JE JUGE QUI JE SUIS

Des échanges vifs dans quelques articles récents sur ce site et sur d’autres mettent en accusation ou en cause, de façon récurrente et affirmative, les algériens de double nationalité et les harkis. Le hasard veut que je réagisse à ce que je lis ici. Le problème, c’est qu’un jugement ne parle pas de celui que l’on juge mais de soi, qui affirme être meilleur ! Autrement dit : je tire sur les autres, mais c’est moi que je vise. Le problème, c’est qu’on ne peut pas être et juge et partie. Problème subséquent : ma conviction de posséder la vérité me rend intransigeant. Or, l’intransigeance n’est pas une qualité première …
Juger autrui, un mauvais calcul
JE JUGE QUI JE SUIS
Alors que les événements et les propagandes mensongères se superposent, se chevauchent, se percutent et se répercutent et nous embrouillent sur tout de tous côtés, il me semble que nous serions bien avisés de nous accorder une fraction de l’attention dont nous sommes capables en tant qu’humains pour tenter de démêler les motivations qui font de nous de faux juges et nous dressent les uns contre les autres. Qui dressent les puissants contre leurs peuples, jusqu’à trahir les règles de décence les plus élémentaires au plan national comme international ; n’épargnant ni partisans ni adversaires. Ce qui n’est possible que si la raison nous échappe.

Je juge quand j’attribue une valeur à des personnes, des actes, objets ou services, dans une opposition généralement acceptée entre le bien ou bon et le mal ou mauvais ; et leurs dérivés. Or, en bien ou en mal, c’est moi le jugeant qui m’exprime SUR quelqu’un ou quelque chose. Nous serions mille à porter le même jugement sur un même objet, il y aurait mille variantes de ressenti et de signifié ! Mais il n’y a pas mille façons dans le langage ordinaire pour dire la même chose. Par conséquent, sur les milles fois qu’on aura employé le qualificatif « vrai » ou « faux » par exemple, peut-être qu’une dizaine aura à peu près la même appréciation de l’objet. Pour les autres, on ne saura pas, et chacun sera conforté dans la justesse de son jugement confirmé par neuf cent quatre-vingt dix-neuf avis identiques. Mais comme je ne peux juger que sur la base de ce que je sais, aime, veux, comprends, ou pas, c’est DE MOI que je parle dans mon jugement.

Juger consiste de ce fait à qualifier les autres sur la base des qualités que l’on s’attribue à soi-même ; consciemment ou pas. A se conduire en référence pour ou par rapport aux autres. Quel que soit l’objet d’un jugement, on s’attribue une autorité morale : MOI, je vous dis que ; JE sais que je connais la valeur des choses. Une forme d’autorité par défaut qui rassure sans doute, mais qui est vaine car elle ne rend pas (plus) heureux. Et harassante car elle ne laisse pas de répit. Le travail de qualification de soi par rapports aux autres, ou des autres par rapports à soi, condamne de ce fait au stress. Pour me maintenir à niveau dans MON échelle de valeurs, je dois être convaincu à tout instant que pour les autres, je suis et reste celui qui sait. Et à la tromperie aussi, bien malgré soi du reste. Car je dois monter des scénarios renouvelés pour donner le change quand je doute, je suis inquiet ou fatigué, ou que je ne sais pas. Ce qui ne m’empêche pas d’être sûr de moi.

Porter un jugement collectif sur Les algérien, Les musulmans, Les juifs, Les double nationaux ou Les harkis, c’est dire combien on ne sait pas de quoi, et surtout de qui, on parle. D’abord, les catégories de cette nature n’existent pas ; ce ne sont pas des communautés organisés définies. Chacune des personnes qui compose dans l’imaginaire des jugeant ces groupes inexistants est UNE personne au même titre que moi. Elle se goure autant que moi d’ailleurs dans le jugement qu’elle porte sur moi ou ma non existante catégorie …

Une parenthèse sur les harkis
En premier lieu, ce corps d’armée n’existe plus depuis la fin de la guerre. Il faut que les Algériens, qui ne sont pas tous descendants de martyres, archivent ce dossier. L’attaque au harki est une insulte qui entache l’insulteur, qui ne connaît pas l’histoire de son peuple. Car contrairement à ce qu’affirme « l’historien » Bernard Lugan (https://www.youtube.com/watch?v=xr9e36jKDNo), et ce que croient de nombreux commentateurs péromptoires, la quasi totalité des harkis n’avaient pas « choisi » de se battre POUR la France ; c’est-à-dire CONTRE l’Algérie. La grande majorité de ces personne n’avaient pas de connaissances sur les événements, ni une conscience politique. Ce n’était pas des personnes instruites et croyaient ce qu’on leur disait, avec l’entremise éventuelle de cadis et bachagha (prélats et nobles) et autres convertis à la cause du plus fort. Certains par ignorance, d’autres par convoitise, d’autres encore par besoin de reconnaissance. Comme cela se produit dans le monde entier depuis toujours. Sans compter la propagande que l’armée française faisait autour de son action civilisatrice (ça se fait toujours). Sans compter que s’engager dans l’armée française représentait une solde et une fonction ; donc un statut social. Tout le monde ne le sait pas mais des harkis ont servis la cause algérienne. Même des officiers de l’armée française ont apporté leur aide (ces traîtres n’est-e pas). Tout n’est pas noir d’un côté et blanc de l’autre, on devrait le savoir aujourd’hui. Ce monsieur exprime un état d’esprit mesquin ; ou une ignorance authentique. Les algériens actuels qui jugent ce qu’ils ne connaissent pas s’expriment en tant que citadins post indépendance qui ne savent pas grand-chose de l’histoire de leur pays. A leur corps défendant : l’histoire officielle de leur pays est fausse. Comme l’histoire officielle de la France, de l’Amérique, de la Russie …
Même les réalités de nos institutions actuelles nous échappe, par leur volonté à elles. Sur quoi pouvons-nous juger ?

https://www.youtube.com/watch?v=pJcI9X1bq6I : Un homme pète les plombs
https://www.youtube.com/watch?v=b9snFfIytd4 : Pauvre Emmanuel Macron
https://www.youtube.com/watch?v=aEdAdO9a1no : Voltaire humaniste ?
https://www.youtube.com/watch?v=FdwbAoC-sGs : Bouddhisme, le vrai visage (en France)
https://www.youtube.com/watch?v=actI18L8_Qo : 1789 n'a jamais été la révolte du Peuple
http://positivr.fr/carte-etats-unis-indiens-amerique/?mc_cid=241b8b848a&mc_eid=af64c2257f : La carte des tribus indiennes est absente des livres d'histoire

« Pourquoi faire toute une histoire sur le jugement ! C’est banal ; tout le monde juge. Après tout, ne sommes-nous pas QUE des humains ? » … Pour cette raison : les jugements portés avec autorité sur Les double-nationaux ou les harkis amène un questionnement : qu'est-ce qui fait la qualité/ valeur d'une personne ; de vous et de moi ? Sa nationalité, son histoire, ses origines, ses mensurations, son éloquence ? Qui accepte d’être étiqueté sur la base de l’un ou l’autre de ces critères ? Je peux être pur (et nous sommes très mal placés pour nous battre sur ce terrain-là) français ou algérien ou autre et détester, haïr voire « trahir » mon pays. Je peux être un mixte indéfinissable ou un parfait étranger et être un citoyen ou résident loyal où que je me trouve. Je peux soutenir des personnes de nationalités étrangères contre la politique de mon pays ou les excès de mes concitoyens. Dans tous les cas, je serai jugé traître par certains et valeureux par d’autres, chacun selon ses sensibilités comme moi selon les miennes. Mon origine n’y sera pour rien, ou par une attache personnelle. Mon histoire pour un peu, souvent par amalgame ou par mixages divers. Ma cohérence pour l’essentiel, et cela ne dépend que de ma personne individuelle, avec son bagage éducatif et culturel. Ma moralité n’est pas un produit traçable. Il est surprenant que des Algériens n'aient pas cette compréhension des choses. Pourquoi les Algériens, non de non !

Les Français aussi, que l’on se rassure. Mais moins que les Algériens, parce qu’ils sont restés entre eux pour ainsi dire. Entre Européens pas tous de même souche mais de même conscience d’une supériorité parallèle. Les Américains les battent à plate couture dans ce domaine mais ce sont des cousins éloignés … Alors on subit son infériorité avec amitié ; et jalousie ! Jusqu’à l’œuvre coloniale civilisatrice … Et maintenant, ils ne savent plus quoi faire de nous. Et le mixage se condense …

Pourquoi les Algériens donc ... Parce qu’ils sont un produit non fini de mélanges qui, comme on nous l’affirme, sont le meilleur rempart contre les tares. Ce qui pourrait rendre compte de la capacité de la société algérienne à traverser les épreuves sans désespérer ni renoncer à un désir vivace de mieux. Même à la suite de dix ans de terreur moderne sauvage, épuisés ils sont mais haineux, non (il y en a évidemment !). Endurcis, désenchantés, mais pas exclusifs (en général ...). Même un sentiment de trahisons politiques intra-nationales ne leur fait pas perdre espoir. Ils ont cette chance, et peut-être leur vient-elle des croisements de souches, de couleurs, de cultures, de géologie, qui les constituent. Avec cette richesse-là et une religion de valeur véritablement universelle, puisqu’elle ne s’adresse pas aux musulmans mais aux croyants (ce qui permet de suggérer que les musulmans officiels et modernes sont très peu croyants), nous devrions être un source d’inspiration en matière d'esprit critique et de tolérance (ne pas confondre « tolérance » et « consensus mou » ; face à l’indécence par exemple). Contrairement aux programmes prétendument humanistes occidentaux (https://www.youtube.com/watch?v=IM95DbpHLec : Des « droits » sexuels internationaux).

Je suppose que la plupart des musulmans connaissent la recommandation à l'ijtihad : l'effort permanent fait SUR soi-même (envers soi-même !) pour s'améliorer en connaissances, en compréhension, en qualités personnelles, que certains confondent peut-être avec al djihad. Mais nous (pas en bloc !) fonctionnons comme des ignorants : dans l'exclusion du différent, l'exercice de l’autorité, le privilège du "dernier mot", l’auto glorification. C'est dommage et en même temps inévitable. Soumis à des conditions de vie sociales agressives, inquiétantes, nous devenons agressifs, inquiet(ant)s. Notre disponibilité mentale se rétrécit ou se disperse ; quand elle n’est pas déviée. Soumis à un système scolaire/ éducatif normatif, univoque, nous nous normalisons, dépersonnalisons. De façon très générale et à des degrés divers, nous apprenons soit à tirer profit du contact au différent, soit à nous en méfier et à nous raidir dans le déni de ce qui ne nous ressemble pas. Pourtant, dans les actualités actuelles, ce ne sont pas les Algériens ou les musulmans en général qui se montrent les plus violents :

https://www.youtube.com/watch?v=ttXqUJIaAj4 : un exdéputé européen parle des manipulations des médias https://www.youtube.com/watch?v=5siyELxCMNU : la guerre de Syrie
https://www.youtube.com/watch?v=CqqjHjNnJfo : Le pétrole appartient aux américains
https://www.youtube.com/watch?v=xV0IFsgrwP4 : Une juive contre l’occupation
https://www.youtube.com/watch?v=n_1nPhZvwH4 : Qui contrôle la France ?
https://m.youtube.com/watch?v=gSG-NEf84bM : "Il faut passer par la Franc-Maçonnerie"


Vous jugez ? Faites cette expérience : chaque fois que vous plaquez un jugement sur quelqu’un ou quelque chose, posez-vous ces questions : qui suis-je ? Suis-je bon juge ? Est-ce que, en me jugeant meilleur, 1- je ne suis pas parjure (si je suis croyant, puisque seul dieu est juge) ; 2 - je ne fais pas exactement ce que je reproche à l'autre : se donner le droit de prétendre m’attribuer une valeur ?

Ce n'est pas une question de MORALE mais de CONSÉQUENCE. D’économie d’énergie, d’erreurs, de stress, d’embrouilles, de frustrations. Et de violence, même silencieuse ! Par ailleurs, en m'autorisant à juger autrui, des plus proches aux plus éloignés, je valide le fait de juger en général. Je devrais donc valider le fait qu'autrui puisse me juger. Or non, je ne l’accepte pas. Là réside le problème : qui suis-je pour juger et interdire aux autres de me juger ? En toute logique, si je n’admets pas que l’on me juge, je ne peux pas m’autoriser à juger. A l’inverse, si j'accepte le principe de pouvoir être jugé, j'admets par là-même pouvoir me tromper. Donc qu’autrui puisse avoir raison. L’intérêt pour moi est considérable : je me libère des sentiments et pensées qui affectent ma raison et me dresse contre les autres.

L’aîné de mes enfants avait appris une toute petite morale avec un jeune maître qu’elle a eu la chance d’avoir au primaire il y a plus de quarante ans (transcription non authentifiée) : inna açl al walad laïssa man’ qa’la ka’na abi’ bal houwa ma qad hhassal. Traduction non authentifiée : « la valeur d’un enfant (pas au sens de « jeune » mais « fils de ») ne lui vient pas de sa référence à qui était son père. Il est ce qu’il est devenu ». Vous connaissez une morale plus universelle ? Merci de la partager ...


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