avoir des cordes traîner de leurs mains et de leurs pieds attachés, ce qui indique qu’ils ont été traînés à travers les rues désertes, en vie ou déjà morts. Certains ont été brûlés pour réduire l’odeur de décomposition.

Les forces irakiennes revendiquent fièrement avoir tué au moins 2 000 combattants de l’EI lors des dernières phases de la bataille pour la vieille ville. Parmi eux, de nombreux combattants étrangers.

Aucun chiffre n’a été donné pour les victimes civiles – les femmes et les enfants qui n’ont pas pu s’échapper.

La façon dont les bulldozers ont roulé sur les décombres et les corps, labourant d’avant en arrière le terrain indique clairement que les pertes véritables, dans le massacre final du conflit de Mossoul, ne sera jamais connu.

La vieille ville de Mossoul, qui fut autrefois élégante, est aujourd’hui un vaste cimetière, un monument réduit en miettes pour un des conflits les plus terribles du XXIe siècle.

Traduit de l’anglais

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Proclamation d’un gouvernement provisoire du peuple yézidi

Proclamation d’un gouvernement provisoire du peuple yézidi
Baba Cheikh Khurto Hajji Ismail, chef du Conseil spirituel suprême d’Ezidikhan, a annoncé le 25 juillet la création d’un gouvernement yézidi provisoire. Il a demandé aux Yézidis qui se sont enfui suite aux massacres et aux enlèvements provoqués par l’Etat islamique de devenir au pays.

La proclamation prévoit notamment d’établir « des lois coutumières et judiciaires pour assurer l’égalité des droits sociaux, économiques et politiques à tous ses habitants indépendamment de la religion, de la croyance, de l’identité ethnique ou du sexe ou des affiliations politiques », et de « protéger les lieux saints et les objets sacrés de toutes les religions », cela en conformité avec la Charte de l’Onu et le Droit international.

La question maintenant est de savoir si ceux qui se sont apitoyé sur le sort ignoble réservé aux Yézidis – alors qu’ils n’en avaient jamais entendu parler auparavant – soutiendront sérieusement ce projet.

Sur le terrain, l’agence de presse kurde Bas News a révélé que le GRK (Gouvernement de la région irakienne du Kurdistan) a décidé de recruter 2 000 femmes et jeunes filles yézidies dans la Force Roj (Soleil)pour défendre les « frontières » du Kurdistan, en particulier dans les régions de Sinjar et de Kirkouk… Cette milice, dirigée par la capitaine Khatun Ali Khidir, est une émanation des peshmerga.

Par ailleurs, Human Right Watch et le site américain Breitbart affirment que le GRK envisage d’expulser de la région kurde les Yézidis hostiles au référendum pour l’indépendance du Kurdistan programmé pour septembre prochain, ou dont les enfants ont intégré les Hachd al-Chaabi. L’information a été démentie par Vian Dakhil, députée kurde au Parlement irakien.

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Les forces yéménites déclenchent une vague de chaleur en Arabie Saoudite

Les forces yéménites déclenchent une vague de chaleur en Arabie Saoudite
Les forces yéménites déclenchent une vague de chaleur en Arabie Saoudite
Moon of Alabama
 
L’opulente armée des États-Unis rêve depuis longtemps d’influencer le temps et elle a même essayé de le faire. Sans aucun succès.
 
Les forces armées du Yémen qui subissent les bombardements continuels des États-Unis et de l’Arabie saoudite et qui manquent de tout, viennent d’accomplir cet exploit. Elles ont suscité une vague de chaleur nocturne en Arabie Saoudite.
 
Les opérations de raffinage saoudiennes ne sont pas affectées par l’incendie du générateur
 
Reuters, Khobar dimanche 23 juillet 2017
 
La raffinerie mobile saoudienne Aramco (SAMREF) à Yanbu fonctionne normalement malgré l’incendie d’un générateur, à la grille de l’installation, samedi, selon les mots d’un porte-parole d’un organisme gouvernemental saoudien cités par l’agence de presse de l’État.
 
Les opérations se poursuivent et n’ont pas été affectées par l’incident qui est dû à la chaleur, selon Abdulrahman Al-Abdulqader, le porte-parole de la Commission royale pour Jubail et Yanbu, qui gère et exploite des villes industrielles en Arabie Saoudite. Le feu a éclaté à 21h22, heure locale, selon le porte-parole.
 
Voici (vidéo) comment les forces yéménites ont créé la « chaleur ».
 
@ BaFana3 – 19h21 – 22 juil 2017
 
Maintenant, par les forces armées #Yémen: « Avons lancé nouveau missile balistique « Burkan 2H ». Cible: # Raffinerie de pétrole Saudi Aramco, Yanbu. Portée : ≈1,300km. »
 

 http://www.moonofalabama.org/images5/yemenfsauds-l.jpg
 
 
Par Ahmed JahafPour agrandir
 
 

 
@Lee_Saks – 9:00 PM – 22 juil 2017
 
#SaudiArabia | Incendie du générateur à la raffinerie de Yanbu dû à la chaleur. [Les rebelles Houthi affirment avoir frappé la raffinerie avec un missile balistique]. #OOTT
 

 
Le service météorologique yéménite annonce qu’une autre vague de chaleur va bientôt atteindre les Emirats Arabes Unis.
 

 
@ BaFana3 – 21:59 – 23 juil 2017
 
#Yemen army spox: « Le missile balistique Burkan-H2 a touché la raffinerie de pétrole #Saoudienne à Yanbu. Ce missile a une portée suffisante pour atteindre Dubaï. »
 
 
MoA – Yemeni Forces Create Heat Wave In Saudi Arabia
 

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Doha ! Doha outragée ! Doha brisée ! Doha martyrisée ! Mais Doha libérée !

« Le siège est attente Attente sur une échelle inclinée au milieu de la tempête. »

Doha ! Doha outragée ! Doha brisée ! Doha martyrisée ! Mais Doha libérée !
Quand j’ai commencé à publier en 2013 la série de textes « The purge »[1], tissant ma réflexion autour de l’idée centrale du meurtre rituel planétaire[2], je savais que le tour du Qatar approchait. En révélant la funeste « doctrine » américaine au Vietnam et ailleurs « Nous allons détruire le village pour le sauver. », je savais qu’un jour un Donald Trump soufflerait à l’oreille des fameux vassaux arabes « Nous allons détruire le Qatar pour le sauver. ».

Le bûcher sur lequel le Qatar devait être brûlé était déjà construit. En 2014 j’écrivais « Les Babylone de la civilisation islamique seront foudroyées » les unes après les autres, mettant ainsi en garde le plus jeune et visionnaire dirigeant arabe, Cheikh Tamim ben Hamad Al Thani, qui devait comprendre « qu’un un homme averti en vaut deux »[3]. Le décompte du compte à rebours avait commencé le 21 mai à Riyad, le jour où l’Egyptien Sissi, le Saoudien Salmane et l’Américain Trump, les mains sur un globe lumineux aux significations mystérieuses, ont allumé le bûcher. Depuis, le compte positif pour le renversement du Cheikh Tamim ben Hamad Al Thani est en marche.

Doha poignardée !

Les poignards de certains pays, médias et intellectuels arabes dans le dos du Qatar me rappellent le complot de l’assassinat de Jules César par les sénateurs romains traîtres, mais surtout le coup de poignard de son propre fils Brutus. Dans la pièce de William Shakespeare, Jules César, Brutus immortalise son propre drame, tels ces « frères arabes » qui ont voulu assassiner le Qatar et son Emir à cause de leur ambition légitime : « César m’aimait et je le pleure. Il connut le succès, je m’en réjouis. Il fut vaillant, je l’honore. Mais il fut ambitieux et je l’ai tué. Pour son amitié, des larmes. Pour sa fortune, un souvenir joyeux. Pour sa valeur, du respect. Et pour son ambition, la mort. »

Doha outragée !

Le siège du Qatar a été annoncé par l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Égypte et le Bahreïn, le 5 juin, c’est-à-dire quelques jours seulement après le début du Ramadan. Un choix sadique et douteux par ces quatre pays, mais surtout outrageant et ironique pour le reste du monde arabe et musulman. Alors que Sadate avait lancé sa célèbre guerre contre Israël un jour de Ramadan, des pays arabes choisissent de lancer leur guerre politique, économique et médiatique contre un autre pays arabe durant le même mois de recueillement, d’apaisement et d’union.

Doha brisée !

Comme toute guerre sale, l’intensité de ce siège fulgurant et dévastateur a frappé tous les esprits dans le monde arabe et musulman. Un acharnement lâche qui nous étouffait quotidiennement à regarder l’héroïque chaîne Al Jazeera au moment de la rupture du jeûne. Des Qataris brisés, privés de tout mais dignes devant un tsunami de guerre psychologique. Comment ne pas penser au blocus de Gaza…

Non, il ne s’agissait pas de « faire rentrer le Qatar dans le rang » comme disaient les analystes, mais de le briser et le paralyser par un coup de massue pour pouvoir renverser dans le silence l’Emir du Qatar et introniser dans le brouhaha de la fameuse danse au sabre, le prince Mohammed ben Salmane Al Saoud, Roi des Arabes.

Mais Doha libérée !

Les Qataris sont un peuple fascinant. Il leur a fallu une semaine seulement pour reprendre conscience après un tel coup paralysant. Et tel un Sartre, sous le blocus, ils ont compris l’essence même de la liberté. Sartre n’avait-il pas écrit un jour en 1944, « Jamais nous n’avons été plus libres que sous l’occupation allemande ». Jamais les Qataris n’ont été plus libres qu’aujourd’hui sous le blocus des « frères arabes » vassaux de l’oncle Sam.

Doha et les Qataris se sont libérés de l’hypocrisie et de la lâcheté des « frères arabes ». Ils se sont libérés de la sisyphéenne danse au sabre. Ils reprennent dignement leur destin en main.

[1] The Purge est conçu par l’auteur, de son vrai nom, Chahid Slimani, universitaire arabe et musulman, comme un puzzle qui mène vers une image claire sur une Europe piégée dans un labyrinthe de miroirs. Des miroirs forgés par les mythes fondateurs d’une civilisation égocentrique aux origines gréco-romaine et judéo-chrétienne. Dans le monde musulman, nous avons, plus que jamais, besoin de cette image, afin de comprendre et d’anticiper.

[2] The purge (I) : du meurtre rituel planétaire…http://chahidslimani.over-blog.com/the-purge-i-du-meurtre-rituel-plan%C3%A9taire%E2%80%A6

[3] The Purge (X): Le Qatar et les torchons des «mignons» de M. Vladimir Poutine… http://chahidslimani.over-blog.com/2016/02/the-purge-x-le-qatar-et-les-torchons-des-mignons-de-m-vladimir-poutine.html

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Ce qu’il faut retenir du discours de l’émir du Qatar

L’émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani a prononcé un discours télévisé vendredi 21 juillet au soir. Très attendue, cette allocution a été retransmise en direct par la télévision nationale et reprise par les grands canaux d’information régionaux comme al-Jazeera.

Ce qu’il faut retenir du discours de l’émir du Qatar
Preuve de l’importance du moment, les chaînes d’information aux capitaux saoudo-émiriens comme al-Arabiya ou Sky News Arabiya ont elles aussi diffusé le discours du chef de l’Etat. D’une quinzaine de minutes, ce dernier a visé deux publics. D’abord, la population autochtone qatarie puis l’opinion arabe en général et celle du Golfe en particulier.

Remercier le peuple qatari de son soutien

L’émir du Qatar n’a en effet pas tari d’éloges à l’égard de ses propres sujets. Soumis à un embargo drastique depuis plus d’un mois, l’émir a tenu à remercier son peuple pour la résistance dont il a fait la démonstration au cours de cette épreuve. Saluant son « harmonie et son esprit de solidarité », ses propos avaient pour but de brosser dans le sens du poil l’union sacrée qui s’est formée autour de la famille royale depuis le 5 juin. Il faut dire que rarement dans l’histoire contemporaine du Qatar, on a pu constater une telle ferveur nationale et un tel engouement populaire autour de la figure du souverain dont les portraits s’affichent jusque dans les salons des particuliers ou les fenêtres des voitures.

Une reprise du dialogue sous conditions

S’agissant de la crise qui couve, cheikh Tamim a rappelé les fondamentaux de sa politique : ouverture au dialogue mais pas question de céder au moindre pouce de souveraineté qui constitue une ligne rouge qu’il ne bradera sous aucun prétexte. Rappelant ce que son ministre des Affaires étrangères s’évertue à expliquer de capitale en capitale, le souverain a rappelé que le règlement de la crise ne devait « pas prendre la forme de diktats mais d’engagements communs et contraignants pour toutes les parties ». A travers cette expression, il faut comprendre qu’il est hors de question pour Doha de se plier aux treize exigences que les pays du blocus ont fixé fin juin. Faisant une allusion à al-Jazeera, l’émir a aussi déploré les pressions destinées à « porter atteinte à la liberté d’expression et au droit à l’information ».

Lutte contre le terrorisme

Sur le terrain très attendu de la lutte contre le terrorisme, deux idées-forces ont été martelées. D’abord celle consistant à rappeler que le Qatar poursuit sans relâche son combat contre le terrorisme et qu’il ne peut en aucun cas être considéré comme un Etat ayant fait preuve de la moindre compromission avec ce fléau. En outre, le chef d’Etat se dit prêt à fournir tout effort mené dans un cadre commun avec les pays de la zone pour combattre l’extrémisme violent dès lors que cette convergence se fait dans la clarté et la cohésion. Elément important du discours : souhaitant pointer les responsabilités de chacun dans son émergence et éviter les amalgames douteux, il a tenu à préciser que la religion ne pouvait être considérée comme le moteur du radicalisme. C’est le contexte social, l’omniprésence de l’injustice et l’absence d’ouverture démocratique qui font le lit des organisations terroristes et c’est sur ce registre qu’il faut concentrer les efforts si l’on souhaite réellement l’éradiquer.

Une intervention au timing précis

La prise de parole du chef d’Etat n’arrive pas à un moment anodin. Rappelons d’abord qu’elle devait avoir lieu dans les jours suivant le début du blocus mais qu’elle a été reportée pour éviter de mettre de l’huile sur le feu et donner à la mission de l’émir du Koweït, alors en pleine tournée de médiation, toutes les chances de succès. Survenant le lendemain d’un décret princier qui amende la loi sur la lutte antiterroriste pour mieux la durcir, l’intervention arrive aussi dans un contexte où des rumeurs persistantes font état d’un imminent changement à la tête de l’Etat saoudien. Selon une source bien informée à l’intérieur de la famille royale, le roi Salman devrait céder les reines du pouvoir à son fils dans une passation qui ressemble fort à celle dont a bénéficié l’émir Tamim avec le retrait de son père du trône en juin 2013. Le discours de l’émir du Qatar aurait ainsi pour but de fixer le cadre d’un règlement de crise quelque soit le titulaire de la magistrature suprême auprès du grand voisin.

Une intervention diversement appréciée

Si le discours de l’émir a été applaudi à l’unisson par l’opinion qatarie qui s’est félicitée sur Twitter de la qualité du propos et le sens des responsabilités du chef de l’exécutif, les retours sont beaucoup plus froids du côté saoudo-émirien. Alors que certains leaders d’opinion ne cachaient pas leur déception sur un discours qu’ils jugeaient creux et peu convaincant, la surprise vient peut-être d’Anwar Gargash. Alors que le ministre d’Etat aux Affaires étrangères émirien, très en vue depuis le début de la crise, a qualifié de « pas positif » l’amendement à la loi antiterroriste au Qatar laissant ainsi entrevoir une possibilité de dialogue, sa réaction sur Twitter affirmant que le discours de l’émir « aggrave la crise » ne laisse au contraire guère de doute sur l’intransigeance de son camp. Le fait que le chef d’Etat qatari termine son allocution par un vibrant hommage au peuple palestinien et notamment à destination de ceux qui luttent pour la défense de la mosquée Al Aqsa n’est pas lui aussi de nature à recoller les morceaux quand on sait la collaboration de plus en plus évidente entre Abou Dhabi et Tel Aviv en matière sécuritaire.

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Rapprochement Arabie saoudite – Israël : comment Riyad teste (et prépare) l’opinion

La crainte de voir l’Iran -leur ennemi juré- s’imposer comme un leader régional et développer un programme nucléaire pourrait contraindre Riyad et Tel Aviv à devenir des alliés de circonstance. Mais un rapprochement trop marqué -même au nom de la « menace sécuritaire »– pourrait être mal perçu dans l’opinion. Ce qui pousse le royaume à sonder subtilement la population.

Rapprochement Arabie saoudite – Israël : comment Riyad teste (et prépare) l’opinion
La référence à Israël n’est pas explicite mais l’expression « les Saoudiens avec la normalisation » partagée sur Twitter ces dernières semaines fait pourtant bien référence aux relations entretenues avec l’État hébreu. Un article paru sur le site internet de l’hebdomadaire français Le Point cette semaine note que ce mot-clé a été partagé « plus d’un millier de fois entre le 3 et le 10 juillet », selon des calculs réalisés par l’outil de veille sur internet Talkwalker.

Un hashtag piloté par le Royaume

Le fait que les Saoudiens soient les plus actifs au monde sur ce réseau social n’a certainement pas échappé au pouvoir. Pour Mujtahidd, célèbre twitto saoudien anonyme (considéré comme le Julian Assange saoudien), ce hashtag serait en réalité le fruit d’une campagne orchestrée par le Royaume sur le site de micro-blogging, rapporte The New Arab.

Si les porte-voix du gouvernement ont milité pour cette normalisation sur le réseau social, les opposants à un rapprochement entre les deux pays ont quant à eux répliqué avec un hashtag « contre ». Preuve que le sujet est très clivant dans l’opinion.

Repéré par l’hebdomadaire français, le compte Al Saudia Times suivi par plus de 17.000 personnes, a publié le 7 juillet une caricature présentant le roi Salmane comme serviteur du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu allongé sur un matelas et flottant sur une rivière de sang palestinien. On peut également voir une femme à côté d’un panneau « Palestine » qui porte un mort dans ses bras.

Les médias officiels préparent le terrain

Pour les journaux du royaume wahhabite, la possible montée en puissance de l’Iran doit conduire Riyad à revoir sa politique. Ainsi, un éditorial paru le 6 juin dans l’un des principaux quotidiens officiels saoudiens Al-Riyadh, très surveillé par le gouvernement, appelle à ne plus considérer Israël comme un pays hostile -sans pour autant en faire un ami.

« Existe-t-il un plus grand ennemi pour nous et nos pays que l’Iran et est-ce qu’Israël [nous] menace, nous influence ou nous préoccupe, ou sème le ressentiment et la haine comme le fait l’Iran ? Par conséquent, focalisons-nous sur notre ennemi véritable et ne transformons pas un autre [élément] en un démon qui inquiétera nos prochaines générations, lorsque ce n’est pas le cas », peut-on lire dans cet édito traduit par l’association MEMRI (Middle East Media Research Institute), créée par un ancien des services de renseignement israéliens.

En outre, cette tribune -publiée un jour seulement après la rupture des relations diplomatiques entre l’Arabie saoudite et le Qatar– appelle à une action contre les « éléments fourbes » du Golfe qui soutiennent l’Iran. « Nous devons faire tout notre possible pour vaincre cet ennemi [l’Iran] et la chose la plus importante est que nous ne restions pas passifs face à ceux qui sont fourbes [à savoir le Qatar], car l’ami de mon ennemi est mon ennemi, même si c’est un Arabe du Golfe. »

Enfin, et non des moindres, le texte anticipe les critiques que pourraient formuler les Saoudiens sur l’occupation des territoires palestiniens. « En tant que citoyen saoudien, que puis-je faire à ce sujet, vu que les Palestiniens au pouvoir ont déclaré la paix avec Israël et que d’autres Palestiniens, qui continuent à s’élever contre Israël, sont retournés vivre à Gaza, sachant [parfaitement] qu’Israël les encercle de tous les côtés ? », écrit l’éditorialiste Musaid Al-Asimi.

La publication d’un tel texte dans un journal contrôlé par le Royaume n’a évidemment rien d’hasardeux. Pour les autorités, c’est une façon de tester l’opinion publique sur la question d’un éventuel rapprochement. Il ne faudrait toutefois pas laisser penser que la normalisation est actée.

Infos au compte-goutte

Ainsi, il y a quelques jours, plusieurs médias israéliens ont rapporté que l’Arabie saoudite avait bloqué l’accès au site Arab48 (très critique vis-à-vis des politiques israéliennes) après la publication d’un article sur les relations entre Riyad et Tel Aviv.

L’ébruitement d’un rapprochement pourrait être extrêmement néfaste : il serait immédiatement critiqué dans l’opinion publique et vu comme une trahison de la cause palestinienne. Pire : comme la marque de l’affaiblissement du royaume saoudien.

« Il semble que nous ayons été bloqués en raison des articles sur les relations entre Israël et l’Arabie saoudite et Mohammed Ben Salmane », a ainsi indiqué Rami Mansour, le rédacteur en chef du site, à plusieurs médias. Ce journaliste a également publié un rapport affirmant que les Israéliens s’étaient félicités de la désignation de Mohammed Ben Salmane comme prince héritier fin juin.

Le conflit israélo-palestinien, pierre d’achoppement

Toutefois, ces « sondages masqués » doivent être relativisés. Certes, la présence d’une délégation d’hommes d’affaires et d’universitaires saoudiens en Israël en juillet 2016 a donné à voir les prémices d’un flirt diplomatique. Mais en dépit de l’ennemi iranien qu’ils ont en commun, les divergences de points de vue sur le conflit israélo-palestinien bloquent toujours les relations entre Tel Aviv et Riyad.

L’initiative arabe de paix présentée en 2002 par l’Arabie saoudite (prévoyant la restitution aux Palestiniens des territoires occupés depuis 1967 pour qu’ils y installent leur État, et promettant en échange une normalisation totale des relations israélo-arabes avec la reconnaissance d’Israël par les pays de la Ligue arabe) n’a jamais reçu de réponse favorable de la part de l’État hébreu.

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Washington peut-il empêcher la mort des États du Golfe?

Washington peut-il empêcher la mort des États du Golfe?
Washington peut-il empêcher la mort des États du Golfe?
Moon of Alabama
 
Le secrétaire d’État américain Tillerson est contrarié que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis aient rejeté ses efforts pour calmer leur différend avec le Qatar. Sa vengeance, assortie d’une menace de mesures plus sérieuses, prend la forme d’une « fuite » dans le WaPo : Les Emirats Arabes Unis ont orchestré le piratage des sites du gouvernement qatari, ce qui provoque des bouleversements régionaux, selon des responsables du renseignement américain :
 
Les Emirats Arabes Unis ont orchestré le piratage de sites de médias sociaux et d’information du gouvernement qatari, pour y poster de fausses citations incendiaires attribuées à l’émir du Qatar, Sheikh Tamim Bin Hamad al-Thani, à la fin du mois de mai, ce qui a déclenché le bouleversement en cours entre le Qatar et ses voisins, selon des responsables du renseignement américain.
 
Des responsables ont pris conscience la semaine dernière que de nouvelles informations recueillies par les services de renseignement des États-Unis confirmaient que, le 23 mai, des membres importants du gouvernement des Émirats arabes unis avaient discuté du plan et de sa mise en œuvre. Les responsables ont déclaré qu’on ne savait pas si les Émirats arabes unis avaient procédé aux piratages eux-mêmes ou avaient été chargé quelqu’un d’autre de le faire.
 
Que les Émirats arabes unis et / ou les Saoudiens soient impliqués dans le piratage était assez clair depuis le début. Ils étaient les seuls à avoir un vrai motif. Le Qatar avait déjà des preuves indéniables de la source du piratage. Les sources anti-russes du Congrès ont ignoré ces preuves et accusé, comme d’habitude, la Russie et Poutine.
 
Le plus important, dans le message de Tillerson, n’est pas l’accusation de piratage. Les piratages en eux-mêmes n’ont rien à voir avec le conflit, ni avec les efforts de Tillerson pour le désamorcer. La « fuite » avertit les Emirats Arabes Unis et les dirigeants saoudiens que les États-Unis ont les sources et les moyens nécessaires pour savoir tout ce qui se passe dans leur gouvernement, même les discussions les plus secrètes. La véritable menace pour eux est que la même source révèle d’autres vilenies.
 
Il est douteux que cette menace modifie les manières de faire de ces dirigeants. Ils se croient invincibles. Ian Welsh décrit leur état d’esprit dans sa prédiction sur La mort de l’Arabie saoudite et d’autres états du Golfe:
 
C’est un processus assez courant: toutes les dynasties finissent mal, parce que les futurs rois élevés dans la richesse et le pouvoir pensent que c’est l’état naturel des choses: ils croient qu’ils sont brillants et qu’ils méritent tout ce qu’ils ont, alors qu’ils l’ont reçu sur un plateau d’argent. Ils sont rompus aux intrigues de palais et pensent que ça va être pareil au-dehors du palais.
 
Mais il n’en est rien.
 
Welsh arrive à la conclusion où je suis moi-même parvenu lorsque le récent conflit au cœur du Conseil de coopération des États arabes du Golfe a éclaté :
 
Quelle que soit la façon dont le conflit avec le Qatar se termine, le Conseil de coopération des États arabes du Golfe a (à nouveau) a montré qu’il n’était qu’un faux-semblant. Rien ne pourra le reconstituer. Le « leadership » de l’Arabie Saoudite n’est que de l’intimidation brutale et il rencontrera de l’opposition. Les plans des États-Unis pour un Conseil de coopération des États arabes du Golfe uni sous la direction saoudienne et le contrôle des États-Unis sont en lambeaux.

Les Saoudiens, et leur nouveau leadership, surestiment leurs capacités. Trump a fait de même lorsqu’il leur a donné plus d’importance. Les « singes saoudiens qui cassent le Macbook** »  parce qu’ils n’arrivent pas à rentrer dedans, n’ont pas les capacités nécessaires pour être des acteurs politiques sérieux dans ce monde. Leur argent ne peut pas éternellement dissimuler cette évidence.
 
La démarche de Tillerson et de quelques « officiels du renseignement » peut  être interprétée comme un signe de panique. La « fuite » a révélé des « sources et des moyens ». Comme tous les autres gouvernements, les hauts fonctionnaires des EAU soupçonnaient les États-Unis d’écouter leurs délibérations internes. Mais maintenant ils ont sont sûrs. La date précise indiquée dans la « fuite » les aidera à prendre des contre-mesures. Laisser fuiter des « sources et des moyens » ne se fait pas à la légère. Que l’administration américaine ait été contrainte de recourir à une telle mesure montre qu’elle ne maîtrise pas la situation.
 
Lors de la chute de l’Empire ottoman, la Grande-Bretagne a créé l’Arabie saoudite d’aujourd’hui. Deux guerres mondiales ont mis fin à la puissance de la Grande-Bretagne. Les États-Unis ont pris la relève à la tête de l’empire, y compris des États du Golfe. Ils ont besoin de l’énergie fossile et de l’accord monétaire qui va avec, selon lequel tous les échanges avec l’Arabie saoudite doivent avoir lieu en dollars américains**. Il n’est pas dans l’intérêt des États-Unis d’avoir des problèmes avec l’Arabie saoudite, mais c’est pourtant ce qui se profile. La « fuite » montre l’inexpérience de la nouvelle administration étasunienne. Ce n’est pas suffisant de désamorcer le conflit et d’atténuer ses conséquences.
 
Quelles stratégies Washington va-t-il maintenant adopter pour enrayer l’instabilité qui s’annonce en Arabie Saoudite et dans d’autres pays du Golfe?
 
Notes :
*https://www.lorientlejour.com/article/1038372/etats-unis-arabie-saoudite-pacte-faustien-.html
** Kano.me est un site internet qui a pour but de permettre à tous de fabriquer son propre ordinateur… Pour promouvoir leur concept, Kano a créé une vidéo mettant en scène un singe qui semble au premier abord apprécier un MacBook. Il s’amuse avec l’ordinateur avant d’essayer de le démonter et, frustré, de le jeter par terre où il se brise. A la fin de la vidéo le slogan de Kano apparaît : « Entrez dans un ordinateur puis faites en un vous-même ».
 
MoA – Can Washington Prevent The Death Of The Gulf States?
 

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Mossoul : célébrations sur un champ de ruines

Il y a beaucoup à craindre en l’absence d’un plan approprié par le gouvernement irakien et ses alliés pour la période post-État islamique.

Mossoul : célébrations sur un champ de ruines
Les célébrations ont officiellement commencé à marquer la reprise de Mossoul des mains de l’État islamique (IS)/Daesh. Les formidables moyens de défense du groupe ont finalement été surmontés, face à une offensive écrasante de neuf mois de l’armée irakienne et des forces alliées dirigées par les États-Unis, après de sanglantes batailles qui ont causé la destruction presque totale de larges parties de la ville historique.

Les célébrations dureront plus d’une semaine. Mais peu d’habitants de Mossoul, dont plus de la moitié sont déplacés, sont susceptibles d’y participer. Il n’y a guère de famille qui n’a pas perdu un être cher, ou plus…

Le califat IS/Daesh en Irak n’a pas duré longtemps, seulement trois ans à partir du jour où il a été proclamé depuis la chaire de la mosquée Grand Nouri. Même ce bâtiment historique a été réduit en décombres, son célèbre minaret penché a été nivelé jusqu’à ses fondements pour proclamer la fin d’une ère et le début d’une autre.

La guerre contre IS/Daesh à Mossoul est officiellement terminée, mais elle peut engendrer d’autres guerres qui pourraient s’avérer plus longues et encore plus dures.

Des signes inquiétants peuvent déjà être observés dans le vide politique d’après-guerre et dans l’incapacité du gouvernement irakien à donner l’exemple, en fornissant de meilleurs services et en commençant la reconstruction. L’approvisionnement en électricité n’a toujours pas été restauré dans les districts à l’est de Mosul qui ont été libérés il y a six mois. Les enseignants qui sont retournés à leur travail demeurent sans salaire, et la célèbre université de la ville a été transformée en champ de ruines.

L’intensité de la peur instillée par le monstre IS/Daesh a reculé, mais les Irakiens ont de plus en plus de craintes pour l’avenir de leur pays. Ces peurs légitimes peuvent être résumées dans les points suivants:

1. Combattre et déraciner IS/Daesh était le « ciment » qui a donné de la cohésion à la coalition de 60 membres et à la totalité ou à la plupart des acteurs irakiens et régionaux impliqués dans la campagne anti-IS. Cela n’existe plus aujourd’hui. Le lien de l’unité et de la cause commune s’est dissous. Alors, quel sera le sort de cette coalition, et verrons-nous des affrontements d’une nature différente ?

2. Le chef kurde irakien Masoud Barzani a annoncé la tenue d’un référendum sur l’indépendance le 1er septembre, moins de deux mois à compter de maintenant, et il veut incorporer Kirkuk riche en pétrole dans ce nouvel État comme capitale économique. Cela sera-t-il le début du démembrement et de la division de l’Irak sur des lignes ethniques et sectaires ? Une guerre arabo-kurde encore plus sanglante s’ensuivra-t-elle ?

3. Il est indéniable qu’un parti puissant en Irak a remporté la victoire sur une composante sociale et politique différente. Le côté vainqueur agira-t-il en voulant se venger et cherchera-t-il à marginaliser l’autre ? Ou va-t-il tirer des leçons des erreurs des Américains après avoir « libéré » l’Irak, et prendre des mesures sérieuses pour promouvoir la coexistence, le dialogue, l’égalité, la justice sociale et une identité nationale irakienne unifiée et inclusive ?

4. La réhabilitation de Mossoul à elle seule coûtera des milliards de dollars, et la reconstruction de l’Irak nécessite au moins 60 milliards de dollars selon les estimations les plus basses. Mais les coffres de l’État irakien sont vides en raison de la corruption et du vol institutionnalisé. Alors, d’où viendra l’argent? Et quelles concessions et conditions exigeront les donateurs potentiels en échange de leurs fonds ?

5. Qu’arrivera-t-il aux forces étrangères présentes sur le sol irakien – dont 6000 militaires américains, 2000 soldats turcs au camp de Baashiqa et des milliers de combattants iraniens ? Tous sont venus en Irak sous prétexte de libérer Mossoul de l’IS/Daesh. Maintenant que cela a été accompli, partiront-ils ? Ou vont-ils se retrancher et se préparer à plus de guerres : défendre l’État du Kurdistan en récompense de la contribution des peshmergas à la campagne anti-IS, par exemple ? Ou pour contrer les prétendus dessins turcs sur Mossoul ? Ou pour renforcer la nouvelle entité sunnite évoquée pour la région ?

Ces préoccupations peuvent contraster avec les démonstrations de liesse, les danses et les feux d’artifice durant les célébrations de la victoire. Il est juste et légitime de célébrer. mais il est également juste de faire preuve de prudence et d’appréhension en l’absence d’un plan approprié et bien réfléchi par le gouvernement irakien et ses alliés pour la période post-Mossoul.

IS/Daesh ne disparaîtra pas avec la disparition de son « califat » à Mossoul et, en temps voulu, al-Raqqa. Sa force ou sa faiblesse à venir dépendra de la façon dont le gouvernement irakien et ses partisans aborderont les cinq points énumérés ci-dessus.

L’IS/Daesh a trois options devant lui pour la prochaine période.

Tout d’abord, le groupe pourrait se dissoudre en tant qu’organisation et reconnaître sa défaite. C’est trop optimiste, compte tenu de la persistance de l’organisation parente d’Al-Qaeda après l’occupation américaine de son refuge afghan en 2001.

Deuxièmement, il pourrait se concentrer sur l’action terroriste et se développer de cette façon, se venger de tous les pouvoirs qui ont abattu son Califat. C’est son plan d’action le plus probable, et dans un avenir prévisible, les États-Unis, l’Europe et leurs alliés arabes en feront certainement les frais.

Troisièmement, les principaux membres et dirigeants survivants du groupe pourraient se ré-installer dans leurs « provinces » dans des régions sans loi ou des pays en errance – comme le Yémen, l’Afghanistan, la Libye, l’Égypte, le Sahel ou la Somalie, ainsi que d’autres parties de l’Irak et de la Syrie – afin de rétablir ses bases et utiliser ces emplacements comme nouveaux points de concentration et points de départ. Il y a eu des preuves de ce fait en Afghanistan, au Yémen, dans le sud de la Thaïlande et aux Philippines.

IS/Daesh peut-être n’a pas réussi à préserver son Califat, mais il a démontré le pouvoir de son idéologie violente et extrême et a réussi à la diffuser largement parmi les groupes qu’ils visaient : des jeunes démunis et des communautés marginalisées. Cela doit être pris en compte par toute stratégie à long terme pour affronter le groupe, bien qu’il soit douteux qu’une telle stratégie existe.

Les célébrations de la victoire sans aucun doute se poursuivront. La reconquête de Mossoul a effectivement été un succès grandement mérité, qui entraîné d’énormes sacrifices, en particulier en vies humaines et en souffrances. Nous ne pouvons qu’espérer, malgré tous les doutes et les craintes, de voir l’aube d’un nouvel Irak, différent de l’Irak américain et dont les traits dominants seront l’égalité, la justice, la coexistence, la stabilité et un bon gouvernement.

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Vers un retour annoncé des Américains en Libye

En Libye, c’est une première: des sources militaires de l’Est libyen font état d’une rencontre, ce mercredi soir, entre le maréchal Haftar et le chef du commandement américain pour l’Afrique, Africom. Les Etats-Unis semblent étudier une nouvelle approche diplomatique par un soutien possible à l’armée nationale libyenne dirigée par Khalifa Haftar. C’est donc rassemblement le retour annoncé de Washington en Libye.

Vers un retour annoncé des Américains en Libye
Cette rencontre entre Américains et Libyens annonce un retour en force des Etats-Unis dans ce pays qu’ils avaient pratiquement abandonné depuis 2012, suite à l’assassinat de l’ambassadeur américain à Benghazi. C’est le commandement militaire de Khalifa Haftar qui a confirmé la rencontre, indiquant que la délégation américaine était composée d’un bon nombre de responsables politiques et militaires. Africom n’a pas encore dit mot sur cette rencontre. La dernière image diffusée sur leur site concernant la Libye est celle du 23 mai, où Thomas Waldhauser, chef d’Africom, et Peter Bodde, ambassadeur à Tripoli, s’affichent avec le Premier ministre Fayez al-Sarraj.

Cette rencontre a eu lieu dans une base à l’Est de Benghazi, et elle coïncide avec des révélations américaines faisant état d’un plan en cours de finalisation à Washington pour une « nouvelle approche politique, diplomatique et militaire pour la Libye ». Si l’on en croit la chaîne de télévision américaine CNN, un partenariat devrait être tissé entre les deux pays au nom de la lutte contre le terrorisme. Un centre de coordination doit être créé en Libye avec une cinquantaine de militaires américaines pour le diriger. Des programmes d’échanges de renseignements et des formations militaires pour soutenir l’armée libyenne seront alors mis en place.

Source : RFI

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Israël observe avec inquiétude l’Iran étendre son influence militaire en Syrie et au Liban

Israël observe avec inquiétude l'Iran étendre son influence militaire en Syrie et au Liban
 

Selon l’organe Intelligence Online, l’Iran construit au Liban une fabrique de missiles qui sera enfouie à 50 mètres sous terre et fortifiée contre les raids aériens israéliens.
 

    Selon cet article, la fabrique inclura deux installations. La première, située à Hermel, dans la partie orientale de la vallée de la Beqaa, produira des missiles sol-sol Fateh-110, d’une portée de 300 kilomètres. Ce missile peut porter une ogive de 400 kg.
 

    L’autre installation sera située sur la côte libanaise, entre les villes de Tyr et Sidon. Elle produira des pièces de missiles qui seront livrées aux autres usines.
 

    Ces fabriques de missiles au Liban ont donné la migraine en Israël. Le journal israélien YediotAhronot a publié dernièrement dans un article, une citation du ministre de l’Education, Naftali Bennett. Selon le ministre, Israël envisage de les attaquer préventivement, car Israël considère que c’est une menace.
 

    Sputnik Persian a discuté de la situation avec Emad Abshenass, analyste politique iranien et rédacteur en chef du journal Iran Press.
 

    Abshenass a fait remarquer qu’au début de cette année, le ministre iranien de la Défense Hossein Dehghan a déclaré que le Liban avait tous les droits de construire une fabrique de missiles dans son pays, pour les besoins de défense. Selon Abshenass :

    En tant qu’état souverain, le Liban peut faire cela et personne n’a le droit de se mêler de ses affaires, y compris Israël. Le Liban construit une usine de missiles pour se défendre contre les menaces extérieures, qu’il s’agisse de raids israéliens ou d’attaques de Daesh.

 

    Abshenass a sous-entendu que la menace d’Israël, d’attaquer les usines de missiles au Liban, est du baratin, parce que l’armée israélienne est incapable de les détruire :

    De plus, si les Israéliens décident de le faire, ils affronteront une dure réaction du Liban. À son tour, en tant que principal allié du Hezbollah, l’Iran s’impliquera et aidera l’armée libanaise. Mais je pense qu’il y a peu de probabilité que les Israéliens le fassent.

 

    Autre raison de se préoccuper des Israéliens, l’Iran envisage de construire une voie pour transporter les armes à Damas depuis les sites de production libanais. Naftali Bennett a souligné qu’Israël ne laissera pas l’Iran mettre en œuvre pareil projet.
 

    Abshenass a relevé qu’en fait, un tel passage a été construit il y a longtemps, et qu’il a joué un rôle important dans le maintien de la présence de Téhéran en Syrie. Selon l’expert :

    L’engagement actif de l’Iran en Syrie et en Irak a considérablement aidé l’armée syrienne à combattre Daesh. En réalité, par sa contribution, l’Iran a aidé à perturber le plan des USA et d’Israël, qui vise à morceler la Syrie et l’Irak. C’est pourquoi Israël cherche une excuse pour justifier ses attentats sur le territoire syrien.

 

Sputnik International, 11 juillet 2017

Original : sputniknews.com/middleeast/201707111055440023-israel-iran-lebanon-syria/
Traduction Petrus Lombard

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Pourquoi le ministre de l’économie du gouvernement Valls s’intéressait-t-il aux recherches pétrolières en méditerranée orientale?

ISRAEL BIENTOT EXPORTATEUR DE GAZ NATUREL !

Pourquoi le ministre de l'économie du gouvernement Valls s'intéressait-t-il aux recherches pétrolières en méditerranée orientale?
Contexte juridico-diplomatique

Depuis quelques années les recherches de gisements sous-marins de gaz naturel dans cette région se sont multipliées .La probabilité pour que ces recherches soient fructueuses est forte et l’Egypte avait même mis en exploitation un petit gisement au nord du delta du Nil qui est aujourd’hui épuisé.

Pour permettre à chacun des états riverains d’exploiter sa ZEE (zone économique exclusive) en mer il a fallu que des accords soient conclus entre états voisins dans le cadre des procédures de la Convention internationale sur le droit de la mer. Il est évident que vu le cout de ses recherches aucune entreprise spécialisée même les plus puissantes n’accepte de courir le risque de se mettre à forer et ensuite d’extraire du gaz dans une zone dont la jouissance par un état riverain souverain serait contestée.

Pour autant la situation n’est pas encore complètement clarifiée : la Turquie veut profiter de la ZEE de la République turque de Chypre qui n’a aucune reconnaissance internationale, la guerre empêche la Syrie de lancer une politique d’exploitation des fonds sous-marins au large de ses côtes, la non reconnaissance internationale de l’Etat Palestinien lui interdit de conduire au large de Gaza des recherches qui ,si elles étaient fructueuses, lui assureraient l’indépendance énergétique et garantiraient son indépendance économique.

En conséquence seuls trois pays ont pu vraiment se lancer dans l’aventure : La République de Chypre forte de son appartenance à l’Union Européenne et surtout depuis que le parti communiste chypriote n’est plus au pouvoir, Israël et l’Egypte. La stabilisation gouvernementale au Liban devrait permettre rapidement à ce pays de se joindre au mouvement.

Etat actuel des recherches

Israël est le premier des états riverains à avoir découvert deux gisements exploitables : Tamar et Léviathan. La mise en exploitation est en cours et la production devrait commencer entre 2018 et 2019. Le gisement Léviathan est d’une telle taille qu’il va transformer Israël en exportateur. L’Europe de l’Ouest étant et devant rester un très gros importateur net de gaz naturel, ouvrir le marché ouest européen au gaz israélien était une façon très directe de réduire les importations de gaz russe. Cette diminution de la part de la Russie est un vieux projet de l’Union Européenne qui n’a pas abouti jusqu’à présent. Ainsi le projet NABUCCO de transport de gaz extrait en Azerbaïdjan et acheminé vers l’Europe de l’Ouest via la Turquie n’a pas abouti. D’autre part l’UE a réussi en exerçant une très forte pression sur le gouvernement bulgare à bloquer le projet Southstream de fournir de gaz russe par un gazoduc sous la Mer Noire aboutissant sur la côte bulgare.

La stratégie israélienne

Pour les européens sionistes l’arrivée d’Israël sur le marché était un véritable bonheur. Emmanuel Macron ministre de l’économie du gouvernement Valls ne pouvait que mettre tout le poids de la France en faveur des projets d’acheminement de gaz israélien vers l’Europe. Projets d’autant plus intéressants qu’un futur gazoduc partant des eaux israéliens devait passer par Chypre et permettre à ce pays de vendre aussi son gaz extrait de gisements dont la découverte dans les eaux chypriotes est, dans l’état d’avancement des forages en cours aujourd’hui, extrêmement probable. La Grèce qui entreprend aussi des recherches dans ses eaux territoriales peut envisager de se joindre au projet de gazoduc israélo-chypriote et les excellentes relations actuelles entre Tsipras et Netanyahou ne peuvent que faciliter l’opération.

Une nouvelle découverte vient troubler ce jeu israélo-français. En effet à la limite Nord de ses eaux territoriales l’Egypte vient de découvrir le gisement de Zohr qui promet d’être un des plus importants du monde et lui permettra de satisfaire ses besoins et de prendre place parmi les grands exportateurs mondiaux.

Cette évolution en cours dans la géo-économie du gaz naturel va évidemment avoir des répercussions sur les marchés actuels. Le premier pays impacté est le Qatar. Très puissant producteur l’émirat ne peut exporter son gaz que par navires sous forme de gaz liquéfié via Ormuz et Suez ce qui le défavorise pour la desserte du marché européen. Aussi caressait-il l’ambition dés avant 2011 de voir s’installer en Syrie un gouvernement proche de Frères Musulmans qu’il finance qui laisserait arriver via l’Irak un gazoduc qatari en Méditerranée. Le gouvernement syrien s’y est opposé et reste favorable au contraire à un projet de gazoduc iranien aboutissant lui aussi en Méditerranée. En misant sur le terrorisme islamique le Qatar a donc perdu son pari syrien.

Repositionnement du Qatar

Une nouvelle stratégie s’ouvre à lui sous deux formes.

En premier lieu le Qatar a passé un accord avec l’Iran. Celui-ci met en effet en exploitation sur l’autre rive du Golfe persique un gisement de très grande taille qui est le simple prolongement géologique du gisement qatari et il a proposé au Qatar de lui donner accès au gazoduc iranien en projet qui via l’Irak et la Syrie aboutira sur la côte méditerranéenne. Cet accord est en contradiction totale avec la fondation d’une alliance militaire des monarchies du golfe contre l’Iran annoncée récemment à Riad par le Président US, d’où la brutalité de la crise entre l’Arabie et le Qatar.

Crise qui divise totalement le monde arabe. En effet la rupture avec le Qatar n’est le fait que de l’Arabie, des Emirats arabes unis, du gouvernement du Yémen en exil et de l’Egypte laquelle ne s’embarque dans cette galère que pour répliquer au soutien du Qatar aux Frères Musulmans et au terrorisme islamiste en Egypte même. Le Koweït, Oman et même la Jordanie appellent au calme. Quant au Liban il s’est désolidarisé immédiatement du projet d’alliance militaire arabe anti-irakienne.

D’autre part le gouvernement chypriote a dans l’octroi de nouveaux permis de recherches gazières sous marines ouvert la porte aux investissements qataris

L’émirat peut donc caresser l’espoir de vendre bientôt sa future part du gaz chypriote à l’Europe ce qui le transformera en acteur global et durable du marché gazier mondial au lieu d’être réduit à la seule vente du gaz extrait sur son propre sol.

Que va faire la France ?

Monsieur Macron qui en 2015 s’était fait le champion du gaz israélien sur le marché européen va devoir adapter la politique française à cette très large redistribution des cartes gazières dans la région et tenir compte aussi des intérêts iranien, syrien et qatari , c’est-à-dire tenter de sortir de toutes les impasses de la diplomatie régionale sarko-hollandaise dans lesquelles il avait fidèlement inscrit ses pas jusqu’à présent.

Occasion de rappeler que Total avait d ‘importants projets de recherche dans les eaux chypriotes et que le décès accidentel mal élucidé en Octobre 2014 de Christophe de Margerie*, son PDG sur l’aérodrome de Moscou a curieusement mis fin à une orientation qui menaçait de priver Israël d’une position dominante dans la fourniture à l’Europe de gaz naturel via le futur gazoduc Méditerranée orientale-Union européenne.

*La Russie vient de donner son nom à un méthanier géant brise-glace qu’elle vient de lancer à Saint Petersburg

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Les Kurdes d’Irak et de Syrie : cheval de Troie pour diviser le Moyen-Orient

Les Kurdes d’Irak et de Syrie servent de cheval de Troie dans le but de diviser le Moyen-Orient.

Les Kurdes d’Irak et de Syrie : cheval de Troie pour diviser le Moyen-Orient
L’Iran, la Syrie et l’Irak croient que les USA et Israël s’organisent pour tirer parti des Kurdes en Syrie et en Irak.

Les pays de la région croient qu’il est prématuré de déclarer l’indépendance du Kurdistan, qui ne fera qu’accroître leurs graves difficultés.

Téhéran, Bagdad et Damas croient à tort que la stratégie des USA en Syrie et en Irak n’est pas claire.

Pour bien des raisons, les USA ont intérêt à déstabiliser Ankara, même si la Turquie est membre de l’OTAN.

Erdogan est considéré comme « hors de l’orbite des USA » depuis le coup d’État avorté et l’appui des USA à un Rojava indépendant.

La Turquie ne combattra pas les YPG qui sont sous la protection des USA, mais luttera contre les Kurdes à Afrin (de l’autre côté du Rojava).

Les USA appuient les Kurdes en Syrie et en Irak simultanément, pour voir qui créera un État en premier.

Le plan des USA de créer un État kurde en Irak et en Syrie ouvre la voie à la création d’un État sunnite en Irak, pays perçu comme un gouvernorat iranien.

Massoud exclut une proclamation immédiate d’indépendance et voit les choses comme le début d’un long dialogue pacifique avec Bagdad.

Les Kurdes ne survivront pas dans un État pouvant être encerclé par voie terrestre ou aérienne, qui n’a pas non plus d’accès direct à la mer.

Barzani a soutenu Bachar al-Assad pendant de nombreuses années, en envoyant hommes et armes en renfort à l’armée syrienne.

Les problèmes entre Damas et les Kurdes ont commencé quand les Américains ont débarqué au nord-est de la Syrie.

L’intervention des USA a amené les alliés de Moscou à s’éloigner de leur rôle de protecteurs des Kurdes, en laissant la Turquie attaquer Afrin.

Des responsables irakiens voient le référendum de Massoud comme une invitation aux sunnites et aux chiites radicaux à exiger leur propre État.

Massoud Barzani doit bien préparer le terrain avant de se lancer dans l’aventure d’un Kurdistan indépendant.

Les Kurdes d’Irak et de Syrie : cheval de Troie pour diviser le Moyen-Orient
Le dirigeant du Kurdistan irakien, le président Massoud Barzani, a annoncé la tenue d’un (second) référendum général sur l’indépendance, le 25 septembre de l’année en cours. Il est déterminé à concrétiser le rêve d’établir un État kurde au Moyen-Orient.

Cette annonce coïncide avec le soutien accordé par l’administration des USA aux Kurdes syriens dans les provinces de Hassaké, Raqqa et Deir ez‑Zor, au nord de la Syrie. L’objectif est de créer une autre fédération formée de Kurdes, qui pourront suivre la voie tracée par leurs « frères » irakiens et même les devancer.

Ce qui se passe en Irak et en Syrie en ce qui a trait aux Kurdes est lié, sans considération des frontières. N’empêche que les gouvernements des pays de la région directement concernés (Ankara, Téhéran, Bagdad et Damas) croient que les USA comptent remodeler la région et former un « nouveau Moyen-Orient » s’inspirant du modèle que Condoleeza Rice, l’ex-secrétaire d’État des USA sous le président George Bush, cherchait à promouvoir.

Les pays voisins des Kurdes vont-ils laisser les USA diviser le Moyen-Orient en tirant parti des 22 à 25 millions de Kurdes enthousiastes et dévoués qui rêvent d’avoir leur propre État?

Les Kurdes du Moyen-Orient constituent le plus grand groupe ethnique n’ayant pas eu d’État jusqu’à maintenant dans le monde. Ils sont répartis principalement en Irak, en Iran, en Turquie, en Syrie, en Azerbaïdjan, en Arménie et au Liban. Leur présence est moins forte ailleurs dans le monde. La création d’un État kurde en Irak et en Syrie ne repose certainement pas sur la bénédiction ou la stratégie des USA, mais bien sur le bon vouloir de la Turquie, de l’Irak, de l’Iran et de la Syrie.

Malheureusement pour les Kurdes, ces pays peuvent et vont surmonter leurs divergences et leurs objectifs contradictoires à propos de la Syrie, en s’unissant pour empêcher avant tout la création de cet État kurde. En fait, peu après que Massoud Barzani eut annoncé son intention de tenir un référendum général sur l’indépendance, des sources bien informées m’ont dit que des agents des services du renseignement et de la sécurité iraniens, turcs et syriens ont tenu une réunion au plus haut niveau pour discuter des « conséquences désastreuses » possibles d’un État kurde indépendant dans leurs pays respectifs et de ses effets au Moyen-Orient. Ces agents croient que les USA profitent du rêve kurde d’avoir un État pour mieux diviser le Moyen-Orient et voir comment les autres pays réagiront.

Les Kurdes d’Irak et de Syrie : cheval de Troie pour diviser le Moyen-Orient
Du point de vue kurde, ce rêve est légitime. Les Kurdes ont le droit d’avoir leur propre État. Mais les pays de la région sont d’avis qu’il est prématuré de franchir ce pas, qui ne fera qu’augmenter les problèmes des Kurdes. Il devient donc essentiel d’enterrer ce « projet américain » le plus vite possible et de le repousser dans le temps, soit après la fin des guerres en Syrie et en Irak.

Des pays comme l’Iran, la Syrie et l’Irak croient que les USA et Israël sont derrière ce plan, qu’ils tirent parti de l’aspect émotif rattaché à l’idée de posséder un État pour les Kurdes, en ayant comme objectif la partition du Moyen-Orient. La domination de « l’axe de la résistance » s’exercerait ainsi sur des États faibles et divisés. Gardons toutefois à l’esprit que les plans visant à renverser le président syrien Bachar al-Assad (après six ans de guerre), à établir un califat gouverné par Daech et à faire en sorte que les conséquences naturelles de la guerre en Irak mènent à la création d’un autre Sunnistan ont tous échoué jusqu’à maintenant.

La Turquie est convaincue aussi que les USA ne voient pas d’un mauvais œil l’affaiblissement de la position du président Erdogan, pour le punir du rôle croissant qu’il exerce au Moyen-Orient, de sa participation directe en Syrie et de son opposition à la création d’un État kurde en Syrie (où les USA cherchent à construire une base militaire qui remplacerait Incirlik en temps et lieu). La Turquie considère que les USA encouragent la création d’un État kurde à la frontière turque dirigé par le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), son ennemi juré. Il ne fait aucun doute que les Kurdes syriens vont probablement suivre la voie tracée par les Kurdes irakiens : les USA sont déjà en train de construire plusieurs bases et aéroports militaires au nord-est de la Syrie, avec l’intention d’occuper des parties du pays et de maintenir une présence américaine à long terme.

Des hauts responsables à qui j’ai parlé à Téhéran, Bagdad et Damas trouvent que la stratégie des USA en Syrie et en Irak n’est pas claire. Indépendamment de cette évaluation inexacte et en observant les événements qui se succèdent, l’administration américaine semble en fait avoir pas mal confiance en sa stratégie en Irak et en Syrie. Les forces d’occupation illégale des USA ont soutenu une attaque majeure dans le Badia (une zone semi-désertique de la Syrie riche en pétrole et en gaz naturel) par des groupes « modérés » syriens, de façon à étendre leur domination sur la steppe syrienne liée à la province d’Anbar (sunnite) en Irak et au désert jordano-saoudien. Elles ont occupé al-Tanaf et tenté d’exercer une pression énorme sur Bagdad (en vain) pour empêcher les Forces de mobilisation populaire (FMP) d’atteindre la frontière avec la Syrie. Elles ont attaqué Raqqa avec l’aide de leurs mandataires kurdes et sont sur le point de libérer cette ville de Daech. Enfin, elles ont préservé l’accès aux champs pétrolifères et aux barrages de la région rurale de Raqqa, afin de s’assurer qu’un futur « État » kurde syrien (ou fédération) puisse survivre indépendamment de Damas. Puis, comme si cela ne suffisait pas, elles fourbissent leurs mandataires kurdes en armes mortelles et en artillerie lourde. Tout amène à conclure que les USA cherchent à voir simultanément qui d’entre les Kurdes de Syrie et d’Irak parviendront en premier à se doter d’un État et à l’imposer aux gouvernements centraux comme un fait accompli, en sachant fort bien que cette politique encouragera les Kurdes d’ailleurs (Iran et Turquie) à suivre la même voie menant à l’indépendance.

Les USA ne se soucient pas de la réaction d’Erdogan et du gouvernement turc à leur plan en faveur d’un État kurde en Syrie et en Irak, car c’est dans leur intérêt de déstabiliser Ankara (pour un certain nombre de raisons), même si la Turquie est membre de l’OTAN. Aux yeux des Américains, Erdogan est considéré comme « hors du contrôle et de l’orbite des USA » depuis l’échec du coup d’État contre lui. La promotion des Kurdes syriens par les USA et leur soutien à un État indépendant éventuel le long de la frontière turco-syrienne le confirment. Le premier ministre turc et son ministre des Affaires étrangères ont déjà qualifié un éventuel Kurdistan d’« erreur irresponsable et grave ». La Turquie ne livrera pas bataille contre les Unités de protection du peuple kurde (YPG) pour le moment, parce que leurs combattants sont sous la protection des USA, mais elle va sûrement s’en prendre aux Kurdes à Afrin, à l’autre bout du Rojava.

L’Iran aussi, par l’entremise de son guide suprême Sayed Ali Khamenei, a précisé clairement qu’il ne tolérerait pas la présence d’un État kurde le long de sa frontière avec l’Irak. Cette position claire, manifeste et ferme envers les Kurdes n’est pas tant l’expression d’une animosité contre le peuple kurde. Elle est davantage due au fait que ce sont les USA qui ont choisi le moment et la stratégie pour mettre de l’avant le « projet d’indépendance », alors que la partition du Moyen-Orient demeure une possibilité très envisageable et à la suite de l’échec de Daech de parvenir à diviser le Levant et la Mésopotamie.

Les Kurdes d’Irak et de Syrie : cheval de Troie pour diviser le Moyen-Orient
C’est ce qui explique pourquoi Erdogan a avancé ses forces combattantes de Jarablus à al-Bab, en faisant fi de la présence américaine, et a divisé le Rojava en deux parties. C’est aussi la raison pour laquelle l’Iran a avancé ses forces combattantes dans la Badia au nord-est d’al-Tanaf, bloquant ainsi la route aux USA dans cette direction, tout en progressant vers le sud-est, récupérant ainsi plus de 30 000 km2 dans la Badia, afin d’empêcher les USA et leurs mandataires d’étendre leur contrôle dans ce secteur. Pour Téhéran, Damas et Ankara, le plan des USA est de créer un État kurde en Irak et en Syrie et d’ouvrir la voie à la création d’un État sunnite en Irak, pays qu’ils considèrent comme un gouvernorat iranien. Si le « soulèvement sunnite » a échoué en Syrie, c’est parce que le pays compte plus de 70 % de sunnites qui contrôlent l’économie, tandis que les alawites en détiennent le commandement militaire.

Aux dires de certains décideurs dans la région, les Kurdes risquent de commettre une erreur monumentale en se mettant à dos les pays limitrophes, car un État pouvant être attaqué ou encerclé par voie terrestre ou aérienne, qui n’a pas non plus d’accès direct à la mer, ne peut survivre sans coopération.

Massoud Barzani croit bien sûr que le moment est parfait pour tenir son « référendum contraignant » (qui devrait sans doute donner plus de 90 % de votes en faveur d’un État indépendant) le 25 septembre. Il croit aussi que la population kurde accepte les risques liés à une telle décision. Massoud exclut une proclamation immédiate d’un État kurde indépendant, mais voit les choses comme le début d’un long dialogue et processus de négociation pacifique avec Bagdad pour répondre au souhait de la population kurde. Selon des sources haut placées au Kurdistan, Massoud ne veut pas encourager les Kurdes d’autres pays de lui emboîter le pas, car le programme et l’idéologie des Kurdes en Irak diffèrent de ceux des Kurdes de Syrie, de Turquie et d’Iran. Mais peu importe ce que le dirigeant kurde croit et dit, il n’existe pas de garantie ou de processus prévoyant accorder l’indépendance à une nation kurde dans un pays donné, mais pas aux autres. En réalité, Barzani ne peut garantir quelle sera la réaction des mêmes Kurdes irakiens à plus long terme, même si pour le moment ils se déclarent ouvertement en faveur de ses décisions. Mais derrière des portes closes, bien des Kurdes anti-Barzani expriment leur désaccord avec le référendum en ce moment critique au Moyen-Orient.

Les Kurdes d’Irak et de Syrie : cheval de Troie pour diviser le Moyen-Orient
Bien des gens ignorent le fait que les Kurdes d’Irak et de Syrie n’ont pas adopté une position neutre dans les guerres en cours dans ces pays. Massoud Barzani a apporté un soutien militaire substantiel à Bachar al-Assad pendant de nombreuses années, en envoyant hommes et armes en renfort à l’armée syrienne. De plus, les Kurdes syriens ont accordé le même soutien aux villes syriennes bordant Afrin lorsqu’elles ont été assiégées par Al-Qaïda et ses alliés. Damas croit que les Kurdes doivent leur sécurité et leur bien-être à leurs voisins arabes et musulmans. Ce n’est certes pas en favorisant la partition du pays dans lequel ils vivent et en suivant la politique américaine qu’ils aideront leur cause. En fait, les problèmes entre Damas et Hassaké ont commencé quand les Américains ont débarqué au nord-est de la Syrie. C’est ainsi qu’à la suite de l’intervention illégale des USA en Syrie, Salih Muslim, président du Parti de l’union démocratique kurde (PYD), s’en est pris à l’Iran et a louangé le rôle de l’Arabie saoudite dans la région. Les USA prétendent combattre Daech, mais ont frappé aussi l’armée syrienne et ses alliés à maintes reprises. La relation entre les Kurdes syriens et Damas n’est toutefois pas parvenue à une impasse encore.

L’intervention américaine et l’attitude hostile des Kurdes à l’endroit des alliés syriens ont amené Damas, Moscou et l’Iran à s’éloigner de leur rôle de protecteurs des Kurdes (Moscou et l’armée syrienne avaient créé à l’origine une ligne de démarcation autour de Manbij pour soutenir à leur tour les Kurdes, les protéger et empêcher les Turcs de prendre la ville que les Kurdes avaient libérée de Daech). L’attitude des Kurdes a amené la Turquie à attaquer Afrin et ils ont perdu la « protection » dont ils jouissaient, ce qui a nui au plan américain d’occuper des parties de la Syrie et de diviser le pays.

Les Kurdes d’Irak et de Syrie : cheval de Troie pour diviser le Moyen-Orient
On a observé de sérieuses contradictions ces dernières années dans la dynamique entourant la Turquie et les Kurdes, tant en Syrie qu’en Irak :

-La Turquie a permis aux Peshmergas de prêter main-forte à ses ennemis, les Kurdes syriens du YPG, à Kobané (ou Ain al-Arab ), quand Daech était sur le point de prendre possession de la ville. C’est cette même Turquie qui devra maintenant travailler fort pour empêcher que le Kurdistan ne déclare son indépendance en Irak, et qui fera tout ce qu’elle peut pour éviter que les Kurdes en Syrie ne créent leur État, le Rojava. Elle n’hésitera sûrement pas à frapper ceux qui sont devenus les mandataires des USA dans le Bilad al-Cham (les Forces démocratiques syriennes).

-En 2014, Massoud Barzani a fait l’éloge de Daech, en disant qu’il menait une « révolution des tribus », car il croyait que le groupe terroriste constituerait un Sunnistan, qui ouvrirait la porte à la création d’un Kurdistan indépendant dans un Irak divisé en trois États. Massoud a tôt fait de réaliser que le groupe extrémiste lorgnait Kirkouk, riche en pétrole. Il a attaqué Erbil et comptait réduire les Kurdes en esclavage. C’est à ce moment qu’il a changé sa position envers Daech, en joignant Bagdad dans sa lutte contre le terrorisme et en combattant aux côtés de l’armée irakienne pendant trois ans pour protéger l’unité de l’Irak. Aujourd’hui, le dirigeant kurde veut déclarer l’indépendance du Kurdistan à la suite du référendum qu’il compte tenir. Mais il ne devrait pas s’attendre à ce que la Turquie et l’Iran appuient son projet d’indépendance, qui ne manquera pas d’occasionner des troubles internes dans ces pays où vivent des millions de Kurdes qui revendiquent tous leur indépendance.

-L’Iran a soutenu les Kurdes en leur procurant des armes pour protéger leur fédération autonome en 2014, lorsque les Peshmergas ne disposaient que de vieux AK-47 et de quelques mortiers pour se défendre contre Daech, après la chute de Mossoul. Comme les USA repoussaient leur soutien militaire et la guerre contre le terrorisme en Irak, un lien solide s’est tissé entre Massoud Barzani et Téhéran (principalement avec Qassem Soleimani, le commandant des Forces al-Qods, les forces spéciales des Gardiens de la révolution islamique). En échange, les Peshmergas ont établi un couloir d’approvisionnement entre le Kurdistan et l’armée syrienne, alliée de Téhéran. C’est ce même Iran qui devra maintenant faire de son mieux pour empêcher la naissance d’un État indépendant au Kurdistan. L’Iran se joindra à la Turquie pour que pareille partition ne se réalise pas.

Les Kurdes d’Irak et de Syrie : cheval de Troie pour diviser le Moyen-Orient
Les Kurdes irakiens sont en désaccord avec le PKK à Sinjar, qu’ils ont même combattu à quelques reprises. Ils ne s’entendent pas bien avec les YPG et le PKK en général, car leurs idéologies et leurs objectifs diffèrent. Mais lorsqu’il s’agit de lutter contre un danger, tous les Kurdes s’unissent et forment une seule identité nationale et ethnicité. Voilà pourquoi les pays du Moyen-Orient où vivent des Kurdes sont convaincus qu’une déclaration d’indépendance des Kurdes dans un pays fera boule de neige dans tous les autres pays. C’est principalement pour cette raison que bien des pays du Moyen-Orient vont faire tout en leur pouvoir pour empêcher leur indépendance.

Bagdad considère le Kurdistan comme une fédération autonome protégée par la constitution. Les responsables à Bagdad reconnaissent ne pas avoir fait appliquer la constitution. Ils n’ont pas réglé le problème des zones contestées ni rempli leurs engagements envers Erbil. Les responsables irakiens ne voient aucun intérêt à donner suite à un référendum sur l’indépendance du Kurdistan, car cela amènera les sunnites à vouloir leur État indépendant aussi, tout comme les chiites radicaux. L’idée pourrait se propager aussi parmi les chiites dans d’autres parties du Moyen-Orient.

L’on s’attend aussi à ce que Bagdad cesse toute forme de collaboration avec le Kurdistan si Massoud proclame un État indépendant. Les Kurdes qui relèvent du gouvernement central sont confrontés à un avenir incertain, même si la plupart des politiciens chiites au pouvoir ont des origines kurdes. Aucun nouveau soutien financier ne sera accordé et le gouvernement central à Bagdad pourrait empêcher tout avion de parvenir au Kurdistan, un État entouré de terre sans accès à la mer. Une guerre silencieuse sera livrée contre le Kurdistan, pendant que se poursuivra la vraie guerre livrée contre Daech. Il se pourrait même que les FMP empêchent les Peshmergas de récupérer les zones contestées, ce qui laissera à Erbil un État où régnera une insécurité persistante.

Les pays du Golfe soutiendront assurément une partition de l’Irak et de la Syrie, car cela leur donnerait ce qu’ils ont perdu dans le Bilad al-Cham et en Mésopotamie après de nombreuses années de guerre. L’Arabie saoudite n’est pas parvenue à diviser l’Irak en créant un État sunnite et a échoué dans sa tentative de renverser Bachar al-Assad en permettant à des extrémistes sunnites de prendre les commandes du pays.

Les Kurdes d’Irak et de Syrie : cheval de Troie pour diviser le Moyen-Orient
Si les Kurdes déclarent leur indépendance, le Kurdistan devrait subir les effets d’une récession grave, mais des pays de la région, en premier lieu l’Arabie saoudite, seront heureux d’aider les Kurdes en les attirant dans leur orbite. Salih Muslim s’est d’ailleurs déjà engagé dans cette voie. Nous devrions bientôt entendre Barzani faire l’éloge de l’Arabie saoudite.

Massoud Barzani doit bien préparer le terrain avant de se lancer dans l’aventure du Kurdistan indépendant. Il envoie des émissaires à Bagdad, Téhéran, Ankara et au Conseil de coopération du Golfe (CCG) pour savoir ce qu’on pense de son projet d’indépendance. Il affirme aussi que la tenue du référendum ne signifie pas une déclaration d’indépendance immédiate : ce n’est qu’une question de temps. Sauf qu’une telle déclaration à un moment dangereusement prématuré pourrait empêcher la nouvelle génération de Kurdes de réaliser son rêve d’obtenir un État.

L’Arabie saoudite, Israël et les USA ne peuvent à eux seuls assurer la sécurité et la protection d’un État kurde prospère et pacifique, car le moment choisi – étonnamment perçu par Barzani comme idéal – ne pourrait être pire. La situation demeure tellement explosive que le moindre mouvement risque de tourner au drame et de remodeler tout le Moyen-Orient. Ce qu’il y a de commun entre le référendum du 25 septembre 2017 et le référendum de 2005, c’est que les deux devraient rester dans le fond d’un tiroir.

Elijah J. Magnier – @ejmalrai

Source de l’article : Le blog d’Elijah J. Magnier

Traduction : Daniel G.

La source originale de cet article est elijahjm.wordpress.com/

Copyright © Elijah J. Magnier, elijahjm.wordpress.com/, 2017

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« Le lâche meurt chaque jour, le brave ne meurt qu’une fois ! »

Riyad est pressé de « légitimer » sa relation florissante avec Israël et de faire taire toutes les critiques.

« Le lâche meurt chaque jour, le brave ne meurt qu’une fois ! »
L’évolution de la relation entre Israël et l’Arabie saoudite devrait devenir une caractéristique clé de la politique régionale dans la phase à venir. Cela va de la normalisation à marche forcée des relations entre les deux parties et la tenue de contacts discrets, jusqu’à la formation d’une alliance non déclarée mais de grande envergure.

Le général saoudien à la retraite Anwar al-Eshki a fait des révélations sur cette question lors d’une interview la semaine dernière sur la chaîne de télévision allemande Deutsche Welle, dans laquelle il a traité un certain nombre de questions restées jusque là sans réponses : avant tout, la raison pour laquelle l’Arabie Saoudite a été si tenace à propos des îles de la mer Rouge de Tiran et Sanafir, voulant rapidement un transfert de souveraineté de la part de l’Égypte.

Eshki a clairement indiqué qu’une fois que l’Arabie saoudite assumerait la souveraineté sur les deux îles, elle respecterait les Accords de Camp David et que l’accord de paix égyptien-israélien de 1979 – qui avait mis l’Égypte à l’écart du monde arabe et de la cause palestinienne et a mené à l’ouverture d’une ambassade israélienne au Caire – cesserait d’être un accord purement bilatéral.

Le général, qui a été le chef de file de l’Arabie saoudite dans son processus de normalisation avec Israël, a expliqué que le nouvel accord de démarcation de la frontière maritime avec l’Égypte place les deux îles dans les eaux territoriales du royaume. L’Égypte et l’Arabie saoudite partageront donc le contrôle sur le détroit de Tiran par lequel passent les navires israéliens alors qu’ils naviguent dans et hors du golfe d’Aqaba, et le royaume établira de fait une relation avec Israël.

Certes, Eshki a également déclaré que la normalisation des relations saoudiennes avec Israël était subordonnée à ce que cette dernière accepte l’Initiative de paix arabe de 2002. Mais il a également parlé d’une initiative de paix israélienne qui « contournerait » ce plan. Selon lui, il serait question de la création d’une confédération qui relierait les territoires palestiniens occupés – il n’a pas précisé comment ou à qui – tout en reportant la discussion sur le sort de Jérusalem.

Eshki a également profité de l’interview pour confirmer ce que le Premier ministre israélien Binyamin Netanyahu a souvent répété : l’Arabie saoudite ne considère pas Israël comme un ennemi. Il a soutenu que ce point de vue est partagé par les Saoudiens ordinaires, et que cela se reflète dans leurs tweets et leurs commentaires sur les médias sociaux, où ils soulignent qu’Israël n’a jamais attaqué le royaume et n’est donc pas son ennemi. Ces citoyens [saoudiens] appuieraient donc la normalisation des relations avec Israël.

Eshki n’est pas un décideur, mais un porte-parole. Il a été soigneusement sélectionné pour dire ce qu’il a dit et en faire la publicité. Pour comprendre ce que ses mots ont comme objectif – et comprendre les principales caractéristiques du nouveau schéma de normalisation qui se déroule rapidement -, il suffit de paraphraser les déclarations du ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman : la normalisation entre les États arabes et Israël devrait être atteinte en premier, puis suivi d’une paix palestino-israélienne. Israël ne peut pas accepter une situation dans laquelle la normalisation avec les États arabes dépendrait de la résolution de la question palestinienne. Après tout, Israël a signé des accords de paix avec l’Égypte et la Jordanie sans mettre fin au conflit avec les Palestiniens.

Le chef de la commission de la défense et de la sécurité nationale du parlement égyptien, le général Kamal Amer, a souligné le fait que la remise de Tiran et Sanafir impliquaient l’Arabie saoudite dans les accords de Camp David et à toutes les obligations qui en découlent.

La conclusion à en tirer est que le but principal de cette précipitation pour placer les deux îles sous souveraineté saoudienne était d’accélérer le rythme de la normalisation entre Israël et l’Arabie Saoudite et de « légitimer » leur alliance en cours de réalisation. Après tout, l’Arabie Saoudite possède d’innombrables îles négligées tout au long de ses côtes de la Mer Rouge et du Golfe. Elle n’a pas besoin de deux autres affleurements de taille réduite, stériles et inhabités. Même si c’était le cas, elle s’en est privée pendant les 50 ans où ces deux îles étaient sous occupation israélienne ou protection égyptienne. Elle aurait pu sans problème attendre et remettre cette question épineuse à dix, vingt ou cent ans plus tard, afin d’éviter d’embarrasser le gouvernement égyptien et d’irriter le peuple égyptien.

La mise en scène du gouvernement saoudien pour la normalisation avec l’État sioniste est déjà en bonne voie et a progressé.

Après les visites « académiques » d’Eshki en Israël et les rencontres sécuritaires du premier responsable du renseignement, le prince Turki al-Faisal, nous avons commencé à voir des analystes saoudiens apparaître à la télévision israélienne. La prochaine étape sera sans doute que les ministres et les princes saoudiens fassent de même.

Concernant les « citoyens saoudiens » qui selon Eshki ont affiché leur soutien à une normalisation avec Israël au motif que ce pays n’a jamais attaqué leur pays, sont en service commandé dans l’armée électronique saoudienne. Ils sont des milliers et ils travaillent sous les auspices des services de renseignement et de la police. L’écrasante majorité des Saoudiens s’oppose à toute forme de normalisation avec l’état de l’occupation, pour des raisons religieuses, nationalistes arabes, patriotiques et morales. Nous n’en avons absolument aucun doute. Mais nous pouvons imaginer la pression que les Saoudiens subissent quand un simple tweet exprimant de la sympathie pour le Qatar ou la moindre critique du plan officiel « Vision 2030 » peut coûter au tweeter 15 ans d’emprisonnement ou une amende de 250 000 dollars…

Selon Haaretz et d’autres médias israéliens, le prince héritier Muhammad bin-Salman, qui dirige le processus de normalisation et d’alliance avec Israël, a visité Jérusalem occupée en 2015. Il a également tenu des réunions régulières avec des responsables israéliens, plus récemment encore à l’occasion du sommet arabe tenu à Amman en mars dernier.

Il n’y a pas longtemps, Riyadh a accueilli le journaliste américain Thomas Friedman. (Peut-être que c’était une récompense pour son commentaire après les attentats du 11 septembre selon lesquels les États-Unis auraient dû envahir l’Arabie saoudite – la véritable source de terrorisme – plutôt que l’Irak en représailles…) Friedman a rencontré un certain nombre d’officiels avant d’obtenir une longue entrevue avec Muhammad bin-Salman. Il a signalé par la suite qu’à aucun moment lors de la rencontre de cinq heures, le prince n’a prononcé le mot « Palestine » ou n’a mentionné le conflit israélo-arabe.

Mais je défie quiconque de trouver un seul exemple où l’homme fort saoudien ait fait référence à la « Palestine » dans ses interviews télévisées…

Pendant ce temps, la priorité a été accordée à l’étouffement des voix arabes – que ce soit sur les médias sociaux ou dans les médias conventionnels – qui s’opposent à cette alliance israélo-saoudienne et dénoncent ses objectifs, ses implications et ses conséquences prévisibles. L’exigence de Riyad de la fermeture de la chaîne Al-Jazeera confirme que la guerre que l’Arabie saoudite mène actuellement n’est pas contre le « terrorisme » mais contre les médias critiques et libres.

Nous aussi sommes une cible dans cette guerre, sous le coup d’une attaque furieuse par l’armée électronique saoudienne et d’une vicieuse et délibérée campagne de diffamation. Tout ce que l’on peut dire en réponse est de citer le dicton : « Le lâche meurt chaque jour, le brave ne meurt qu’une fois ! ».

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Rassemblement pro-palestinien à New York : « Les sionistes nazis aident l’EI et ont tué JFK ; Al-Baghdadi est un Israélien ; les États-Unis sont le terroriste n° 1 »

Lors d’un rassemblement à Times Square, à New York, pour marquer la Journée internationale de Quds, les militants ont scandé des slogans anti-américains et anti-israéliens. Un activiste a scandé que « l’Etat sioniste aide l’Etat islamique depuis sa création » et que les initiales d’ISIS [EI] étaient celles des services secrets israéliens.

Rassemblement pro-palestinien à New York : « Les sionistes nazis aident l’EI et ont tué JFK ; Al-Baghdadi est un Israélien ; les États-Unis sont le terroriste n° 1 »
Il a également déclaré qu’Abu Bakr Al-Baghdadi était un agent du Mossad et que les sionistes avaient assassiné John F. Kennedy car il était opposé à la nucléarisation d’Israël. Nerdeen Kiswani, du mouvement des étudiants de NYC pour la justice en Palestine, a scandé « Nous ne voulons pas deux Etats, nous voulons 48 ! » et « L’impérialiste américain, terroriste numéro un ! »

Joe Catron, membre du Réseau de solidarité du prisonnier palestinien Samidoun, a pour sa part scandé : « Intifada, révolution ! » et « Israël, va en Enfer ! » L’activiste américano-philippin Mike Legaspi, de l’alliance « Bayan USA » des organisations philippines, a quant à lui accusé les États-Unis de « bombarder à fond le Moyen-Orient » et exigé que « l’impérialisme américain arrête de financer Israël ». La Journée de Quds est un événement annuel orchestré par l’Iran, institué par l’ayatollah Khomeini en 1979 et célébré le dernier vendredi du mois du Ramadan.

Extraits :

Orateur : Il y a eu un accord entre Hitler et le mouvement sioniste en 1934. Il s’appelle l’accord de Hasbara [sic]. Le mouvement sioniste fut le seul mouvement à avoir coopéré avec Hitler pour faire sortir les Juifs d’Europe [et les emmener] en Palestine. Les Juifs qui voulaient se rendre en Palestine ont été épargnés, mais les Juifs qui ne voulaient pas aller en Palestine – les vrais Juifs – ont été tués et massacrés. Interrogez l’autre partie sur l’Accord de Hasbara. Demandez-leur ! Savent-ils ce que c’est ? Non. Pourquoi ? Parce que les médias l’ont occulté. En outre, je voudrais ajouter cela : l’Etat islamique – comment l’EI est-il né ? Israël, l’État, l’Etat sioniste, aide l’EI depuis sa création. Ils aident les terroristes en Syrie, tuant des Syriens, tuant des Irakiens, tuant des Palestiniens. Ces gens ne veulent pas seulement la Palestine : ils veulent [tout le terrritoire s’étendant] du Nil à la rivière de l’Euphrate. Ils sont comme Hitler. Ils sont comme les nazis, le mouvement sioniste. J’en appelle aux partisans de Donald Trump, s’il vous plaît : faites une recherche sur l’USS Liberty, les soldats américains qui ont été tués, nos troupes, nos troupes qui ont été tuées. Parlons de John F. Kennedy. Pourquoi John F. Kennedy a-t-il été assassiné ? Parce qu’il voulait empêcher Israël d’obtenir des armes nucléaires. Ils ont tué JFK afin de pouvoir obtenir des armes nucléaires. […]

La Torah, le livre sacré du judaïsme, a été détournée par les terroristes sionistes nazis, tout comme le Coran a été détourné par l’EI. De même que le Coran a été détourné par l’EI, le judaïsme a été détourné par les sionistes. Ils l’ont détourné. Ils l’ont fait ressembler au terrorisme. Ces gens… Demandez-leur, interrogez-les sur les versets de la Torah où il est dit d’expulser les Palestiniens et de prendre toutes leurs terres. Ils ne peuvent les trouver. […]

Israël n’est pas une démocratie. C’est un Etat suprémaciste juif… Désolé, naz…ioniste. […]

Vous constaterez qu’ISIS [EI en anglais] sont les initiales de Israeli Secret Intelligence Service [services secrets de renseignements israéliens]. Et devinez quoi ? Vous savez qui le soutient ? Étonnamment, Israël – pas étonnamment, en fait… Israël, l’Occident, ses gouvernements et son armée. En outre, on a découvert que l’EI utilisait des armes israéliennes… Je le répète, pas des armes arabes mais israéliennes. Des armes israéliennes ! Comment ont-ils obtenu ces armes israéliennes ? Est-ce qu’elles leur sont tombées du ciel ? Est-ce qu’elles sont venues de Dieu ? D’où sont-elles arrivées ? Dieu seul le sait. Elles sont venues des terroristes sionistes nazis. C’est de là qu’elles sont venues. Elles sont venues des terroristes nazis sionistes. C’est de là qu’elles sont venues. Parlons d’Abu [Bakr] Al-Baghdadi une seconde. Qui est ce type, Abu [Bakr] Al-Baghdadi ? Est-il musulman ? Est-il saoudien ? Est-il jordanien ? Peut-être syrien, peut-être iranien, peut-être afghan, peut-être paki… Non, il est israélien. Il est israélien. Ils ont constaté que le chef de l’EI était financé par Israël et qu’il était un agent du Mossad. Pouvez-vous le croire ? Je ne suis pas surpris, personnellement. […]

Joe Catron du Réseau de solidarité Samidoun : Libérez, libérez la Palestine !

Manifestants : Libérez, libérez la Palestine !

Joe Catron : Il n’y a qu’une seule solution …

Manifestants : Il n’y a qu’une seule solution…

Joe Catron : Intifada, révolution !

Manifestants : Intifada, révolution !

Joe Catron : Il est juste de se rebeller…

Manifestants : Il est juste de se rebeller…

Joe Catron : Israël, va en Enfer…

Manifestants : Israël va en Enfer… […]

L’activiste américano-philippin Mike Legaspi de l’Alliance « Bayan USA » : J’ai une chose à vous demander à vous tous et à eux tous : Est-ce que ce sont les Palestiniens qui ont tué Mike Brown [Michael Brown, un afro-Américain de 18 ans abattu le 9 août 2014 par un policier à Furguson (Missouri)] ? Est-ce que ce sont les Palestiniens qui ont causé la crise de l’eau à Flint ? Est-ce que ce sont les Palestiniens qui ont essayé de détruire [la réserve indienne de] Standing Rock, en y plaçant un pipeline, détruisant la vie des populations autochtones ? Etait-ce les Palestiniens ? Etait-ce eux ?

Manifestants : Non !

Mike Legaspi : Est-ce que ce sont des Palestiniens qui ont tué un quart de la Corée dans les années 1950, qui ont tué des millions de Vietnamiens dans les années 1970 et qui continuent d’exercer leur oppression en Asie, en Afrique, en Amérique latine et dans le monde entier ? Etait-ce les Palestiniens ?

Manifestants : Non !

Mike Legaspi : Est-ce que ce sont les Palestiniens qui prennent et volent l’argent de la classe ouvrière américaine ?

Manifestant : C’est le mouvement sioniste !

Mike Legaspi : qui ont bombardé à fond le Moyen-Orient… Est-ce les Palestiniens ?

Manifestant : Non !

Mike Legaspi : Qui est-ce ?

Manifestant : Israël ! Les terroristes sionistes nazis !

L’organisateur du rallye : Vous avez cassé le micro…

Mike Legaspi : Ce sont des gens comme la LDJ ! C’est l’impérialisme et les sionistes, comme la Ligue de défense juive, comme l’Armée de défense d’Israël. Ce sont eux. Le sionisme est le terrorisme !

Manifestant : Le sionisme est le terrorisme !

Mike Legaspi : Le sionisme est le terrorisme. Donc, si vous êtes contre la guerre et que vous êtes pour la paix, vous êtes contre le sionisme. Si vous êtes contre le sionisme, vous êtes contre son ultime planche de salut ici. La meilleure façon de soutenir d’ici le combat dans le monde entier est d’exiger de l’impérialisme américain qu’il cesse de financer Israël. Je veux finir avec un seul slogan, juste pour rappeler que le drapeau américain et le drapeau israélien oppriment ensemble la population mondiale. Nous comprenons ici qu’il est toujours juste de se rebeller. Il est juste de se rebeller ! Israël, va en Enfer !

Manifestants : Il est juste de se rebeller ! Israël, va en Enfer !

Mike Legaspi : Il est juste de se rebeller ! Israël, va en Enfer !

Manifestants : Il est juste de se rebeller ! Israël, va en Enfer ! […]

Nerdeen Kiswani des Etudiants de NYC pour la justice en Palestine : Nous ne voulons pas deux Etats…

Manifestants : Nous ne voulons pas deux Etats…

Nerdeen Kiswani : Nous voulons 48 !

Manifestants : Nous voulons 48 !

Nerdeen Kiswani : Nous ne voulons pas deux Etats…

Manifestants : Nous ne voulons pas deux Etats…

Nerdeen Kiswani : Nous voulons 48 !

Manifestants : Nous voulons 48 !

Nerdeen Kiswani : Ne leur prêtez pas attention, parce que c’est ce qu’ils attendent de nous. Mais rien de ce qu’ils peuvent dire ou de ce qu’ils peuvent faire ne pourra nous détourner de notre lutte pour la liberté des Palestiniens. Ne les laissez pas vous détourner. Scandez seulement : Libérez, libérez la Palestine !

Manifestants : Libérez, libérez la Palestine ! […]

Nerdeen Kiswani : L’impérialiste américain, terroriste numéro un !

Manifestants : L’impérialiste américain, terroriste numéro un !

Nerdeen Kiswani : L’impérialiste américain, terroriste numéro un !

Manifestants : L’impérialiste américain, terroriste numéro un !

Nerdeen Kiswani : L’impérialiste américain, terroriste numéro un !

Manifestants : L’impérialiste américain, terroriste numéro un !

Nerdeen Kiswani : Arrêtez la machine de guerre américaine, de la Palestine aux Philippines !

Manifestants : Arrêtez la machine de guerre américaine, de la Palestine aux Philippines !

Nerdeen Kiswani : Arrêtez la machine de guerre américaine, de la Palestine aux Philippines !

Manifestants : Arrêtez la machine de guerre américaine, de la Palestine aux Philippines !

Nerdeen Kiswani : Face à l’occupation, la résistance est justifiée !

Manifestants :Face à l’occupation, la résistance est justifiée !

Nerdeen Kiswani : Face à l’occupation, la résistance est justifiée !

Manifestants : Face à l’occupation, la résistance est justifiée !

Shahid Comrade Sec.-Gen du Freedom Forum Pakistan-Etats-Unis : Nous sommes très inquiets de ce qui se passe en Syrie. La Syrie est bombardée. Le Yémen est bombardé. En Afrique, il y a des bombardements. L’Afghanistan est bombardé. Le Cachemire est bombardé. L’Irak est bombardé. Le Pakistan vient de perdre un si grand nombre de personnes dans une attaque. Nous sommes contre chaque esprit terroriste qui tue les gens. Et tout cela arrive du fait des sales manoeuvres de la CIA.

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3 juillet : la fin d’une révolution et le début d’une autre

Les sponsors du coup d’État de 2013 en Égypte menacent de recourir à la même tactique contre leur désobéissant voisin du Golfe. La crise qu’a engendrée cette stratégie ne fera que s’étendre

3 juillet : la fin d’une révolution et le début d’une autre
Ce n’est pas un hasard si le Qatar avait jusqu’au 3 juillet pour se conformer aux treize exigences de l’Arabie saoudite, date du quatrième anniversaire du coup d’État militaire en Égypte qui a évincé le premier président démocratiquement élu du pays.

Le lien entre ces deux dates a été explicitement établi par les propagandistes des régimes saoudien et émirati. Le 2 juillet, Dhahi Khalfan Tamim, l’ancien chef de la police de Dubaï, a tweeté : « Morsi a été évincé un 3 juillet. Le Qatar sera évincé un 3 juillet. Coïncidence ? »

La semaine précédente, Abdulrahman al-Rasheed, ancien directeur général de la télévision saoudienne Al Arabiya, avait écrit à propos du Qatar : « Il menace et prévient que cette confrontation sera similaire à ce qui s’est passé dans la “tente de Safwan” [où les Etats-Unis ont décidé des termes du retrait irakien du Koweït en 1991] mais nous craignons pour Doha car cela pourrait ressembler à la “place Rabia”. »

Quand un allié commet des actes comme le massacre de la place Rabia al-Adawiya en août 2013, qui « s’apparente vraisemblablement à des crimes contre l’humanité » – ce sont les mots de Human Rights Watch pas les miens –, la réaction normale consiste à prendre ses distances.

Cependant, nous ne sommes pas en temps normal. Non seulement les sponsors du coup d’État en Égypte se vantent de ce qui s’est passé, mais menacent également de recourir à la même tactique contre leur désobéissant voisin du Golfe.

Ils sont devenus ivres de pouvoir. S’ils brandissent un gros bâton, ils s’attendent à ce que tout le monde batte en retraite. Bahreïn l’a fait. Le Qatar, jusqu’à présent, ne l’a pas fait.

Dernier chapitre

Le 3 juillet 2013 a constitué un événement crucial pour toutes les parties. Pour la jeunesse et les forces qui ont renversé deux dictateurs en Tunisie et en Égypte, ce fut un coup de force.

Pour les monarchies du Golfe qui ont financé Abdel Fattah al-Sissi, ce fut le début de la contre-révolution qui renforcerait leur pouvoir absolu, renverrait les élections libres ou toute forme de responsabilité parlementaire à la prochaine décennie et leur laisserait leur richesse.

La tentative de coup d’État en Turquie l’année dernière et la campagne contre le Qatar aujourd’hui ne marquent rien de moins que le dernier chapitre d’une opération commencée il y a quatre ans.

Le Qatar a soutenu l’opposition politique en Égypte et ailleurs dans la région. Il a donné une voix au Printemps arabe à travers la couverture médiatique d’Al Jazeera. Faire taire le Qatar est donc essentiel au succès de l’ensemble de l’opération initiée il y a quatre ans. C’est la raison du blocus et des sanctions d’aujourd’hui.

3 juillet : la fin d’une révolution et le début d’une autre
Plus l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l’Égypte insistent sur le fait que leur campagne consiste à mettre un terme au financement du terrorisme, plus on trouve d’exemples de la collusion de leurs États avec al-Qaïda et le groupe État islamique (EI), preuves qu’ils sont désormais désireux de balayer sous le tapis.

J’ai déjà écrit au sujet de la libération par le prince saoudien Bandar ben Sultan de 1 239 détenus condamnés à mort, à la condition qu’ils « se rendent en Syrie faire le djihad », selon un document du ministère saoudien de l’Intérieur daté du 17 avril 2012.

Mercredi, Middle East Eye a publié des documents de l’ONU, en date du 3 février dernier, dans lesquels l’Égypte a bloqué une proposition américaine visant à ajouter des entités de l’EI en Arabie saoudite, au Yémen, en Libye et en Afghanistan-Pakistan à la liste des groupes sanctionnés par l’ONU. Elle l’a bloquée à nouveau en mai.

Comme l’a expliqué Madawi al-Rasheed, professeure invitée au Middle East Centre du LSE, il s’agissait d’un « cas classique » : l’Arabie saoudite ne voulait pas attirer l’attention sur son propre problème de terrorisme.

Faire revenir Moubarak

Il y a quatre ans, les Égyptiens qui sont descendus dans les rues le 30 juin 2013 pour exiger la démission de Morsi considéraient l’armée et Sissi comme une source de stabilité. Aujourd’hui, cependant, l’Égypte est plus instable, plus faible et plus pauvre.

Entre 30 % et 40 % du pays vit avec 2 dollars par jour ou moins. En mai, l’inflation a atteint 30 %, au plus haut depuis trente ans. Les prix des carburants ont augmenté de 200 % en trois ans. Le 3 juillet 2013, le dollar américain valait moins de six livres égyptiennes. Aujourd’hui, il en vaut plus de 18. Même le taux de chômage officiel – 12,4 % – grimpe en flèche, et le taux réel est beaucoup plus élevé.

Tout cela alors que le pays a reçu au moins 50 milliards de dollars de trois États du Golfe (Arabie saoudite, Émirats arabes unis et Koweït) et un package de 12 milliards de dollars supplémentaires de la part du FMI.

Quatre ans plus tard, le coût humain de la poigne de fer de Sissi est élevé. Voici un aperçu de sa répression, dressé à partir de chiffres tirés de l’Organisation arabe pour les droits de l’homme : 2 934 exécutions extrajudiciaires, 58 966 détentions arbitraires dont plus de 1 000 de mineurs ; 30 177 condamnations judiciaires ; 6 863 procès militaires ; 8 exécutions pour des motifs politiques ; 11 autres personnes dans le couloir de la mort. Au Sinaï, 3 446 civils ont été tués et 5 571 arrêtés, et plus de 2 500 maisons ont été démolies pour établir une zone tampon à la frontière avec Gaza.

3 juillet : la fin d’une révolution et le début d’une autre
Beaucoup de ceux qui ont soutenu Sissi dans son coup d’État contre Morsi ont fui en exil ou ont été emprisonnés. Le clivage entre les forces laïques et les forces islamistes qui ont rempli la place Tahrir, clivage qui s’était particulièrement renforcé pendant le mandat de Morsi, a perdu toute importance aujourd’hui car toutes deux ont rejoint les rangs des opprimés politiques. Lorsque l’Égypte a bloqué l’accès à 21 sites web, le journal indépendant de gauche Mada Masr était notamment l’un d’entre eux. Ce n’était pas un partisan de la confrérie.

L’ennemi de l’État aujourd’hui est un célèbre avocat des droits de l’homme, Khalid Ali, qui s’est mis sur le devant de la scène en défendant une affaire en janvier contre le projet du gouvernement de transférer deux îles inhabitées de la mer Rouge à l’Arabie saoudite. Il a été arrêté pour « offense à la décence publique », de même que huit membres de son parti Pain et liberté pour « abus des réseaux sociaux afin d’inciter au soulèvement contre l’État » et « insulte contre le président », selon le conseiller juridique du parti.

Quand on demande désormais de faire revenir Moubarak, ou plutôt son fils Gamal, ce n’est pas ironique. On se souvient de Moubarak comme d’un oligarque compétent par rapport à un Sissi vénal, stupide et aux mains tâchées de sang.

L’autre pan de l’histoire

Aujourd’hui, l’Égypte est à genoux, si affaiblie par une mauvaise administration qu’elle pourrait ne jamais s’en remettre. Mais ce n’est qu’un pan de l’histoire.

La principale ligne de faille dans le monde arabe, que les soulèvements de 2011 n’ont pas su surmonter, résulte de la répartition des richesses. À l’exception de l’Irak et de l’Algérie riches en pétrole, tous deux paralysés par le clientélisme et la corruption, la richesse est d’un côté du monde arabe tandis que les masses sont de l’autre. Le Printemps arabe était condamné par l’absence d’investissement de la partie riche du monde arabe dans son peuple. Cela se ressent aussi vivement aujourd’hui qu’en 2011.

Observer les pays arabes les plus riches, c’est être horrifié par l’argent qu’il y a et pour qui il est dépensé. Le classement des fonds souverains révèle une chose intéressante. Tout d’abord, il existe une richesse immense – le fonds des richesses souveraines du CCG s’élève à 2,8 milliards de dollars. Avec 320 milliards de dollars, le Qatar est un acteur modeste, bien que sa population soit très peu nombreuse. L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Koweït et Bahreïn ont des actifs évalués à 2,53 milliards de dollars.

En regardant de plus près, il y a quelque chose qui n’a pas de sens concernant la taille relative de ces fonds. Les fonds détenus par six fonds souverains émiratis s’élèvent à un peu moins de 1,3 milliard de dollars tandis que les deux principaux fonds saoudiens sont évalués à 679 milliards de dollars, soit seulement la moitié. On s’attendrait à ce que ce soit l’inverse. Cinq familles élargies du Moyen-Orient possèdent environ 60 % du pétrole mondial et la famille Saoud en contrôle plus d’un tiers.

Suivre l’argent saoudien

Il s’agit d’un casse-tête et la réponse se trouve peut-être dans le trou noir de la comptabilité de l’État saoudien, sur laquelle les avocats de la bourse de New York et de Londres auront intérêt à enquêter maintenant que jusqu’à 5 % d’Aramco, la compagnie pétrolière nationale saoudienne, va être mis en vente.

En 2003, Robert Baer, un ancien agent de la CIA qui a écrit un livre sur le sujet, a estimé que la famille comptait 30 000 personnes dont, avait-il noté alors, entre 10 000 et 12 000 recevaient des émoluments royaux allant de 800 dollars à 270 000 dollars par mois. Ces chiffres ont quatorze ans et auraient considérablement augmenté depuis.

Le coût du financement de la famille Saoud aujourd’hui peut être entraperçu à travers les chiffres des recettes publiques fournis par l’annuaire de l’Autorité générale des statistiques (GAS). Dans son examen de ces chiffres, qui semblent changer constamment comme par magie, l’Arab Digest a affirmé en mai que d’énormes sommes d’argent disparaissaient des caisses de l’État – une moyenne de 133 milliards de dollars annuellement.

La transparence requise aux bourses de New York et de Londres concernant la vente à venir d’actions d’Aramco met en évidence de manière inopportune la question centrale que le gouvernement américain s’est posée sur son allié saoudien – combien au juste peut-on tirer de la maison des Saoud ?

Taxer les travailleurs étrangers

Ils ne dépensent certainement pas cet argent pour leur population et ils cherchent d’autres sources de revenus, comme les travailleurs étrangers. Quelque 11 millions de travailleurs étrangers seront contraints de payer à l’avance pour que les personnes à leur charge puissent vivre dans le pays, condition pour obtenir leur visa d’entrée. Chaque étranger paiera 319 dollars pour chaque personne à sa charge cette année, somme qui passera à 1 070 dollars d’ici 2020.

Contrairement au cliché, la plupart d’entre eux ne sont pas de riches expatriés britanniques, mais des travailleurs peu rémunérés du monde arabe et du sous-continent indien. Plutôt que de payer ces sommes, ils renverront leurs familles au pays, tout comme leurs salaires. L’État saoudien y perdra deux fois.

Les actifs extérieurs nets ont diminué de 36 milliards de dollars au premier trimestre de cette année et sont passés de 737 milliards de dollars en août 2014 à 529 milliards de dollars en décembre 2016.

Cela témoigne d’une corruption à grande échelle et suggère que les caisses de l’État sont des fonds hémorragiques ayant pour vocation de permettre à la famille royale de conserver le style de vie auquel elle s’est habituée.

La révolution se profile

Maintenant, imaginez qu’en 2011, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, les pays les plus riches du monde arabe, aient pris une décision différente. Imaginez qu’au lieu d’investir dans une contre-révolution et dans une autre décennie de répression, ils aient choisi d’investir dans la démocratie et le peuple.

Imaginez que lorsque les gouvernements ont été élus après les premières élections libres que la région a connues, ils n’ont pas eu besoin de conférences de donateurs. Ni d’un plan Marshall. L’argent était déjà là. Il suffisait qu’une partie du monde arabe croie et investisse dans l’autre partie. Pour une culture qui utilise fréquemment le mot frère, la fraternité manque à l’appel.

Les Saoudiens se sont engagés à dépenser jusqu’à 500 milliards de dollars pour acheter des armes aux États-Unis. Donald Trump en est très reconnaissant, à tel point qu’il a réduit l’aide à la Tunisie, le seul État arabe où il y a de véritables élections, un véritable parlement et une démocratie qui fonctionne, bien qu’elle soit vacillante. La Tunisie manque désespérément d’investissements étrangers. Au lieu d’obtenir un montant négligeable de 177 millions de dollars, elle recevra désormais une somme dérisoire de 54,4 millions de dollars. L’aide américaine aux régimes autocratiques d’Égypte et de Jordanie ne diminue que légèrement, alors qu’Israël continue d’obtenir ses 3,1 milliards de dollars. Comme expression des valeurs américaines sous Trump, ces chiffres sont difficiles à battre.

Les riches et les puissants ont préféré investir dans la répression. Quatre ans plus tard, des millions de sunnites sont devenus des sans-abri. Mossoul, la deuxième ville d’Irak, est en ruines. Le choléra s’est déclaré au Yémen, à la porte de l’Arabie saoudite. Dévasté par une guerre de 27 mois menée par la coalition saoudienne, le pays compte au moins 10 000 personnes tuées, 3,1 millions de personnes déplacées à l’intérieur et 14,1 millions de personnes qui souffrent d’insécurité alimentaire.

Est-ce que ce carnage rend la frontière sud du royaume plus sûre ? Les Yéménites se sentent-ils redevables aux Saoudiens après ce qu’ils ont connu ?

Il en va de l’Égypte comme de la région dans son ensemble. Là où les Saoudiens et les Émiratis semblent victorieux, ils sèment les graines d’une nouvelle vague révolutionnaire de proportion colossale. Cette fois, elle ne sera pas basée sur la démocratie, l’État de droit et la non-violence. Elle ne sera pas non plus limitée ou contrôlable. Mais elle viendra.

– David Hearst est rédacteur en chef de Middle East Eye. Il a été éditorialiste en chef de la rubrique Étranger du journal The Guardian, où il a précédemment occupé les postes de rédacteur associé pour la rubrique Étranger, rédacteur pour la rubrique Europe, chef du bureau de Moscou et correspondant européen et irlandais. Avant de rejoindre The Guardian, David Hearst était correspondant pour la rubrique Éducation au journal The Scotsman.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : (de gauche à droite) le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel al-Joubeir, le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Abdallah ben Zayed al-Nahyane, le ministre égyptien des Affaires étrangères Sameh al-Shoukry et le ministre bahreïni des Affaires étrangères Khalid ben Ahmed al-Khalifa, au Caire le 5 juillet (Reuters).

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

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L’accord saoudo-égyptien sur les îles de la mer Rouge profite à Israël

L’accord saoudo-égyptien sur les îles de la mer Rouge profite à Israël
L’accord saoudo-égyptien sur les îles de la mer Rouge profite à Israël
Jonathan Cook, Chronique de Palestine
 
Tel Aviv pourrait utiliser le capital diplomatique que lui a valu sa validation de l’accord Tiran et Sanafir pour obtenir du soutien sur la question palestinienne.
 
 
Les analystes estiment que les contours d’un plan israélo-saoudo-égypto-américain pour les Palestiniens commencent à émerger [Fichier: Reuters]
 
Deux petites îles inhabitées, Tiran et Sanafir, gardent l’entrée du golfe d’Aqaba, entre l’Egypte et l’Arabie Saoudite. C’est la seule porte d’entrée d’Israël à son port d’Eilat, au sud, et à ses routes commerciales vitales avec l’Asie du Sud-Est.
 
Il y a exactement 50 ans, les restrictions égyptiennes sur les transports israéliens dans le détroit de Tiran ont contribué au déclenchement de la guerre israélo-arabe de 1967.
 
Malgré une sérieuse opposition, le parlement égyptien a approuvé ce mois-ci le transfert des deux îles de la mer Rouge à l’Arabie Saoudite. En retour, Riyad doit fournir des milliards de dollars de prêts et d’investissements pour soutenir l’économie chancelante de l’Égypte.
 
Mais tandis que le transfert provoquait de grosses manifestations en Égypte, les opposants arguant que cela revenait à « vendre » le territoire souverain d’Egypte, Israël donnait discrètement sa bénédiction à l’accord.
 
Cela a surpris certains observateurs, d’autant plus que le mouvement des navires vers Eilat repose sur un traité de paix signé entre Israël et l’Égypte en 1979. En effet, Riyadh va maintenant devenir responsable du respect des clauses du traité relatives aux transports israéliens dans le détroit.
 
Riyadh, contrairement à l’Égypte, n’a jamais signé d’accord de paix avec Israël et il n’a pas de relations diplomatiques avec ce pays, du moins pas ouvertement. Les deux sont traditionnellement considérés comme des ennemis régionaux.
 
Mais les analystes israéliens et palestiniens disent que la vision de l’hostilité historique entre les deux États est obsolète, et qu’Israël a sans doute beaucoup à gagner de ce transfert.
 
Les avantages vont d’une plus grande normalisation des relations avec l’Arabie saoudite à la possibilité de constituer ouvertement un front arabo-israélien diplomatique et militaire contre un ennemi commun: l’Iran.
 
Et surtout, selon les analystes, l’amélioration de ces relations permettra à Israël d’isoler davantage les dirigeants palestiniens de Gaza et de Cisjordanie. Cela ajoutera à la pression qui pèse déjà sur ces derniers pour qu’ils acceptent les dispositions du statut définitif aux meilleures conditions possibles pour Israël.
 
Selon Menachem Klein, professeur de politique à l’Université Bar Ilan près de Tel Aviv et expert en relations israélo-égyptiennes, Israël considère l’Egypte et l’Arabie saoudite comme les deux principaux courtiers arabes en énergie de la région.
 
« Israël veut approfondir la coopération sécuritaire et diplomatique avec ces deux pays », a-t-il déclaré à Al Jazeera. « Il espère sans doute user de son influence sur eux, pour obtenir leur soutien pour imposer une solution régionale aux Palestiniens ».
 
selon Klein, les liens de plus en plus étroits d’Israël avec le Caire et Riyad ont rendu possible une approche de plus en plus souple du traité de paix de 1979 qui obligeait Israël à retirer ses forces d’occupation du Sinaï.
 
Toujours selon Klein, en particulier, Israël ferme les yeux sur le statut du Sinaï de zone démilitarisée, depuis qu’Abdel Fattah el-Sisi est arrivé au pouvoir au Caire en 2013. Il laisser entrer un nombre toujours plus grand de soldats égyptiens dans la péninsule, à sa frontière sud, pour combattre des groupes islamistes violents et imposer le blocus égyptien de Gaza, le pendant du siège d’Israël.
 
« Les deux pays se coordonnent totalement au Sinaï », a déclaré Klein. « Les drones israéliens survolent la région avec l’autorisation égyptienne, et ils partagent les renseignements ».
 
De plus, selon Klein, il y a eu de nombreux rapports sur la normalisation des relations entre les Saoudiens et les Israéliens en matière de commerce, de sécurité et de renseignement. On dit même qu’Israël forme des officiers de l’armée saoudienne.
 
Israël n’a soulevé aucune objection contre l’annonce récente de Donald Trump d’un accord d’armement de 110 milliards de dollars avec Riyad, bien qu’Israël s’oppose habituellement à tout mouvement qui menace ce qu’il appelle sa « limite militaire qualitative ».
 
En outre, le Times de Londres a cité des sources américaines et arabes la semaine dernière selon lesquelles Israël et l’Arabie saoudite forgent des liens économiques qui pourraient aller jusqu’à l’installation d’entreprises israéliennes dans le Golfe et à l’autorisation pour les avions israéliens de traverser l’espace aérien saoudien. Cet article confirme ce qui avait déjà été affirmé dans un article du Wall Street Journal du mois dernier.
 
Les médias israéliens pensent que toutes ces « révélations » sur le rapprochement d’Israël avec ces deux pays, sont arrivées au moment de la visite de Donald Trump dans la région le mois dernier pour aider le nouveau président américain à mettre sur pied son «ultime accord » de paix au Moyen-Orient.
 
Son beau-fils et conseiller, Jared Kushner, est arrivé en Israël la semaine dernière. Selon les médias israéliens, l’administration américaine envisage d’augmenter la pression sur Israël et les Palestiniens pour qu’ils renouent des pourparlers de paix.
 
Et, autre signe de rapprochement entre l’Egypte, l’Arabie Saoudite et Israël, le bruit court que le Caire et Riyad ont relancé le projet de construction d’un pont de 10 km reliant leurs deux péninsules à l’embouchure du golfe d’Aqaba.
 
Cela créerait un lien ferroviaire et routier, qui faciliterait le transport de marchandises vers l’Egypte et fournirait des milliers d’emplois aux travailleurs égyptiens.
 
Le projet a été évoqué pour la première fois en 1988, mais il s’est heurté à de fortes objections israéliennes. Il semble qu’Israël ait maintenant donné son soutien au projet. Selon d’autres sources, il y aurait aussi des plans pour prolonger la ligne ferroviaire entre l’Arabie saoudite et la Jordanie jusqu’en Israël.
 
Les liens entre Israël et l’Arabie saoudite devraient encore se renforcer sous Mohammed Bin Salman, âgé de 31 ans, qui a été nommé prince héritier cette semaine par son père, le roi saoudien.
 
Selon le quotidien israélien Haaretz, Daniel Shapiro, un ancien ambassadeur des États-Unis en Israël, a dit que l’ascension de Bin Salman était « en quelque sorte un rêve qui devient réalité » pour Israël. Le prince nouvellement couronné devrait faire de l’Iran et de ses alliés chiites régionaux sa cible prioritaire.
 
« Il y a un réalignement régional », a déclaré Samir Awad, professeur de politique à l’Université Bir Zeit près de Ramallah. « Si l’Iran devient le premier ennemi, alors les Saoudiens ont besoin de l’armée  et du renseignement israéliens pour le combattre ».
 
Il a dit à Al-Jazeera: « Israël ne refuse rien aux Saoudiens en ce moment. »
 
Shawqi Issa, Un analyste palestinien qui est un ancien ministre du gouvernement de l’Autorité palestinienne, a dit qu’Israël pourrait même avoir poussé au transfert des îles de Tiran et de Sanafir à Riyad.
 
Selon certains, Israël préfère, en effet, que les îles soient sous autorité saoudienne parce que cela va lier Riyad aux engagements pris par l’Egypte dans le traité de paix de 1979.
 
Une source anonyme proche de la famille royale saoudienne a dit à Al-Monitor, le mois dernier, que le transfert des îles nécessiterait une coordination sécuritaire régionale plus étroite dans le golfe d’Aqaba entre Israël, Arabie Saoudite, L’Egypte et la Jordanie.
 
Cela, à son tour, permettrait à Israël de s’impliquer plus étroitement dans la surveillance des activités des combattants islamistes dans le Sinaï.
 
L’analyste palestinien Mohamed Issa a déclaré à Al Jazeera: « Ce qui est nouveau est que l’Arabie saoudite est désormais ravie de rendre publique son alliance avec Israël contre l’Iran et tous ceux à qui Israël s’oppose dans la région ».
 
Toutefois, selon les analystes, Israël va essayer d’utiliser le capital diplomatique qu’il a acquis en présidant au transfert des îles pour s’assurer du soutien égyptien et saoudien sur la question palestinienne.
 
Selon Issa, Israël va chercher à persuader le Caire et Riyad de soutenir son projet d’imposer aux Palestiniens un accord de statut définitif désastreux pour eux.
 
Les responsables israéliens et américains ont donné à cette stratégie le nom d’« approche centrée sur l’autre*».
 
Les États-Unis voudraient parrainer des accords de paix régionaux entre Israël et les États arabes pour installer les conditions nécessaires à un accord entre Israël et les Palestiniens.
 
Un accord régional qui normaliserait les relations avec Israël est depuis longtemps sur la table. L’Arabie saoudite, avec le soutien de la Ligue arabe, avait proposé une initiative de paix globale en 2002.
 
Israël l’avait soigneusement ignorée à l’époque, car, en retour, Israël devait reconnaître un Etat palestinien.
 
Mais dans les circonstances actuelles, Israël pourrait avoir une meilleure chance d’obtenir un accord qui soit plus à son goût.
 
« Les Palestiniens sont au moment le plus faible de leur histoire », a déclaré Issa. « Ils sont répartis territorialement entre la Cisjordanie et Gaza, l’économie est en difficulté et la société palestinienne se décompose. C’est le moment pour Israël d’imposer sa volonté. »
 
Selon Awad, la plupart des pays arabes préfèrent maintenant se concentrer sur l’Iran plutôt que sur la question palestinienne. « Les Palestiniens sont surtout perçus comme un obstacle à leur stratégie régionale ».
 
Si les Américains ne peuvent pas forcer les Palestiniens à accepter un « accord de paix » qui soit bon pour Israël, ils se tourneront vers l’Arabie saoudite et l’Égypte pour qu’ils le fassent à leur place. »
 
Issa croit que les contours d’un plan israélo-égypto-saoudo-étasunien pour les Palestiniens sont en train de se dessiner.
 
Selon lui, le projet consisterait à accorder au Hamas un mini-État à Gaza, sous contrôle égyptien, parachevant ainsi la séparation de l’enclave de la Cisjordanie. L’Egypte et l’Arabie saoudite prendraient Mohammed Dahlan, ancien homme fort de Gaza et rival du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, comme intermédiaire.
 
Au début du mois, les dirigeants du Hamas ont rencontré Dahlan au Caire. Selon les rapports, l’Égypte propose d’alléger la crise humanitaire à Gaza à condition que Dahlan supervise Gaza.
 
Dans ce cas de figure, les États arabes injecteraient des millions dans l’économie, et l’Egypte ouvrirait le poste frontière de Rafah et augmenterait l’approvisionnement en électricité de l’enclave, la libérant de ses pannes de courant actuelles.
 
La semaine dernière, Ben Caspit, un analyste israélien, a fait référence à un « programme secret » qui impliquerait les États-Unis, l’Europe, l’Egypte et le Golfe.
 
Il a cité une source militaire israélienne selon laquelle ces derniers chercheraient à faire pression sur le Hamas pour qu’il accepte un cessez-le-feu à long terme et une démilitarisation, en échange d’aide économique.
 
 Issad a ajouté : « « La crise à Gaza donne au Hamas une excuse pour signer un mauvaise accord ; il peut dire que son peuple ne peut pas continuer à vivre comme ça. Et Israël pourrait dire au monde entier que les Palestiniens ont un état ».
 
Pour ce qui est de la Cisjordanie, les morceaux de territoires actuellement sous le contrôle nominal des Palestiniens passeraient, dans le plan israélo-américain, sous contrôle jordanien, selon Issa.
 
« Le danger est qu’Amman ne puisse pas résister à la pression conjointe de l’Arabie saoudite, de l’Egypte, d’Israël et des États-Unis », a-t-il conclu.
 
Note :
*En anglais : “outside-in” approach
 
 
Traduction : Dominique Muselet
 
L’accord saoudo-égyptien sur les îles de la mer Rouge profite à Israël
 

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Un rapprochement public saoudo-israélien pourrait se retourner contre Riyad

Il y a longtemps que l’Arabie saoudite et Israël coopèrent l’un avec l’autre contre leur rival iranien commun, et que leurs liens stratégiques avec les États-Unis sont ce qui les rapproche.

Un rapprochement public saoudo-israélien pourrait se retourner contre Riyad
Cependant, en raison des sensibilités politiques des deux côtés, aucun des deux n’a formellement reconnu l’existence de cette coordination en coulisses, et encore moins leur pays respectif. Néanmoins, des rapports ont circulé au cours des derniers mois indiquant que Trump et son équipe travaillent fort dans les coulisses pour rassembler publiquement les deux afin de cristalliser plus solidement ce qui s’est avéré être une coalition anti-iranienne très fragile et désunie.

La première étape consiste, selon les sources médiatiques internationales et israéliennes, à encourager doucement l’Arabie saoudite et Israël à négocier des relations économiques entre les deux parties. Cela constituerait une reconnaissance de fait de plusieurs façons et pourrait, comme on s’y attend, faire beaucoup pour une transition plus lisse, l’un de ces jours, vers une reconnaissance formelle. L’Arabie saoudite ne serait pas seule dans cette situation, car elle aurait sans doute le soutien des Émirats arabes unis et de certains de ses autres alliés régionaux, le Qatar étant visiblement absent de cet arrangement à la lumière de la récente guerre froide qui a éclaté entre les deux pays du Golfe.

En outre, un autre élément joue. L’Arabie saoudite pourrait permettre aux pèlerins palestiniens de voler directement à partir de leurs territoires occupés vers le Royaume avec une escale simple et symbolique dans la capitale jordanienne d’Amman. Si cela se produit réellement, cela aurait un symbolisme puissant dans toute la communauté musulmane mondiale en montrant que le gardien des Deux Saintes Mosquées est fondamentalement d’accord avec Israël et son occupation de la Palestine. Alors que Trump pourrait s’associer à cela et que les liens économiques formels supposément proposés entre le Golfe et Israël enverraient un message positif à d’autres pays musulmans pour suivre leurs traces. Il est aussi possible que cela puisse se retourner contre Riyad en générant un énorme mécontentement parmi le public international ciblé, au point qu’aucun autre État ne suivrait ce plan.

Donc, dans l’ensemble, il y a beaucoup de risques liés à ce que Trump essaie de faire. Il parie que le poids lourd sunnite, l’Arabie saoudite, est assez influent pour que d’autres pays musulmans suivent son chemin, mais il se pourrait qu’il n’y ait pas assez d’argent dans les coffres du Royaume pour financer les pots de vin que cela pourrait nécessiter. En outre, même ce mouvement pourrait encore compromettre la crédibilité du pays aux yeux de tous les croyants qui sont conscients de ses crimes régionaux, en avançant essentiellement l’argument répandu dans certains cercles que les Saoudiens sont des « vendus » dans chaque cas, et que leur garde des Deux Saintes Mosquées ne fait pas automatiquement d’eux des modèles moraux dont les politiques doivent être suivies aveuglément.

Source: Oriental Review, 21.06.17

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

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Alger, les chefs des régions militaires maitres de la succession

Alors que la santé du président Bouteflika s’est encore détériorée, les couteaux sont tirés à Alger entre les clans qui se disputent la succession. Décryptage.

Alger, les chefs des régions militaires maitres de la succession
A Alger, la santé du président Abdelaziz Bouteflika qui ne sort pratiquement plus du palais de Zéralda transformé en maison de cure médicalisée s’est à nouveau considérablement détériorée. Les couteaux sont tirés entre les principaux clans qui prétendent gérer la succession de l’actuel président algérien. A l’avant garde de cette transition, se trouvent le clan présidentiel, animé par le frère du chef de l’Etat, Saïd Bouteflika, et l’Etat major militaire, avec à sa tète le vice-ministre de la Défense depuis 2013, Ahmed Gaïd Salah. Une seule certitude, ces deux clans, alliés voici trois ans pour écarter le puissant chef du DRS (services secrets algériens), le général Mohamed Mediène, dit « Toufik », véritable maitre de l’Algérie depuis un quart de siècle, se livrent désormais une guerre sans merci.

L’équation politique algérienne est à quatre inconnues. Une candidature à la présidence en Algérie repose en effet sur les choix effectués par l’armée algérienne, les services de sécurité, les hommes d’affaires dont l’influence est devenue considérable et enfin les partenaires internationaux, notamment occidentaux. Seul manque à l’appel le peuple algérien qui, sauf mobilisation jugée fatalement intempestive par l’ensemble des élites au pouvoir, est le dernier à être consulté.

Une transition à la cubaine

Ce n’est désormais un secret pour personne. « Le Régent » de Zéralda, Saïd Bouteflika, est sur les rangs pour succéder à son frère. On le voit suivre des séances de media training et constituer autour de lui une quasi équipe de campagne. » Il est de plus en plus tenté de prétendre à la succession de son frère, à la façon dont Raoul Castro a succédé à don frère Fidel à Cuba, dit-on dans son entourage, mais il n’est pas sur que ce soit une bonne idée ».

Disons que Saïd Bouteflika s’interroge sur le rapport de force qui existe au sein des élites algériennes. Le soutien de l’ancien ministre du pétrole, Chakib Khelil, lui est fort précieux. Celui qui fut longtemps le dauphin présumé d’Abdelaziz Bouteflika et son ami intime dispose de très bonnes introductions aux Etats-Unis où il s’est longtemps exilé pour fuir la justice italienne. Ce qui assure à son ami Saïd une certaine bienveillance des Américains, dont le nouvel ambassadeur à Alger se montre très actif.

Saïd Bouteflika dispose surtout de nombreux soutiens auprès des milieux d’affaires qu’il a arrosé sans retenue ces dernières années dans une dérégulation des commissions jamais vue. A Alger, les nuits sont de plus en plus longues dans les luxueuses villas appartenant aux amis de Saïd. Le milliardaire Karim Kouninef, le fidèle d’entre les fidèles, vit dans un quartier discret et chic de Hydra, la banlieue résidentielle d’Alger. On découvre aussi Saïd Bouteflika, ces temps ci, dans une villa le quartier dit du chemin des Glycines, près de l’ambassade de Suisse.

Luttes de sérail

Nettement plus complexe à décrypter est la situation qui prévaut dans l’appareil sécuritaire. Ainsi pour remplacer l’inamovible général Toufik, la Présidence a nommé à la tète du DRS (services algériens), Athmane Tartag/Lequel passe pour soutenir la candidature de Said Bouteflika à la succession du chef de l’état. Mais jusqu’à quel point?

La semaine dernière, un colonel du DRS, chargé du secteur de l’information, a été poussé brutalement vers la sortie. Des fuites sur le site « Algérie Part » sur la situation financière d’Ahmed Ouyahia, un ancien Premier ministre algérien, auraient été à l’origine de cette éviction. Il reste que la séquence est très difficile à analyser. Ahmed Ouyahia est en effet conseiller à la Présidence algérienne auprès d’Abdelaziz Bouteflika et dans le même temps, candidat possible à sa succession, avec à son actif de véritables réseaux au sein des anciens du DRS qui restent très actifs.

Qui a cherché à provoquer une fuite contre Ouyahia pour lui nuire? Et qui a décidé de sanctionner le présumé auteur de cette vilenie au sien du DRS? Autant de questions qui reflètent la complexité du sérail algérien à la veille de cette succession à hauts risques. Mais la clé de cette transition appartient à l’Armée, la seule colonne vertébrale du système.

La grand muette.

Le vice-ministre de la Défense, Ahmed Gaïd Salah, que beaucoup voient comme un possible pape de transition, fourbit ses armes. Depuis sa nomination en 2013, ce général n’a cessé d’étendre son champ d’intervention notamment via l’activisme de la Direction centrale de la sécurité des armées (DCSA), un véritable DRS bis. On le découvre, ces temps ci, faisant la tournée des popotes à l’intérieur du pays. C’est que les six chefs des régions militaires, les vrais baronnies de l’armée algérienne, tiennent en grande partie les clés de la transition politique à venir.

Ce sont eux et eux seuls qui peuvent garantir que l’ordre public soit maintenu si la rue commence à s’agiter après une disparition du président Bouteflika. Et eux encore qui peuvent dans une transition difficile préserver le pays du terrorisme, en veillant notamment à la sécurité aux frontières avec la Tunisie et la Libye. Or ces généraux qui ne sont pas des perdreaux de l’année, sont profondément légitimistes et fidèles à leur chef, le général Gaïd Salah. Des liens qui sont le fruit d’un long compagnonnage.

Ces chefs de région militaire constituent aujourd’hui un obstacle quasi insurmontable à l’irrésistible ascension de Saïd Bouteflika. Sauf décapitation de l’état major de l’armée, un scénario auquel on doit rêver parfois au Palais de Zéralda mais qui serait un suicide pour la nation algérienne.

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La mafia russe a-t-elle investi Dubaï ?

En première instance, une cour de Dubaï (Emirats arabes unis) a récemment dû se pencher sur un cas d’héritage où certains éléments laissent plutôt songeur. Il semblerait que certains cercles mafieux russes tentent une percée dans ce petit Etat où l’immobilier peut rapporter gros. Dubaï va-t-il se transformer en Monopoly de luxe pour certains criminels russes ?

La mafia russe a-t-elle investi Dubaï ?
L’histoire débute le 13 mai 2014 lorsque l’homme d’affaire russe Dmitry Timinskiy décède soudainement à l’âge de 42 ans dans sa villa dubaïote. Il travaillait comme directeur financier d’une entreprise russe et avait réalisé des placements importants dans l’immobilier aux Emirats arabes unis. Aussi travailleur que talentueux, il avait réussi à attirer des investisseurs russes et étrangers pour le suivre dans cette aventure. Titulaire d’un visa de résidence aux Emirats Arabes Unis, il avait acquis une magnifique et onéreuse propriété à Dubaï enregistrée à son nom.

Mais voilà ! Alors que le succès s’offrait à lui, l’homme d’affaires décède soudainement. Etrange pourrait on dire… N’ayant pas d’information concrète à ce sujet, continuons seulement à livrer aux lecteurs, les événements qui ont suivi son trépas.

Une veuve éplorée refait surface

C’est alors que la veuve de Dmitryi Timinskiy, Natalia, réapparait dans le paysage. Originaire d’une petite ville perdue dans l’immensité russe, Natalia avait filé le parfait amour avec Dmitry avant que leurs chemins ne se séparent il y a quatorze années de cela. Jamais officiellement divorcés, mais séparés pendant dix ans, les deux anciens tourtereaux n’ont plus entretenu de rapports. Un laps de temps peut-être trop court pour effacer le bonheur ancien et surtout ne pas oublier de réclamer l’héritage du défunt à son seul profit. Un conflit d’héritage comme il en existe tant d’autres pourrait-on penser. Sauf qu’avec les Russes, les choses prennent parfois une tournure surprenante et peu sympathique. Sans crier gare, deux individus plutôt louches sont montés au créneau pour défendre les intérêts de la veuve (éplorée ?). Ils ont commencé à réclamer une grande partie de l’héritage dont la propriété à Dubaï et font depuis lors peu de cas de la mère du défunt, de son frère et des investisseurs qui avaient prêté de l’argent et qui cherchent légitimement à le récupérer.

Une discussion avec les avocats représentants les héritiers et les investisseurs et une recherche personnelle impliquant la lecture de journaux bien connus en Russie ont permis à l’auteur de ces lignes de découvrir des faits particulièrement intéressants.

Zolochevsky et Boksha : deux noms tristement célèbres

Les personnes qui agissent au nom de Natalia Timinskaya et qui l’accompagnent à tous ses rendez-vous avec ses avocats et lors des convocations par la justice ne sont autres que d’ignobles « raiders » qui répondent aux doux noms d’Alexander Boksha et Alexander Zolochevsky. Leur « spécialité » a longtemps été l’acquisition illégale d’immobilier commercial à Moscou. D’où le nom de « raiders ». Ils font des « raids » et peu importe les moyens employés. Ils ont ainsi pris le contrôle de nombreux biens immobiliers en Russie en utilisant bien souvent des méthodes criminelles et usant jusqu’à la violence physique quand jugé nécessaire. Leurs noms et celui de leur société (Rosbuilding Group) a fait la Une des journaux russes à de trop nombreuses reprises… Les deux ne sont pas des enfants de chœur et sévissent à grande échelle. Ainsi, une des sociétés d’Alexander Zolochevsky a mis la main sur plus de 38 entreprises agricoles dans 15 régions de Russie dans un laps de temps très court. Alexander Boksha, lui, a semble-t-il la main verte et a activement pris part à des saisies illégales d’entrepôts horticoles.

Malgré leur passif chargé, MM. Boksha et Zolochevsky ont toujours réussi à s’en sortir sans le moindre problème. Un scandale qui n’est pas étonnant lorsqu’on connaît l’Etat de la Justice en Russie. Ayant amassé assez pour affronter l’avenir sans trop de craintes, ils continuent leurs activités, même s’ils s’adonnent aussi désormais au plaisir des mener des affaires de manière plus scrupuleuse d’un point de vue éthique et légal.

Il apparaît que Natalia Timinskaya, de facto séparée de son époux, mais toujours de jure unie à lui, a compris que son ancien compagnon était un homme plutôt aisé. Pourquoi ne pas acquérir la propriété de Dubaï qu’elle considère comme sienne ? Et c’est là qu’elle se trouve des « alliés » de circonstances. Nos deux Alexander. Il se peut même que ce soit eux qui aient approché la veuve (avant le décès de son mari peut-être… ?) et lui ont offert leurs services. Quoiqu’il en soit, les intérêts des trois sont convergents. Mais au regard de leurs états de service, il est évident que les deux individus ne travaillent jamais sans contrepartie. Ils comptent bien récupérer la propriété de feu Dmitry Timinsky et laisser sa veuve sur la paille. Le processus est déjà en marche puisque ils ont pris Natalia sous leur aile et font en sorte de réduire ses contacts avec le monde extérieur le plus possible. Un possible lavage de cerveau et une surveillance de ses mouvements qui permettent de réduire à néant toute tentative de conciliation avec les autres héritiers.

Des manigances honteuses

Désormais, la guerre est déclarée et c’est à la justice de Dubaï de trancher le conflit. Le match oppose donc la veuve et les deux raiders d’un côté contre le reste de la famille de Dmity Timinsky et ses créditeurs de l’autre. En dehors du tribunal, l’atmosphère devient particulièrement tendue depuis que MM. Boksha et Zolochevsky ont essayé, par l’intermédiaire d’agents corrompus, de faire inculper le frère de Dmitry Timinsky afin de l’exclure des auditions pour le partage de l’héritage. Ensuite, ils ont carrément menacé les investisseurs en leur affirmant que leurs affaires allaient souffrir terriblement s’ils ne mettaient pas fin à leurs demandes. Ils ont déposé plusieurs plaintes de la part de « la veuve inconsolable » auprès de la justice russe avec l’aide de policiers vendus pour écarter les investisseurs russes.

Selon les informations recueillies, ils sont même allés jusqu’à entrer en contacts avec des employés de sociétés appartenant aux créditeurs pour voir s’il n’y avait pas une possibilité d’atteindre leur but par la menace ou en usant de pots de vin. Tout cela dans le but d’empêcher le remboursement des dettes contractées par Dmitry Timinsky auprès de ceux qui lui avaient avancé de l’argent pour ses affaires dans l’immobilier dubaïote.

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A cinq jours de la fin de l’ultimatum, difficile médiation dans la crise du Golfe

Alors que la crise s’installe dans sa troisième semaine, les Etats-Unis s’activent pour trouver une issue. A cinq jours de la fin de l’ultimatum fixé par les auteurs du blocus, le Qatar semble ne pas devoir s’incliner.

A cinq jours de la fin de l’ultimatum, difficile médiation dans la crise du Golfe
Mardi 27 juin, le chef de la diplomatie américaine a appelé les différents acteurs de la crise du Golfe à rester « ouverts à la négociation ». Cette déclaration arrive alors que Rex Tillerson s’est entretenu successivement avec ses homologues saoudien et qatari sans que ces rencontres ne donnent lieu à des avancées majeures.

Activisme américain

Ces rendez-vous à part entre le patron du département d’Etat et les représentants des deux principaux protagonistes du dossier devaient amorcer le début d’une désescalade. C’est en effet la première fois que le ministre qatari des Affaires étrangères, Mohamed ben Abdel Rahman al-Thani, se rendait à Washington pour une rencontre à un tel niveau.

A rebours de cette tentative de médiation, Adel al-Jubeyr, le ministre saoudien des Affaires étrangères, a déclaré suite à son entrevue que les exigences formulées par son pays et ses alliés à l’endroit du Qatar n’étaient « pas négociables ». « C’est maintenant au Qatar de cesser de soutenir l’extrémisme et le terrorisme » a-t-il encore martelé sur un ton censé faire porter à Doha la responsabilité d’un échec des tentatives de médiation.

Bataille sur le front économique

Les mêmes propos ont été tenus par les représentants des Emirats arabes unis qui ont prévenu que d’autres sanctions économiques pourraient être prises dans l’hypothèse d’un refus par le Qatar d’obtempérer à la feuille de route proposée la semaine dernière. Preuve de la persistance des tensions, la monnaie nationale du Qatar fait face à des difficultés sur les marchés financiers. Le site Doha News rapporte même que certaines banques de divers pays refusent désormais d’échanger les riyals qataris avec des devises étrangères.

Commentant ces réactions, Mohamed ben Abdel Rahman al-Thani a répliqué que le Qatar n’avait pas à satisfaire des exigences dès lors que les accusations portées contre son pays n’étaient pas étayées par des preuves formelles. Dans le même esprit, le Qatar se refuse toujours de négocier tant que le blocus lui est toujours imposé. Dans ces circonstances, on voit mal comment la crise pourrait trouver le chemin d’un apaisement d’autant que les médias des deux parties continuent de se livrer à une guerre psychologique d’une grave intensité. La date de la fin de l’ultimatum fixé au 3 juillet donnera un indice de la direction vers laquelle la crise évoluera. Soit, les Etats-Unis parviennent à arracher un accord et à faire baisser la tension. Soit, l’escalade repartira de plus belle et pourra déboucher vers des scénarios de plus en plus tendus. Certains observateurs ont d’ailleurs fait remarquer que la fin du délai de dix jours accordé par Riyad, Abou Dhabi, Le Caire et Manama coïncidait avec la date anniversaire du coup d’Etat opéré en Egypte en 2013. Ce dernier avait à l’époque été largement soutenu et financé par … les Emirats arabes unis et l’Arabie Saoudite.

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Une approche arabe commune pour combattre la violence

La seule façon de lutter contre le « terrorisme » dans la région est de construire une vision commune qui transcende le tribalisme et le sectarisme.

Une approche arabe commune pour combattre la violence
À peine six semaines après les attaques mortelles du 11 septembre 2001, le Congrès des États-Unis a adopté une loi épouvantable, le Patriot Act des États-Unis, qui a confié au gouvernement américain sous la conduite du président George W. Bush, un large mandat pour réduire les libertés civiles et conduire des programmes de surveillance à l’encontre du public américain.

Cela a été fait au nom de la « guerre contre le terrorisme » menée par l’Amérique. Toujours ébranlé par les contrecoups d’une attaque qui a coûté la vie à des milliers d’entre eux, les Américains, volontairement ou involontairement, ont consenti à ces mesures draconiennes.

Mais les choses ne s’en sont pas arrêtées là. Cette loi a été ensuite mise à jour, devenant ce qui a été appelé le Patriot Act II, décrit par l’Union américaine des libertés civiles (ACLU) comme «une autre initiative glaçante des autorités avec une diminution accrue des contrôles et des équilibres constitutionnels sur l’application de la loi».

Avec le temps et une incessante propagande médiatique, les lois américaines qui prétendaient lutter contre le terrorisme ont été acceptées par les citoyens américains comme un mal nécessaire, où la liberté personnelle doit être sacrifiée sur l’autel de la sécurité nationale.

Non seulement les attentats du 11 septembre n’ont suscité aucun débat national sur la politique étrangère des Etats-Unis, mais la «guerre contre le terrorisme» à l’échelle mondiale a relancé les aventures militaires américaines et, sans surprise, la réaction violente qui va de pair avec ces interventions.

Pour que le «terrorisme» soit utile en tant qu’opportunité politique, il a été transformé d’un phénomène rationnel qui mérite d’être étudié et confronté d’une manière saine et judicieuse, en un épouvantail à brandir chaque fois qu’il est nécessaire de justifier des politiques inavouées et de promouvoir des programmes de guerre.

La manipulation autour du terme de «terrorisme» a rapidement dépassé les limites des discours politiques et médiatiques américains pour s’imposer malheureusement dans d’autres contextes politiques, en Europe, au Moyen-Orient et ailleurs.

En réalité, le terrorisme n’est plus défini comme «l’utilisation de la violence ou de la menace de violence, en particulier contre les civils dans la poursuite d’objectifs politiques, religieux ou idéologiques». Il s’est transformé en tout autre chose.

C’est ce que souhaitaient les États-Unis, Israël, la France, la Grande-Bretagne, l’Égypte et d’autres gouvernements arabes autoritaires afin de justifier leurs guerres et l’oppression à grande échelle de leurs nations. Ils pratiquent souvent directement ou indirectement le terrorisme par le biais du financement ou de la tolérance d’une violence qui sert leurs objectifs.

Le discours sur le terrorisme a été réduit à un tel point qu’il y a peu ou pas d’espace dans les médias dominants pour toute autre opinion de la façon de le combattre. Ceux qui contestent la définition dominante sont exclus en tant que «sympathisants terroristes et anti-américains».

C’est l’attitude qui prévaut, bien qu’il soit aujourd’hui évident que les guerres, les interventions étrangères et l’occupation militaire ont servi d’instigations majeures à la violence.

Le travail de recherche mené à l’Université de Chicago par Robert Pape, fondateur du «Projet de Chicago sur la sécurité et le terrorisme», a examiné tous les attentats-suicides de 1980 à 2003. Sa conclusion était des plus révélatrices : la religion a peu à voir avec cette violence.

Qu’en est-il, au juste ?

Selon Pape:

« Ce que 95% de toutes les attaques suicidaires ont en commun, depuis 1980, n’est pas une religion, mais une motivation stratégique spécifique pour répondre à une intervention militaire, souvent plus précisément une occupation militaire d’un territoire que les terroristes considèrent comme leur patrie ou auquel ils attachent une grande valeur. Du Liban et de la Cisjordanie dans les années 80 et 90, en Irak et en Afghanistan, et à travers les attentats suicides de Paris que nous venons de voir ces derniers jours, l’intervention militaire – et spécifiquement lorsque cette intervention militaire occupe un territoire – est ce qui suscite l’attaque-suicide plus que toute autre chose ».

De telles conclusions – basées sur l’examen de 4600 attaques-suicides – n’ont eu aucune influence sur la politique étrangère des États-Unis.

Dans un récent article publié sur Al-Jazeera, Andrew Mitrovica « nous a rappelé les mots de Jeremy Corbyn, premier dirigeant du Parti travailliste britannique. Corbyn était l’un de ceux qui ont, avec courage, défié l’horrible rôle joué par son pays dans la guerre en Irak à partir de mars 2003.

En effet, un mois avant cette guerre, en février 2003, Corbyn avait déclaré qu’une guerre contre l’Irak « déclencherait une spirale de conflit, de haine, de misère, de désespoir qui alimentera les guerres, les conflits, le terrorisme, la dépression, et la misère des générations futures ».

« La façon de nous libérer du fléau de la guerre est de nous libérer du fléau de l’injustice, de la pauvreté et de la misère », avait déclaré à Corbyn, alors député travailliste, devant une foule d’un million de personnes réunies à Hyde Park à Londres pour protester contre la guerre imminente.

Dans une sinistre alliance avec George W. Bush, Tony Blair, Premier ministre britannique à l’époque, n’en a pas tenu compte, et pas plus que d’autres appels. Une alliance principalement américaine et britannique a largement détruit l’Irak dans une guerre génocidaire qui a entraîné la mort de millions de personnes et la déstabilisation de toute la région du Moyen-Orient jusqu’à ce jour.

Voguant sur la vague de peur et d’insécurité qui a frappé récemment la Grande-Bretagne après les attaques mortelles à Manchester et à Westminster, le Premier ministre Theresa May a promis de « déchirer » les lois sur les Droits de l’homme pour faciliter la lutte du gouvernement contre le terrorisme.

Quiconque n’est pas d’accord est automatiquement traité «d’amoureux du terrorisme» ou quelque chose d’approchant, ce dont Corbyn a récemment été accusé.

Hélas, pour l’instant, le terrorisme doit rester précisément ce dont les pouvoirs dominants ont besoin pour atteindre leurs objectifs militaires, politiques et stratégiques, chez eux et à l’étranger.

Comme s’il était gouverné par des intérêts économiques, le terrorisme est devenu un épouvantail commode, utilisé sans aucune gêne dans les litiges politiques et régionaux, pour exclure un dirigeant, isoler un pays ou déclencher une guerre. Dans tous les cas, aucune preuve n’est requise, aucune preuve n’est nécessaire.

Israël a déjà perfectionné l’exploitation du terme pour faire oublier son occupation militaire illégale et ses terribles violences contre les Palestiniens. À l’instar des États-Unis, il lance l’accusation contre quiconque ou toute entité qui conteste le comportement d’Israël ou les violations du droit international.

A présent, les pays arabes utilisent le terme ad nauseam. Beaucoup de ceux qui ont utilisé la terreur contre leur propre peuple, ou financé le terrorisme ailleurs, n’hésitent pas à accuser d’autres personnes de terrorisme.

De façon tout à fait attendue, l’invasion de l’Irak, qui a été vendue comme un moyen de lutter contre le terrorisme, a entraîné toute une série de phénomènes violents dont la présence destructrice se fait sentir en grande partie en Syrie mais aussi dans d’autres pays de la région et du monde.

Beaucoup veulent isoler ces événements violents afin de dissimuler les liens évidents entre la violence d’aujourd’hui et les guerres illégales d’hier.

Ne pas voir de tels liens, cependant, n’est pas seulement intellectuellement condamnable mais c’est aussi dangereux. Comment résoudre un problème sans en traiter les racines ?

Le Washington Post, parmi d’autres sources d’information dominantes, a parlé de la nécessité d’examiner les racines de l’État islamique, mais pas nécessairement comme un moyen d’accepter une quelconque responsabilité morale.

« Le profil connu des djihadistes étrangers obscurcit souvent les racines de l’État islamique dans l’histoire sanglante de l’Irak, ses excès brutaux étant autant un symptôme qu’une cause des malheurs du pays », a écrit Liz Sly en 2015.

D’autres écrivains ont partagé ce point de vue, mais une grande partie du discours visait simplement à relier la brutalité de l’État islamique et le régime Baath sous Saddam Hussein.

Depuis lors, cette discussion a peu servi à résoudre les problèmes actuels en les plaçant dans un contexte historique récent.

Mais les Arabes ne peuvent attendre un éveil moral de l’Occident. À en juger par une longue histoire constellée de colonialisme, d’exploitation et d’absence de remords, cette attente risquerait d’être bien longue.

Alors que les États-Unis et leurs alliés occidentaux doivent avoir le courage d’affronter leur propre responsabilité dans la région, le monde arabe doit construire une vision partagée qui dépasse le déplorable tribalisme sectaire, facile à manipuler et à tromper.

Cette vision partagée ne manque pas en raison d’une pénurie d’intellectuels, mais parce que ces intellectuels ont été cooptés ou marginalisés.

La région qui a donné naissance à des personnalités comme Michel Aflaq, George Habash, Rached al-Ghannouchi, Edward Said et beaucoup d’autres, a systématiquement muselé ses intellectuels.

Les visionnaires arabes ont été cooptés par les fonds exubérants alloués à la propagande sectaire, ou ont été réduits au silence par la peur de représailles, ou sont simplement incapables d’articuler une vision collective qui transcende leurs sectes, leurs religions ou toute autre allégeance politique.

Ce vide créé par l’absence d’intellectuels arabes a été rempli par des voix extrémistes qui défendent sans relâche un avenir génocidaire pour tous.

Il y a eu des moments où les intellectuels arabes se sont battus pour articuler un discours unifié – une combinaison d’idéologies nationalistes, socialistes et islamiques qui ont eu un impact formidable sur l’individu et le collectif arabes.

Mais aujourd’hui, il existe un vide intellectuel grandissant qui a permis à des organisations comme l’État islamique, al-Qaïda et d’autres de remplir le vide avec leurs objectifs.

Certes, leurs projets sont sombres et horribles, mais ce sont des résultats rationnels à un moment où les sociétés arabes vivent dans le désespoir, quand les interventions étrangères sont en cours, et quand aucun mouvement intellectuel local n’existe qui puisse offrir aux nations arabes une vision vers un avenir sans tyrannie et sans occupation étrangère.

Même lorsque l’État islamique sera vaincu sur le terrain, son idéologie ne disparaîtra pas. Elle va se métamorphoser car l’État islamique est lui-même le résultat d’une mutation de diverses autres idéologies extrémistes.

Pourtant, seuls les Arabes sont capables de vaincre l’État islamique et ses semblables, par la formulation d’une vraie vision qui repose sur l’unité et qui soit inspirée par leur quête de la liberté.

L’alternative serait que l’intervention étrangère et l’extrémisme, se nourrissant l’un l’autre, ne s’étendent, ne se transforment et ne détruisent les chances d’une paix et d’une stabilité mondiales possibles.

Une approche arabe commune pour combattre la violence
Dr Ramzy Baroud écrit sur le Moyen-Orient depuis plus de 20 ans. Il est chroniqueur international, consultant en médias, auteur de plusieurs livres et le fondateur de PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Résistant en Palestine – Une histoire vraie de Gaza (version française), peut être commandé à Demi-Lune. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Scribest. Visitez son site personnel.

22 juin 2017 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

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Cela fait trois ans qu’Israël soutient ses mercenaires d’Al-Qaïda

Les forces aériennes israéliennes attaquent l’armée syrienne après que des projectiles sont tombés sur le plateau du Golan.

Cela fait trois ans qu’Israël soutient ses mercenaires d’Al-Qaïda
Al-Qaïda a attaqué un poste de l’armée arabe syrienne (AAS) à Madinat al-Baath (carte) près du plateau du Golan occupé par Israël. Al-Qaïda a demandé un soutien militaire israélien en lançant des mortiers vers des espaces vides du territoire occupé par Israël. La Force de défense israélienne a répondu à leur demande en détruisant deux tanks de l’armée arabe syrienne. Deux soldats syriens ont été tués. L’armée syrienne a résisté et l’attaque d’Al-Qaïda sur sa position a échoué.

C’était très facile à prévoir. Israël soutient Al-Qaïda dans la région depuis au moins 2014. La combine de demande de soutien militaire par mortier d’al-Qaïda interposé est en place depuis au moins trois ans. En octobre 2014, la Force des Nations Unies pour l’observation du dégagement (FNUOD), qui couvrait encore la zone, a écrit ceci au Conseil de sécurité de l’ONU:

Le 23 juin [2014], Israël a ciblé neuf postes de l’armée syrienne avec des tanks et des avions après qu’un tir de mortier provenant du côté syrien a tué un civil israélien, la veille. Selon Israël, la plupart de ces incidents sont dus à des tirs égarés résultant des combats en Syrie. Israël a déclaré que les groupes d’opposition armés en étaient probablement les auteurs, mais que ses forces avaient tiré sur les positions militaires syriennes pour souligner que la Syrie était responsable de la sécurité de son côté de la ligne de cessez-le-feu.

Les observateurs de l’ONU ont mentionné les « drapeaux noirs » que les « rebelles » utilisaient. Les « rebelles » dans cette région sont les forces d’al-Qaïda. Ce stratagème de « demande de soutien militaire par mortier interposé » s’est répété encore et encore. L’argument israélien est une insulte à la logique: « Il revient à l’armée syrienne de maintenir al-Qaïda hors de la région par conséquent nous répondons aux tirs « égarés » d’al-Qaeda en détruisant l’armée syrienne ».

Mais les médias « occidentaux » et israéliens n’ont jamais mentionné ni analysé ce schéma pourtant évident. Et cela, alors même que cette performance théâtrale se répète encore et encore. Ils mentent et se contentent de colporter l’histoire fallacieuse du « tir égaré » alors même qu’il est clair qu’il s’agit d’un soutien militaire coordonné avec et pour Al-Qaïda. Depuis des années, ils cachent au public le soutien israélien à Al-Qaïda et sa participation active à la guerre syrienne. La preuve, Haaretz pour la première fois aujourd’hui (!) titre : Analyse – La lente et sinueuse ingérence d’Israël dans la guerre civile en Syrie. Cette « lente ingérence », que Haaretz décrit et analyse comme un phénomène nouveau, a commencé il y a au moins trois ans et elle a été tout sauf lente et sinueuse. Il s’agit d’un soutien total des terroristes et cela depuis le début.

Le Wall Street Journal, avec lui aussi trois ans de retard, a rapporté la semaine dernière qu’Israël avait mis en place une unité spéciale de l’armée pour conseiller, former, soutenir et contrôler Al-Qaïda dans la région du Golan: Israël apporte une aide secrète aux rebelles syriens.

Israël paie même les salaires d’al-Qaïda

La personne qui est au courant de l’aide d’Israël a confirmé que de l’argent passait à travers la frontière, mais elle a dit qu’il était versé dans un but humanitaire. Cependant, les rebelles interrogés ont déclaré qu’ils utilisaient l’argent pour payer les salaires des combattants et pour acheter des armes et des munitions – l’armée israélienne a refusé de commenter leurs assertions.

Israël veut voler et occuper de plus grands pans de la Syrie que la partie du plateau du Golan qu’il occupe illégalement. C’est pourquoi il finance Al-Qaïda et le soutient militairement. Les articles des médias dominants sur le sujet ont au moins trois ans de retard. Pourquoi commencent-t-il à en parler maintenant? Haaretz et le WSJ ont-ils eu la permission ou reçu la consigne de le faire ? Et dans quel but?

24 juin 2017 – Moon of Alabama – Traduction : Chronique de Palestine

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Le château de cartes saoudien, vu de l’intérieur

Juste au moment où les pratiquants de la géopolitique pariaient sur un changement de régime au Qatar – orchestré par une Maison des Saoud de plus en plus désespérée – le changement de régime a fini par se produire à Riyad, orchestré par le prince belliqueux, destructeur du Yémen et boycotteur du Qatar Mohammed ben Salmane.

Le château de cartes saoudien, vu de l’intérieur
Étant donnée l’impénétrabilité de cette famille oligarchique des pétrodollars du désert qui se prend pour un pays, c’est aux quelques étrangers pourvus d’un accès au royaume des sables de tenter de comprendre le dernier épisode du Game of Thrones arabique. Ce qui n’aide pas non plus est que la largesse des lobbies saoudiens de Washington – et des Emiratis – envers virtuellement tous les think tanks et les plumes mercenaires en vue les a réduits au sycophantisme le plus abject.

Une source haut placée proche de la Maison des Saoud, et de facto dissidente du consensus de Washington, ne mâche pas ses mots : « La CIA est très mécontente de la destitution de l’ex-prince héritier Mohammed ben Nayef Al Saoud. Mohammed ben Salmane est considéré comme un sponsor du terrorisme. En avril 2014, toute la famille des EAU et de l’Arabie Saoudite ont frôlé l’éviction par les USA pour cause de terrorisme. Un compromis a été trouvé selon lequel Ben Nayef arrêterait tout cela lors de son accession au pouvoir. »

Avant le coup d’État de Riyad, une narrative insistante a émergé dans les groupes sélects de la géopolitique du Moyen-Orient, selon laquelle les services de renseignement des USA avaient « indirectement » stoppé un autre coup d’État contre le jeune émir du Qatar, Cheikh Tamim ben Hamad Al Thani, orchestré par Mohammed ben Zayed Al Nahyane, le prince héritier d’Abou Dabi, avec l’aide de l’armée de mercenaires des EAU d’Eric Prince, PDG de Blackwater/Academi. Ben Zayed se trouve être le mentor de Mohammed ben Salmane.

Notre source souligne, « Les événements sont reliés. Eric Prince, c’est la CIA, mais il a probablement désamorcé la tentative de coup d’État au Qatar. La CIA a bloqué le coup d’État au Qatar et les Saoudiens ont réagi en lâchant le personnage choisi par la CIA, Mohammed ben Nayef, qui devait prendre la succession du trône. Les Saoudiens ont peur. La monarchie est en danger, parce que la CIA peut retourner l’armée saoudienne contre le roi. L’action était défensive de la part de Ben Salmane. »

La source ajoute, « Mohammed ben Salmane rate tout. Le Yémen, la Syrie, le Qatar, l’Irak, etc, sont tous des ratés de Ben Salmane. La Chine est également mécontente de Ben Salmane, parce qu’il fomente des troubles dans le Xinjiang. La Russie ne peut pas en être contente, parce qu’il est derrière la chute des prix du pétrole. Qui sont ses alliés ? Il n’en a qu’un et c’est son père, qui n’est guère compétent. » Le roi Salmane est presque invalide à cause d’une démence sénile.

La source insiste sur un fait, « il est très possible que la CIA attaque la monarchie en Arabie Saoudite. » cela signifierait une escalade du conflit entre le président Trump et certains secteurs de l’État profond des USA.

Et pour ajouter à la comédie, il y a le facteur Jared d’Arabie. Il n’est pas question que l’un des acteurs internes sérieux de toute cette affaire confirme quoi que ce soit au sujet du coup d’État avorté du Qatar. Mais si cette tentative de coup d’État s’est vraiment produite, et a été stoppée, Jared Kushner peut avoir des informations de première main, étant données ses connections.

Selon la source, « Jared Kushner fait essentiellement face à une banqueroute avec 666 Fifth Avenue, et a besoin d’une aide financière saoudienne. Il fait donc tout ce que les Saoudiens lui disent. 666 Fifth Avenue est dans un état financier si lamentable que même son beau-père ne peut pas le renflouer. »

Opération hubris du désert

Cette tortueuse succession d’événements corrobore le célèbre mémo de décembre 2015 des services de renseignements allemands, le BND, selon lequel la Maison des Saoud avait adopté une « politique d’intervention impulsive » avec le ministre de la défense d’alors et prince héritier adjoint Mohammed ben Salmane, un « joueur » fauteur potentiel de trouble.

Le mémo du BND détaillait la façon dont la Maison des Saoud, en Syrie, avait financé la création de l’Armée de la conquête – à la base une réédition du Front al-Nosra, alias al-Qaïda en Syrie – ainsi que sa soeur idéologique, Ahrar al-Cham. Traduction : la Maison des Saoud aide, soutient et arme des terroristes salafistes-djihadistes. Et cela, de la part d’un régime qui aujourd’hui, accuse le Qatar de faire la même chose (Doha soutenait d’autre groupes terroristes).

Au Yémen, le BND s’est inquiété du soutien que la guerre de Mohammed ben Salmane contre les Houtis et les Yéménites pouvait apporter à al-Qaïda dans la péninsule arabique. Aujourd’hui, la guerre de Ben Salmane – menée avec des armes américaines et britanniques – a également provoqué une atroce catastrophe humanitaire.

Comment se fait-il qu’un inculte arrogant et négligent comme Ben Salmane a été si proche de mettre le feu à toute l’Asie du Sud-ouest ? Et pas seulement de l’Asie du Sud-ouest ; des vagues de désespoir s’abattent sur les cercles d’investisseurs occidentaux, parce que Ben Salmane est un danger public, et que ses actions peuvent détruire des comptes de retraite un peu partout.

Une mise en contexte est nécessaire. Ce que nous avons aujourd’hui est le troisième royaume saoudien – fondé par Ibn Saoud en 1902, qui garde les mêmes alliances toxiques avec des clercs wahhabites troglodytes. Ibn Saoud ne régnait au début que sur le Nadj; puis, en 1913, il a annexé l’Arabie de l’Est chiite (c’est là que se trouve le pétrole), et en 1926 le Hedjaz, sur la côte de la Mer rouge. Le royaume « unifié » d’Arabie Saoudite n’a été proclamé qu’en 1932.

Ibn Saoud est mort en 1953. La femme la plus influente de son harem était, semble-t-il, Hassa al-Sudairi. Ils sont eu 7 fils ensemble. Le roi (dément) Salmane, Nayef et Ben Salmane sont tous des descendants de Hassa al-Sudairi. Mohammed ben Salmane est le premier des petits-enfants d’Ibn Saoud à pouvoir se rapprocher du trône.

Un bon nombre d’autres princes sont plus compétents que Ben Salmane. Nayef, qui a longtemps travaillé au ministère de l’intérieur, était le tsar saoudien du contre-terrorisme (et de ce fait, un chouchou de la CIA). Il y a Mitab bin Abdullah, ministre de la garde nationale saoudienne ; le célèbre prince Turki, ancien chef des renseignements, ancien ambassadeur aux USA et ancien meilleur ami d’Oussama Ben Laden ; et Khaled ben Faisal, gouverneur de La Mecque et ancien ministre de l’éducation.

Ben Salmane parie tout sur sa Vision 2030 – qui en théorie, pourrait permettre à l’économie saoudienne de dépasser la monoculture pétrolière, mais qui implique un aggiornamento politique virtuellement impossible ; après tout, le château de cartes de la Maison des Saoud est irréformable. Prenez la liste risible des 13 exigences imposées au Qatar – y compris l’excommunication de l’Iran et la fermeture d’al-Jazeera.

Rien de surprenant si tous les grands acteurs de la géopolitique prévoient aujourd’hui des scénarios de guerre – même si les Allemands sont les seuls à s’en inquiéter publiquement. Le Qatar est un observateur de l’OTAN. Doha tient ferme ses positions ; elle ne cédera pas aux exigences absurdes des Saoudiens. Et ensuite, est-ce que Ben Salmane – le « leader » le plus dangereux de la géopolitique actuelle – va perdre la face ou va-t-il déclencher encore une autre guerre démentielle, ingagnable, cette fois en envoyant toute la planète dans des convulsions ?

De mal en pire. Mohammed Ben Salmane est vraiment le chouchou arrogant et trop gâté de son père. Le moins qu’on puisse en dire est qu’il ne déborde pas d’intelligence, même pour la Maison des Saoud. Son mentor, Mohammed ben Zayed, des EAU, est un taré dangereux et richissime. Comme chacun sait, les EAU dirigent des centres secrets de détention et de torture au Yémen. Les Émirats ont toujours été des sous-traitants de la CIA, et ne parlons même pas de Dubaï – l’une des capitales mondiales de l’argent sale et du blanchiment des profits de la drogue. La « vision » de Mohammed ben Salmane a été conçue par McKinsey – et ne marchera donc pas. La Maison des Saoud – et le Qatar – ont activement financé la prise de zones du « Syrak » par Daech. Aujourd’hui, Ben Salmane en accuse le Qatar. Les sycophantes de Washington l’adorent. Tout le réseau de connexions est une pétaudière répugnante et pestilentielle.

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Le bûcher des vanités : les injonctions saoudiennes exposent la peur et la haine du Qatar

Middle East Eye passe au crible les treize conditions formulées par l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn et l’Égypte pour mettre fin à leurs mesures à l’encontre du Qatar

Le bûcher des vanités : les injonctions saoudiennes exposent la peur et la haine du Qatar
L’Arabie saoudite et ses alliés ont émis treize demandes que le Qatar doit satisfaire pour que le blocus à son encontre soit levé. La liste montre que leur principale préoccupation n’est pas le supposé financement du terrorisme par le Qatar et son rapprochement avec l’Iran, mais plutôt un mélange combustible de peur existentielle et du désir de réduire l’influence et la richesse de Doha.

Il apparaît également clairement, compte tenu des contradictions et des accusations incorrectes exprimées dans la liste, que celle-ci a été préparée à l’emporte-pièce après que la communauté internationale et le monde musulman ont exprimé leur scepticisme quant aux raisons pour lesquelles les Saoudiens et les Émiratis ont imposé un blocus au Qatar.

Curieusement, le Hamas – le groupe palestinien que l’Arabie saoudite et ses alliés ont qualifié d’« extrémiste » depuis le début de la crise diplomatique – brille par son absence dans cette liste.

Middle East Eye, qui se trouve être également ciblé par les accusations des gouvernements à l’origine de la liste, a examiné chaque demande en détail.

Demande n° 1 : réduire les relations diplomatiques avec l’Iran et fermer les missions diplomatiques qataries en Iran. Expulser les membres des Gardiens de la révolution islamique et cesser toute coopération militaire avec l’Iran. Seuls les échanges commerciaux qui respectent les sanctions américaines et internationales seront autorisés.

Les liens entre le Qatar et l’Iran ne sont en aucun cas ceux qui caractérisent des alliés. Le Qatar et l’Iran partagent certes un important champ de gaz naturel, South Pars, ce qui signifie que Doha doit maintenir un niveau minimal de relations avec Téhéran et ne peut adopter la position ultra-belliciste de Ryad.

Doha et Téhéran se situent à des extrémités opposées du spectre idéologique. Ceci apparaît le plus clairement en Syrie, où l’Iran chiite soutient le gouvernement Assad tandis que le Qatar sunnite appuie les forces rebelles soutenues par les Turcs. Dans cette optique, il devient difficile de prêter foi aux accusations de coopération militaire entre Doha et Téhéran.

En ce qui concerne le commerce, il est intéressant de noter que les Émirats arabes unis (EAU) sont l’un des principaux partenaires commerciaux de Téhéran. Les EAU ont joué un rôle majeur dans la levée des sanctions américaines et internationales contre Téhéran en facilitant un accord or contre pétrole. Les derniers rapports médiatiques basés sur des statistiques turques indiquent que ce commerce de l’or visant à mettre fin aux sanctions pourrait toujours être en cours.

Demande n° 2 : mettre immédiatement fin à la présence militaire turque au Qatar et à toute coopération militaire avec la Turquie à l’intérieur du Qatar.

La Turquie a pris soin de garantir aux autres pays du Golfe que toute présence militaire turque dans le Golfe ne doit pas être vue comme une menace, mais comme un rempart contre des « menaces communes » non spécifiées, qui pourraient éventuellement inclure l’Iran. Ceci rend la demande de retrait des troupes turques contraire aux intérêts propres de l’Arabie saoudite.

Quelques douzaines de troupes turques sont postées à Doha. Le fait de considérer une si petite présence comme une menace plus grande que la capacité de l’Iran à atteindre le Golfe révèle également que le véritable motif de cette demande est le désir de déchoir le Qatar de sa souveraineté.

Pour Doha, satisfaire cette demande signifie accepter une ingérence dans ses affaires souveraines. La Turquie, pour sa part, pourrait ne même pas prendre en considération de telles exigences compte tenu de sa détermination à ne pas autoriser l’ingérence de tiers dans ses affaires.

Bien que hautement improbable, toute décision en faveur du retrait des troupes turques viendrait de pressions intérieures, des critiques au Qatar ayant exprimé des doutes sur la nécessité d’une base militaire turque dans le pays depuis que les détails de l’accord ont commencé à apparaître en 2014. Les détracteurs ont qualifié la base de projection des rêves néo-ottomans du président turc.

Le bûcher des vanités : les injonctions saoudiennes exposent la peur et la haine du Qatar

Demande n° 3 : couper tous les liens avec les « organisations terroristes » – en particulier les Frères musulmans, le groupe État islamique, al-Qaïda et le Hezbollah libanais. Déclarer officiellement que ces entités sont des groupes terroristes.

Doha pourrait être ici la victime de ses propres ambitions et de la trahison de l’Occident. Dès le lendemain des attentats du 11 septembre 2011, lorsque le Qatar a accepté que les talibans afghans ouvrent un bureau de représentation au Qatar avec la bénédiction de l’Occident, le petit émirat du Golfe est apparu comme un terrain neutre où même les adversaires les plus acharnés pouvaient se rencontrer et parler. Entre 1996 et 2001, le Qatar ne reconnaissait pas les talibans.

Doha a cherché à maintenir son rôle d’espace neutre et sûr pour de potentiels pourparlers en autorisant la présence sur son territoire de représentants de mouvements tels que les Frères musulmans, à l’exception de l’État islamique et d’al-Qaïda.

L’Arabie saoudite et les autres pays du Golfe considèrent les Frères musulmans comme la principale menace planant sur leur existence, mais la communauté internationale – y compris la Grande-Bretagne et les États-Unis – s’est montrée particulièrement réservée à l’idée de désigner ce mouvement non violent comme « terroriste ».

Doha serait bien en peine d’accepter cette demande, surtout lorsque l’on considère le fait que cette politique de médiation lui a même permis de réussir à convaincre le groupe palestinien Hamas de modifier sa charte de façon à adopter une position plus conciliante.

Demande n° 4 : mettre fin au financement d’individus, groupes ou organisations désignés comme terroristes par l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Égypte, Bahreïn, les États-Unis et d’autres pays.

Dès le départ, le Qatar a rejeté ces accusations de financement du terrorisme, qu’aucune preuve n’est d’ailleurs venue étayer.

Inclure les États-Unis dans cette demande révèle en outre la faiblesse de ces accusations. Les États-Unis n’ont en effet pas besoin de la coalition saoudienne pour formuler de telles injonctions en leur nom. Washington a récemment signé un accord de 22 milliards de dollars avec le Qatar pour la vente d’avions de chasse, ce qu’il ne ferait pas s’il considérait le Qatar comme un ennemi. Les États-Unis ne continueraient pas non plus à poster 10 000 soldats américains au Qatar si tel était le cas.

Demande n° 5 : livrer les « figures terroristes » voulues par l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Égypte et Bahreïn à leur pays d’origine. Geler leurs actifs et fournir toute information souhaitée sur leur lieu résidence, leurs mouvements et leurs finances.

Encore une fois, rien n’indique que le Qatar ait refusé de coopérer avec ses partenaires du Conseil de coopération du Golfe dans le cadre d’accords existants ou d’accords bilatéraux avec ces États, y compris des accords d’extradition.

Il s’agit, là encore, d’une demande que le Qatar peut trouver très difficile à accepter s’il veut continuer à jouer son rôle d’interlocuteur neutre et équitable et de lieu de négociations entre différents adversaires, surtout si ceux-ci représentent des mouvements non violents.

Demande n° 6 : fermer Al Jazeera et ses chaînes affiliées.

Peu de temps après sa création, le réseau d’informations Al Jazeera, financé par l’État du Qatar, est rapidement devenu le seul diffuseur de la région capable de couvrir les événements au même niveau que ses homologues occidentaux bien établis. Un budget faramineux et un effort continu pour recruter les meilleurs journalistes à travers le monde ont permis d’asseoir sa réputation.

La ligne éditoriale d’Al Jazeera, cependant, lui a valu d’être souvent critiquée à la fois par l’Occident comme étant trop axé sur les musulmans et par les despotes de la région, qui l’ont accusée d’incitation à la rébellion.

Pour rendre justice aux préoccupations saoudiennes, il convient de noter que la version arabe de la chaîne a présenté une ligne éditoriale plus visiblement favorable aux mouvements populaires dans la région, ce qui a rendu les Saoudiens et les Émiratis, entre autres, particulièrement nerveux.

Al Jazeera a reflété la vision du palais royal et a pris soin d’édulcorer sa couverture du Yémen en faveur de l’Arabie saoudite afin de refléter les politiques actuelles anti-iraniennes de son voisin. La couverture des problèmes nationaux du Qatar, tels que l’esclavage moderne, est en outre quasiment inexistante.

Le bûcher des vanités : les injonctions saoudiennes exposent la peur et la haine du Qatar

Demande n° 7 : mettre fin à son ingérence dans les affaires intérieures de pays souverains. Arrêter d’accorder la citoyenneté aux ressortissants saoudiens, émiratis, égyptiens et bahreïnis recherchés par leurs pays. Révoquer la citoyenneté qatarie à ces ressortissants lorsqu’une telle citoyenneté viole les lois de ces pays.

Une demande vague et difficile à surveiller si elle est acceptée. À l’inverse, la présentation d’une telle liste de conditions peut en soi être interprétée comme une ingérence dans les affaires souveraines du Qatar.

Étant donné les liens familiaux et tribaux complexes entre les ressortissants des pays du Golfe, la citoyenneté multiple est commune et priver des individus de leurs droits à la citoyenneté sans preuve suffisante pour justifier de telles mesures pourrait entraîner de graves violations des droits de l’homme.

Demande n° 8 : verser des dédommagements pour les pertes de vie humaine et les pertes financières causées par les politiques du Qatar ces dernières années. La somme sera déterminée en coordination avec le Qatar.

Une autre demande vague et particulièrement contestable. Sans aucun montant spécifié pour les indemnités ou les pertes financières, et sans preuve concrète, il est impossible pour un État indépendant d’accepter une telle demande.

Demande n° 9 : s’aligner sur les autres pays du Golfe et les pays arabes sur le plan militaire, politique, social et économique, ainsi que pour les questions économiques, conformément à un accord conclu avec l’Arabie saoudite en 2014.

Le Qatar fait déjà partie de l’alliance militaire islamique dirigée par les Saoudiens. C’est aussi un membre pleinement intégré du Conseil de coopération du Golfe. En raison de ses intérêts économiques en tant que principal exportateur d’hydrocarbures, sa politique économique est déjà alignée sur celle de l’Arabie saoudite.

Les seules différences semblent être le refus de Doha d’adopter le même ton que les Saoudiens vis-à-vis de l’Iran en raison de son champ de gaz commun, ainsi que son soutien aux mouvements démocratiques populaires à travers la région, à l’exclusion du Golfe.

Toutefois, cela pourrait s’avérer l’une des demandes les plus faciles à respecter pour Doha si le blocus contre le pays est d’abord levé.

Demande n° 10 : mettre un terme à tous les contacts avec l’opposition politique en Arabie saoudite, aux EAU, en Égypte et à Bahreïn. Transmettre tous les fichiers détaillant les contacts antérieurs du Qatar avec ces groupes d’opposition et le soutien qatari à leur égard.

Un autre signe du fait que la liste des injonctions a été compilée à la hâte. Toute opposition politique dans les pays mentionnés est strictement contrôlée par ces gouvernements répressifs. Aucune preuve n’a été fournie pour justifier ces accusations contre le Qatar.

Rien n’indique en outre que le Qatar aurait quelque chose à gagner à fomenter des troubles dans sa propre arrière-cour. En fait, Doha aurait certainement plus à perdre qu’à gagner dans la mesure où ses routes d’exportation de gaz naturel, lequel représente sa plus importante source de revenus, seraient menacées.

Demanda n ° 11 : fermer les médias que le Qatar finance, directement et indirectement, y compris Arabi21, Rassd, Al Araby Al-Jadeed et Middle East Eye.

Middle East Eye (MEE), site d’informations basé à Londres, est financé de façon autonome et couvre le Moyen-Orient de manière approfondie, impartiale et factuelle.

Ses reportages sur la Turquie, l’Irak et la Syrie, entre autres, illustrent l’objectivité à laquelle MEE est attaché. Middle East Eye n’a pas hésité à publier des articles critiques sur les alliés du Qatar, y compris la Turquie, lorsque les faits étaient prouvés. Il n’a pas non plus épargné le Qatar, par exemple en publiant une série d’articles sur les mauvais traitements infligés aux travailleurs étrangers dans le secteur de la construction du pays.

MEE a également couvert des questions d’importance régionale qui donnent une mauvaise image de l’Arabie saoudite et des EAU, ce qui a entraîné l’ire de ces pays, où l’accès au site de Middle East Eye a été bloqué.

Demande n ° 12 : accepter toutes les conditions dans les dix jours suivant leur envoi au Qatar, sans quoi la liste devient invalide.

Il est peu probable qu’en seulement dix jours, le Qatar puisse ne serait-ce qu’évaluer ces demandes, qui visent souvent à le priver de sa souveraineté ou impliquent des situations qui ne le concernent même pas – comme la fermeture de MEE –, et encore moins qu’il puisse accepter l’une ou l’autre de ces conditions.

Demande n° 13 : consentir à des audits mensuels au cours de la première année suivant l’acceptation de ces demandes, puis une fois par trimestre au cours de la deuxième année. Une surveillance annuelle du respect des demandes par le Qatar aura lieu chaque année durant les dix années suivantes.

Cette exigence équivaut à demander au Qatar d’accepter un statut de vassal de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis. Aucun pays n’a jamais accédé à une telle demande, sauf dans le cas où il aurait été vaincu par une guerre.

Traduit de l’anglais (original).

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Mohammed ben Salmane, prince saoudien du chaos

Lorsque le roi Salmane et son fils Mohammed sont arrivés au pouvoir, il existait l’espoir qu’ils puissent unir les sunnites et fournir un leadership qui faisait cruellement défaut. Au lieu de cela, ils l’ont peut-être irrémédiablement fragmenté

Mohammed ben Salmane, prince saoudien du chaos
L’acte final de la révolution de palais dont je parle depuis que le roi Salmane a pris le pouvoir vient de s’achever. Tout le monde s’attendait à un coup d’État contre le Qatar. En fait, le coup d’État s’est déroulé au sein du royaume lui-même.

Cela s’est passé au milieu de la nuit après le fajr, la prière musulmane qui annonce l’aube d’un nouveau jour, et des millions de Saoudiens se sont réveillés dans une nouvelle réalité : un prince de 31 ans sera le prochain roi.

Le départ de son père, le roi Salmane – dont le discours prononcé en direct à la télévision pendant la visite de Trump à Riyad était incompréhensible pour beaucoup qui l’ont entendu en arabe – n’est plus qu’une formalité. Ben Salmane est désormais roi, sans en porter le titre.

Pas à pas, le dernier obstacle à l’ascension vertigineuse de Mohammed ben Salmane au pouvoir, à savoir son cousin, Mohammed ben Nayef, a été dépouillé de son pouvoir. Il ne pouvait rien faire pour l’arrêter, mais il s’est battu jusqu’au bout.

Tout d’abord, sa cour royale s’en est allée et un conseil de sécurité nationale a été créé par-dessus son autorité. Ensuite, son ministère a été dépouillé de son rôle de procureur. Puis a été lancée l’opération visant à isoler le Qatar, l’un de ses alliés les plus proches.

C’est un système tribal. Donc, si le cheikh de votre tribu s’engage dans une voie, vous ne pouvez que le suivre. L’assentiment ne doit toutefois pas être confondu avec le consensus. C’était prévu, mais ne vous méprenez pas : c’est le plus grand choc qu’a connu la maison royale saoudienne depuis que le roi Saoud a été contraint d’abdiquer par le prince Fayçal en 1964.

Qu’est-ce que cela signifie ?

Tous les leviers du pouvoir sont maintenant entre les mains d’un homme jeune, inexpérimenté et qui aime prendre des risques. En tant que ministre de la Défense, il s’est en effet, en peu de temps, fait une réputation d’imprudent.

Il a lancé une campagne aérienne contre les Houthis au Yémen et a ensuite disparu en vacances aux Maldives. Le secrétaire américain à la Défense n’a pas pu le joindre avant plusieurs jours. Dix mille morts plus tard, les Houthis sont encore fermement ancrés dans la capitale Sanaa, le sud libéré s’est émancipé du contrôle d’Abd Rabbo Mansour Hadi et une épidémie de choléra a éclaté.

Chaque dossier que ben Salmane a traité s’est retrouvé dans la déchiqueteuse de bureau.

Il a d’abord introduit l’austérité en imposant de fortes réductions de salaire aux employés du gouvernement, avertissant que le pays serait en faillite en cinq ans. Ensuite, il est revenu sur ces réductions, affirmant que la stabilité financière avait été atteinte. Puis, il s’est engagé à dépenser jusqu’à 500 milliards de dollars en matériel militaire américain.

Aujourd’hui, tous les Saoudiens, dans le royaume marqué par l’austérité, auront une semaine supplémentaire de vacances pour l’Aïd, soit deux semaines environ au total.

Les menus détails de chacune de ses décisions impulsives, comme la façon dont chacune d’entre elles sera effectivement concrétisée, manquent. Le plan visant à mettre à la vente jusqu’à 5 % de la compagnie pétrolière publique Aramco sur les marchés de New York et de Londres a déjà suscité des avertissements relatifs aux risques juridiques d’une cotation à New York ou d’un recours collectif concernant les exigences de déclaration des réserves d’État, outre les mises en garde émanant des familles des victimes des attentats du 11 septembre 2001. Il existe également une opposition à Londres.

C’est la même histoire en Syrie. N’oublions pas qui a fourni aux groupes combattants en Syrie certains de leurs hommes les plus violents. C’était sous le mandat du prince Bandar ben Sultan en tant que secrétaire à la sécurité nationale du royaume saoudien que 1 239 détenus dans le couloir de la mort – y compris des violeurs et des meurtriers – ont été libérés à condition qu’ils partent faire le « djihad en Syrie ». C’est indiqué noir sur blanc dans un mémo daté du 17 avril 2012.

Sous le règne de Salmane, le royaume est passé de l’organisation de l’opposition syrienne dans les moindres détails (jusqu’à dicter au chef du comité de négociation à Genève à quel moment la délégation devait partir pour l’aéroport pour assurer la rupture des négociations) à la perte totale d’intérêt pour les rebelles. En tant qu’allié des Saoudiens, vous pouvez être abandonné à votre sort à tout moment.

Que ce soit au Yémen, en Syrie ou au Qatar, le prince héritier a déjà obtenu un autre titre : le prince du chaos.

Le mentor de ben Salmane

Il a, toutefois, suivi les instructions. Comme Middle East Eye l’a signalé à l’époque, le mentor du jeune prince, Mohammed ben Zayed, le prince héritier d’Abou Dabi, lui a donné deux conseils pour accélérer son ascension vers le trône.

Le premier était d’ouvrir un canal de communication avec Israël. Ce qu’il a fait, et maintenant, sous son commandement, le royaume est plus proche qu’il ne l’a jamais été de nouer des liens commerciaux avec Tel Aviv. Le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel al-Jubeir, et Nikki Haley, l’ambassadrice des États-Unis aux Nations unies, suivent le même scénario concernant la tentative de placer sur liste noire le Hamas.

La deuxième instruction était de réduire le pouvoir des autorités religieuses dans le royaume.

Bien que ben Salmane ait réduit l’influence de l’establishment religieux sur la vie quotidienne des Saoudiens, il l’utilise pour renforcer son autorité. Une série de tweets rédigés par le Comité saoudien des grands oulémas démontre comment la religion a été pliée au service de la politique.

Voilà ce que cette organisation d’érudits a déclaré au sujet des Frères musulmans : « Les Frères musulmans ne sont pas de ceux qui sont sur le bon chemin. Al-Luhaidan, qu’Allah le protège »

« [Les membres] de la Confrérie sont des partisans qui cherchent seulement à s’emparer du pouvoir, ils ne se soucient pas d’appeler à corriger la foi. Al-Fawzan, qu’Allah le protège »

Plus important, ce tweet :

« Il n’y a rien dans le Livre et la Sunna qui autorise la multitude de partis et de groupes [politiques]. Au contraire, ils censurent une telle chose. »

Le message est terriblement limpide. Les partis politiques ne sont pas autorisés. Nous ne vous donnons pas la démocratie, mais la théocratie et l’autocratie.

Même le timing du dernier acte de cette révolution de palais importe. Le prince ben Salmane a reçu l’allégeance de sa famille et du public à La Mecque lors de la 27e nuit du Ramadan, Laylat al-Qadr, la nuit du Destin, lorsque les prières sont magnifiées en importance mille fois. C’est la nuit la plus importante du calendrier islamique.

Ce n’est pas un futur roi qui a l’intention de neutraliser le rôle de la religion dans les affaires de l’État. Il l’utilise pour établir son propre règne autocratique.

Ensuite, le Yémen

C’est l’effet Trump en action. Les ambitions de ben Salmane concernant la prise du trône saoudien et les plans de ben Zayed pour imposer la dictature sur l’ensemble du Golfe ont précédé l’arrivée du président le plus dangereux de l’histoire américaine moderne. Mais la visite de Trump à Riyad a donné le coup d’envoi.

En quelques jours, les chars de l’axe ben Salmane-ben Zayed se sont mis en branle, d’abord contre le Qatar, puis contre ben Nayef.

Le Yémen est leur prochaine cible. Comme nous l’avons signalé, il y a eu une dispute majeure entre le président yéménite en exil, Hadi, qui est à Riyad, et les forces locales à Aden contrôlées par les Émiratis. Les deux principaux partenaires de la campagne contre les Houthis soutiennent des parties qui s’affrontent dans le sud du Yémen.

Ceci, si je comprends bien, sera prochainement résolu. Ben Salmane a rencontré Tahnoon ben Zayed, le frère de Mohammed ben Zayed et son chef de la sécurité, pour lui dire d’apaiser la situation dans le sud du Yémen.

Ben Salmane a déclaré à Tahnoon ben Zayed qu’une fois qu’il serait prince héritier, il abandonnerait Abd Rabbo Mansour Hadi et le remplacerait par Khaled Bahah, proche des Émiratis.

Bahah a récemment visité Riyad pour reprendre contact avec la nouvelle administration saoudienne. Une offensive à grande échelle contre Islah, la faction liée aux Frères musulmans au Yémen, sera lancée.

Voilà alors la nouvelle aube qui n’attend pas seulement les Saoudiens, mais des millions de personne dans la région. Si ces plans se poursuivent, cela soumettra la région à des dizaines d’années de turbulences, de guerres civiles, de conflits par procuration et d’effusions de sang.

Comme larrons en foire ?

Cependant, les larrons ont l’habitude de se brouiller. Ben Zayed, l’architecte de cette campagne contre l’islam politique et toutes les forces qui défendent la démocratie dans la région, convenait aux desseins de ben Salmane jusqu’à maintenant. Le prince héritier d’Abou Dabi l’a mis en pole position pour devenir roi.

Cependant, une fois que ben Salmane sera au pouvoir, le jeune roi pourrait ne plus se satisfaire d’être conseillé par le prince héritier d’un État beaucoup plus petit. Leurs intérêts peuvent facilement diverger. Nous l’avons déjà constaté en Égypte, où les Saoudiens ont installé un dictateur militaire, avant de découvrir que leurs hommes de paille ne les soutenaient pas dans leur campagne contre l’Iran.

Le deuxième facteur est que l’axe ben Salmane-ben Nayef créera par inadvertance de nouvelles alliances pour contrer leur domination. La fermeture des frontières saoudiennes avec le Qatar a déjà accéléré l’arrivée de troupes turques à Doha. Cela peut également obliger la Turquie, le Koweït et Oman à se réconcilier avec l’Iran. Le fossé créé par la guerre syrienne entre le Hezbollah et le Hamas peut également être rapidement comblé.

Lorsque père et fils sont arrivés au pouvoir après la mort du roi Abdallah, il existait l’espoir qu’ils puissent unir les sunnites et fournir un leadership qui faisait cruellement défaut. Au lieu de cela, ils l’ont peut-être irrémédiablement fragmenté et divisé.

– David Hearst est rédacteur en chef de Middle East Eye. Il a été éditorialiste en chef de la rubrique Étranger du journal The Guardian, où il a précédemment occupé les postes de rédacteur associé pour la rubrique Étranger, rédacteur pour la rubrique Europe, chef du bureau de Moscou et correspondant européen et irlandais. Avant de rejoindre The Guardian, David Hearst était correspondant pour la rubrique Éducation au journal The Scotsman.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : Mohammed ben Salmane sur une photo non datée, publiée par l’Institut Mohammed Ben Salmane en janvier 2015 (AFP).

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

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Le Hamas va au Caire

Une délégation du Hamas a récemment effectué une visite officielle en Egypte, ce qui, de nos jours, est une nouvelle en soi. Au Caire, la délégation a également rencontré l’ancien chef de guerre du Fatah Muhammad Dahlan, ce qui est une nouvelle encore plus importante. La délégation du Hamas était conduite par Yahya Sinwar. Chef des Brigades Izz ad-Din al-Qassam, il a purgé plus de vingt ans dans les geôles israéliennes avant d’être libéré en 2011 dans un échange de prisonnier et a été élu il y a quatre mois pour diriger le mouvement dans la Bande de Gaza occupée, sa base principale d’influence.

Le Hamas va au Caire
En mai, l’élection du successeur du chef du bureau politique Khalid Mashal a été remportée par l’ancien Premier ministre de l’Autorité palestinienne Ismail Haniya, une personnalité relativement faible. Sinwar est le chef de facto de tout le mouvement.

Au sein du Hamas, il est connu comme étant un partisan de la ligne dure, et aussi pour sa conviction que le mouvement doit améliorer ses relations avec l’Iran pour équilibrer sa dépendance à l’égard du Qatar et de la Turquie. Comme la plupart de ses pairs, il est également désireux de normaliser les relations avec l’Egypte qui, depuis le coup d’Etat de Sisi en 2013, a mené une campagne de diabolisation sans précédent contre le Hamas et a fermé la seule frontière de Gaza avec un Etat arabe.

L’élection de Sinwar, précédée d’une augmentation importante et inattendue du nombre d’électeurs, n’a pas beaucoup plu au Qatar. Il a mis quelques bâtons dans les roues des organisateurs de la cérémonie de divulgation du nouveau document politique du Hamas, le 1er mai, à l’Hôtel Sheraton de Doha, dans lequel le mouvement a officiellement adopté la solution de deux Etats pour résoudre le conflit israélo-palestinien et s’est défini comme un élément organique du mouvement de libération nationale palestinienne plutôt que les Frères musulmans qui l’ont engendré. Il se peut que Doha ait donné sa bénédiction au président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pour qu’il étende les mesures punitives contre la Bande de Gaza, histoire de rappeler à Sinwar que les relations avec Téhéran ne remplacent pas le mécénat du Qatar et que Doha attend qu’il adopte de nouvelles politiques et évite la confrontation avec Israël.

La première mesure d’Abbas fut de réduire les salaires des fonctionnaires de l’AP à Gaza. Depuis que le Hamas a pris le pouvoir dans le territoire en 2007, l’AP dirigée par le Fatah a pratiquement payé ses employés à ne rien faire, mais ils sont très nombreux et leur revenu total contribue de manière substantielle à l’économie de Gaza de plus en plus désespérée. Plus récemment, le gouvernement de Netanyahou a accepté la demande d’Abbas de réduire l’approvisionnement de Gaza en électricité.

Abbas réclamait cette mesure depuis un certain temps, au prétexte que le Hamas suspend les recettes fiscales que l’AP utilise pour payer les fournisseurs israéliens. A un niveau moins technique, il espérait que le fait d’ajouter ces pénuries aux extraordinaires privations imposées à Gaza par Israël, la communauté internationale et l’AP pousserait la population à se révolter et à renverser ses dirigeants Hamas de plus en plus impopulaires.

Auparavant, Netanyahou s’en était remis aux autorités israéliennes de la sécurité, qui prévoyaient qu’une réduction de la fourniture d’électricité déjà intermittente de Gaza à seulement une ou deux heures par jour provoquerait une véritable explosion (c’est l’armée de l’air de ce même establishment sécuritaire qui a ruiné l’essentiel de la production d’électricité de Gaza). La raison pour laquelle Netanyahou a passé outre la décision des autorités de la sécurité, cette fois-ci, a probablement à voir avec la crise au Conseil de coopération du Golfe . Israël veut à la fois démontrer son utilité à ses partenaires en Arabie Saoudite et aux Emirats arabes unis, qui ont demandé au Qatar de rompre ses liens avec le Hamas, et persuader l’infortuné président des Etats-Unis et son gendre, le tsar de la paix au Moyen-Orient, Jared Kushner, que la paix au Moyen-Orient s’obtiendra par la normalisation arabo-israélienne, pas par la fin de l’occupation et l’établissement d’un Etat palestinien.

Plutôt que de mordre à l’hameçon israélien, le Hamas s’est tourné vers l’Egypte, l’ancien leader du monde arabe qui est maintenant un Etat vassal saoudien et émirati. Malgré son hostilité envers le Hamas et sa fidélité à ses bienfaiteurs du Golfe, Le Caire n’a guère envie d’une autre conflagration israélo-palestinienne qui ne ferait qu’aggraver la situation sécuritaire dans l’indocile péninsule du Sinaï. Des accords provisoires ont été conclus pour fournir à Gaza du carburant égyptien (1) et ouvrir le passage de Rafah plus régulièrement. En échange, le Hamas veillera à ce que Gaza ne serve pas de refuge aux groupes militants qui ont pris les armes dans le Sinaï.

Dahlan a dirigé la campagne de l’AP contre le Hamas à Gaza dans les années 1990. En 2006, il a été choisi par le directeur du Conseil de sécurité nationale pour les affaires du Proche-Orient de George W. Bush, le néoconservateur invétéré Eliott Abrams, pour déposer le Hamas après qu’il ait remporté de façon éclatante les élections législatives de l’AP. Le lieutenant-général Keith Dayton, coordonnateur de la sécurité des Etats-Unis chargé de transformer les forces de sécurité de l’Autorité en une force auxiliaire fiable de l’occupation israélienne, s’était opposé à cette nomination mais Abrams l’a emporté. En juin 2007, les forces de Dahlan se sont effondrées lorsque le Hamas a saisi le pouvoir à Gaza pour mettre fin à leur stratagème. Plusieurs années après, Dahlan a été dépouillé de ses pouvoirs et expulsé du Fatah. Il a quitté la Cisjordanie sous la menace de poursuites après s’être brouillé avec Abbas, jusqu’alors son collaborateur palestinien le plus proche.

En exil, Dahlan a été adopté par Muhammad bin Zayid, le prince héritier d’Abou Dhabi et dirigeant de fait des Emirats arabes unis, qui l’a nommé conseiller à la sécurité nationale. A la consternation d’Abbas, Dahlan a également développé des relations étroites avec Sisi. L’année dernière, Bin Zayid a tenté de réconcilier Abbas et Dahlan, et de faire en sorte que ce dernier succède au premier. Abbas a déjoué le plan, qui n’a pas abouti.

Dahlan et Sinwar ne sont pas seulement des ennemis politiques jurés, mais aussi des amis d’enfance. Ils sont allés à l’école ensemble dans le camp de réfugiés de Khan Yunis. Lors de leurs réunions au Caire, ils ont convenu de relancer le Conseil législatif de l’AP suspendu par Abbas depuis 2007 mais dans lequel des délégués regroupés disposent d’une large majorité, et de mettre en œuvre divers projets caritatifs dans la bande de Gaza. Le Hamas offre à Dahlan un chemin de retour en Palestine et à sa politique, à laquelle il n’a pas accès. Dahlan peut aider à mettre de l’huile dans les rouages à la fois des relations Hamas-Egypte améliorées, et de l’économie moribonde de Gaza. Deux ennemis se sont réunis pour affaiblir leur rival commun, Abbas.

La mise en œuvre des accords dépend de l’aide égyptienne et de la générosité émiratie. Cela met effectivement Le Caire, Abu Dhabi et le Hamas dans le même camp, même si l’Egypte et les Emirats arabes unis soulignent que le parrainage des islamistes palestiniens par Doha est une raison de leur blocus du Qatar.

(1) « (…) Des témoins à Gaza ont dit à Ma’an qu’ils ont vu des camions-citernes arriver d’Egypte par le terminal frontalier de Rafah, qui était exceptionnellement ouvert mercredi matin pour livrer le carburant. Le ministre des Finances de Gaza, Salim al-Kayyali, a dit à Ma’an que 11 camions-citernes transportant approximativement 500.000 litres de diesel venant d’Egypte ont été livrés à la centrale électrique ; un million de litres supplémentaires devraient arriver mercredi soir ou jeudi matin. » Ma’an News, 21 juin 2017.

Source : London Review of Books

Traduction : MR pour ISM

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Accord impossible entre le Qatar et l’Arabie saoudite

Les saoudiens et émiratis ne paraissaient pas crédibles avant de faire connaître leurs demandes au Qatar, dans le cadre de la crise qui les opposent. Depuis quelques heures ces demandes font la « Une » de plusieurs médias montrant à quel point les deux parties sont aux antipodes, rendant ainsi impossible tout accord sérieux. Qui peut être raisonnablement étonné, le véritable objectif de Mohammad bin Salman (MBS) demeure bien d’annexer le Qatar pour commencer.

Accord impossible entre le Qatar et l’Arabie saoudite
C’est bien de la souveraineté du Qatar qu’il s’agit

A lire les 13 thèmes de doléances que l’Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Bahreïn et Egypte comptent discuter avec le Qatar, on est perplexe par le cadre général de ces demandes. Elles ressemblent plus à une conversation de bistro qu’à des revendications d’états à états. Il y a un manque évident de respectenvers le Qatar. Ceux qui ont initié cette crise, depuis le 5 juin 2017, montrent là leur véritable objectif, rabaisser autant que possible le Qatar pour le faire disparaître de la scène internationale, pour dans un deuxième temps l’annexer simplement à l’Arabie saoudite.

Ce sont bien les saoudiens qui mènent le bal !

On s’interrogeait sur la politique du nouveau prince héritier de l’Arabie saoudite, Mohammad bin Salman, nous avons maintenant la réponse. Si hier il saluait chaleureusement Tamim bin Hamad al Thani, l’émir du Qatar, force est de constater que tout cela n’était qu’une comédie. Par ces demandes, impossible à satisfaire, le dirigeant de fait de l’Arabie saoudite annonce clairement qu’il y aura un conflit ouvert ou larvé contre le Qatar pour commencer, cela n’étant qu’une première étape de sa stratégie globale. Il est fort probable que dans quelques mois à la faveur d’un incident réel ou programmé, les Emirats arabes unis subiront le même sort que le Qatar et puis d’autres pays encore.

Un nouvel Alexandre le Grand vient d’arriver aux portes du pouvoir en Orient, il rêve lui aussi de conquérir in fine la Perse.

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La souveraineté du Qatar clairement remise en question par ses voisins

La crise dans le Golfe devrait prendre un tournant dramatique car la plus part des demandes exprimes par l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, le Bahreïn et l’Egypte qui viennent d’être connues sont inacceptables. Le Qatar a un délai de 10 jours pour satisfaire les demandes.

La souveraineté du Qatar clairement remise en question par ses voisins
Le conflit parait désormais inévitable

En chargeant la barque des demandes exprimées pour mettre fin à la crise de l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, Bahreïn et Egypte contre le Qatar, ceux qui ont initié cette crise souhaitent en arriver au conflit.

Les revendications sont organisées sur 13 thèmes (https://apnews.com/9ea596a18e5d4650b0d96cd8ce143be5) et un contrôle serait mis en place pour les 10 années à venir.

-Fermeture d’Al Jazeera ainsi que ses filiales

-Arrêt du financement de plusieurs autres médias

-Fermeture de la base turque en construction au Qatar

-Le Qatar doit refuser de naturaliser les citoyens des quatre pays et d’expulser ceux qui résident actuellement au Qatar

-Fournir des informations détaillées sur les organismes de l’opposition que le Qatar a financés dans les 4 pays.

-Remettre toutes les personnes recherchées par ces quatre pays .

-Cesser de financer les entités extrémistes désignées par les États-Unis

-Le Qatar doit fermer les postes diplomatiques en Iran, expulser les membres de la Garde révolutionnaire d’élite d’Iran. Cesser toute relation diplomatique avec l’Iran.

-Le Qatar doit leur verser des réparations financières pour tout dommage ou coût accumulé ces dernières années du fait de sa politique.

Ces pays ont maintenant donné au Qatar 10 jours pour se conformer à toutes les demandes., y compris le paiement d’une somme non spécifiée en compensation. Selon Yahou : Aucune réaction n’a pu être obtenue dans l’immédiat auprès des autorités du Qatar, qui ont rejeté les allégations à l’origine de la rupture. Mais le ministre qatari des Affaires étrangères, cheikh Mohammed ben Abdulrahman al Thani, a déclaré lundi que l’émirat ne négocierait pas tant que les quatre Etats n’auraient pas levé leurs mesures de rétorsion.

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Face à l’ascension de Mohammed ben Salmane, les alarmes devraient sonner

La décision offensive d’élever Mohammed ben Salmane comme le suivant dans l’ordre d’accession au trône saoudien devrait alerter Washington et Londres sur ce prince qui mène des guerres par caprice

Face à l'ascension de Mohammed ben Salmane, les alarmes devraient sonner
Il y a quelques mois, j’ai participé à un rassemblement de personnes influentes organisé par une personnalité de la communauté du renseignement de l’un des pays du Golfe. Il était minuit et la discussion avait duré un certain temps, le sujet portant sur l’évolution politique dans la région, en particulier les événements en cours en Arabie saoudite.

Il y avait bien des rumeurs venant de Riyad sur un changement dans les lignes de faille, les ailes du prince héritier Mohammed ben Nayef avaient été coupées et ses pouvoirs réduits, tandis que le vice-prince héritier Mohammed ben Salmane gagnait en influence de jour en jour.

Pendant ce temps, le ministre des Affaires étrangères du royaume, Adel al-Jubeir, se trouvait à Washington depuis plus de deux semaines sans avoir fait la moindre apparition publique, et personne ne savait exactement ce qu’il y faisait.

Parmi les participants, il y avait l’ancien Premier ministre d’un pays non arabe. Notre hôte lui a demandé son point de vue sur les échos provenant de Riyad, et ce qu’il pensait des activités d’al-Jubeir aux États-Unis.

Même si elle était improbable, la réponse de l’ex-homme d’État avait beaucoup choqué dans la salle.

Toutefois, jusqu’à présent, tout ce qu’il a dit s’est vérifié.

Les prédictions d’un ancien PM

Il a évoqué un jeune prince voulant à tout prix devenir roi et a décrit certaines des conditions qui permettraient d’y parvenir. Un plan ourdi par les dirigeants des Émirats arabes unis qui désespéraient de reprendre pied à la cour royale saoudienne après qu’ils l’aient si rapidement perdu suite à la mort du roi Abdallah en 2014.

Un élément clé de ce plan consistait à obtenir la bénédiction des institutions américaines de renseignement et de sécurité, mais pour ce faire, les Émiratis et leur jeune et ambitieux allié devaient convaincre les Américains de laisser tomber le prince héritier Mohammed ben Nayef, un homme surnommé « le Saoudien préféré de Washington ».

« Pour que les Américains abandonnent Mohammed ben Nayef et choisissent ce jeune prince, il doit leur offrir quelque chose que personne n’a réussi à offrir, ou même osé offrir, avant », a déclaré l’ancien Premier ministre.

N’étant pas du genre énigmatique, il a ensuite expliqué : « Il doit reconnaître Israël. S’il le fait, alors les Américains le soutiendront, ils iront même jusqu’à le couronner eux-mêmes. »

« Il ne le fera en aucun cas, d’ailleurs la société saoudienne ne l’accepterait pas, ils verraient cela comme une trahison », ai-je affirmé.

« Ce type est prêt à trahir son propre père pour la couronne », a répondu l’ancien Premier ministre.

Face à l'ascension de Mohammed ben Salmane, les alarmes devraient sonner
Les liens avec le Qatar

Revenons au présent. On lit aujourd’hui des rapports sur les liens économiques entre Riyad et Tel-Aviv et des tweets d’anciens responsables israéliens, louant leurs amis arabes, postés presque tous les jours.

Pendant ce temps, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, qui font le blocus du Qatar depuis plus de deux semaines, ont tenté de justifier leur siège en accusant Doha de soutenir le groupe palestinien de résistance Hamas.

Cependant, la nouvelle qui a été diffusée tôt mercredi matin était plus importante : un décret royal, relevant Mohammed ben Nayef de ses fonctions de prince héritier et nommant l’ambitieux jeune prince, Mohammed ben Salmane – ou MBS – en tant qu’héritier du trône saoudien.

La semaine dernière, j’ai écrit un article expliquant qu’une grande partie de la crise du CCG est liée à la lutte pour le trône saoudien. Mon évaluation et les prédictions faites par l’ancien Premier ministre lors de cette réunion à la fin de l’année dernière semblent être exactes.

Plus important encore, elles devraient alarmer car il semble que l’obsession de MBS à devenir roi, conjuguée à l’ingérence incessante des EAU dans la politique interne d’autres pays, pourrait très bien emporter le Golfe dans la tourmente.

Signaux d’alerte

Le changement politique en Arabie saoudite a toujours été progressif. C’est l’une des raisons pour lesquelles le royaume est resté stable et, à son tour, une source de constance dans la région.

Cette décision offensive pour imposer un changement pourrait très bien perturber l’équilibre du pouvoir dans le royaume, ce qui signifie que alarmes devraient retentir haut et fort à Washington et à Londres.

MBS a déjà démontré sa nature erratique à travers sa guerre mal conçue au Yémen, laquelle a tué des milliers de personnes, sans parler des centaines de millions de dollars qu’a coûté le conflit à l’économie saoudienne.

Les cheikhs d’Abou Dabi et de Dubaï ont également précisé qu’ils faisaient passer leurs propres intérêts personnels avant la liberté, la paix et la stabilité au Moyen-Orient. Du coup d’État en Égypte à la guerre civile actuelle en Libye, la politique étrangère émiratie n’a fait que semer la discorde et le conflit dans la région. Et si elle continue à ne pas être contrôlée, les conséquences pourraient être bien pires.

MBS est désormais le premier dans l’ordre d’accession au trône. Les États-Unis et la Grande-Bretagne, les alliés les plus proches de l’Arabie saoudite, feraient bien d’essayer de réfréner l’enthousiasme du prince avant qu’il ne devienne roi, sinon ils pourraient être confrontés à un monarque qui mène des guerres par caprice et comprend peu la diplomatie internationale.

La question est : disposeront-ils de suffisamment de temps pour raisonner MBS et sauver la région du Golfe d’un chaos potentiel ? Ou entendrons-nous des nouvelles de la « disparition soudaine » du roi Salmane dans les prochaines semaines ?

– Jamal Elshayyal, correspondant d’Al Jazeera English, a reçu de nombreuses distinctions internationales. Il faisait partie de l’équipe qui a lancé cette chaîne en 2006 et en a été le premier rédacteur en chef pour la région Moyen-Orient. Il a couvert les soulèvements de 2011 en Égypte, Libye, Syrie et Yémen. Il a interviewé plusieurs chefs d’États dans le monde entier et approché les acteurs les plus influents du Conseil de coopération du Golfe et de la région Moyen-Orient/Afrique du Nord.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Traduction de l’anglais (original) par VECTranslation.

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Le Printemps des Corbeaux ( suite et fin)

Le Golfe rentre dans une période de grande turbulence et avec lui tout le monde arabe, tant ces deux princes héritiers sont par le biais de leur entrisme financier le plus grand fossoyeur des aspirations des peuples à disposer d’eux mêmes.

Le Printemps des Corbeaux ( suite et fin)
Ils sont jeunes et riches. Ils ont l’outrance de leur age et l’insolence de leur rang. Princes héritiers de leurs pères de souverains.

C’est dire qu’ils ont tout obtenu gratuitement. Sans mérite, ni légitimité. Depuis, ils se croient tout permis.

Ni loi, ni ordre, ni religion ne les retient. Désormais, le monde entier est leur salle de jeu. Un vaste terrain qui, entourés de leurs nombreux courtisans, parcourent pour leur seul plaisir, dernière tutelle commandant encore sur ces grands enfants sans gênes.

Et face aux peuples écrasés par les obscurantismes de tout ordre, ils sont rois. C’est uniquement en écrasant les peuples, qu’ils deviennent grands. Et dans ce monde endeuillé, où les malheurs succèdent aux malheurs, les rapaces se festoient. Ils vivent ainsi un printemps inespéré.

Après tout les malheurs des uns font les bonheurs des autres, voilà en effet la raison d’être de ces corbeaux aux plumes rougeâtres bien trempées dans le sang de leur peuple.

Comme Mohamed Bin Selman, désormais prince héritier de l’Arabie et sous peu son roi prématurément, vu que seuls les scenarii sont à écrire pour son avènement au trône.

Mort du roi, abdication, maladie, le roi de l’Arabie est désormais lui et lui seul. Les conseils de son ami et mentor, Mohamed Bin Zayed furent sur ce point de grande utilité. Lui qui a déjà mis son frère de souverain sous tutelle, loin de pouvoir à l’abri des regards indiscrets.

Les mauvaises langues disent même qu’il serait aux arrêts. Quoi qu’il en soit le Golfe rentre dans une période de grande turbulence et avec lui tout le monde arabe, tant ces deux princes sont révélés par le biais de leur entrisme financier le plus grand fossoyeur des aspirations des peuples à disposer d’eux mêmes.

Autant dire que le jeu se fait désormais au clair. Les alliances entre, d’une part, Israël, l’Amérique, la Russie, l’Iran et les dictatures internes contre, de l’autre, tous ces peuples en perdition montrent clairement en effet que la vague despotique oppressante est une et indivisible.

Or si la nuit tombe en bloc, tel un rideau, le jours se lève aussi subitement, tel un brasier. Et c’est déjà cela de gagné dans cet océan d’obscurité dans lequel nage tout un monde dont la volonté est usurpée par cette envolée des corbeaux dont le printemps trompeur n’est qu’à ses débuts.

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Un coin de brouillard se lève sur le Qatar

C’est pour la deuxième fois en peu d’années que le Qatar se voit frappé par une coalition aux contours mal définis, menée par le Royaume des Séoud. En 2013, c’était aussi un mois de juin, Cheikh Hamad Ben Khalifa Al Thani avait abdiqué en faveur de l’un de ses nombreux enfants, il est doté d’une progéniture de 24 membres, Tamim, né de sa seconde union, alors à peine âgé de 33 ans. La raison alléguée de cette passation de pouvoir assortie du départ du Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Hamad ben Jassem Al Thani, faisait état de problèmes de santé. Si l’homme âgé à peine de soixante ans est en effet diabétique, cette pathologie bien traitée ne vaut que rarement un statut d’invalide.

Un coin de brouillard se lève sur le Qatar
Gaz, base militaire américaine et télévision

Le Qatar est une presqu’île peuplée de 2.250.000 nationaux avec le niveau de vie le plus élevé de la planète, 105.000 dollars de PIB par habitant, récemment indépendant. La tutelle britannique a été levée en 1971.

Son économie est de moins en moins dépendante des hydrocarbures grâce à une politique d’investissements des revenus de la rente gazière et pétrolière très diversifiés. Ce morceau de terre presque détaché de l’Arabie pointe vers l’Iran. Il abrite la base militaire la plus importante des Usa en dehors de leur territoire.

En dehors d’être un désert richissime qui importe 90% de ses denrées alimentaires et d’abriter le Centcom, Centre de commandement pour le Moyen-Orient et l’Asie centrale et du Sud, le Qatar s’est doté d’une force de frappe sans précédent dans les pays arabes, la chaîne de télévision satellitaire Al Jazeera. Elle est fondée en 1996 juste après le renversement du Cheikh régnant par son fils, en 1995. Elle va bouleverser le paysage médiatique arabe. Elle dispose de correspondants en Palestine, en Afghanistan et en Irak qui n‘hésitent pas à faire des reportages sous les bombes donnant des versions des agressions et des guerres divergentes de celles expurgées délivrées par les Occidentaux.

Elle organise de vrais débats contradictoires et y être invité consacrait une personnalité politique arabe. Pendant l’invasion de l’Afghanistan par les Usa en 2001, les militaires étasuniens avaient considéré la station à Doha comme cible militaire en raison de sa couverture jugée pro-Taliban.

Grâce à elle, le monde entier a pu suivre les événements en direct de la place Tahrir au Caire en janvier 2011, de sorte qu’elle a tenu un rôle d’acteur clé dans l’aboutissement du mouvement de révolte contre le régime de Moubarak. Les manifestants étaient protégés par l’œil des caméras qui les prenaient dans leur champ de capture en continu et chaque foyer devenait le témoin et le garant de ce processus. Sa contribution au renversement du régime en Libye par des montages en studio à Doha de fausses manifestations à Tripoli, les appels au meurtre de Mouammar Al Qadafi lancés par le théologien Al Qardaoui transformé en harangueur des foules appartenant à la mouvance des Frères musulmans l’ont discréditée et son audience s’en est ressentie en particulier dans le monde arabe. L’aviation militaire qatarie a secondé avec efficacité et un dévouement exemplaire aux visées de destruction d’un pays arabe, celle de l’OTAN, figurée ici par la française et la britannique.

La soustraction de l’Egypte, l’effronterie impardonnable

Le Royaume des Séoud n’a pas toléré l’extension de la surface d’influence du Qatar à l’Egypte, dépendance implicite de Ryad. Une fois le bref épisode d’un Président égyptien issu d’un scrutin électoral refermé avec l’emprisonnement de Morsi et le rétablissement d’un militaire au pouvoir, le régime wahhabite a trouvé des arguments pour convaincre les agences de renseignement étasuniennes sous Obama d’obtenir le départ de Cheikh Hamad ben Khalifa. Trois journalistes d’Al Jazeera qui couvraient la répression sanglante de la contre-révolution menée de main de fer par le général Sissi furent arrêtés en 2013 et condamnés en 2015 à trois ans de prison, jugés coupables d’avoir diffusé de fausses informations pour soutenir les Frères Musulmans. En mai 2017, le site internet de la chaîne est bloqué en Egypte, en Arabie aux mains des Séoud et au Bahrein.

Le débarquement du Cheikh Ahmed Ben Khalifa, contraint à une abdication forcée, prouve que l’accueil d’une base essentielle du dispositif militaire étasunien pour le contrôle de la région et à partir de laquelle décollent les avions de guerre pour l’Afghanistan, l’Irak, la Syrie et le Yémen ne garantit pas une protection suffisante contre la vindicte de la Séoudie.

Sous prétexte d’un accord de coopération militaire avec Ankara signé fin 2014, une base militaire turque dont la construction a débuté en mars 2016 verra le jour en 2018. Il s’agirait de ‘contribuer à la stabilité dans la région’ (1). Recep Tayyip Erdogan est proche de la mouvance des Frères musulmans. Le coup d’Etat de juillet 2016 qui a failli le renverser portait nombre d’empreintes des mains des Usa, en principe pays allié au sein de l’OTAN. Erdogan doit sa survie politique à son ennemi d’hier sur le théâtre syrien, la Russie, dont la capacité technologique d’écoute et de surveillance est certainement moindre que celle de la puissance supposée être du même camp.

Qatar, Turquie, Séoudie et Usa (et bien d’autres) sont tous impliqués dans la destruction de la Syrie au sein du programme ‘regime change’. Sans les aides financières, logistiques et d’encadrement, une nébuleuse faite d’une myriade d’entités mercenaires bien équipée n’aurait pu organise un quasi-Etat avec son administration judiciaire, fiscale et de communication sophistiquée. Mais la Turquie est opposée à la solution de la fragmentation de la Syrie et constitution d’un Kurdistan syrien à sa porte, d’où les divergences avec le plan de partage conçu à Washington et Tel Aviv. Cet antagonisme sur le terrain militaire entre Turcs et les autres soutiens armés de l’opposition à Assad a profité à l’Armée Arabe Syrienne qui a récemment fait la jonction avec l’Irak, chassant Daesh de la plupart de ses bases arrière.

La Palestine n’est jamais très loin (et Israël non plus)

Le Qatar a adopté les Frères Musulmans un peu comme les Safavides avaient transformé l’Iran en nation shiite au 16ème siècle. La dynastie émergente issue d’un ordre soufi né en Azerbaïdjan a voulu affirmer son identité spécifique en se démarquant du puissant voisin ottoman sunnite. Les Thani proviennent d’une tribu du Najd qui ne manque pas de généalogie prestigieuse à son actif. Leur petite entreprise de télévision satellitaire, bien gérée et adossée sur d’immenses fonds souverains, leur a conféré une influence considérable. Il leur fallait un rôle politique international à cette mesure.

Le Qatar s’est doté d’un département d’études islamiques à l’Université de Doha en 1973 et c’est le brillant théologien égyptien Al Qardaoui qui en prit la direction. Il est membre de la confrérie des Frères Musulmans et à ce titre est déchu de sa nationalité par Nasser.

Un peu plus tard, il fonde la première université des sciences islamiques puis un centre de recherche dans la même discipline. Auteur prolifique, plus de 120 ouvrages, il anime des émissions religieuses et devient ainsi le représentant non officiel de la tendance théologique des princes du Qatar.

Il est alors tout naturel que le Qatar se tourne vers Gaza et y soutienne le Hamas, formation d’abord caritative affiliée aux frères Musulmans, politisée par la force des événements. La collaboration trop manifeste avec l’occupant du Fatah depuis les accords d’Oslo qui ont transformé l’Autorité Palestinienne en force de répression d’Israël sur les Territoires et les reculs sur les objectifs de libération nationale de l’OLP a transformé l’association en parti de pouvoir élu démocratiquement en 2006. Il faut rappeler que le Hamas s’était engagé dans le cycle des attentats suicide seulement après le massacre d’Hébron en 1994. Ce 25 février, un cardiologue de New York Baruch Goldstein assassine lors de la prière de l’aube 29 Palestiniens et en a blessé 129 autres dans la mosquée de Saydina Ibrahim. Des émeutes s’en sont suivies, 26 Palestiniens furent tués par l’armée israélienne. Le premier attentat-suicide contre des civils a eu lieu le 6 avril 1994 dans la ville de Afula, tuant 8 et blessant 24 Israéliens. Il fut revendiqué par le Hamas. En 2002, le porte-parole du Hamas en Cisjordanie précisait à un journaliste du Washington Post que le suicide n’est qu’un moyen du combat pour la défense d’un peuple qui n’a d’autre moyen de lutter contre l’occupation. Depuis, le Hamas comme le Jihad Islamique ont renoncé à ce mode de lutte désespéré.

Le Qatar accorde un soutien alimentaire à la branche politique du Hamas, il est probable que sans cette aide, la population de Gaza affamée par un blocus quasi total exercé par Israël et l’Egypte de Moubarak puis de Sissi aurait péri.

Les performances militaires réalisées par sa branche armée, les Brigades de Azzedine al Qassam, lors des trois dernières agressions par l’entité sioniste de 2008-2009, 2012 et 2014 sont dues à l’approvisionnement du Hezbollah et de l’Iran. Elles sont aussi le résultat d’une coordination étroite avec le Jihad Islamique et le FPLP.

C’en est trop pour le régime de Tel Aviv.

Hamas est terroriste et le Qatar doit être puni pour assister une population en péril.

Netanyahu recommande à l’ONU de dissoudre l’UNRWA, bureau onusien de recensement et de secours aux différentes catégories de réfugiés palestiniens. La présence de fonctionnaires internationaux sur les terrains des exactions des colons et de l’armée coloniale est intolérable à l’entité sioniste. Affaiblir les colonisés et les débiliter par une malnutrition chronique en plus du stress traumatique perpétuel est bien dans la visée des fanatiques likoudniks qu’aucune pression ne vient arrêter dans leur folie exponentielle. Ils ont un large appui de la Séoudie.

Un conflit religieux, vraiment ?

Il n’y a pas d’affrontement au niveau du dogme ni au niveau de la pratique de l’Islam entre le Wahhabisme et le « Frérisme » même si la compréhension de l’Islam par les adeptes de la réforme de Mohamed Ben Abdelawahhab est très littéraliste et faussaire.

Le problème des Séoudiens avec les Frères Musulmans n’est pas doctrinal, il est politique.

Au sein du Conseil de Coopération du Golfe, né de la volonté de Ryad de conjurer et de limiter les effets de la révolution islamique d’Iran, la primauté absolue doit revenir sans rivalité possible à la Séoudie, pour son rôle d’initiateur et pour son poids en PIB. La politique étrangère de la monarchie wahhabite en direction des pays musulmans a été de les inonder de medersas qui diffusent leur vison étriquée de l’Islam et de lutter contre les idées de gauche laïque ou pas par injection de pétrodollars dans des économies dépendantes de leurs apports. Ryad est hantée par l’Iran non pas en raison du shiisme persan mais d’un système issu d’une révolution populaire qui organise des consultations électorales démocratiques. Les deux capitales étaient liées à l’époque du Shah Reza Pahlavi. Morsi porté à la Présidence de l’Egypte a été récusé non pas en tant que Frériste mais parce qu’il a été porté au pouvoir par une révolution populaire et des élections non truquées et sans taux aberrant d’abstention.

Une déformation outrancière des principes du mouvement anticolonial créé en 1928 par Hassan Al Banna dans une Egypte sous occupation britannique opérée par les gouvernements locaux comme par leurs alliés occidentaux a rétréci pour l’opinion les Frères Musulmans à une formation de l’islam politique terroriste. Horreur des horreurs pour les pétro-monarques et autres oligarques, al Banna militait pour un engagement des Egyptiens dans des syndicats de défense des travailleurs. L’inspiration coranique a donné une charpente simple et robuste à l’édifice idéologique, pas d’usure donc pas de prêt bancaire contre intérêts, élection d’un chef de la communauté qui gouverne grâce à des institutions consultatives, pas d’impôt en dehors de la Zakat prescrite, sorte de contribution de solidarité. Bref de la justice sociale dans un contexte de renouveau religieux dans un contexte social musulman sous une emprise coloniale. Les détracteurs laïcistes de la confrérie rappellent que ses dirigeants ont eu des contacts et des rencontres avec les Usa. Le roi du Maroc Mohamed V en avait entretenu également. La puissance démocratique émergente de l’époque aidait à la décolonisation pour mieux évincer les anciens Empires français et britannique.

L’absence de la gauche des pays occidentaux sur le front social a déplacé ses revendications vers un droitdelhommisme sans autre substance que la fragmentation de la lutte spécifiée en direction de communautés ‘minoritaires’. L’une de ses cibles est la dénonciation de l’Islam, système religieux oppresseur de la femme, laquelle si elle ne se dénude dans l’espace public est considérée comme soumise. Cette gauche-là, prétendument féministe, oublie la journée du double travail des femmes. Car une fois mise sur le marché du travail, le coût de celui-ci a baissé avec profit pour le système capitaliste, ainsi un seul salaire est devenu insuffisant pour entretenir une famille et le droit au travail des femmes est devenue une nécessité économique avec des rétributions systématiquement inférieures à celles des hommes.

Depuis plus de cinquante ans, il s’est créé une dynamique convergente entre cette gauche sociétale et les gouvernements les plus réactionnaires des pays arabes qui ont condamné pour les uns et réprimé atrocement pour les autres les mouvements politiques d’inspiration islamique. Ce fut particulièrement le cas pour l’Egypte, la Tunisie et l’Algérie. Des élites occidentalisées, souvent ne parlant même pas la langue vernaculaire, voient leur domination confortée par l’approbation médiatique et politique occidentales. Dans le maintien de la répartition internationale du travail et des profits, l’ingénierie de l’opinion interdit aux nations dominées le choix de l’orientation de leur libération. Très souvent interdits, les Frères musulmans en Egypte et al Nahda en Tunisie sont contraints à la clandestinité et en réponse aux assassinats de leurs membres de rétorquer par des actions violentes. Dès lors, ils deviennent « terroristes », et « complotistes ». Quand ils réchappent des prisons, des tortures et des assassinats, l’exil les fragilise et ils se font parfois infiltrer par les services de renseignements des pays d’accueil.

Clairement, présenter le militaire Sissi auteur d’un véritable coup d’Etat grâce au tarissement financier mené par les Séoud comme un progressiste procède de la désormais classique inversion des notions et des catégories.

Entrecroisements d’intérêts

Ahmed Ben Khalifa n’avait pas hésité à évincer son père en 1995 pour lui succéder, preuve d’une audace et d’une ambition peu communes. Il allait alors développer une stratégie d’autonomisation par rapport à son grand voisin séoudite. La multiplication des liens du petit émirat et de leurs vecteurs renforce sa position nodale et le stabilise.

La presqu’île qatarie partage avec l’Iran le plus grand gisement gazier offshore dans le golfe arabo-persique, South Pars du côté perse et North Dome de l’autre, ce qui a conduit naturellement l’émir à développer des relations avec lui. Prenant modèle sur les fonds souverains norvégiens, le Qatar Investment Authority a investi tous azimuts et pas seulement dans les équipes de football. Il a pris des parts dans Vinci, Total, Areva mais aussi dans des firmes russes, en particulier Rosneft et l’entreprise privée Novatek spécialisée dans l’exploitation de gisements gaziers. Dépourvu de ressources agricoles, le Qatar s’est lancé dans l’acquisition de fermes en Australie. (2)

La Turquie, pour une coopération militaire l’Iran et la Russie de l’autre pour des liens gaziers, production et acheminement et achat de produits agricoles, les Usa pour leur base et les achats de ferblanterie militaire sont autant de projections d’intérêts et de garantie sécuritaire. La signature pour l’achat d’une trentaine de F15 entre le chef du Pentagone et son homologue qatari représente un pourboire de 12 milliards de dollars jeté au CMI, Lockheed-Martin en l’occurrence. Tillerson a alors préconisé un allégement du blocus infligé au Qatar. La sortie de griffes des Séoud a toute chance de se terminer en un fiasco retentissant. Très vite les alliés du second plan se sont manifestés et ont rompu l’isolement et ont assuré un pont aérien qui a fourni des produits frais. Ankara qui est par ailleurs en train de se délester de la présence allemande sur la base d’Incelik a proposé sa protection militaire. Deux bâtiments de guerre étasuniens sont arrivés au port de Doha pour effectuer des exercices conjoints. Le Roi Mohammed VI a dépêché un émissaire pour apaiser le conflit car le Maroc a failli intégrer le Conseil de Coopération du Golfe en 2011 au même titre que la Jordanie.

La crise du Qatar est en réalité celle de la Séoudie

Engagée dans deux guerres, contre la Syrie et le Yémen, avec des ressources amoindries en raison du surplus de l’offre pétrolière, récession économique et production à partir de schiste, la Séoudie dotée d’une direction politique plus qu’aventureuse et erratique a démontré sa faiblesse. Encore une fois, les Usa ne sont pas en mesure de respecter l’accord de Quincy simplement parce qu’ils n’en plus les moyens.

La rupture avec le Qatar pour son soutien au terrorisme islamique est aussi l’allumage d’un contre-feu qui a échoué. La pression des lobbies qui poussent à la mise en lumière du rôle des finances séoudiennes dans les attentats du 11 septembre 2001. La CIA avait adroitement incité les Séoud à financer Al Qaida en Afghanistan, des associations caritatives abreuvées de pétrodollars ont formé, armé et payé des moujahidines pour chasser les communistes. L’URSS a imposé selon le plan de Brezinski mais les traces des flux financiers n’ont pas été effacées, laissant les complices exposés à la vindicte médiatique et judiciaire. Une opération de racket par le truchement d’avocats des familles des victimes et le gel des avoirs séoudiens aux Usa et en Occident de façon générale, quelle aubaine pour de vieilles économies à bout de souffle !

Surtout, toute la politique d’endiguement de l’Iran depuis 1979 par la Séoudie a échoué.

Elle avait misé sur la guerre Iran-Irak. Elle avait financé toutes les agressions américaines contre l’Irak au prix de la création d’une dette nationale. Elle avait parié avec son groupe du CCG sur une destruction rapide de la Syrie et de l’interruption de l’axe Iran-Syrie-Hezbollah. Celui-ci est renforcé et l’Armée Arabe Syrienne est en voie d’achever la réintégration de tout le territoire national en éliminant tous les avatars d’Al Qaida, Daesh y compris. Lesquels artefacts sont des caricatures grimaçantes de l’Islam politique, la production en 3 D des clichés occidentaux.

Il ne reste plus aux Séoud qu’à écarter à leur tour le très probable inspirateur de ces spasmes politiques pitoyables, l’actuel Ministre de la Défense, Mohammed Ben Salmane al Saoud, fringant et impulsif jeune homme de trente-deux ans. Il leur faut réaliser que le monde a changé depuis 1945 et trouver le moyen d’intégrer dans leur géostratégie que l’Iran est devenue une puissance régionale incontournable. Pourront-ils revoir leurs alliances et renoncer aux conseils des idéologues néocons-sionstes, leur heure a déjà sonné.

(1) https://www.challenges.fr/monde/qatar-une-base-militaire-turque-en-cours-de-construction-achevee-dans-2-ans_31640

(2) https://reporterre.net/Le-Qatar-investit-dans-les-terres

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Une guerre généralisée menace le Moyen-Orient

Tandis qu’un conflit politique fait rage à Washington et que les médias répètent sans arrêt les allégations hystériques d’ingérence russe dans l’élection américaine avec la supposée collusion de Donald Trump, de vraies guerres au Moyen-Orient menacent de converger vers une conflagration régionale et même mondiale avec de terribles conséquences pour les peuples non seulement de la région, mais de toute la planète.

Une guerre généralisée menace le Moyen-Orient
Ces deux terrains de combat ne sont pas sans lien entre eux. La classe dirigeante américaine est profondément divisée sur la politique étrangère des États-Unis et surtout sur sa stratégie de guerre. Ce qui se cache derrière l’hystérie anti-russe, c’est l’opposition du parti démocrate et d’une couche importante des républicains à tout effort de Trump pour atténuer la politique agressive des États-Unis envers Moscou, particulièrement en ce qui a trait à la campagne de Washington pour un changement de régime en Syrie.

Le gouvernement Trump et la cabale d’officiers actifs et récemment retraités qui dirigent en fait sa politique étrangère et militaire ont énoncé avec une clarté grandissante une politique visant à planifier la guerre avec l’Iran en vue d’une confrontation avec la Chine. C’était la raison non dissimulée du voyage de Trump le mois dernier en Israël et en Arabie Saoudite, les deux principaux ennemis régionaux de Téhéran.

L’objectif américain déclaré d’une alliance anti-iranienne, sur le modèle de l’OTAN, avec les pays pétroliers sunnites du Conseil de coopération du Golfe s’est traduit par un état de guerre de facto imposé par l’Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis et l’Égypte contre le Qatar, qui a été soumis à un blocus économique. Avec la bénédiction de Trump, la monarchie saoudienne, le principal sponsor idéologique et financier de l’extrémisme islamiste, a absurdement qualifié son attaque contre le Qatar de croisade contre le terrorisme. La véritable source du conflit, toutefois, ce sont les liens du Qatar avec Téhéran et sa réticence à se joindre aux préparatifs de guerre contre l’Iran.

La Turquie, quant à elle, a pris le parti du régime qatari, en y envoyant de la nourriture et en prenant des mesures pour établir une base militaire sur la petite péninsule riche en gaz du Qatar. Ankara s’était brouillé avec l’Arabie saoudite et ses alliés à cause de son opposition au coup d’état militaire qui a renversé le président égyptien Mohamed Morsi en 2013. Ces tensions ont été exacerbées par des accusations que les Émirats auraient envoyé des milliards de dollars en Turquie pour soutenir le coup d’État manqué de juillet 2016 contre le président Recep Tayyip Erdogan.

Au milieu de ce conflit régional grandissant, il existe un élément apparemment incohérent dans la politique du gouvernement Trump. Le Qatar accueille la base américaine d’al Oudeid avec ses 10 000 soldats américains. Cette base stratégique est utilisée pour mener des attaques aériennes en Irak, en Syrie et en Afghanistan, le tout au nom d’une campagne contre le terrorisme et contre le groupe État islamique (ÉI) en particulier.

Le groupe ÉI se fait expulser de ses deux derniers bastions depuis que les forces irakiennes, soutenues par une campagne meurtrière de bombardements américains, s’apprêtent à conquérir Mossoul – une ville magnifique réduite en ruines – et que les forces kurdes parrainées par Washington poursuivent leur avance sur la ville syrienne de Raqqa.

Ces victoires apparentes, toutefois, ne signifient pas la fin de la plus récente guerre américaine au Moyen-Orient. Celle-ci va plutôt se transformer et gagner en intensité dans un processus de plus en plus dangereux.

Dans un reportage qu’on pourrait qualifier «de source sûre», le New York Times a publié ce week-end un article intitulé: «Au-delà de Raqqa se profile une bataille plus importante pour vaincre le groupe ÉI et contrôler la Syrie». L’auteure est Anne Barnard. Depuis le début de la guerre de changement de régime orchestrée par les États-Unis il y a six ans, Barnard retransmet fidèlement le point de vue de la CIA et du Pentagone, tout en faisant la promotion des «rebelles» liés à al-Qaïda et soutenus par les États-Unis qui sont utilisés dans la tentative de renverser le gouvernement du président Bachar al-Assad.

L’article de Barnard indique que le Pentagone et la CIA considèrent la croisade contre le groupe ÉI comme un évènement mineur, un prétexte utile pour la poursuite des intérêts de l’impérialisme américain en Syrie et dans toute la région. La bataille contre la milice islamiste, elle-même le produit des guerres successives américaines en Irak, en Libye et en Syrie, est éclipsée, écrit-elle, par le conflit dans le sud-est de la Syrie qui est «beaucoup plus important et risqué d’un point de vue géopolitique».

Barnard qualifie ce conflit militaire de «version 21e siècle du Grand jeu», une référence historique à la rivalité prolongée entre l’impérialisme britannique et l’empire russe pour la domination de l’Asie centrale. Ce sont précisément de tels objectifs de conquête qui sont en jeu en Syrie, où Washington cherche à renverser le régime Assad et à le remplacer par un gouvernement fantoche, afin d’isoler l’Iran et préparer la guerre contre ce dernier. L’Iran est vu comme un rival dans les régions riches en gaz et en pétrole, et stratégiquement vitales, du Golfe persique et de l’Asie centrale.

Cette nouvelle étape dans une guerre syrienne qui a tué des centaines de milliers et transformé des millions en réfugiés se focalise maintenant sur al-Tanf. Cet avant-poste dans le désert, occupé par des forces spéciales américaines et britanniques, est un passage frontalier avec l’Irak dans le sud-est de la Syrie qui donne sur la principale autoroute entre Damas et Bagdad.

Le Pentagone utilise la base pour former de soi-disant rebelles, supposément pour combattre le groupe ÉI, mais en réalité pour les retourner contre le régime syrien. Il a déclaré unilatéralement un rayon de 60 km autour de la base comme étant une «zone de non-combat», utilisant ce prétexte pour lancer trois attaques aériennes distinctes, la dernière le 8 juin, contre les milices alliées à Damas. Il a récemment abattu un supposé drone armé des forces pro-Assad.

Entre-temps, lors du siège de Raqqa au nord, les forces par procuration de Washington, formées en majorité de Kurdes, ont délibérément laissé au groupe ÉI une voie de sortie vers le sud, afin que ses combattants puissent se joindre à l’attaque contre la partie de Deir ez-Zor, une ville de 200 000 habitants dans l’est de la Syrie, qui est contrôlée par le gouvernement syrien.

Dans un coup dur à la stratégie de guerre des États-Unis, les forces pro-régime ont réussi à se frayer un chemin vers l’est jusqu’à la frontière irakienne en occupant une région située entre la base américaine d’al-Tanf et la ville frontalière d’al-Bukamal sur l’Euphrate, qui est contrôlée par le groupe ÉI. Le Pentagone avait annoncé que son but était de préparer les «rebelles» qu’il entraîne à reprendre cette ville des mains du groupe ÉI. Cela permettrait de consolider la domination américaine de la zone frontalière, ouvrant la voie à une avance le long de l’Euphrate et finalement au découpage de la Syrie en prévision d’une guerre totale de changement de régime.

L’avance syrienne a perturbé les tentatives américaines de couper les voies d’approvisionnement reliant la Syrie à l’Irak et, plus à l’est, à l’Iran. Les milices chiites irakiennes, appuyées par l’Iran, se seraient déplacées vers la frontière syrienne.

Comme l’indique l’article du New York Times, il s’agit d’une question d’importance stratégique pour les objectifs impérialistes américains. «[…] Les enjeux sont de taille. Le gouvernement syrien rétablira-t-il son contrôle du pays jusqu’à ses frontières orientales? Le désert le long de la frontière irako-syrienne restera-t-il une zone de non-droit sous le contrôle de militants? Sinon, qui dominera cette région: des forces alliées à l’Iran, à la Russie, ou aux États-Unis?

On ne se douterait pas que le New York Times parle ici d’un pays souverain. L’opération américaine en Syrie et en Irak apparaît clairement comme un tremplin vers un nouveau découpage impérialiste du Moyen-Orient, après un quart de siècle de guerre américaines qui ont dévasté une grande partie de la région et réduit en ruines le système instable d’État-nations imposé par les anciennes puissances coloniales. Tout comme ces découpages coloniaux antérieurs, les antagonismes qui en résultent ouvrent la voie à la guerre mondiale.

«Toutes ces forces se retrouvant sur une trajectoire de collision, plusieurs escalades récentes ont soulevé des craintes de confrontation directe entre les États-Unis et l’Iran, ou même la Russie», a noté le Times.

La logique de l’intervention américaine en Syrie pointe vers une augmentation des forces militaires américaines dans la région afin de renverser les défaites tactiques que le Pentagone a subies sur la frontière irako-syrienne. Le fait qu’une telle offensive puisse provoquer une confrontation militaire directe avec «l’Iran ou même la Russie» ne sera pas mal vu par les couches dominantes de l’establishment américain. La guerre constitue à leurs yeux un instrument essentiel pour renverser le déclin prolongé de l’hégémonie mondiale du capitalisme américain.

Pour les masses de travailleurs au Moyen-Orient, aux États-Unis et partout dans le monde, ces développements représentent une menace mortelle. Pour y répondre, il faut bâtir un mouvement anti-guerre de masse unissant la classe ouvrière internationale dans la lutte pour mettre fin à l’impérialisme et réorganiser la société sur une base socialiste.

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Trump l’instigateur de la guerre apocalyptique Arabie Saoudite vs Iran ?

Dirigeants « sunnites » vs Dirigeants « chiites »: Les deux faces d’une même pièce appliquant le plan israëlien Oded Ynon. La crise actuelle du Qatar étant sûrement le « casus belli » idéal pour l’auto-destruction du monde arabe et musulman. Ci-joint deux articles du 20 et 08 mai 2017.

Trump l’instigateur de la guerre apocalyptique Arabie Saoudite vs Iran ?
Arabie Saoudite – États- Unis – Armement : Le contrat du siècle!

Le montant du contrat est tout simplement faramineux, 380 MILLIARDS de dollars US, ce contrat concerne entre autres la livraison de chars, de systèmes de défense anti-aériens et anti-missiles THAAD et Patriot PacIII, mais surtout de la construction sur place, pour 6 milliards de dollars, de 150 hélicoptères Blackhawks de Sikorsky.

Que peut-on attendre et espérer d’un président qui a été élu après une campagne très hostile aux Musulmans, qualifiés tour à tour de terroristes, de sauvages ou encore d’animaux ?! Que peut-on attendre et espérer de Donald Trump qui une fois élu, a commencé par prendre un décret très controversé : Interdire l’entrée aux États-Unis aux ressortissants de six pays Musulmans, (Muslim Ban)?!

Que peut-on attendre et espérer d’un président qui dans les premiers jours de son Administration ordonne un raid sur le Yémen où beaucoup de civils ont été tués ?! Que peut-on attendre de Donald Trump qui a plus bombardé le Yémen en une semaine que Barack Obama en un an ?! Que peut-on attendre et espérer d’un président qui depuis son entrée à la Maison Blanche à vu le nombre de morts provoqués par les bombardements américains tripler en Irak et en Syrie ?! Que peut-on attendre et espérer d’un président qui largue la » mère des bombes » sur l’Afghanistan ?!

Et avec tout ça , l’Arabie Saoudite Wahhabite, qui n’en est plus à une forfaiture près, sort le grand jeu, reçoit en grande pompe avec tous les honneurs Donald Trump, un président qui déteste et méprise les Musulmans…

Il n’y a donc rien de bon à attendre et à espérer pour les sombres temps à venir. Donald Trump ne vient pas en Arabie saoudite pour se réconcilier avec les Musulmans. Il vient marquer clairement sa différence avec son prédécesseur sur un sujet sensible : Le conflit entre l’Iran et l’Arabie saoudite !

À moyen terme un conflit majeur éclatera entre Ryad et Téhéran, cette artillerie lourde est livrée avec le consentement d’Israël et pour le seul avantage d’Israël.

Monde Musulman : Trump pour semer encore un peu plus le chaos ?

Donald Trump est arrivé, ce samedi 20 mai, en Arabie saoudite pour sa première visite à l’étranger. En difficulté dans son pays après les récents scandales liés à la divulgation d’informations secrètes aux Russes et le limogeage du directeur du FBI, le président américain va pouvoir respirer un peu.

Ses hôtes saoudiens, visiblement flattés par le choix de leur pays pour son premier déplacement à l’étranger, ont mis le paquet. En plus d’un accueil des plus chaleureux, ils lui ont offert une moisson de contrats impressionnante. Les deux pays ont signé ce samedi des accords d’une valeur de plus de 380 milliards de dollars, a annoncé le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel al-Jubeir. Un responsable américain a précisé que la valeur des ventes d’armements s’élève à « près de 110 milliards de dollars ». De quoi faire travailler de nombreuses entreprises américaines pendant plusieurs années.

Les dirigeants saoudiens semblent ainsi récompenser Donald Trump pour ses prises de position à l’égard de l’Iran, l’ennemi juré du royaume. Contrairement à son prédécesseur Barak Obama, le nouveau locataire de la Maison Blanche exclut tout rapprochement avec Téhéran. D’ailleurs, l’Iran est le grand absent du « sommet » qui aura lieu demain à Riyad entre les États-Unis et le monde musulman.

Durant ce sommet, Donald Trump prononcera devant plus de 50 dirigeants de pays Musulmans, -l’Algérie sera représentée par Abdelkader Bensalah-, un discours sur les « valeurs pacifiques » de l’Islam. « Je les appellerai à combattre la haine et l’extrémisme », a-t-il promis. Si on comprend l’intérêt de l’Arabie saoudite à accueillir un tel sommet et celui des pays du Golfe ou de l’Égypte à y prendre part, il est difficile de comprendre ce que l’Algérie et d’autres pays Musulmans ont à faire dans cette rencontre.

En effet, que peut-on attendre et espérer d’un président qui a été élu après une campagne très hostile aux Musulmans, qualifiés tour à tour de terroristes, de sauvages ou encore d’animaux ? En décembre 2015 lors d’un rally à Charleston, en Caroline du Sud, quelques jours après la tuerie de San Bernardino, Donald Trump a plaidé, devant des milliers de partisans, “à une interdiction complète et totale des musulmans d’entrer aux États-Unis”, rappelle la chaîne française LCI.

Élu, il a commencé par prendre un décret très controversé : Interdire l’entrée aux États-Unis aux ressortissants de six pays Musulmans. Une initiative bloquée par la justice mais à laquelle Trump n’a toujours pas renoncé. La Cour d’appel de la côte ouest examinait lundi 15 mai le 2e décret anti-immigration de l’administration Trump, rapportait la radio RFI. Le président des États-Unis et son équipe tentent par tous les moyens de faire rétablir l’interdiction d’entrée dans le pays pour les ressortissants de six pays à majorité Musulmane, ajoute la radio française.

Comment un homme qui a affiché une telle haine envers les Musulmans peut-il développer ce dimanche un discours positif sur l’Islam et les Musulmans ? Et même s’il parvient à faire des annonces positives, quel crédit accorder à ses paroles ? Depuis son élection, Donald Trump est surtout connu pour ses revirements permanents et ses reniements. On voit mal un président qui ne tient pas ses promesses avec son peuple le faire avec des Musulmans qu’il déteste et méprise.

En réalité, Donald Trump ne vient pas en Arabie saoudite pour se réconcilier avec les Musulmans. Il vient marquer clairement sa différence avec son prédécesseur sur un sujet sensible : Le conflit entre l’Iran et l’Arabie saoudite, au risque d’aggraver les divisions dans le monde Musulman et d’accentuer le chaos dans la région.

Par Samir Allam publié le 20 Mai 2017 : Source:

https://www.tsa-algerie.com/monde-musulman-trump-pour-semer-encore-un-peu-plus-le-chaos/

Trump l’instigateur de la guerre apocalyptique Arabie Saoudite vs Iran ?
L’Iran menace l’Arabie Saoudite : « en cas de guerre, tout sera détruit sauf la Mecque et Médine »

Le ministre iranien de la défense menace de s’attaquer à l’Arabie Saoudite. Les propos du ministre ont été prononcés en réaction aux propos du prince saoudien de transformer l’Iran en champ de bataille

La tension entre l’Iran et l’Arabie Saoudite est devenue de plus en plus houleuse. Tout a commencé par des propos tenus par le prince saoudien Prince Mohamed Ben Salman qui, le mardi 2 mai, a fait allusion à la guerre d’influence qui existe entre la République Islamique d’Iran et l’Arabie Saoudite au Moyen-Orient.

Parlant de cette bataille d’influence, le prince saoudien avait menacé de déclarer la guerre à l’Iran. « Nous savons que nous sommes la cible principale du régime iranien. Nous n’attendrons pas que la bataille se passe en Arabie Saoudite, mais nous travaillerons pour que cette bataille puisse se dérouler en Iran, et pas en Arabie Saoudite », avait déclaré le prince.

« Nous ne laisserons rien intact à part la Mecque et Médine »

Réponse du berger à la bergère. Ce lundi, le ministre iranien de la défense, Hussein Dehqan, n’a pas hésité à répondre au prince. « Nous conseillons aux Saoudiens de ne pas prendre une décision ignorante. Mais, s’ils le font, nous ne laisserons rien intact à part la Mecque et Médine », a prévenu le ministre iranien.

Le mercredi 3 mai, le ministère iranien des Affaires étrangères avait fermement condamné les propos du prince saoudien. Le ministère iranien avait en effet dénoncé des commentaires hostiles témoignant d’une mauvaise connaissance de la situation régionale par le prince, son manque de sagesse et une « erreur stratégique » dans sa politique de répandre le terrorisme.

« Les Saoudiens promeuvent le terrorisme »

« De tels commentaires constituent des signes clairs que les Saoudiens promeuvent le terrorisme et poursuivent des politiques provocatrices et destructrices concernant la région et les affaires de l’Iran », avait dénoncé Bahram Qassemi, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères.

Il convient de souligner que l’Arabie Saoudite et l’Iran mènent une guerre diplomatique sans merci depuis la révolution iranienne de 1979. Les relations sont devenues de plus en plus houleuses au fil du temps avec une bataille d’influence sans précédent au Moyen-Orient. La guerre en Syrie a exacerbé les tensions. L’Iran, d’obédience chiite, soutient le gouvernement de Bachar al-Assad, tandis que l’Arabie Saoudite, d’obédience sunnite, veut à tout prix la chute du président syrien.

Article publié le 8 mai 2017, Source:

https://lecourrier-du-soir.com/2017/05/08/liran-menace-larabie-saoudite-en-cas-de-guerre-tout-sera-detruit-sauf-la-mecque-et-medine/

Trump l’instigateur de la guerre apocalyptique Arabie Saoudite vs Iran ?

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Le rôle d’Israël dans l’attaque contre le Qatar

Ceux qui pensaient que les dirigeants d’Arabie saoudite n’ont pas de chutzpah ** devront admettre qu’ils se sont trompés.

Le rôle d’Israël dans l’attaque contre le Qatar
Ce n’est pas seulement une erreur, c’est aussi une preuve de naïveté que de croire qu’une monarchie non élue n’aurait pas le courage d’imposer des sanctions à un collègue de l’élite oligarchique.

Car c’est arrivé. En plein jour et au vu et au su des médias du monde entier. L’acte « courageux » de s’opposer au Qatar et de tenter de l’isoler a été posé devant les caméras d’Al-Jazeera, la chaîne de télévision basée à Doha.

Le régime saoudien a rassemblé un quatuor composé de despotes, qui lui sont soumis, pour punir le Qatar et déclarer sans ambiguïté son allégeance à Israël, et non à la Palestine. Bien que cela n’ait pas été dit avec des mots, le message que les Saoudiens envoient, en assurant avec autant de force que la région ne tolérera pas la présence du Hamas, est celui d’une adhésion totale à la position d’Israël.

Certains signes annonçaient un réchauffement des relations israélo-saoudiennes, et l’impasse actuelle avec le Qatar prouve sans ambiguïté que la Maison des Saoud s’est complètement acoquinée avec le régime de droite israélien.

Le siège qu’ils veulent faire subir au Qatar fait écho au blocus immoral et injuste de Gaza. La « superpuissance » auto-déclarée du monde arabe, dont le titre d’infamie de n’avoir jamais tiré une seule balle pour défendre la lutte de la liberté de la Palestine, fait preuve d’une fougue absurde et irrationnelle. Pourtant, elle vient de conclure un accord d’armement de plusieurs centaines de milliards de dollars avec son patron, les États-Unis d’Amérique.

Contrairement aux contrats d’armes précédents contre lesquels Israël et son lobby américain étaient régulièrement montés au créneau, cette fois il n’y a pas eu d’opposition. Le régime de Netanyahou n’a rien dit, confirmant l’impression du monde musulman que la convergence saoudo-israélienne est totale.

Alors que ces développements très inquiétants ont surpris tout le monde par l’ampleur épique des menaces de guerre qu’ils contiennent, il n’est pas exagéré de penser qu’ils ont été concoctés avec l’aide des services secrets américains et israéliens. Le quatuor est composé de la dictature militaire égyptienne, des monarques despotiques du Bahreïn et des Émirats arabes unis qui font tous partie des pires violeurs des droits humains de la région, soutenus par des acteurs aussi improbables que les Maldives et la Mauritanie.

Le fait de cibler le Qatar pour avoir osé défier l’Arabie saoudite est beaucoup plus qu’un crachat diplomatique. C’est une tentative sans précédent, et qui n’exclut pas un changement de régime, pour étendre l’hégémonie saoudienne sur toute la région du Golfe.

La tension géopolitique entre l’Arabie saoudite et la République islamique d’Iran n’a rien à voir, malgré ce que l’Occident prétend habituellement, avec un prétendu conflit «sunnite / chiite». L’éléphant dans la pièce est Israël avec qui la Maison des Saud est disposée à s’associer contre l’Iran.

C’est pour ça qu’ils reprochent au Qatar d’avoir accueilli les leaders en exil du Hamas. Cela illustre également l’étendue de la convergence entre l’Arabie saoudite, son quartet de marionnettes, Israël et les États-Unis. Tous sont d’accord pour classer comme terroristes les mouvements de résistance du Hamas au Hizbollah et de l’Ikhwan au Jihad islamique.

Il n’est pas étonnant que Donald Trump se soit félicité que l’attaque contre le Qatar vienne couronner sa récente mission à Riyad. Il n’a pas beaucoup été question de ce que deviendrait la base militaire américaine au Qatar, mais on peut penser qu’elle sera relocalisée en Arabie saoudite si le siège du Qatar ne se termine pas rapidement.

Pendant que l’attention mondiale était concentrée sur le Qatar, l’Iran a été lâchement et par par deux fois attaqué à la bombe : la première cible a été le parlement et la seconde le mausolée de l’Iman Khomeini. L’Iran accuse le régime saoudien, qu’il considère comme un soutien de Daech.

Pendant la nuit, l’attaque infâme contre le Qatar s’est doublée d’attaques terroristes contre l’Iran. Quand on additionne tous les éléments, on trouve sans difficulté la source de l’instabilité actuelle: Israël !

Notes:

*« Elephant in the room » : Expression anglaise pour parler de quelque chose que tout le monde voit et fait semblant de ne pas voir.

** Mot hébreu : culot, toupet

8 juin 2017 – The Palestine Chronicle – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet

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